La trilogie Cass Neary, de Elizabeth Hand

Je suis un admirateur absolu de Elizabeth Hand depuis 2007 quand j’ai lu la traduction de « Mortal love » (chez Denoel sous le titre « L’ensorceleuse », puis en Folio SF). Superbe roman labyrinthique, sensuel, déroutant, se déroulant à Londres et dans le Maine au XIXè siècle et de nos jours , plein de références artistiques et littéraires sur ce qu’est la création, la folie, sur l’Art et sur ce qui fait l’Art.

Un des fils rouges du roman étant le personnage de Daniel Rowlands, journaliste à Londres de nos jours, dont les recherches sur le mythe de Tristan et Iseult va finir par le faire rencontrer une étrange jeune femme qui semble connaître beaucoup de choses sur une « Folk Lore Society », société que le lecteur croisera dans les chapitres se déroulant à l’époque Victorienne.

Ce roman pourrait freiner quelques lecteurs du fait de sa narration éclatée et de ses multiples références à la peinture, mais si on se laisse porter par la prose de Elizabeth Hand, et par le mystère entourant la muse des différents artistes maudits croisés au long du livre, on aura lu un grand roman, parfois proche d’un thriller littéraire, parfois proche d’un roman d’horreur ou même d’un conte de fée difficile à oublier.

Quand j’avais entendu qu’elle publierait quelques temps plus tard un nouveau livre chez Small Beer Press, la maison d’édition créée par Kelly Link (dont le recueil « La jeune détective et autres histoires étranges » a été traduit chez Denoel) et Gavin Grant (maison d’édition que je connaissais pour avoir publié le roman culte de Carol Emshwiller « The mount », et qui plus tard allait publier les trois romans « The liminal people », « The liminal war » et « The entropy of bones » d’un autre de mes auteurs préférés : Ayize Jama Everett), un polar dont l’héroine était une photographe punk qui allait se retrouver plus ou moins bloquée sur une île au large du Maine, je m’étais dit qu’il ne fallait pas que je rate ce livre, et c’est comme ça que je suis tombé sous le charme de Cass Neary.

Je n’ai pas encore lu tous les romans de Elizabeth Hand, regardez ici : https://www.fantasticfiction.com/h/elizabeth-hand/

Vous verrez qu’elle a écrit bon nombre de romans, dans plusieurs genres différents, fantasy, polar, fantastique, plusieurs recueils de nouvelles et quelques novelisations de films ou séries télé, ceux que j’ai lus m’ont tous emballés.

Aujourd’hui je vais juste vous parler des trois aventures de Cass Neary : « Generation Loss » en 2007 (traduit chez Super 8 sous le titre « Images fantômes »), « Available dark » en 2012 et « Hard light » en 2016.

Dans « Generation loss » (qui a reçu le premier Shirley Jackson Award en 2007), nous faisons donc la connaissance de Cass Neary, photographe punk expérimentale ayant eu son moment de gloire une trentaine d’années auparavant avec son livre « Dead girls ». Aujourd’hui la quarantaine passée, Cass survit tant bien que mal à New York, aidée par l’alcool et les cachets. Un ancien ami lui fait une proposition : interviewer une photographe célèbre, Aphrodite Kamestos, vivant recluse sur l’île Paswegas island au large du Maine. Cass accepte, mais en arrivant elle apprend que plusieurs disparitions ont eu lieu. Elle finira par se retrouver à enquêter plus ou moins malgré elle sur ces disparitions et sur le fils d’Aphrodite.

Quand Cass débarque sur l’île, on a l’impression de lire une histoire de Lovecraft, le mépris palpable des habitants à l’encontre de cette ancienne punk en jean noir, santiags et cigarette au bec. Heureusement pour elle, Cass finira par se faire quelques alliés…

Les points forts du livre sont nombreux, tout d’abord le personnage de Cass Neary est incroyable. Anti-héroine, survivante de l’époque punk, avec un tatouage déclarant « Too tough to die », capable de citer Roland Barthes ou Lou Reed dans la même phrase, accrochée à son vieil appareil photo Konica (elle refuse d’utiliser un appareil numérique) comme si c’était le dernier vestige d’une époque oubliée, une des blagues récurrentes dans les trois romans est la difficulté qu’elle rencontre pour trouver les pellicules noir et blanc qu’elle utilise dans son appareil.. Tout au long du livre, et des romans suivants, le monologue intérieur de Cass est magnifiquement rendu par Elizabeth Hand, avec toujours un humour noir cinglant. A la fois roman policier et hommage au roman gothique, « Generation loss » est un superbe roman dont l’atmosphère, les personnages et l’histoire valent le détour.

Ce que j’aime beaucoup dans « Generation loss », et qui sera également présent dans les deux romans suivants (qui était déjà présent dans « L’ensorceleuse »), sont toutes les références aux Beaux-Arts et à la photographie. Ce n’est jamais en trop, ou trop poussé, elle ne noie pas le lecteur sous une tonne de notes de bas de page, tout est raconté ou cité dans l’histoire, ou au détour d’une conversation.

Le deuxième roman, « Available dark » débute exactement où « Generation loss » se terminait, et là attention je vais parler d’un petit spoiler sur la fin du livre.

A la fin du roman donc, Cass est recherchée par la police, par chance le même ami qui lui a proposé cette fameuse interview d’Aphrodite Kamestos lui propose un autre boulot, cette fois-ci à Helsinki, pour authentifier des photos d’art. Cass se rue sur l’occasion pour échapper aux autorités, mais après avoir vu les photographies en question, représentant des meurtres inspirés du folklore islandais, Cass est à nouveau obligée de s’enfuir en Islande. Elle atterrit à Reykjavik et se retrouve encore empêtrée dans une histoire de meurtres impliquant son amour de jeunesse et un étrange musicien vivant en quasi-ermite.

