David Carr, la nuit du Révolver

Jusqu’où pouvons-nous aller dans l’introspection avec clairvoyance ?

Comment revoir des images passés sans être affecté par le solipsisme ou prisme .

Comment notre cerveau nos pensée peuvent occulter ou fausser notre vision du passée… ?

et encore encore comme chantait un célèbre chanteur dit la buse de la moustache…

Bon David Carr nous propose un allez retour dans sa vie. Et ce n’est pas une vie tranquille, malheureusement pour lui et les autres.

La différence entre une autobiographie ou un récit sur un moment T d’une vie avec ce livre est plus qu’ épaisse.

Journaliste de métier, David Carr entreprend de revisiter son passé de manière empirique avec pragmatisme, et une approche journalistique. Caméras, enregistrements, confrontations avec les personnages clefs , les endroits du passé seront là pour aider à reconstruire un pan de sa mémoire.

Attention ce livre n’est pas de tout repos. Ecrit d’une manière très intelligente jamais barbante, nous revenons sur les traces d’un sale mec. La capacité d’autodérision et d’un certain je m’en foutisme, nous sauvera de son ego, et de son autoflagellation et surtout de cette putain de vie qu’il a eu.

Pas de pitié, pas de manichéisme, pas de pardon possible pour cette partie de vie

Bienvenue dans l’enfer, attention chaque personne est susceptible de s’y retrouver un jour

 

http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2015/02/13/mort-du-journaliste-americain-david-carr_4575661_3382.html

 

REVOLUTION, Sébastien Gendron, Albin Michel

Ce que j’aime dans le roman noir c’est quand il gratte, qu’il asticote, et qu’il t’amène à réfléchir, à faire le point, à réévaluer ta propre vie. Avec Révolution ça a même été plus loin.

S’il y a un bien un moment pour le lire c’est maintenant, entre campagne présidentielle ras des pâquerettes et scandales en veux-tu en voilà. Au lieu de regarder BFM ou Capital, je vous conseille de lire, et de lire celui là.

Non pas que Sébastien Gendron débarque avec des réponses ça non, si vous voulez qu’il vous aide à choisir pour qui voter ce n’est pas ici qu’il faut frapper. Mais si vos apéros s’animent autour du prix du paquet de clopes, de la croissance exponentielle de votre ticket de caisse mais pas de celui du contenu du caddie, si vous couchez vos enfants en vous demandant ce qu’ils vont bien pouvoir devenir dans ce monde qui ne réponds tellement plus à vos espérances, alors lisez.

Avec Georges et Pandora vous verrez (si vous en doutiez encore) que vous n’êtes pas les seuls à vous poser des questions, et à ne pas avoir les réponses. Que vous n’êtes pas seuls à en avoir ras la casquette, à bouillir de l’intérieur. Mais (parce qu’il y a forcément un mais) vous avez un travail (ou pas), des enfants (ou pas) des factures à payer (ça c’est sûr), et un mélange de rage et de lassitude.

Et si au lieu de plonger dans l’abandon, le « mais que veux-tu c’est la vie ! » on laissait la rage prendre le dessus ? Alors peut-être que nous aussi nous prendrions la voie de la révolution, même si on ne sait pas trop ni comment faire, ni où cela mène, ni ce qu’elle nous coûtera, parce qu’avec le cynisme légendaire de Sébastien il ne faut pas s’attendre à un plan de campagne bien établi. 

Ce livre a résonné en moi, a fait écho à mes doutes, mes questionnements, m’en a rajouté d’autres d’ailleurs. Et puis merde ça fait du bien de voir tout ça écrit noir sur blanc, avec talent, avec humour corrosif et justesse.

Je ne sais pas où le monde va, je ne sais pas où je vais, mais je suis heureuse que ce roman me soit tombé dans les mains, et j’espère qu’il finira bientôt dans les vôtres, car après tout, « Levez-vous, ouvrez la fenêtre, penchez-vous et hurlez « Je suis fou de rage et je ne vais plus me laisser faire ! » Je vous jure que ça fait du bien. 

Version Officielle de James Renner traduit de l’anglais (États-Unis) par Caroline Nicolas, Editions super 8

Une trame comme jamais, j’en ai lu . Le terme dévorer prend une ampleur assez grandiose. Une fois que vous avez passé le premier chapitre. Livre pourtant dense, c’est en un jour qu’on le lit, voire deux pour les moins courageux. Roman  « Impossible à lâcher » prend vraiment tout son sens.

