BON A TUER, PAOLA BARBATO (Denoël) par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "BON A TUER, PAOLA BARBATO"Corrado De Angelis et Roberto Palmieri sont deux écrivains que tout oppose. Le premier est un neurochirurgien qui doit son succès à la qualité de ses écrits et Palmieri est lui un auteur vedette qui passe son temps sur les plateaux de  télévision à faire le buzz malgré des romans insipides. Les maisons d’édition des deux auteurs ont passé un accord secret et diabolique : Corrado et Roberto sortiront leur nouveau polar en même temps et un prix sera décerné au plus gros vendeur de livres. La compétition lancée en direct sur un plateau télé et en présence des deux opposants n’a d’autre but que de doper les ventes.

Mais rien ne se passe comme prévu et entre foire d’empoigne et disparition de Corrado De Angélis  dès sa sortie du plateau, Paola Barbato pose dès le départ une histoire alléchante et on se dit qu’on va passer un bon moment.

Seulement voilà, j’ai mis bien plus longtemps que d’habitude pour terminer ce livre. Pourquoi ? Je n’en sais fichtre rien, mais j’ai eu beaucoup de mal à poursuivre ma lecture. Arrivé à la page 260, je me demandais encore sans savoir ce qui clochait (pour moi) dans cet opus. La bougresse sait écrire, a du style, mais je n’y ai pas trouvé mon compte et encore moins pris de plaisir. La base est bonne, mais j’ai trouvé la réalisation floue et un certain nombre d’intervenants venant se rajouter au fur et à mesure compliquent encore la tâche du lecteur. On se demande s’il s’agit de personnages tierces ou principaux, et le fait de passer d’une action à une autre, d’un personnage à l’autre au sein d’un même chapitre, et cela plusieurs fois est une épreuve dont je me serais bien passée .

Alors oui il reste quelques morceaux de bravoure et des situations surprenantes, quelques scènes assez flippantes aussi, et c’est en cela que je sens que Paola Barbato en a dans le ventre et sous la plume. A travers cette histoire à la cohérence obscure, on découvre aussi une douce critique du monde de l’édition et de ses auteurs à succès et de tout ce qui entoure cet univers si secret pour le lecteur, c’est plutôt osé. Satirique et n’épargnant personne, c’est intéressant pour qui saura décrypter le propos.

Pour ma part, j’ai terminé Bon à tuer depuis une semaine et j’ai eu bien du mal à exprimer mon ressenti. J’ai dû lire un autre livre entre temps pour  revenir avec le recul nécessaire pour m’exprimer parce que jusque là je ne savais pas quoi en penser et encore moins comment le dire.

Il me semble que l’auteur avait tous les ingrédients en main pour écrire un super scénario, mais les atermoiements et le manque de cohérence de l’ensemble me laisse un sentiment très mitigé. Issu de la collection Sueurs froides, on est loin de la réussite du dernier Manzini ou du fabuleux Boréal de Sonja Delzongle parus dans le même collec’.

La cité des trois saints, Stefano Nardella & Vincenzo Bizzarri (Sarbacane)

Paru en octobre 2017 aux excellentes éditions Sarbacane, La cité des trois saints, signé Stefano Nardella au scénario et Vincenzo Bizzarri au dessin, est passé relativement inaperçue à sa sortie et c’est dans l’idée de réparer cette injustice que j’enfile aujourd’hui mon costume de vengeur masqué, en retard certes mais c’est l’intention qui compte. Traduit de l’italien par Didier Zanon.

La cité des trois saints qui donne son titre à l’album est une petite ville d’Italie du Sud où vont se croiser, plus ou moins brutalement, les destins de trois hommes. Ici, la religion est omniprésente, la mafia également et les armes ne sont pas forcément laissées à l’entrée de l’église au moment de la messe, sans que personne ne trouve à y redire. Le récit se déroule au moment des traditionnelles fêtes catholiques de la ville, dont les processions constituent le point d’orgue.