Là-encore, c’est un super roman, je crois que si on me mettait un flingue sur la tempe en me demandant de choisir mon préféré, je choisirai celui-ci. Toutes les références au folklore islandais sont extrêmement intéressantes, je suis éternellement reconnaissant à Elizabeth Hand de m’avoir fait connaitre les treize fameux Yule lads (ici en français), des sortes de lutins ou trolls de Noël : Doorway-Sniffer, Window-Peeper, Candle-Stealer, Meat-Hook, etc…

L’autre point intéressant du livre est le fait qu’Elizabeth Hand approfondit le personnage de Cass, on en apprend plus sur sa jeunesse et sur son premier amour : Quinn. Ce roman me plait particulièrement car Elizabeth Hand a écrit un roman policier nordique, mais en subvertissant ce qu’un lecteur attend d’un polar nordique en général, et le tout est réalisé avec sa maîtrise et son sens de la narration habituels.

Et je ne vous parle pas des magnifiques descriptions des paysages islandais, déjà dans « Generation loss » il y avait des superbes passages décrivant l’île et la nature sauvage, mais ici il y a des passages magiques quand Cass se promène et Elisabeth Hand arrive à retranscrire en mots et en paroles ce que Cass voit et ressent en tant que photographe.

La fin du roman est magistrale, et là encore, le troisième roman « Hard light » débute directement après, et là encore attention, je vais parler d’un petit spoiler..

Cass a réussi à quitter Reykjavik, et doit retrouver Quinn à Londres. Mais une fois arrivée, tout ne se passe pas comme prévu, et Cass va rencontrer Krishna une jeune chanteuse, Poppy, une ancienne groupie célèbre dans les années 70, et se retrouvera plus ou moins obligée à travailler en tant que courrier pour Mallo et Morven, un étrange couple trafiquant des antiquités volées. Quand des meurtres ont de nouveau lieu autour d’elle, Cass découvrira peur à peu que toutes ces personnes sont liées à un film underground considéré culte « Thanatrope » réalisé par un certain Leith Carlisle…

Il y a là-aussi des passages incroyables dans ce roman, certains sont très sombres et d’autres plus légers comme lorsque Cass parle de la gentrification de certains endroits, ou se moque des petits bourgeois. La dernière partie du livre se déroulant dans un petit coin perdu du sud-ouest de l’Angleterre n’est pas sans rappeler la partie finale de « La conspiration des ténèbres » de Roszak et les « Paleolithic Productions » pour ceux qui l’auront lu, Elizabeth Hand s’amusant à revisiter le mythe de la Caverne de Platon, et livre un final on ne peut plus réussi.

Que dire de plus ? Les trois romans sont excellents, ils sont tous centrés sur l’Art et la photographie, avec toujours un petit coté surnaturel ou occulte qui se révèle petit à petit. Comme je l’ai dit plus tôt, le personnage de Cass Neary est incroyable, mais il ne faut pas oublier également la galerie de personnages secondaires qu’elle rencontre au long des trois romans. Tous les personnages sont extrêmement bien travaillés et vivants, et il en va de même pour les artistes et les oeuvres imaginées par Elizabeth Hand.

Pour l’instant il n’y a aucun nouveau roman annoncé, mais je ne peux qu’espérer qu’on finira par avoir une autre aventure de Cass Neary, car malgré tous ses défauts et ses addictions, elle reste un superbe personnage et pas seulement le « ghost of Punk » comme elle se qualifie dans le dernier roman.

Pour finir, il y aura une interview avec Elizabeth Hand dans quelques temps…

 

Le site de Elizabeth Hand

RAVAGES, ANNE RAMBACH (RIVAGES /NOIRS) par Bruno D.

Voilà une bien jolie découverte parue chez Rivages noir en 2014, pas étonnant au vu du catalogue de cette maison. Journaliste d’investigation, Dominique André est retrouvé mort à son domicile par son amie Elsa Délos. Tout indique un suicide, mais cette dernière refuse cette hypothèse et demande à une amie et collègue Diane Harpmann de l’aider à découvrir sur quoi travaillait « le suicidé ».

On se dit que c’est classique et que le sujet a été maintes fois exploité. Et pourtant, on se retrouve vite embarqué dans une histoire haletante et irrespirable sur fond du scandale de l’amiante. Addictif et très perturbant, ce roman est un témoignage poignant sur les ravages de l’industrie de l’amiante et sur l’amnésie et implication des pouvoirs publics.

Complots, tueurs à gage, manipulation de l’information et des acteurs, chocs et vérités multiples difficiles à remonter, on retrouve tous les ingrédients du thriller. Se méfier de tous est une règle de survie et trier le bon grain de l’ivraie demande précision, entêtement et une prise de risque maximum. Noir et documenté à foison, l’auteure, qui n’oublie pas son métier de journaliste, nous délivre une histoire effroyable. Elle décode le scandale de l’amiante depuis sa source et nos deux journalistes, Elsa et Diane, nous font découvrir l’incroyable crise sanitaire que beaucoup ont cherché à minimiser ou à étouffer. On se prend à vibrer et à avoir peur pour nos deux héroïnes et surtout on se demande, ébahis et les yeux grands ouverts, si on a bien tout compris.

Bien sûr c’est une fiction. L’accointance des milieux industriels et médico  politico judiciaires est une pure vue de l’esprit ! Tout cela est à vomir. On y trouve également une autocritique des journalistes qui ont fermé les yeux et n’ont pas fait leur boulot, une mafia omniprésente lorsqu’il s’agit de gratter du fric et doucement on arrive à une conclusion pleine de rebondissements, mais qui finalement ne constitue ni une surprise, ni un aboutissement. Pourquoi ?