Bienvenue chez les fous. Mais qui donc est réellement fou,? En partant sur des bases de « conspirationnistes paranoïaque » l’auteur tisse une toile impressionnante de réalité suggestive….Certains phénomènes décriés prennent du sens avec la magie d’une plume.

Pouvons-nous ouvrir le cerveau de l’auteur pour regarder comment il fonctionne ? Je pense que  non, et pourtant ……

Avec beaucoup d’humour et de l’amour pour le genre humain et le reste vous allez entrer dans un livre ou votre mental sera mis à dure épreuve, surtout votre foi en l’histoire et dans le reste aussi.

Avec Jack et d’autres acolytes nous allons parcourir le monde. Sur les trace d’un ami disparu, Jack s’en va dans un monde différent du nôtre.  Alternant flashback de l’enfance de Jack avec une course poursuite de ouf, ce qui  cela permet de calmer la sauce !

Abnégation et résilience peuvent parfois alterner le cours de l’histoire.

Ecriture fluide parfait pour ce genre de récit beaucoup d’humour, et derrière une excellente appréciation de l’humain ou pas.

A lire d’urgence, en urgence mais pas au urgences^^

Ce sera tout, il est impossible deparler plus de ce livre sans dévoiler un bout de l’histoire

 

Professeur d’histoire, Jack Felter revient à Franklin Mills, sa petite ville natale de l’Ohio, où son père, pilote à la retraite atteint de démence, est en train de perdre la mémoire. Ce retour forcé ravive de douloureux souvenirs : celui de Samantha, la fille dont il tomba amoureux, aujourd’hui mariée à Tony Sanders, ex meilleur ami devenu psychiatre. Sauf que Tony a disparu depuis maintenant 3 ans, et est présumé mort.

Jack décide de se lancer à sa recherche, mais le seul qui semble capable de lui apprendre quelque chose est Cole Monroe, le dernier patient de Tony – un garçon de 16 ans soigné pour paranoïa. Jack est contraint de faire cause commune avec lui pour suivre la trace de son ami. Leur quête – sidérante  – va les mener de Manhattan à des structures secrètes enfouies sous les Catskills, pour s’achever sur une île secrète du Pacifique.

L’enjeu ? Aux frontières de la folie et du temps, percer le mystère du Grand Oubli, cette gigantesque conspiration chargée de dissimuler certains évènements de notre Histoire.

DERNIER APPEL POUR LES VIVANTS, PETER FARRIS par Bruno D.

Premier ouvrage publié de Peter Farris , le titre original Last call for the living est  un titre issu de la fameuse collection Neonoir de chez Gallmeister. J’avais déjà pu apprécier avec Le Verger de Marbre d’Alex Taylor combien cette collection sortait des sentiers battus en prenant  comme référence le style le Neonoir.

 

Dérivé du cinéma hollywodien, le Neonoir est considéré comme une évolution du genre noir. Ce type de littérature cherche à gratter le vernis d’une civilisation trop policée pour en révéler les effets pervers avec en première place bien souvent l’argent et la violence.

Avec ce roman, Peter Farris tape en plein dans le mille. Pour Charlie, ce ne devait être rien d’autre qu’une banale journée de travail à la banque. Pour Hickin, ce ne devait être qu’un casse de plus. Bref ,une journée ordinaire pour Charlie, sous le soleil de plomb de la Géorgie. En se réveillant ce matin là ,il ne savait pas que son destin allait basculer avec les événements à venir et qu’il allait  définitivement perdre sa petite vie pépère.

Avec ses chapitres courts au début pour donner du rythme et long ensuite (30 pages de moyenne), l’auteur nous immerge dans l’histoire avec une force réelle. Il prend le temps de bien camper le décor. Le braquage de la banque par Hickin est violent, rapide, et l’enlèvement de Charlie pas forcément prévu au programme. On sent déjà que ça dérape et qu’on va partir pour une folle équipée, d’autant plus que notre braqueur, malin et vif, a décidé d’entuber ses partenaires en opérant seul, une semaine avant la date prévue.