Nicandro a grandi dans la cité; il est, depuis peu, amoureux de Nitti, dont le principal défaut est d’être étroitement surveillée par ses frères, deux petits caïds, parfaits abrutis ivres de violence et d’autosatisfaction. Comme si ça ne suffisait pas, Nicandro sera humilié devant sa douce par Michele, ancien boxer à la botte des mafieux, reconverti en junkie et dont le seul argument est la force physique. Sa seule idée par la suite, par forcément bonne, sera de se venger.

Marciano, lui, a quitté le milieu et monté sa petite affaire, un camion de paninis mais son passé le rattrape en la personne de Zainetto, parrain de la ville, qui lui envoie ses sbires pour prélever ce qu’il estime être son dû. Zainetto, très (trop ?) sûr de lui et de sa puissance, fera l’erreur de menacer la famille de Marciano, et ça, c’est mal connaître le bonhomme …

Nardella entrecroise avec virtuosité les chemins de ces trois hommes, y ajoutant une galerie de personnages « secondaires » tout aussi réussis (Toni, le dealer, Zainetto, parrain et croque-mort – tiens, c’est pratique, ça ! -, les jumeaux…) et parvient à entretenir tout au long du récit une tension croissante qui culminera au moment de la dernière procession dans un feu d’artifice de violence dont certains ne se relèveront pas. Mais, au-delà de cette maîtrise narrative, on retiendra également l’art d’enrichir le récit avec des scènes pour le moins inattendues, comme un kidnapping de girafe ou une séance de défonce à la coke sur un cercueil …

Résultat de recherche d'images pour "La cité des trois saints, Stefano Nardella & Vincenzo Bizzarri"Tout en nuances de bleu et de jaune, le dessin de Bizzarri met parfaitement en valeur le texte de Nardella et parvient à rendre profondément humains les personnages de cette comédie dramatique qui évite l’écueil de la redite et parvient à briller sans avoir besoin de faire référence à d’autres œuvres autour de la mafia, tout en respectant les codes du genre.

Yann

La Ferme aux poupées (Wojciech Chmielarz – Agullo Noir – Traduction Éric Veaux)

Résultat de recherche d'images pour "La Ferme aux poupées"Le Kub est de retour et il ne nous fait pas tourner en rond. J’aime cette ambiance d’un autre temps, ce sentiment de vétusté que Wojciech arrive à créer au XXIème siècle.

De la capitale (cf Pyromane ) à la cambrousse profonde de la Pologne, il glisse délicatement ses doigts agiles dans nos narines pour nous promener.

« La Ferme » c’est cet endroit où les filles sont dressées à obéir et à devenir nos futurs objets de luxure, pauvres choses pantelantes servant à assouvir nos bas instincts.
Notre polonais est doué parce que rien n’est dit ni écrit. Tout est subjectif et induit entre les lignes. Ni goret ni sexe ni violence à outrance dans ces pages mais plutôt une délicatesse obscure qui nous prend à la gorge et nous fait suivre pas à pas les tribulations de ce pauvre Kub muté pour sanction disciplinaire dans ce bled paumé.

Avec ces tiroirs fermés qui fermentent dans ce terroir raciste (pouah ça pue et c’est méchant les tziganes) l’auteur nous fait défricher le terrain de nos haines ancestrales vis-à-vis des « autres »… Ceux qui se sont depuis une éternité inscrits dans une continuité morale, dans une manière de vivre qui les honore parce qu’elle respecte et respectera toujours des valeurs ancestrales et dignes.

Hélas le Mal rôde sous sa forme la plus tentante : l’argent. Pour bien s’en tirer, pour conserver une certaine reconnaissance sociale, pour s’en sortir ou pour assouvir ses besoins. L’argent toujours l’argent.