Parce que la moelle de ce scénario est une réalité avérée, ou l’absurdité humaine bouffie par le pognon ronge jusqu’au cœur des poumons la vie qu’il reste à aspirer et à sucer chez les ouvriers.  Véritable mise en lumière d’une industrie asphyxiante et manichéenne, on sort de ce thriller sonné et révolté par les faits démontrés et la complaisance des plus hautes autorités de notre pays.

Ce polar se dévore littéralement et Anne Rambach réussit magistralement à lier intrigue policière et grave problème de société. Elle ne triche pas et en bonne journaliste qu’elle est, vous trouverez neuf pages à la fin avec toutes ses sources.

Une plongée noire dans un enfer bien caché qui vous tuera, c’est cela le Ravages d’Anne Rambach. A lire et surtout à redécouvrir de toute urgence parce que c’est à la fois flippant,noir et sans concession.

Bloody Fleury, une 3ème édition sous le signe des « Unwalkers » !

Du 2 au 4 février 2018 aura lieu dans la toute proche banlieue de Caen la troisième édition du festival Bloody Fleury.
Consacré au polar, il invite plus de quarante auteurs, dont nous vous avons souvent parlé sur le blog.

Si vous nous lisez régulièrement, vous savez que nous avons pour habitude de défendre des romans avec des partis pris, avec un talent d’écriture et des thématiques résolument inscrites dans notre temps. C’est aussi le cas du festival.

  • Jacques-Olivier Bosco que le Corbac aime… adule et adore (voir ici) 
  • Les Camhug à qui nous avons consacré un dossier pour la sortie d’Islanova
  • Pascal Dessaint dont quasiment tous les romans ont dû être chroniqués dont Un homme doit mourir par le boss 
  • Marin Ledun avec non pas une mais deux chroniques pour Ils ont voulu nous civiliser par moi-même  et par le boss 

Et beaucoup d’autres !


TABLES RONDES ANIMÉES PAR LE CORBAC

Pour découvrir les auteurs invités, 7 tables rondes seront proposées samedi et dimanche, dont trois animées par… notre Corbac himself ! Car si Humeurs noires a malheureusement dû fermer, son propriétaire lui n’a rien perdu de son talent pour animer les débats ! Vous pourrez donc venir l’écouter autour de :

SAMEDI 3 FEVRIER :

14 h Table ronde : Où va-t-on ? avec Pascal Dessaint, Marin Ledun, Nathalie Hug et Jérôme Camut

Le roman noir s’attache à nous parler de la société, et fréquemment de celle qui va mal. Les sujets d’inspiration ne manquent pas mais nos auteurs ici présents s’attachent plus particulièrement aux liens entre l’homme et la nature, et la question se pose clairement… Où va-t-on ?

15h30 Table ronde : L’humour à la sauce noire avec Sébastien Gendron et Nadine Monfils

Qui a dit que le polar était forcément triste ? Pas nos auteurs qui, entre personnages loufoques, situations incongrues et styles d’écriture savoureux, nous font mourir de rire !

DIMANCHE 4 FEVRIER

 

15h Table ronde : La violence engendre la violence avec Jake Hinkson, Jean-Luc Bizien et Jacques-Olivier Bosco

La violence fait partie intégrante du polar, mais elle n’est pas toujours utilisée de la même manière : mécanisme de défense, moyen d’autoflagellation ou purement liée à l’éducation, rencontre avec trois auteurs qui la manient avec brio !


 

LE CORBAC DERRIERE LA PLUME (SANS LE MASQUE)

Mais notre Corbac n’est pas seulement ex libraire, modérateur et chroniqueur, il est aussi auteur. Et ce sera un immense plaisir de lancer son roman Les écorchés vifs (Fleur Sauvage) dont je vous reparlerais d’ici peu. Comment rater cette occasion unique de découvrir et de faire dédicacer ce petit diamant noir, brut, avec quelques imperfections mais magnifique ?

L’histoire :

Un quadra se fait voler sa voiture…

Une ado est vendue par son père…

Un flic peut changer la donne.

Prises d’assaut, guerre des gangs, gitans, l’affaire prend une tournure que l’on peut qualifier d’explosive.

Avec ses personnages hauts en couleurs et attachants, « Les écorchés vifs » est un thriller surprenant où la violence côtoie le lyrisme. On sent la maîtrise du genre et ce côté rock’n roll qui fait toute la différence. Assurément, un auteur à suivre ! Préface de Jacques Olivier Bosco.


RETOUR SUR SCENE DES UNWALKERS… LE GROUPE !

La musique des Unwalkers est un peu folle, un peu gore aussi et franchement punk ! Leur dernier album est accompagné d’un recueil de nouvelles d’auteurs de polar tels que Jacques-Olivier Bosco ou Marin Ledun (encore eux !) C’était donc une évidence de leur proposer d’investir pour quelques heures une scène, un club, et de leur donner carte blanche pour lancer le festival VENDREDI 2 FEVRIER à 21H30 au Portobello Rock Club à Caen !

Voir le boss sur scène cela vaut le détour, et ils disent toujours que ce sera leur dernier concert, vous ne voudriez pas le rater si c’était vraiment le cas non ?

Concert gratuit – Portobello Rock Club 7 Avenue de Tourville, 14000 Caen


PERRINE & BRUNO DANS LES COULISSES

En bonus, vous aurez sûrement l’occasion de nous croiser dans les allées du festival (moi probablement en train de courir partout, Bruno en train de faire chauffer la carte bleue à la libraire ou de disserter sur le prix du livre à une table d’auteur ! N’hésitez pas à nous faire signe !