Le shérif Lang, séparé de sa femme et ne crachant pas sur quelques  packs de bières est chargé de l’enquête . On n’est pas loin du roman noir chez les bouseux, avec un employé de banque niais et un braqueur carburant lui aussi à la binouse, recherché par la police et …..ses ex associés de la fraternité aryenne  forcément pas ravis d’avoir été trahis.

C’est glauque, cru, viril. Nous en sommes en Géorgie, la chaleur est omniprésente et ne va pas tarder à amener l’orage. L’épopée est brutale et parsemée de cadavres. Au paradis des âmes perdues, des ploucs racistes, des rades de campagne, des poivrots et illuminés en tout genre ; Charlie va devoir s’accrocher pour survivre et trouver son chemin.

Ce bouquin n’a qu’un seul défaut, celui de se mettre à ronronner assez vite. De part son écriture ardue et ses longs chapitres, le lecteur tombe aussi dans une certaine léthargie voulue par l’auteur. Il faut par moment s’accrocher aussi pour ne pas aller chercher une bière, tout comme les acteurs de cette histoire sous peine de se déshydrater en tournant les pages tellement le sentiment larvé  d’étouffement est présent. Ce récit dense est bien un classique du néonoir et on devine facilement en se penchant un peu plus sur l’histoire et les personnages qu’ un second niveau de lecture peut faire jaillir bien des questions sur la société américaine.

En un peu plus de 300 pages, Peter Farris nous offre  un premier roman crasseux et angoissant à souhait ,avec une belle galerie d’individus complètement déjantés  dont l’unique but est de récupérer les fameux billets verts. On en vient à se prendre d’amitié pour ces cow-boys des temps modernes et on referme ce bouquin en se disant que l’auteur a bien su mener sa barque.

Leon de Mons Kallentoft , Markus Lutteman, Collection Série Noire

Aucune corrélation, avec le film, et c’est largement mieux !!!

Deuxième opus avec Zack, après une histoire de loups, voici un des travaux d’hercule avec le lion. Format plus court, mais plus sec, plus ramassé, avec un Zack en bout de course en permanence. Entre recherche de son passé, et d’un présent à la dérive, confère le passage de la roulette russe. Mais qui voudrait être Zack ? Pas moi.

Intrigue de folie, surprise à la clef personnage rentrant et sortant, ce deuxième tome est vivifiant et vivant, enfin presque. Le jeu, virtuel ou pas,  inscrit dans nos sociétés actuelles devient « hors-piste ». La recherche de sensations fait que certaines personnes courent à leur perte……a l’insu de pleur plein gré (mon cycliste préféré me l’a soufflé ) Un œil ouvert sur le monde du travail qui nous le savons tous devient aussi dangereux, burn out, dépression, suicide. Un petit rappel qui fait du mal.

Question basique du lecteur lambda, doit-on lire le premier tome ?

Evidemment on peut prendre le train en route, mais c’est mieux de se taper Zack avant, et d’attendre comme des ouf, la fin de cette trilogie.

L’intéressant dans ce livre n’est pas plus le « vilain » que le côté sombre de notre personnage principal,. Les autres personnages sont aussi très bien travaillés. Dans ce tome, on en apprend un peu plus sur Zack son , enfance, sa mère assassinée, et sur ses ami es, qui prennent de plus en plus de place. Quelques éclaircissement , mais le monde de notre « Hercule » moderne semble bien noire, même si un regard bleu glacé le surveille. Il ne s’agit pas de bienveillance…

Cette avec hâte qu’on attend la fin, tout est prêt pour une apothéose mythique.

Deuxième tome fougueux, sombre, et haletant, on en rugit de plaisir…..

Diversification des genres à la série, un grand bravo à Aurélien Masson.

 

un très bon entretien qui éclaira les lecteurs sur le personnage

http://www.lemonde.fr/livres/article/2016/02/04/mons-kallentoft-j-ai-voulu-creer-un-hercule-moderne_4859332_3260.html

 

Trad. du suédois par Hélène Hervieu

Collection Série Noire, Thrillers, Gallimard
Parution : 02-02-2017

 

loin de la violence des hommes de John Vigna, Albin Michel

Talentueux, M Geffard, dénicheur de talent, de plus, quand vous êtes adoubés par Chris Offut, il n’y a qu’à….qu’à lire, et rentrer dans ses belles nouvelles mélancoliques, brutales, humaine

M.Vigna a l’art et la manière de dépeindre la nature et l’essence humaine dans des contrées laminées socialement, des contrées éloignées mais éperdues de beauté

Ecriture qui saisit les âmes, comme un spectre pourrait le faire.

