Elastique nègre, Stéphane Pair (Fleuve éditions) par Bruno D.

Guadeloupe, Vieux Bourg, une femme blanche à l’identité inconnue est retrouvée morte dans la mangrove. Pour le Commandant Gardé, « esclave blanc d’une petite fille d’esclave noir », ça c’était avant son divorce, c’est l’occasion d’une enquête tortueuse en pays Gwada, terre de mystère et de vaudou, bien loin des clichés touristiques des plages de sable fin et des cocotiers !Stéphane Pair - Elastique nègre.

Ce premier roman de Stéphane Pair est un puzzle ou l’on se perd. Une narration très particulière où, à chaque chapitre, on rencontre un nouveau personnage, de nouveaux lieux et une chronologie bizarre, font que j’ai eu du mal à suivre. L’arc caribéen et la Guadeloupe en particulier brille pourtant de tous ses feux. Mais c’est surtout un pays plaque tournante de drogues en tout genre, et d’individus peu recommandables que l’on s’apprête à découvrir. Végéta, Crab, Mygale, Lize, Tavarès, nouveaux héros flamboyants et décadents traversent ce roman boueux, des coins les plus sombres de Pointe à Pitre comme Carénage au luxe démesuré des yachts croisant au large des cotes et des paradis fiscaux.

S’il n’y avait pas ce découpage incongru, j’aurais beaucoup apprécié ce condensé de noir qui éclaire d’une autre façon cette île française supposée merveilleuse. Pour bien connaître cette Guadeloupe, on ne peut nier que l’auteur nous apporte sur un plateau et en se livrant à un véritable scanner, une autre vision : celle des « Kounya’Mamawn », des métros, de La Force, et des substances prohibées qui rongent cette terre au plus profond d’elle même. L’esclavage comme vérité historique, le rhum comme vecteur social, et la misère et la pauvreté en ligne de mire sont au centre de cet opus. Livre sociologique à souhait, on dirait que Stéphane Pair a voulu mettre tellement d’ingrédients dans son scénario qu’il s’est peu à peu égaré… Et moi avec finalement !

On retrouve les lieux emblématiques de la Guadeloupe, La pointe des Châteaux, Morne à L’eau et son célèbre cimetière à damiers blancs et noirs, le Grand Cul de Sac Marin, Pointe à Pitre, la Mangrove et ses palétuviers, ses squats, ses villages de cases (de moins en moins) et cette apnée en territoire créole est déroutante, originale et surpuissante. Qui n’a pas un jour mis les pieds en Guadeloupe ne pourra pas tout à fait comprendre ce climat, cette atmosphère si particulière.

Pour ma part, j’ai eu l’impression de revivre, en remettant les pieds dans mon île préférée, mais même avec cela, j’ai bien eu du mal à trouver mon compte et à terminer ce bouquin. Drôle de sentiment au vu d’un titre alléchant, d’ un décor paradisiaque et d’une quatrième de couverture sympa qui ne suffisent pas à en faire un titre convaincant. Sans doute les défauts d’un premier écrit, d’une volonté de trop bien faire et malheureusement à l’arrivée, une certaine déception ; voilà mon avis !

Power Play, Mike Nichol (Cadre Noir Seuil) par le Corbac

Résultat de recherche d'images pour "power play mike"Ça c’est drôlement chouette. Lu il y a 2 mois je trouve enfin les mots ou le temps pour en dire tout le plaisir que j’ai pris à me le laisser embarquer en Afrique du Sud. D’emblée on oublie les clichés apartheid, ségrégation et tout le tralala. Ici on est dans du musclé sévère et avec des individus (femmes comprises ) sévèrement burnés. Alors oui c’est un bon polar, un truc chiadé comme il faut qui suit à la lettre la recette du « blockbuster ».

On a tous les ingrédients : la famille, les amis, les trahisons, les fusillades, la vengeance, les services secrets, le gouvernement et même une histoire d’amour. Que de clichés me direz-vous.

Mais non mais je vous répondrai :

Mike Nichol il sait la préparer sa mayonnaise. Il sait la battre et la faire prendre, y rajoutant sa touche personnelle, le petit ingrédient qui fait toute la différence et qui rend Power Play un excellent plat rafraîchissant quelque soit la canicule.