Bref, Bloody Fleury sera un grand moment noir et un grand moment pour nous c’est certain. Même si je suis d’une objectivité relative en tant que coordinatrice du festival, je le pense sincèrement. Si vous êtes dans les parages, si vous aimez nos chroniques, vous y trouverez forcément de quoi faire votre bonheur le temps d’un week-end ! 


Le programme complet 

Le site du festival

La page Facebook 

L’événement Facebook 

 

DE CAUCHEMAR ET DE FEU, NICOLAS LEBEL (Marabout Thriller) par Bruno D.

Un quatrième bouquin pour Nicolas Lebel en 2017, tout comme son pote Olivier Norek, c’est à croire qu’ils font vraiment tout pareil les deux copains. Olivier a changé de personnages et d’histoire en s’immergeant dans la jungle de Calais ; Nicolas lui est resté fidèle à son Capitaine Mehrlicht pour notre plus grand plaisir.

Paris, au moment de Pâques, juste après les attentats de Bruxelles, un homme d’une soixantaine d’année est retrouvé assassiné dans un pub, une balle dans chaque genou, une troisième dans le front. Départ sur les chapeaux de roue pour Mehrlicht, Dossantos, Latour, Matiblout, Carrel et la nouvelle stagiaire souffre douleur Laura Reinier.

Nicolas Lebel nous livre un  fameux script porté par une écriture riche et profonde. Les personnages principaux, qu’il fait d’ailleurs évoluer dans leurs vies personnelles de façon fort adroite tout au long des quatre épisodes sont un régal.

Mehrlicht dont la seule description me fait hurler de rire à chaque fois répond présent sous la plume de son auteur : « La comparaison avec la grenouille était flatteuse. La rainette à laquelle on associait le petit capitaine de police avait du agoniser de longues heures sous un soleil de plomb avant de passer sous une roue de camion ». C’est un festival de bons mots à chaque instant, une perfusion de plaisirs livrés par un écrivain en état de grâce… et je ne vous parle pas de Julien Lepers !

Du Mehrlicht pur jus ; c’est ce qu’on aime depuis le début et on en redemande. Notre auteur l’a bien compris et applique sa recette à la lettre.

Mais il n’y a pas que cela. Nicolas Lebel construit avec De Cauchemar et de feu, une intrigue à partir de l’amitié et de la vie d’une bande de jeunes potes : Paul, Ben, Seamus, Matthew, Phil et les jumeaux Flaherty. Leurs vies ordinaires seront bien vite pulsées et exposées au tourbillon de l’histoire avec un grand « H », et tous auront un destin peu ordinaire : « un jour,on a dix ans et on joue avec les copains. Un jour, on a vingt ans et les copains viennent vous coller une balle dans la tête ». L’écrivain rouquin explore les soixante dernières années de l’Irlande et décode avec passion et justesse un des conflits les plus brutaux et sanglants qu’ait connu l’île britannique.

C’est documenté, précis et flamboyant. Derry, son  quartier catholique du Bogside, Le Croquefeu et ses légendes n’auront plus de secret pour vous. De l’Irlande à la France, le feu couve et attise des desseins bien sombres. Mehrlicht et ses collaborateurs, très à la peine vont avoir bien du mal à suivre le rythme imposé par les cadavres qui s’empilent.

Mais il y a bien d’autres choses au sein de ces 415 pages. Nicolas Lebel se permet un parallèle entre cette Irlande sanglante et le visage terroriste d’aujourd’hui. Il pointe également la déliquescence du monde moderne que la technologie rend fou alors qu’elle devrait être source d’apaisement et de facilité. L’église, retranchée derrière ses secrets et qui blanchit bon nombre de vils individus comme le casino blanchit l’argent sale est aussi pointée du doigt pour sa très grande mansuétude. Et puis,si on en  doutait encore, l’extrémisme de droite n’est pas la tasse de thé de l’auteur. Alors bien sûr, c’est une fiction, mais tout ça semble tellement réel !

Des personnages attachants, un synopsis complexe, des idées à foison, Nicolas Lebel signe ici son roman le plus abouti. Entre fiction et réalité, ce quatrième opus est une réussite totale. C’est l’oeuvre de la majorité et Nicolas Lebel mériterait d’être autant dans la lumière que certains parce que là on est très très haut !

Des nouvelles de George Pelecanos

George Pelecanos fait partie des quelques auteurs que j’ai découverts quand j’ai commencé à travailler en librairie en 2002, avec Dennis Lehane, Richard Price et les regrettés Donald Westlake et Ed McBain.

Je crois qu’un de ses premiers romans que j’ai lus était « Liquidation », une des aventures de Nick Stefanos (le cycle des aventures de Nick Stefanos se compose de : « Liquidation », « Nick la galère » et « Anacostia river blues »). C’était la première fois que je lisais un polar comme celui là, dans lequel une ville, ici Washington, était un personnage à part entière et l’accent était mis sur les rapports entre les communautés, le tout avec une écriture rythmée et bourrée de références musicales. J’ai retrouvé tout cela ensuite dans les polars de Dennis Lehane et Richard Price, mais à l’époque j’étais surpris et emballé.

Quand quelques temps plus tard j’ai entendu qu’il avait aussi travaillé sur une série policière à la production et à l’écriture, « The Wire » (en français « Sur écoute ») créée par David Simon et Ed Burns, avec également Dennis Lehane et Richard Price aux scénarios, je me suis dit que je devais y jeter un œil.

J’avais réussi à voir la première saison en vo sous titrée sur Canal Jimmy à l’époque, en 2004, et là aussi j’ai été emballé aussitôt. « The wire » est une des trois ou quatre séries des années 2000 avec « The Sopranos », « Six feet under », ou « Oz » qui ont ouvert la voie aux grandes séries venues après comme « Breaking Bad », « The Shield » ou « Southland ».