A travers différentes situations, nous voilà plongés dans différentes formes de violences. Les violences les plus dures ne sont pas que physique comme vous allez pouvoir le lire.

Dans ces nouvelles si nous côtoyons le désespoir, l’humour et la bonté humaine sont aussi présentes. C’est une véritable fresque humaine que ne renierait pas Honoré de Balzac.. Nous, lecteurs sommes encore remis à contribution, l’auteur nous empoigne par le colbac, nous emmène avec ses personnages, empathiques. Leurs états d’âmes seront nôtres

Loin de la mode néo polar Rednecks, Albin Michel, trace avec élégance sa route en défricheur de contrées et d’auteurs exceptionnels talentueux.

 

 

 

LES LARMES NOIRES SUR LA TERRE, Sandrine COLETTE

Je ne veux pas le lire ! Pourquoi ? Parce que rien qu’à écouter ma Florence m’en causer tous les matins, j’en ai l’estomac retourné et les glandes lacrymales qui me démangent ! Indéniablement Sandrine a du talent, indiscutablement elle sait écrire du Noir, le Noir et en Noir… pas du polar, ni du thriller mais du vrai Noir. Celui qui t assomme, te met des claques, qui te retourne, qui te déchausse les dents, qui te met la tête à l’envers et qui te fait faire trois tours dans ton slip sans toucher l’élastique !

Elle avait fait très fort d’entrée de jeu avec Des Noeuds d’Acier, confirmé son talent avec Un Vent de Cendres et Six Fourmis Blanches et enfin affirmé son appartenance à un mouvement d’écriture qualitatif avec Il ne reste que la poussière.

Là Ses Larmes confirment son talent ! Visionnaire ou prophétesse ? Ses Larmes font peur. Ses Larmes Noires coulent et creusent des sillons dans les ruines de nos idéaux.

Outre l’histoire de ces 6 femmes, Sandrine nous met face à une réalité qui nous pend au cou. Sa fiction est foncièrement inspirée de notre société actuelle, celle qui va nous tomber dessus en Mai 2017 ! Esclavage, Prostitution, État de Droit ou d’exception, Sécuritarisme extrême… tout y passe. Mais surtout c’est fait avec talent et élégance, en évitant les poncifs et l’écueil des caricatures faciles… L’histoire de ces 6 femmes c’est la nôtre, celle de notre monde, de notre univers. Elle est atroce et douloureuse, ignoble, effrayante et inquiétante parce qu’elle frappe à notre porte, parce qu’elle est là ; à deux pas de nous. Mais Sandrine nous laisse imaginer que l’espoir, la solidarité, la fraternité, l’union existent toujours et nous permettront de faire face à cet absolutisme revendicatif des esprits étriqués même quand la noirceur sociale et humaine atteint des sommets.

Merci Ada Merci Nini Merci Marie T Merci Jaja Merci Poule Merci Moe Et pour conclure comme disait Montaigne: « Ne cherchons pas hors de nous notre mal, il est chez nous, il est planté en nos en entrailles. »

BRUTALE de J.O. BOSCO par Monica

http://www.collection-la-bete-noire.fr/nos-livres/brutale/

Efficace. Efficace. Efficace !

A savoir : le roman est efficace, le personnage est efficace, les scènes d’action (nombreuses) sont efficaces.

Un seul (grand) regret : je n’avais pas lu Le Cramé du même auteur paru chez Jigal et ensuite chez Pocket. Non pas qu’il soit indispensable à la lecture de Brutale mais le personnage est vraiment classe ! Manquement à remédier dès que possible.

Lise Lartéguy est bien plus qu’une tête brûlée. Ses pulsions violentes remontent à l’enfance et ont laissé dans leur sillage nombre de regrets impossibles à effacer. Dès lors Lise doit composer avec et s’applique à canaliser ses crises de la manière la plus « constructive » qui soit.

Il y a du Dexter dans la psychologie de ce personnage dont les failles sont, en revanche, bien plus visibles. On s’y attache en moins de temps qu’il faut pour dire « Lise » et une fois rentré dans son monde il est difficile de lâcher le bouquin avant le clap de fin. (déjà?)