Pas de lourdeur ni d’extravagance, point d’excès ou de divagation inutile.

Tout tiens la route, autant que les patriarches à leurs acquis, les chinois à leur thune et le gouvernement à son alliance.

Donc un polar fouillé et nerveux, tout en finesse et profondeur dont le sujet principal, hormis les ormeaux, est la manipulation et la trahison. A lire pour se désaltérer et se détendre.

Le Corbac

Boccanera, Michèle Pedinielli (L’aube noire)

Résultat de recherche d'images pour "boccanera livre"Une bien belle découverte en cette période estivale que Ghjuilia Boccanera, détective niçoise. Bien qu’atypique au possible, je me suis immédiatement attachée à ce personnage brut de décoffrage et à ses répliques hilarantes. Il faut dire qu’elle lit du Craig Johnson (preuve de grande qualité d’âme sans nul doute), est passablement maladroite et partage avec moi (et sûrement d’autres) une philosophie sur le fait de vouloir ou non des enfants et d’être en droit de décider quoi qu’en disent les gynécologues.

Le rythme est soutenu, le style savoureux, et l’ensemble fait un sort à bon nombre de clichés de la vie quotidienne, des modes de consommation ou encore de la famille.

Et puisque je suis encore coincée au bureau quel plaisir de me balader dans Nice, dont on sent parfaitement toute l’affection que l’auteur porte à sa ville. Des quartiers historiques ou nouvelles constructions en passant par l’inévitable « Prom », elle nous raconte son évolution, ses lieux emblématiques, le tout assaisonné de mots niçois qui donnent à l’ensemble une jolie teinte dépaysante (et encore il fait beau actuellement en Normandie sinon l’effet serait probablement décuplé !)

Venons en à l’intrigue tout de même, très bien menée, qui démarre par la visite d’un jeune homme qui confie à Boccanera l’enquête sur le meurtre de son compagnon, n’ayant pas confiance en la police qui s’oriente un peu trop à son goût sur la théorie de jeux sexuels qui auraient mal tourné. C’est avec peu de tact, beaucoup d’humanité et d’ouverture, de nombreux contacts et une bonne dose d’imprudence que notre improbable détective va mettre les deux « Doc Martens » dans le plat…

Un premier roman très prometteur, distrayant et bien construit, je mettrai juste un tout petit bémol sur la fin mais je note Michèle Pedinielli dans mes auteurs à suivre de près !

Perrine

UN MENSONGE EXPLOSIF, CHRISTOPHE REYDI-GRAMOND (LIANA LEVI) par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "un mensonge explosif"Qui ne se souvient pas de la catastrophe survenue dans notre pays le 21 septembre 2001 ? AZF, trois lettres gravées à jamais dans la chair meurtrie des toulousains et des français pour cet accident survenu une dizaine de jours après le «World Trade Center». Christophe Reydi-Gramond n’a pas oublié et ouvre l’enquête à sa façon. «Un accident industriel à 99%» déclarent d’emblée les autorités.

Il faut replacer cet épisode douloureux dans le contexte de l’époque. Avec une situation sensible suite à l’attentat massif des States et en pleine période de cohabitation et d’élection présidentielle à suivre en France, avec un premier ministre candidat contre le Président; voilà que la destruction de cette usine  va  faire tourner en bourrique politiques, journalistes et  les services de police les plus divers, de l’Antiterrorisme à la Gendarmerie en passant par le contre espionnage et les plus hautes sphères du pouvoir.

Clovis Lenoir, commissaire à l’antiterrorisme et son patron Magne, tous deux en première ligne vont enquêter. Entre vraies fausses révélations et pistes diverses, l’auteur nous brosse un tableau contrasté et nébuleux d’une affaire hors norme qui alimente depuis plus de 15 ans les plus folles rumeurs. Entre théories complotistes, très à la mode et vaste exploration d’un univers d’industriels aux motivations floues, de physiciens idéalistes et de consultants espions à la James Bond, on nage en plein mystère. Ou est le semblant de vérité, que s’est il réellement passé, qui tire les manettes et quels sont les intérêts de chacun?