Le reste est connu : les cinq saisons ont été diffusées sur HBO de 2002 à 2008, les critiques encensant la qualité de l’écriture, sa mise en scène, et son réalisme, « The wire » n ‘étant pas juste une série policière classique mais plutôt un film de 50 heures montrant comment les riches et les pauvres vivent en Amérique aujourd’hui. La série est aujourd’hui considérée comme une des plus grandes séries télé de l’histoire, certains critiques américains disaient à l’époque que si Dickens était encore en vie, il écrirait pour « The wire », et il s’agit de la première série télé pour laquelle il y a eu un cours régulier à Harvard. Il y a quelques années,  des colloques à l’ENS autour des cinq saisons de la série avaient eut lieu, et la maison d’édition Les Prairies ordinaires avait publié en 2011 un recueil d’essai disséquant chaque saison « The wire, reconstitution collective » puis La Découverte en 2014 a publié un autre livre dessus : « The wire, l’Amérique sur écoute ».

Que dire de plus, cette série sur le trafic de drogue à Baltimore est magnifique, tous les personnages sont criants de vérité, sans aucun manichéisme, c’est une photographie de la vie dans une grande ville américaine, et par extension une étude sociologique de la société américaine contemporaine (et même occidentale), et là aussi, la ville de Baltimore est un personnage à part entière. Chaque saison étant consacrée à un élément en particulier, la première sur le trafic vu du coté des flics et des dealers, la deuxième centrée sur les docks et la fin de la classe populaire des dockers syndiqués, la troisième centrée sur les rapports entre la mairie et la police, la quatrième sur l’école et sur les ratés du système scolaire américain, et la dernière saison centrée sur comment tout ça est vu dans la presse écrite, avec là-aussi un accent mis sur la fin annoncée de celle-ci.

Cette série a également lancé ou relancé la carrière d’une belle brochette d’acteurs incroyables comme le grand Idris Elba, inoubliable dans son rôle de Russell « Stringer » Bell, Michael K. Williams (Omar Little, « Omar comin’ yo!), Wood Harris (Avon Barksdale, « I’m just a ganster, I suppose »), Lawrence Gilliard Jr (D’Angelo « D. » Barksdale), Anwan Glover (Slim Charles), Jamie Hector (Marlo Stansfield, « My name is my name! »), Michael B. Jordan (Wallace… le face à face à la fin de la première saison entre D’Angelo et Stringer : « Where is Wallace?! String ! Where is Wallace?? »…) (Regardez un peu la trajectoire de Michael B. Jordan : Wallace dans « The Wire », Vince Howard dans « Friday night lights », quelques autres petits rôles, puis « Creed » de Ryan Coogler, et cette année Erik Killmonger dans « Black Panther » du même Ryan Coogler), J. D. Williams (Preston « Bodie » Broadus), Dominic West (Jimmy McNulty, « What the fuck did I do? »), John Doman (Major Rawls, « These are for you detective »), Frankie R. Faison (Ervin Burrell), Wendell Pierce (William « Bunk » Moreland, « A man must have a code »), Clarke Peters (Lester Freamont), Lance Reddick (Lt Cedric Daniels), Sonja Sohn (Shakima Greggs), Chris Bauer (Frank Sobotka), Gbengba Akinnagbe (Chris Partlow), Aidan Gillen (Thomas Carcetti, qui plus tard jouera Littlefinger dans « Game of thrones »), Reg E. Cathey (Norman Wilson), Isiah Whitlock Jr (sénateur Clayton « Clay » Davis, « Sheeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeet! »)

Bref, je m’arrête là, il faudrait recopier l’intégralité du casting, et je pourrais en parler pendant des heures..

Pelecanos a poursuivi sa collaboration avec David Simon ensuite pour les séries « Treme », superbe série sur la Nouvelle-Orleans juste après Katrina, et cette année avec « The Deuce », excellente série sur l’explosion du cinéma porno à New York en 1971 (avec toujours Richard Price à l’écriture, plus une auteure que j’aime beaucoup : Megan Abbott). Trois saisons de « The Deuce » sont prévues, la deuxième saison devant se dérouler dans les années 80 et la dernière durant les années 90.

Je me suis ensuite attaqué à son roman « Blanc comme neige », et ses suites lorsqu’elles paraissaient : « Tout se paye » et « Soul circus ». Et c’est vraiment avec ces romans que je suis devenu accro. Pour mémoire, ces romans mettent en scène Derek Strange et Terry Quinn, deux anciens flics devenus détectives privés, l’un noir, l’autre blanc, toujours à Washington. Aujourd’hui encore, ces trois romans restent dans mes polars préférés, ce sont les premiers polars que j’ai lus qui étaient édités chez des éditeurs non spécialisés en polar (édités chez L’Olivier à l’époque). C’est à cette époque aussi que j’ai regardé avec un peu plus d’attention les auteurs que publiait L’Olivier, et c’est ainsi que j’ai lu deux autres de mes auteurs préférés : Pete Dexter (« Paperboy » et « Train » sont des chefs-d’oeuvre) et Iceberg Slim…

(Pelecanos a écrit deux autres romans avec le personnage Derek Strange en 2004 et 2012 : « Hard revolution » et « What it was », publié en français sous le titre « Red fury », centré sur la jeunesse de Derek Strange en 59 et 72).

Son quatuor composé de « Un nommé Peter Karras », « King Suckerman », « Suave comme l’éternité » et « Funky guns », revisitait les années 50, 70, 80 et 90 à Washington, et si vous ne les avez pas lus, arrêtez-tout de suite de me lire et allez les acheter chez votre libraire préféré !