En dehors de l’enquête titubante d’un Kub perturbé par ses bas instincts typiquement masculins, Wojciech Chmielarz nous dépeint un homme plus qu’une société. Un homme ancré dans une monde qui ne lui convient pas (ou plus). Sous prétexte d’une tortueuse chasse à l’ordure, il met en scène la bêtise humaine, les conclusions hâtives d’un système judiciaire en quête de résultats et la haine vindicative de l’autre.
Au travers des boires et déboires du Kub, l’auteur nous livre un pastiche cynique de notre monde et de ses mœurs décadents (l’Occident européen est le grand méchant) ainsi qu’une peinture au vitriol des doutes humains.
Un homme reste un homme, acculé par ses envies et ses désirs à prendre des risques, à oser se perdre.

Plus qu’une enquête sur ces mortes et ces enfants disparus, notre petit polonais nous montre que, finalement, rien ne change…

Une plongée humaniste dans la crasse de la bêtise humaine qui n’a pas laissé le Corbac de marbre.

Le neuvième naufragé, Philip Le Roy (Editions du Rocher)

image le-neuvieme-naufrage-9782268099255Le revoilà, chargé d’adrénaline, toujours  dans la nouveauté, jamais la même trame, toujours en quête….

C’est donc Le 9ème naufragé, il n’ a pu en sauver plus, Nathan Love est au repos ^^.

Huit clos sans en être un aussi, cherchez l’erreur, on se retrouve malmené, manipulé, par l’écrivain, pour arriver à une fin, à la Shutter Island ou à la Pierre Pelot.

Philip le Roy nous prend pour des buses, et il y arrive très bien !

Que puis je vous dire, qu’il possède toujours ce talent d’écriture visuelle, nous emmenant dans les lieux de son histoire, avec des personnages épais, on est dans le roman imprégné. C’est une qualité rare que possède cet auteur.

Sinon il ne change pas pour son engagement que certains ne capterons peut-être pas, emportés par un tourbillon de mots. Toujours prêt à défendre la veuve, les femmes, la liberté d’expression, dénonçant les horreurs de certains…

A lire d’urgence pour se vider, changer d’air dans un monde livresque redondant.

 

Un feu dans la plaine, Thomas Sand (Equinox -Les Arènes)

Résultat de recherche d'images pour "Un feu dans la plaine"Et bah putain, bon retour d’Aurélien Masson, avec un écrivain ? Un  poète ? Un conteur social  ? A vous de lire.

Je vous préviens déjà que ce n’est pas une lecture facile, à tous les niveaux, trame, écriture, et le reste…

C’est un constat de notre époque, par le chemin d’un jeune homme totalement ou pas paumé, qui décidera d’agir.

A travers son périple, il balance des mots, des maux, pas de mélancolie de l’horreur brute, pas dé répit pour les braves consommateurs ou autre contemporains.

Il avance tout au long du livre décriant, écrivant une France déliquescente, perdue, comme lui, dans un âge sombre, s’il faut le rappeler.

L’écriture est comme un long slam scandé, difficile, c’est 139 pages dures à avaler, mais ce livre une fois reposé, brûlera encore… ou pas ?

Chez moi cela crame ! 

A vous !

A l’aube, Philippe Djian (Gallimard) par Yann

Résultat de recherche d'images pour "Philippe Djian A l'aube"Avril 2018 : Philippe Djian publie A l’aube, son 18ème roman chez Gallimard et la question se pose alors : quoi de neuf ? 

Début des années 1990 : je découvre Echine, signé par un auteur dont on parle depuis peu suite au succès de 37°2 le matin. Je ne connais pas et j’ignore encore que ce gars va m’accompagner plus ou moins régulièrement jusqu’à aujourd’hui. Pris dans une espèce de frénésie, j’enchaîne à l’époque, et dans le désordre, Bleu comme l’enfer, Maudit manège, Zone érogène, 37°2, Crocodiles, tout ça en quelques semaines… Il y a là une voix qui me parle, une musique qui résonne en moi, bref, grande est la tentation de garder un œil sur les publications du bonhomme, ce que je continuerai à faire avec plus ou moins de constance jusqu’au début des années 2000. Là, je perds le fil jusqu’à Doggy bag et ses six saisons, puis je lâche à nouveau … Jusqu’au titre qui nous intéresse aujourd’hui, A l’aube, donc, paru début avril.