C’est très compliqué, trop peut être et par moment on a du mal à suivre. C’est un premier roman, une fiction avec du fond et beaucoup d’interrogations. Mais on ne peut pas reprocher à l’auteur d’avoir voulu écrire une vérité qui dérange en mettant en lumière toutes les subtilités de ce « fait divers ». A partir des relevés des investigations, on s’aperçoit que ce qui pourrait paraître improbable a pourtant été constaté et Christophe Reydi-Gramond se sert remarquablement de ces lacunes pour dérouler son histoire.

C’est une vaste quête à travers le monde géopolitique où la partie apparente de l’iceberg que l’on veut nous montrer est  loin de toute vérité. Entre John Le Carré ou  Robert Ludlum, complexité des  multinationales qui sont aussi puissantes que les états, l’auteur place l’énergie au cœur de cet inextricable récit et  nous ballade avec ses théories et ses explications.

C’est plutôt réussi même s’il faut parfois s’accrocher au vu des chemins que prend CRG  pour développer son scénario. Quoi qu’il en soit, à travers ce Mensonge explosif, l’écrivain éveille notre conscience sur un événement qui n’a toujours pas fini de poser questions.

Un ami travaillant dans exactement le même type d’usine qu’AZF m’a d’ailleurs toujours soutenu que la version officielle retenue était impossible ! Au moins ce bouquin a le mérite de rebattre les cartes avec beaucoup de finesse et de nous montrer que peut être, comme dans les « X Files », finalement, « La vérité est ailleurs ».

Akkinen zone toxique, IWAN LÉPINGLE (Sarbacane) par Yann

On n’en finit pas de découvrir des pépites au sein du catalogue BD des excellentes éditions Sarbacane. Paru au mois de février, Akkinen zone toxique d’Iwan Lépingle ne déroge pas à la règle et donnera envie de découvrir ses bouquins précédents, à savoir Kizilkum et Rio Negro, tous deux parus aux Humanoïdes associés en 2002 et 2007. On le voit, l’auteur n’est pas du genre à publier 3 livres par an, ce qui n’est pas pour nous déplaire, d’autant plus que le résultat fait mouche.

Gaspard et sa fille Tessie viennent s’installer à Akkinen, ville du grand Nord, chez Elias, le frère de Gaspard, par ailleurs directeur de Géotrupe, principal employeur local. Pendant que son père découvre son nouvel emploi dans la société, Tessie, livrée à elle-même, découvre la ville et ses habitants. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Pekko, écologiste convaincu, qui accuse Géotrupe de polluer la rivière locale avec des rejets toxiques. Pekko disparaît soudainement et Gaspard et Tessie se retrouvent au cœur d’une enquête qui va réveiller les vieilles rancunes.

Tout en rose et orange, le dessin d’Iwan Lépingle séduit immédiatement par sa finesse et excelle en particulier à restituer l’ambiance des paysages du grand Nord. L’intrigue, si elle reste assez classique, est néanmoins suffisamment riche et la narration maîtrisée pour que l’on ne s’ennuie pas une seconde à la lecture de ce polar écologique. Iwan Lépingle dresse une galerie de portraits atypiques et de personnages plutôt réussis, dont certains s’avèrent réellement attachants.

Le message est sans ambiguïté mais ce manque de nuances ne constitue pas un obstacle à la lecture d’ Akkinen qui vaut surtout par sa peinture d’un monde replié sur lui-même, comme un huis-clos dans les vastes étendues du grand Nord, une échappée belle pour celles et ceux dont la boussole interne reste invariablement tournée vers ces contrées sauvages, avant que la cupidité et l’égoïsme humains ne saccagent une nouvelle fois un environnement exceptionnel.

Yann

Aucune pierre ne brise la nuit, Frédéric Couderc (Heloïse d’Ormesson) par Perrine

Résultat de recherche d'images pour "aucune pierre ne brise la nuit"Une magnifique découverte grâce à Caryl Ferey qui en disait beaucoup de bien dans un article. Aucune pierre ne brise la nuit s’attaque avec beaucoup de subtilité à l’époque douloureuse de la dictature argentine. Bébés volés, grands-mères de la place de mai, vols de la mort, des faits dont j’avais vaguement entendu parler bien sûr, mais sans jamais m’intéresser vraiment aux détails.