A coté de ces cycles, Pelecanos a écrit de nombreux romans noirs, des « one-shot », dont quelques-uns peuvent paraître moins marquants, mais tout est pardonné quand on lit « Drama City », à mon avis un de ses plus beaux romans noirs :

Lorenzo Brown, sorti de prison depuis plusieurs mois, a retrouvé le quartier de sa jeunesse à Washington. Il travaille dorénavant pour la humane society, un organisme chargé de lutter contre les mauvais traitements infligés aux animaux domestiques. Rachel Lopez est l’agent de probation chargée de surveiller d’anciens détenus sur le chemin de la réhabilitation, dont Lorenzo un de « ses préférés », qui désire réellement rester sur le droit chemin. Autour d’eux gravitent des truands, des dealers, des gangs, parmi lesquels d’anciennes connaissances de Lorenzo : Nigel et Deacon. Lorenzo et Rachel, pris au milieu d’une querelle entre les deux trafiquants, se trouvent confrontés à leurs ambiguités et contradictions, et obligés de faire des choix.
Georges Pelecanos livre un instantané de la vie dans un quartier populaire de Washington. Roman noir montrant de simples hommes et femmes face au destin et au déchaînement de la bêtise humaine, Drama City marquait un tournant dans l’oeuvre de Pelecanos; la colère et la rage de ses premiers romans étant moins brut, mais toujours présentes.

Début 2010, Pelecanos a commencé une nouvelle série de romans avec son personnage de Spero Lucas, ancien Marine devenu détective privé, on retrouvait dans les deux romans « Une balade dans la nuit » et « Le double » tout ce qui fait la force de Pelecanos, les dialogues qui fusent, les références musicales, le style cinématographique de ses romans, et le coté étude sociale centrée sur les quartiers de Washington, et toujours beaucoup d’humour.

Bref, si je vous parle de George Pelecanos aujourd’hui, c’est parce que depuis « Le double » en 2013 il n’y avait aucune info concernant un éventuel prochain roman, un recueil de nouvelles était paru en 2016, « La dernière prise » mais sinon rien de plus…

Jusqu’à aujourd’hui… En surfant sur le net je suis tombé sur ça :

https://www.hachettebookgroup.biz/titles/george-pelecanos-1/the-man-who-came-uptown/9780316479820/

« The man who came uptown » :

A young man just out of prison finds his path to a new life intersecting with the librarian who befriended him inside, and the crooked cop who helped him get out.

Traduction :

Un jeune homme fraîchement sorti de prison prêt à reconstruire sa vie va recroiser la route du bibliothécaire avec qui il a sympathisé en prison, ainsi que celle du flic ripou qui l’a aidé à être libéré…

Le titre est annoncé pour septembre 2018 en anglais, publié par Little, Brown and Company, et nul doute que Calmann-Lévy le traduira aussi…Un livre de plus à ajouter à ma pile pour 2018 !

Pour terminer, lisez Pelecanos et regardez les cinq saisons de The wire si ce n’est pas encore fait ! (En fait, regardez toutes les séries de David Simon : « The corner », « The wire », « Generation Kill », « Show me a hero », et « The Deuce » !)

 

George Pelecanos sur le site de L’Olivier, sur le site du Seuil, sur le site de Calmann-Lévy, sur le site du Livre du poche

 

Taqawan, Eric Plamondon, Quidam éditeur

Des souvenirs de télévision des années 80 me sont revenus en mémoire à la lecture de ce livre, bien que  les dates ne concordent pas…Des images de révoltes  armées d’indiens du Canada ,mais pendant les années 80, passons donc..

Totalement décomplexé par l’écriture, la forme, la nécessité de faire, l’auteur nous offre un superbe livre, mêlant poésie, sagesse, révolte, et regard sociétal sur une saloperie de mensonge récurrent aux amérindiens, sur fond de trame policière. Vous suivez ? Après cette phrase longue ^^

Encore une histoire de droit bafoué me direz vous ?

Et oui, mais dans ce récit les choses prennent une autre envergure. Nous allons suivre plusieurs personnages, dont une jeune indienne pris au piège, une française, un garde forestier sur le départ et son pote indien. Prenez un shaker mélangez tous ces personnages, ajouter quelques fils de putes racistes, une police pourrie, un gouvernement pourri aussi, un viol , des incidents, et vous obtiendrez une véritable histoire dégueulasse, qui vous donnera envie de renier vos ancêtres, si si mais pas impératrice, euh..

On parle ou on écrit souvent sur les amérindiens des USA, mais peu, ou bien alors on manque de traduction ou d’éditions sur le sort de ceux qui vivent au canada, sans majuscule !!! C est donc une véritable découverte que ce livre

Outre le récit très bien mené, l’auteur nous fait partager la culture de ce peuple, à travers sa vie, son histoire, ses légendes, sa culture en somme

Ecolo avant Hulot^^, je rigole, muahhhhhhhhh,, les indien des part leur maniérè de vivre pourront se gausser de nous avoir prévenu que nous souillons la terre !

Au final, une grande claque, un moment fort à lire, livre assez dérangeant, mais important !!!

Une plume différente, tant sur le fond que la forme, une bouffée d’oxygène dans ce monde de l’édition non subversif !!!

une autre chro sur un très beau site par

Taqawan – Eric Plamondon

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Samuel W. Gailey, une question de temps, Gallmeister

En espérant sincèrement que 2018 ne ressemblera pas à ce livre, tellement noir….

Après un deep winter très original et bien mené on attendait l’auteur avec impatience, et c’est avec brio qu’il revient, et aussi avec d’autres choses ^^

Dès le premier chapitre le ton est donné, bienvenue dans la noirceur épaisse, épaisse comme un crachat de diesel. Une introduction pareille cela faisait un bail que je n’en  avais point lu. Une intro qui vous met le cœur au bord des lèvres, et qui vous donne une furieuse envie de continuer.

La suite est du même acabit, très noir et surprenante, notre héroïne Alice, réussit le tour de force à nous emmener loin, si loin que notre petite vie parait si bonne à coté et heureusement  fade.