Lieutenante à la BRP avec un passif de combattante bien chargé chez les paras, la vie de Lise prend un tournant décisif lorsque son frère, officier dans la gendarmerie, manque de perdre la vie au cours d’une fusillade. Si auparavant notre héroïne flirtait avec la ligne jaune de temps à autre, cette nouvelle enquête, plus officieuse qu’officielle, l’entraînera bien au-delà des frontières de la légalité.

Rajoutez à cette enquête des jeunes filles vierges qui disparaissent, un commando de braqueurs « à l’ancienne », des scènes d’action hyper détaillées et retournements de situation qui vous donnent le vertige : qu’est-ce que je vous disais ? EFFICACE !

« Il y eut un vrombissement de moteur et elle fut éblouie par l’énorme projecteur qui s’allumait sur le toit du Dodge. Elle eut juste le temps de hurler :

-Couchez-vous !

Et elle se mit à tirer.

Face à elle, les flaches d’un fusil mitrailleur crépitèrent. Le vacarme des détonations se mêla à celui des douilles qui explosaient dans la culasse de son Beretta, elle vit la ligne rouge des balles traçantes passer devant elle pour aller au bout de la rue. Le canon de son arme visa le haut du Dodge. Bam ! Bam ! Bam ! Le projecteur éclata, plongeant la ruelle dans la nuit et laissant de grands taches blanches flotter devant ses yeux. Une voix cria dans son dos :

– Hé, la Foudre ! Pousse-toi contre le mur ! »

Bref, pas de répit, pas de temps mort dans Brutale.Un excellent moment de lecture parsemé de montagnes russes où le cœur du lecteur risque d’être assez malmené !

Une dernière petite chose : en cas d’adaptation (parce que le bouquin s’y prête, entre de bonnes mains ça donnerait un excellent film d’action), prenez, s’il vous plaît Karole Rocher (oui, j’ai un gros faible pour Roxane Delgado dans Braquo et bien sûr, Lise m’y a fait penser).

Deuxième  petite chose : même si « Brutale », Lise roule en KTM. Ça aussi c’est classe !

CIBLE ROYALE de GEORGE ARION, Genèse Edition par Bruno D.

Polar Lens 2015, George Arion, invité, est un romancier célèbre en Roumanie. Après conférence croisée avec Franck Thilliez, je  juge le personnage très intéressant de part son regard sur l’évolution de son pays. Je le rencontre, discute avec lui et me fait  dédicacer  deux de ses livres. Je me plonge pratiquement dans la foulée du salon  dans  Qui veut la peau d’Andreï Mladin ? intéressant à bien des égards. Février  2017 je retrouve Cible Royale, oublié dans un coin.

Avec sa couverture, façon espion des années 60 et son titre, Cible Royale, on se dit que «James Bond» n’est  pas loin.

A la chute de l’empire soviétique, les temps sont troubles à l’est. La Russie cherche à reprendre la main sur ses anciens satellites.Le président russe rêve de rayer la Roumanie de la carte et élabore une incroyable machination : faire revenir l’ancien roi de Roumanie pour le faire assassiner et déstabiliser ainsi tout le pays.

Ce roman est une  peinture sans concession des ex pays de l’est, sortant à peine du joug soviétique. Outre le climat rude et l’alcoolisme présent jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir, on y retrouve une fine description des services secrets à la solde de la toute puissance étatique. On utilise les gens, on les déplace, au mieux ; ou, on les exécute après les avoir torturés au pire. Ce sont des pions ; on joue avec.

Tout le monde se méfie de tout  le monde. Ce livre situe son action au début des années 90 et une foule de personnages vont se croiser. « L’homme aux mille visages », un tueur à gage froid et cruel, des jumeaux terroristes, les services secrets roumains, leurs homologues russes, la CIA, le Mossad. C’est une course contre la montre et on voyage de Bucarest à Moscou en passant par Las Vegas, Los Angeles, Vienne, Tel -Aviv, Dubaï, Venois…

Sur les ruines de l’empire éclaté, George Arion déroule son histoire avec un fil rouge conducteur, celui d’un homme amoché sur son lit d’hôpital qui ne se souvient de rien. Son ironie et son ton particulier donne une vision inédite de l’Europe de l’est d’hier et d’aujourd’hui.