Au musée du Havre, Ariane et Gabriel se rencontrent au détour d’une exposition sur des artistes argentins. Elle est issue de la bourgeoisie, épouse d’un diplomate, a voyagé à travers le monde, lui a fui l’Argentine et s’est installé en Normandie, travaille comme homme à tout faire. Malgré leurs différences, ils sont irrésistiblement attirés l’un vers l’autre. Et pour cause, le destin a visiblement décidé de les amener  à replonger dans leur histoire argentine, aussi lourde de secrets soit-elle.

Je sais à quel point cette période de l’histoire est douloureuse pour les argentins, et qu’il flotte une certaine ambiguïté, entre désir de justice et volonté d’oublier. Frédéric Couderc le retrace assez bien à travers ses personnages, en démontrant que si la justice est difficile à rendre et que retrouver les coupables est compliqué, avoir envie d’ouvrir la boîte de Pandore pour les victimes l’est tout autant. 

Avec beaucoup d’humanité il présente une variété de situations à travers ses personnages, des parents adoptifs de bébés volés (qu’ils le sachent ou non), à ceux de victimes des vols de la mort ou encore leurs proches. La question de l’identité est omniprésente, celles des bébés et de leurs parents bien sûr, des coupables et de leurs complices, jusqu’à celle du pays lui même et plus particulièrement de la ville de Buenos Aires. Aucune pierre ne brise la nuit porte un regard lucide et aimant sur l’Argentine, son histoire sombre mais aussi ce qu’elle est aujourd’hui, son évolution et son avenir. 

Il y est question de justice et de dénonciation, de nous rappeler qu’à travers le monde nous avons été nombreux à fermer les yeux (consciemment ou non) et qu’encore aujourd’hui de nombreux coupables coulent des jours heureux. Sans être moralisateur, Frédéric Couderc nous met juste face à l’évidence et aux responsabilités de chacun, pour éveiller un peu nos consciences et rendre hommage au travail formidable mené en Argentine pour aider les familles à se retrouver et à se reconstruire. 

Il me reste à vous parler d’amour, car il ne manque pas dans ce roman. Que ce soit dans un couple ou une famille, il apaise et aide à surmonter les drames autant qu’il torture. J’ai beaucoup aimé la façon dont l’auteur le distille au fil des pages, sans pour autant tomber dans le mièvre et l’utopie.

Avec sa belle écriture, sa justesse et son travail de recherche de qualité, Fréderic Couderc nous livre avec Aucune pierre ne brise la nuit un très beau roman aussi instructif que divertissant !

Perrine

Le silence d’après, Cath Staincliffe (Stéphane Marsan, trad. Nathalie Guillaume) par Yann

Cath Staincliffe - Le silence d'après.Avril 2015. Dans un train reliant Manchester à Londres, Saheel attend son heure de gloire, le moment où il pourra, en gare d’Euston, déclencher la charge d’explosifs qu’il cache dans son sac et rejoindre ainsi la cohorte des guerriers d’Allah contre l’Occident. Autour de lui, Jeff, Holly, Nick et sa famille, Caroline, Noman, Rhona et tant d’autres que seul le hasard a réunis dans ce train, ignorent qu’ils voyagent aux côtés d’un apprenti terroriste. Seule Nanda, la jeune soeur de Saheel, connaît les intentions de son frère, ayant visionné par hasard sur l’ordinateur de ce dernier, une vidéo devant être diffusée après son passage à l’acte.

Sur la trame assez classique d’un roman choral donnant tour à tour la parole à neuf personnages, Cath Staincliffe livre un roman efficace auquel on pourrait reprocher une première partie sans grande originalité. L’alternance des points de vue devient plus intéressante au fur et à mesure que les doutes apparaissent et que l’auteur parvient à faire monter une certaine tension autour de Saheel, notamment à travers les chapitres consacrés à Nanda, première personne à découvrir les projets du terroriste.

Mais, pour Cath Staincliffe, l’essentiel n’est pas là et, comme l’indique le titre du livre, c’est l’après qui l’intéresse et c’est en ce sens que la dernière partie du livre est la plus réussie, celle où la sensibilité dépasse le suspense, où les personnages prennent une vraie consistance.

Les réactions individuelles après l’anéantissement varient considérablement d’une personne à l’autre et Cath Staincliffe parvient à dépeindre des personnages qui se débattent avec ce drame chacun(e) à sa manière, dans l’échange ou le repli, dans la colère ou le pardon. Mais c’est Nanda qui nous aura le plus touché, jeune fille propulsée sur le devant de la scène car première informée des intentions de son frère. C’est elle également qui souhaitera accorder un entretien à des journalistes afin de tenter de faire comprendre ce que peut vivre une famille dont l’un des membres a choisi la voie funeste du terrorisme.