L’auteur maitrise parfaitement l’histoire il n’y a aucun repos, pas une once d’aire d’autoroute dans cette fuite  abyssale. Hum j’adore ce mot…

Samuel  W Gailey est doué, c’est certain, il excelle dans la description de ses personnages, et les fait vivre très longtemps. Ce sont toujours des personnages non manichéens, forts, qu’on ne peut ni aimer ni détester, mais qui vous marquent comme on le faisait aux bétails. Dans ce livre les «  méchants » sont ordinaires, ce ne sont pas des super méchants, l’homme enfant et Phillip ne sont que des simples bandits ou des hommes d’affaires, et très courtois.

Alternant aléatoirement les flash back de la vie d’Alice nous plongeons dans un fait divers accessoirement assez banal, mais tellement bien conté. Imaginez donc une fille nommé Alice a fui sa maison, suite à (spolier) . Du coup nous la retrouvons, plus tard, un peu à la rue, se réveillant avec un sacré mal de tronche. On notera d’ailleurs l’excellente description de 1 à 5 de la gueule de bois, bref

ALICE SANS MERVEILLE personnage cynique et sarcastique, (qui nous fera rire parfois)se retrouve malgré elle avec un paquet de pognon venant de la came, et doit fuir des vilains pas bo comme dit ma fille. D ailleurs le réveil d’Alice (sans lapin) et sa rencontre et ce qui s’en suit est aussi bon que l’intro, tarentinesque à souhait…

C’est un peu du déjà vu, mais avec l’auteur cela prend tout une autre direction, la classe est là. Nous voila donc parti pour une course poursuite à travers certains états, avec des rencontres tout au long de la trame qui ne vous laisseront pas de marbre. Que ce soit bublle girl, le camionneur, le vioque qui conduit à 60 km, le connard du train, et moult,  toute une palette de personnages bien campés. Il y a beaucoup d’actions, de surprises, c’est un roman noir parfait, mais vraiment noir, « noir c’est noir » comme disait jean d’Ormesson à moins que ce soit l’autre, je divague

Au delà du récit c’est une bien sombre Amérique que nous livre l’auteur. Abordant avec finesse les disparitions des ados, leur mal être, tous ces sentiments de culpabilité, de fuite en avant, ces drames. Nous allons côtoyer le sombre, les addictions, la lie de la lie etc. Par ailleurs vous me trouverez à coté d’un liquor shop, quémandant^^…..ma foi…

Le seul rayon de soleil, viendra du personnage d’Elton, homme si différent…, un brin d’humanité ne nuit pas !

Il n’y aura pas de happy end, nous ne sommes pas chez Walt Disney. L’auteur en profite pour tirer à boulet rouge sur cette société à plusieurs vitesses, Il a l‘art et la manière d’aborder des sujets sensibles  à l’ombre d’une phrase, d’une description, pour nous faire réfléchir, du moins je l’espère.

En conclusion comme on m’a appris à l’école, à la fac, au job etc., le petit gallmeister réussit sa rentrée de 2018, et aura donc une très bonne note à la fin du trimestre et ne redoublera pas.

Merci d’avoir lâché les rednecks^^

Depuis le tragique accident qui a brutalement mis fin à son enfance, Alice, vingt-et-un an, erre de ville en ville, de bar en bar, noyant sa culpabilité dans l’alcool, armée d’un casier judiciaire avec mention et d’une échelle de un à cinq pour qualifier ses gueules de bois quotidiennes. Un matin des plus banals, elle émerge d’un sommeil comateux et cherche déjà à se remplir un verre… lorsqu’elle découvre un type mort allongé à côté d’elle et un sac rempli de drogue et d’argent à ses pieds. À quelque chose malheur est bon : Alice s’enfuit avec le magot. Mais le légitime propriétaire du butin, peu enclin au partage, ne tarde pas à se lancer à ses trousses. Entre la jeune fille et le truand, une course poursuite s’engage sur les routes des États-Unis, et tout n’est alors plus qu’une question de temps.

Un homme doit mourir de Pascal Dessaint, éditions rivages noirs

Sacré Pascal il nous la fait à l’envers…il est retors le bonhomme.
Après un livre triste comme une biscotte qui tombe du coté beurre, c’est avec un humour féroce que l’ami Dessaint revient planter ses crocs dans la société, comme un loup

tel l’aigle il va et scrute la société à travers le capitalisme carnassier, où comme des moutons on attend que l’aigle nous attaque avec ses serres,  pascal s’en donne à cœur joie.

 

libellule, il va  et vient de personnage en personnage très étoffé, il vole à travers les pages, un bzz d’un insecte nous survole tout au long du récit avec un humour féroce

Comme une couleuvre, il serpente avec nos émotions, démontrant tout l’art de se glisser à travers les mots et de cracher un venin noir

ad lib, vous pouvez essayer avec le nasique, le cochon, le buffle le lémurien le dragon, bref ..rayez le mot inutile, voir la chro^^

un livre différent, bien moins noir en surface que ces précédents, pascal,nous notre ainsi tout son talent, surfant sur sa carrière avec génie, un de ses meilleurs livres, il nous la fait à l’envers, sacré toi. Incroyable comme il sait se renouveler, hum…pas comme ses chemises bref…

 

 

Boris, naturaliste, prépare des dossiers pour cautionner les projets controversés des industriels qui l’emploient. Il se retrouve dans une région de dunes où s’affrontent les intérêts du riche propriétaire d’une maison luxueuse construite grâce à des passe-droit, des promoteurs d’une unité de stockage de produits dangereux, et d’opposants écologistes.

 

TU NE PERDS RIEN POUR ATTENDRE, JANIS OTSIEMI (Sang neuf, Plon) par Bruno D.