Joan et son frère Marlon viennent de perdre leurs parents dans un accident de voiture. Joan, qui s’était éloignée depuis des années, retourne dans la maison familiale et doit réapprendre à vivre avec son frère autiste. Howard, vieil ami de la famille, ne tarde pas à faire son apparition, qui provoquera une série d’événements où le frère et la soeur mais également leur entourage verront leur vie prendre un virage que personne n’attendait, au grand dam de John, autre ami de la famille et shérif de la ville.

Bref roman (moins de 200 pages), A l’aube se lit d’une traite et ne devrait pas bouleverser le lectorat de Djian. Il y est à nouveau question de la vie et de la mort, de sexe et et de violence, de la difficulté du métier de vivre en restant fidèle à soi-même, de la complexité des rapports humains… Fidèle à lui-même, l’auteur prend plaisir à distiller les informations importantes au compte-gouttes et  l’atmosphère devient plus pesante au fur et à mesure que sont mises à nu les personnalités des protagonistes. Avoir une double vie semble dans ce roman être un mode de vie en soi. Ici, chacun chacune a quelque chose à cacher. Ainsi, les parents décédés se révéleront avoir été des activistes radicaux plutôt virulents… Ainsi, la boutique de mode dans laquelle travaille Joan  n’est en réalité que la façade d’un réseau de prostitution… Ainsi, Howard, non content d’avoir été un compagnon de lutte des parents, était aussi l’amant de Suzan, la mère de Joan et Marlon… Seul Marlon semble ne rien avoir à dissimuler, sincère par nature, incapable de cacher ses sentiments. Conscients de leurs défauts comme de leurs pêchés, les protagonistes d’A l’aube font , malgré tout, leur possible pour connaître l’amour, l’amitié, la compréhension. En cela, aucun d’eux n’est réellement antipathique.

L’ellipse étant un procédé cher à Philippe Djian, on commence à connaître le truc et l’effet de surprise est donc amoindri quand le récit s’accélère subitement avant de sauter d’un coup à six mois plus tard … Au lecteur de se débrouiller avec les informations qu’il glanera ici et là, l’essentiel étant, comme souvent chez Djian, à peine évoqué au détour d’une phrase. La mécanique est bien huilée, on a du mal à lâcher le livre et pourtant…

Et pourtant, l’impression demeure que ce livre, à l’image de la fin, est un peu bâclé, un peu précipité, genre service minimum…  Le récit ronronne malgré les accélérations que l’auteur donne aux événements, tout ça sent le préfabriqué, le manque de naturel … Bref, on restera là sur l’impression désagréable d’un savoir-faire un peu en bout de course, d’un récit et de personnages qui, malgré les efforts de l’auteur, manquent d’âme et semblent se débattre avec la vie comme avec les sentiments, sans jamais parvenir à nous émouvoir, à l’exception peut-être de Marlon, autiste découvrant les joies de l’amour physique avec enthousiasme …

Signé par un auteur inconnu, ce bouquin passerait pour un bon roman noir ; signé Djian, il ne reste qu’une agréable distraction que l’on oubliera sans doute bien vite.

Yann

Ma Zad, JB Pouy (Série Noire) par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "ma zad"Je ne connaissais pas Jean Bernard Pouy avant de le croiser au Bloody Fleury lors du festival 2018. Le bonhomme a de la gouaille, de la prestance, du vécu et un certain nombre d’écrits derrière lui. Une bonne occasion de le découvrir en lui achetant son petit dernier Ma Zad, 18€ payé rubis sur l’ongle.