S’il n’est sûrement pas un roman inoubliable (ils sont finalement très peu nombreux), Le silence d’après constitue une lecture intéressante et plutôt réussie, un texte prenant et qui a le mérite de prendre en considération la souffrance des victimes et de leurs familles autant que celle des proches du terroriste, trop souvent ignorée.

Yann

Salut à toi ô mon frère, Marin Ledun (Série Noire)

Résultat de recherche d'images pour "salut à toi o mon frere"Vous n’êtes sûrement pas passés à côté de sa couverture qui marque sans nul doute une nouvelle ère chez Série Noire. J’espère que vous n’êtes pas non plus passés à côté des précédents romans de Marin Ledun qui sont tous d’une beauté, d’une noirceur et d’une richesse incroyable. Je pense en particulier aux visages écrasés qui traite de la souffrance au travail sans concession, avec une lucidité et une approche telle qu’il devrait être dans les programmes de formation de toutes les filières Ressources Humaines. Jusqu’à présent je trouvais que la force de cet auteur, était dans ses personnages, travaillés, torturés, humains, et dans son écriture d’une grande qualité. 

Ici on m’avait prévenu que le registre était différent : Drôle, incisif, rafraîchissant. Je ne peux que confirmer, dans la mesure ou si je n’avais pas su le nom de l’auteur, jamais je n’aurai imaginé que cela puisse être du Ledun.

Salut à toi ô mon frère, c’est l’histoire d’une famille pour le moins atypique, dont plusieurs enfants ont été adoptés. C’est une fable dans laquelle les personnages sont tous caricaturaux (sans que cela soit un défaut), de la mère fidèle à des principes au point d’en devenir hystérique, au père notaire qui gère un peu comme il peu les frasque de sa femme, en passant par les enfants tous différents. Un joyeux melting-pot de caractères dans une maison bien vivante où le maître mot n’est qu’amour. Lorsque que l’un des frères (en l’occurrence un des adoptés colombiens) est accusé de braquage avec violence, c’est toute la smala qui se met en branle pour le sortir de là.

L’ensemble donne une impression de bordel incroyable où la plume de Marin Ledun balance à chaque page foule de bonnes répliques, de références à la pop culture et de traits d’humour. C’est drôle pour sûr, c’est savoureux, rythmé, mais cela n’en reste pas moins noir. Car si l’auteur change effectivement de registre, ses thématiques de prédilection sont bien là : Racisme ordinaire, peur de l’autre, lutte des classes, conditions de travail déplorables… Par petites touches, il attire notre attention sur ce que nous côtoyons tous les jours, sans même plus nous en offusquer.

Salut à toi ô mon frère c’est donc un excellent roman que vous pouvez emmener sur la plage, qui vous fera passer un délicieux moment, mais ne comptez pas sur lui pour n’être que distraction, le message de fond est toujours là ! 

 

L’ IRLANDAIS, MAURICE GOUIRAN (Jigal polar) par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "L' IRLANDAIS, MAURICE GOUIRAN"Un peintre répondant au nom de Zach Nicholl est retrouvé mort dans son atelier marseillais.

Après avoir exploré avec brio les sombres heures du nazisme dans Le Diable n’est pas mort à Dachau, l’auteur choisit cette fois comme thématique centrale, mais pas que, cette longue période trouble ayant opposé la verte Erin à la perfide Albion, car Nicholl est un irlandais pure souche au passé mystérieux.

Une enquête ou les fausses pistes seront nombreuses, les atmosphères diverses, et les personnages charismatiques à souhait avec leurs ombres, leurs lumières, et leur amour pour la vie. Emma, la fliquette androgyne marseillaise, et Clovis, ex journaliste d’investigation connaissant l’artiste assassiné seront les principaux héros de ce roman.

Autour de Zach Nicholl, L’Irlandais, bien des questions vont se poser. Arrivé en France dans les années 2000, il donne l’impression d’avoir fuit sa patrie ou d’avoir voulu oublier quelques démons.