J’ai pour ma part trouvé ce récit lent et un peu ennuyeux par moment. On est assez loin des James Bond et de ses scènes d’action virevoltantes. Mais on est dans un vrai roman noir géopolitique qui prend son temps, témoin d’une époque pas si lointaine que cela, avec un auteur concerné qui maîtrise le sujet et sait de quoi il parle. Comme aux échecs, chacun avance ses pions dans un rythme lent en essayant de masquer ses coups afin de protéger ou d’abattre le roi…

Il vous faudra terminer la partie, pardon le livre, pour savoir qui va remporter la donne.

DYNAMIQUE DU CHAOS de G. Gilberti, par BD

Edition hardcore et non censurée,  publiée chez RING

Ring, ring, ring, ring, c’est la sonnette de la porte d’entrée pour la majeure partie d’entre nous. Au mieux c’est le périphérique autour de Bruxelles ,ou encore un film d’épouvante reconnu !

Aujourd’hui, RING, est aussi et avant tout une maison d’édition qui insuffle un vent nouveau en publiant des bouquins sortant des sentiers battus. Guérilla de Laurent Obertone et pour ce qui nous concerne ici La dynamique du Chaos de Ghislain Gilberti.

Venons en au fait. Ce livre d’abord publié en ligne sur internet en 2007 a fait l’effet d’une bombe. Publié aujourd’hui en version papier et sans censure, il permettra à un large public d’entrer de plein pied dans la jeunesse «très» tourmentée de l’auteur.

Ghislain Gilberti nous l’affirme dans l’introduction de son bouquin comme il nous l’avait affirmé de vive voix lors d’une rencontre en Janvier chez Humeurs Noires à Lille, ce livre est une véritable catharsis : « J’ai ainsi pu vomir mon âme sur des pages blanches pour me délester d’un peu de cette souffrance accumulée qui me rongeait de l’intérieur ».

C’est clair, net et sans ambage. Ghislain nous raconte à travers ce texte sauvage la chute d’un homme sur fond de drogues, d’alcools, de sexe, et d’abus en tout genre. Séverine,son grand amour étant un accélérateur puissance mille vers la déchéance et la perdition. C’est glauque, violent, sordide, impressionnant, tout en étant d’une réalité des plus crue et on se sent étouffé par cet univers que l’on découvre en compagnie de Gys. Il nous livre sans concession une vision non édulcorée de sa descente aux enfers telle qu’il l’a vécue en trois jours et autant de nuits.On est happé par la violence du récit et cette période sans limite, qui nous  plonge  en même temps que lui dans le monde de la drogue, de la nuit, des paumés et des teufeurs jusqu’à l’abîme final .

Ce roman dérangera beaucoup de monde, mais il existe et c’est très bien. Peinture au vitriol d’une certaine fange de la société, cette histoire, c’est la sienne, l’encre sur le papier, c’est son sang. Le style de Gys est surprenant et sans fioriture. La puissance du récit est telle que l’on ne peut ressortir indemne de cette lecture. Ghislain nous permet d’être dans sa tête, à sa place sans pour autant en prendre les risques. Il nous fait presque un cours sur les drogues et se permet au cours de courtes diatribes pleines de bon sens de retoquer le Medef et le monde du travail, la politique, l’Islam,ou les repas de famille.  J’aime bien quand il dit, je cite : « reçu dans le bureau de Monsieur Damien Mislot, le directeur des ressources humaines, une petite limace à lunettes, bien grasse et répugnante, toute tassée et voutée d’avoir rampé toute sa vie pour accéder à son poste».

C’est du Gilberti pur jus et sa dynamique du chaos  est truffée de bons mots et de phrases ciselées qui font mouche. L’humour présent tout au long du récit allège et soulage le lecteur qui suit la plongée en enfer de l’auteur.

Ghislain Gilberti a un indéniable talent,c’est certain. Ce « docu-roman » révèle une âme meurtrie et sensible, mais  c’est aussi la chrysalide qui va lui permettre d’abandonner ses démons et de se révéler en tant qu’écrivain. Je suis impatient de lire ses autres livres et de le rencontrer à nouveau, parce qu’il me semble bien que ce garçon, avec le brio qui le caractérise, a encore beaucoup de choses à nous apprendre et a nous raconter.