J’étais très heureux à l’avance de retrouver Janis Otsiemi et son nouvel opus sorti déjà en Mars 2017. J’avais eu le bonheur de lire et chroniquer trois de ses précédents ouvrages et chaque fois j’avais plongé au cœur de l’Afrique, celle du Gabon, avec son atmosphère bien particulière.

Dans Tu ne perds rien pour attendre, je m’attendais à ressentir à nouveau le doux parfum du Gabon et de Libreville, sa capitale, avec ses policiers corrompus, les magouilles en tout genre et un langage très imagé qui a fait le succès de cet écrivain. On le retrouve, certes, mais aseptisé et lissé, comme si on avait voulu le mettre à la sauce plus européenne.

Est ce le changement d’éditeur qui veut cela ? Toujours est il que je trouve la prose bien moins tranchante et gouailleuse que dans ces précédents écrits et c’est d’autant plus embêtant que le récit concocté par notre auteur est cette fois ci d’une banalité assez affligeante. Seule une once  un peu surnaturelle vient relever un peu l’histoire.

Un cold case datant de deux ans, la mort d’une jolie fille assassinée sauvagement,et nous voilà repartie à Libreville en compagnie de Jean Marc, policier ayant à cœur de bien faire son boulot. Bien sûr, rien n’a changé. Les hommes ont toujours des maîtresses aux quatre coins de la ville, les bières se décapsulent avec les dents dès le matin et la corruption gangrène toute les couches de la société. Quelques expressions bien locales, nécessitant une petite traduction sont toujours présentes et savoureuses, mais ils n’en demeure pas moins que c’est pour moi le moins bon et le moins abouti des Otsiemi que j’ai pu lire à ce jour.

Dommage parce que le style est plaisant tout au long de ces 228 pages, mais le punch et l’inventivité dont faisait part l’auteur jusqu’à présent pour décrypter et retranscrire la moelle de son pays, j’avoue encore chercher. Polar ultra classique et light pour le scénario, on est selon moi, assez loin du noir jouissif comme dans African Tabloid ou La bouche qui mange ne parle pas.

Janis Otsiemi avec ce livre a un peu perdu ses racines gabonaises comme Line Renaud a perdu son accent ch’ti à Las Vegas. C’est dommage !

Le meurtre sera enfin résolu après une enquête sérieuse mais très convenue. C’est sans grand enthousiasme de ma part, mais ça vous l’avez compris depuis longtemps que j’ai refermé ce roman. Les précédents, tous sortis chez Jigal, apportaient quelque chose de neuf et de particulier a l’univers du polar noir, celui là, sorti chez Plon, ne devrait pas laisser un souvenir impérissable au lecteur. C’est en tout cas l’avis de votre humble serviteur.

DEFAILLANCES, B.A .PARIS (Hugo Thriller) par Bruno D.

J’ai souvent un peu de mal avec les thrillers psychologiques, parce j’y suis certainement moins sensible et parce que c’est un art très difficile. Vous savez un peu comme au cinéma, les vieux films d’horreurs, avec les portes qui claquent, les planchers qui grincent, la caméra qui tremble, très peu pour moi. Avec Défaillances de B.A.Paris, on est très loin de ces scénarios sans saveur usant d’artifice car la romancière talentueuse possède et maîtrise tous les codes du thriller psychologique, et son petit dernier sera sans nul doute un des best sellers de 2018. 

Difficile de parler de ce titre tout en essayant de ne pas spoiler, je m’en voudrais vraiment. Cassandra est mariée avec Matthew depuis peu et leur bonheur semble sans limite. Fin de l’année scolaire le soir, elle quitte ses collègues et décide de rentrer par la route de la forêt de Blackwater Lane, un raccourci sombre et dangereux où le téléphone portable ne passe pas, mais qui lui fera gagner un quart d’heure.Tout va bien jusqu’à ce qu’elle rencontre ; semble-t-il en panne, une voiture garée sur le bas coté avec une femme à l’intérieur. Elle s’arrête, puis prenant conscience de l’isolement et de la dangerosité de la situation, elle reprend la route et rentre chez elle retrouver son homme migraineux qui s’est couché dans la chambre d’ami.

Le lendemain matin, le choc, toute la presse annonce qu’une femme a été retrouvée morte dans sa voiture dans la forêt.

Et c’est là que la mécanique imaginée par B.A Paris commence à se mettre en place. C’est précis et subtil, pesé, calibré telle une perfusion lente qui distille goutte à goutte et insidieusement une espèce de doute et de poison lent au sein de l’esprit de Cassandra : la culpabilité.

On se laisse facilement emporter dans ce récit construit de façon chirurgicale et vous n’aurez aucun mal à en devenir prisonnier. C’est angoissant, prenant et étouffant à souhait comme dans un film d’Hitchcock. Addictif,vous dis-je !

Les personnages sont tous bien étudiés et donnent consistance et saveur à la trame du roman.

Ce sont 400 pages de bonheur pour l’amateur de thriller que je suis et je dirais sans chercher la petite bête que tout tombe juste. On pourrait avoir peur à un moment et se demander si le final ne va pas être tiré par les cheveux. Il n’en est rien parce que l’auteure a su ici et là avec classe et habileté tisser une histoire assez effroyable et parfaitement étayée dans sa conclusion.

Celle ci, après un dernier rebondissement vous laissera avec le sentiment que vous vous êtes bien fait avoir et que B.A.Paris nous a bien promené pour notre plus grand plaisir.

Avec La JournalisteItinéraire d’une mort annoncée et maintenant Défaillances, Hugo Thriller a décidément un bien joli catalogue pour les amateurs de frissons et d’angoisses. Vous l’avez compris, votre serviteur a adoré et je recommande sans aucune modération !