Sa femme Aileen, semble t-il ne connaît rien de son passé et demande à Clovis, comme une faveur de l’accompagner au pays pour ramener sa dépouille et l’enterrer.

Maurice Gouiran écrit toujours aussi bien, et son écriture fine et ciselée, presque poétique par moment sert une histoire ou son œil avisé ne manque pas de souligner une foule de détails, de remarques et de concisions qui donnent un sourire et une respiration toute marseillaise à ce récit.

Ses descriptions sudistes sont un bonheur, les panoramas irlandais qu’il offre à notre vision sont un délice, et les oppositions entre Sud, soleil et mauresque, n’ont d’égal que la brume et la bruine des verts paysages irlandais arrosés en permanence… par la Stout !

Documenté et avec la volonté manifeste de nous ramener de plein pied au pays du trèfle à quatre feuilles  pendant cette période très chaotique, l’auteur réussit à montrer, qu’à travers l’histoire avec un grand « H », l’anglais bien qu’ennemi héréditaire tout désigné, n’est finalement que l’arbre qui cache la forêt d’un  matriarcat des plus primaire et étouffant. Ces femmes, Aileen, Gethusa, Breena et les autres, dominées par ces us et coutumes bien arrangeantes pour les hommes ne sont-elles pas les vraies héroïnes de cette Irlande traumatisée ? Derrière la guerre de religion entre catholiques et protestants se cache l’émancipation de la femme irlandaise, autre combat, autre temps, autre mœurs.

Clovis va avoir beaucoup de mal, même en renouant avec ses anciens contacts, à comprendre ce pays qui évolue lentement mais qui règle ses affaires en famille. On ne parle pas, on ment, on égare, on cultive le culte du secret et ce peuple de rouquins est toujours profondément marqué par l’histoire, son histoire, ses martyrs, ses trahisons et… Miss Maggie.

La vérité se trouve peut être ailleurs, à Marseille ou a eu lieu le crime, ou les bateaux de croisières polluent en amenant leur touristes qui pullulent, là ou le commissaire Arnal peste contre une enquête qui n’avance pas, et là ou se trouve la vie de Clovis, berger à temps partiel, journaliste futé et amoureux de single malt.

Sur un condensé de ballade nord irlandaise, d’un plaidoyer pour son sud et de considérations écolos, Maurice Gouiran fait mouche une fois de plus en baladant son lecteur dans des univers variés, une exploration jamais anodine, actuelle et historique, que seul lui et quelques rares autres sont capables de faire. Si ça c’est pas du noir sociétal !

Soldes d’été, 2 chros pour le prix d’une par Bruno D.

Nous vous avons habitués à nos focus sur des auteurs, à chroniquer à plusieurs un même bouquin, cette fois Bruno a décidé de vous parler du Cri de Nicolas Beuglet et de La patience du diable de Maxime Chattam en même temps. Pourquoi ? Vous le découvrirez en le lisant ! 


Résultat de recherche d'images pour "le cri Nicolas Beuglet"C’est drôle comme quelquefois en choisissant deux livres pour partir en vacances,on se retrouve avec deux bouquins traitant à 70% presque du même sujet : Le Cri de Nicolas Beuglet et La Patience du diable de Maxime Chattam ont en commun le traitement de la peur extrême et de la terreur. Ne dit on pas en effet « mourir de peur » ? Et pour tout vous dire ce n’est pas l’auteur le plus connu qui s’en tire le mieux ! Nicolas Beugnet gagne de très loin avec un magnifique thriller, précis, argumenté que vous n’aurez pas envie de lâcher une fois que vous aurez commencé à tourner les pages.

En Norvège, région d’Oslo, dans un hôpital psychiatrique, un patient interné depuis très longtemps est retrouvé mort, mort de peur littéralement au sens premier du terme. La secrète et efficace inspectrice Sarah Geringen dont la vie vient de basculer suite à une séparation brutale et forcément douloureuse, va se lancer à corps perdu dans une enquête qui devrait rapidement être bouclée puisque la cause de la mort en question est le suicide. Ko debout par sa vie qui s’effondre et ses nerfs très éprouvés, Sarah va néanmoins constater un certain nombre de zones d’ombres et soulever de nombreux points d’interrogation grâce à son grand sens de l’observation et son esprit de déduction plus affûté que jamais. L’adrénaline de l’enquête est un remède stimulant pour une enquêtrice au bord de la rupture !

Qui était donc ce patient n° 488, coupé du monde et que personne ne connaît autrement que par son numéro bien énigmatique. Ce roman de Nicolas Beuglet est une superbe réussite qui mérite vraiment le label de « thriller ». Une intrigue au cordeau avec des tiroirs multiples, un rythme soutenu, des rebondissements, des personnages charismatiques, un timing digne de la série « 24h Chrono », de multiples pays visités, et des morts qui s’accumulent, voilà un excellent roman qui a déjà fait le bonheur de nombreux lecteurs.

Sciences et religions en toile de fond, l’auteur développe des théories forts intéressantes oscillant entre réalités et fictions. Sans vouloir dévoiler la moindre information au sujet de cette formidable aventure, l’auteur reste juste et sobre et ne tombe pas dans la démesure inutile comme j’ai pu le constater sur le Chattam.

Palpitant et angoissant du début à la fin, ce scénario hollywoodien croise plusieurs thèmes maintes fois rencontrés dans d’autres livres, mais avec un angle d’attaque complètement différent. C’est instructif et on se laisse prendre au jeu que nous propose l’auteur. Les deux principaux personnages avec leurs blessures et choix cornéliens de vie n’ont aucun mal à attirer notre sympathie et notre respect. Facile de s’identifier à eux, même si on ne survivrait certainement pas longtemps à leur pérégrinations. A part cette indestructibilité de nos héros (bon, un peu comme au ciné finalement), qui est peu crédible, Nicolas Beuglet nous fait passer un excellent moment avec son scénario plutôt bien tourné. J’ai pour ma part refermé ce livre en étant conquis et avec la certitude que quelquefois entre deux auteurs maniant la terreur, c’est pas forcément le plus coté qui a rendu la meilleure copie !


Résultat de recherche d'images pour "la patience du diable chattam"Quoi de mieux en vacances qu’un Maxime Chattam pour se détendre et frissonner, oublier les soucis, et se plonger dans une lecture supposée captivante. C’est ce que je me suis dit en emportant  La Patience du Diable, suite de La Conjuration primitive qui m’avait emballée. Retrouver Ludivine Vancker, Segnon et toute l’équipe était tout désigné pour se faire plaisir.

Un go-fast réservant des surprises et des gens ordinaires découvert morts de terreur, l’auteur nous propose une histoire terrifiante, avec tout le talent qui le caractérise. Les ingrédients sont là, le timing, les personnages, les décors et un scénario très très mystérieux qui laisse planer un sentiment de malaise exacerbé. MAIS, j’ai trouvé cette fois ci qu’il en faisait bien trop ! Abracadabrantesque et peu crédible alors que je suis en général très bon public, Maxime Chattam charge le trait entre explosion de violence dans une atmosphère de fin du monde, considérations existentielles, et un surnaturel présent tout au long du roman et finalement peu convaincant. Trop c’est trop, d’autant plus que son propos se délite comme s’il avait voulu allonger la sauce ou remplir des pages coûte que coûte !

On retrouve quand même ce qui fait la force de l’auteur, un savoir faire indéniable pour faire monter le suspense et créer angoisses et rebondissements, mais l’ensemble manque pour moi clairement de fluidité, de netteté. 

Dans ce roman ou l’on parle beaucoup de diable, d’ésotérisme et de cinglés, le climat général est particulièrement lourd et suffocant. Maxime Chattam que j’adore pourtant après avoir lu sa brillante Trilogie du Mal ou encore La Conjuration primitive devrait méditer cette citation bien connue «le diable se cache dans les détails», parce que au fur et à mesure des 575 pages, j’ai eu l’impression qu’il perdait un peu de vue son fil conducteur et sa légendaire mécanique de précision qui a fait son immense succès.

C’est  un roman en demie teinte, une déception pour moi, d’autant plus ressentie que je l’ai lu juste derrière Le Cri de Nicolas Beuglet. Et là , il n’y a pas photo entre les deux, le Chattam souffre   d’une comparaison pas à son avantage ! Je sais que Maxime Chattam a ses fans et ses « Mordus », mais cette fois ci, j’ai le sentiment de quelque chose qui cloche, et j ‘en suis ressorti chagriné et pas convaincu, déçu oui !