Une histoire de ZAD (c’est fort à la mode) dans le nord de la France qui tente de s’opposer à la construction bétonnée d’une plate forme multimodale . Camille Destroit, la quarantaine bio et écolo, responsable rayon frais à Cassel dans un hypermarché est interpellé lors de l’évacuation du site. Début des ennuis avec garde à vue et chronique annoncée d’une descente aux enfers. La société Valter frères qui porte le projet de la plate forme multimodale est aussi propriétaire de l’hyper, et de bien d’autres choses……..Je vous fais pas un dessin !

Heureusement, il y a Claire, la jolie rouquine mystérieuse zadiste, un vrai rayon de soleil dans la vie de Camille, et véritable moteur d’inspiration pour la suite à venir.

Avec une verve de tous les instants Jean Bernard Pouy distille ironiquement une peinture acariâtre et méprisante de notre monde broyeur d’êtres humains et soumis au diktat du profit. Pas de place pour les sentiments, juste de la place pour les espèces trébuchantes et les comptes en banque bien remplis.

A moitié sérieux, au trois-quart trublion, JBP se régale en tant qu’ anar de la première heure, mais j’ai aussi l’impression qu’il tourne un peu en rond en tirant tout azimut sur tout ce qui peux attirer ses foudres et en se dispersant sur une intrigue assez mince. Lourd contentieux à régler pour Camille (avec la famille Valter), notre quadra est sonné et désabusé ; c’est le lot de beaucoup de travailleurs aujourd’hui. Les Zones à Défendre sont nombreuses et le chantier est vaste pour ceux qui veulent résister. C’est le message sombre mais  très convenu qui ressort de ce roman.

L’auteur s’amuse et éduque le lecteur avec quelques réflexions sur le fonctionnement sauvage de ces Zones tout aussi sauvages. Un peu écolo, un peu libertaire, un peu fourre tout finalement, ce roman très court est finalement assez light et ressemble plus à une Série grise qu’à une Série noire. Mais comme on dit ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire des grimaces, hein ?

SA MAJESTE DES OMBRES, GHISLAIN GILBERTI (RING) par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "SA MAJESTE DES OMBRES, GHISLAIN GILBERTI"Ce qui ressort immédiatement après avoir refermé ce livre, c’est ce sentiment de bonheur et de plaisir quand un auteur a su vous emporter avec son scénario et ses personnages. La bête composée de 740 pages n’a qu’un seul défaut, celui de vous hanter une, deux ou quelques nuits selon votre insomnie parce que vous ne pourrez plus  lâcher ce bouquin après l’avoir entamé ! On ne peut s’empêcher de penser à une autre célèbre trilogie : W3 des CamhugLa comparaison est certes facile puisque Sa Majesté des Ombres est annoncée comme un premier tome devant être suivi de deux autres, mais pas que…

Alors oui j’entends déjà les grincheux dire que le sujet trafiquants de drogues, dealers et flics, c’est du déjà vu, du réchauffé. Peut être, mais je vous garanti que personne n’a jamais été aussi loin dans l’approche de ce fléau et la découverte de ces réseaux. Personne n’a jamais été aussi loin non plus dans les procédures d’enquêtes et le patient travail d’identification et de remontage de ces filières qui gangrènent, pourrissent et ébranlent à notre nez et à notre barbe les fondements de la société.

En 2003, région de Mulhouse, Michel Grux, flic hors norme, violent, surnommé le Chacal n’hésite pas à faire usage de la force et de la torture pour obtenir des aveux et des résultats. Peur aux  truands il fait. Peur a sa hiérarchie, il fait jusqu’à ce que celle ci malgré les bons résultats, le mette sur la touche.

Episode I, La Voix, c’est l’acte fondateur, celui qui plante le décor avec une maestria fort peu commune mais très efficace. C’est noir et violent ! On trouve une police confrontée à un ennemi qu’elle croit normal, alors que celui ci redoutable, organisé comme une machine de guerre et de la pire espèce. Marché de la poudre et de toutes sortes de cames, guerriers prêts à tout, flics troubles, indics, ce petit monde va s’affronter au delà d’ego surdimensionnés et en dépit des règles. Jeux, set et match… dans la douleur, le sang, le feu et une explosion d’adrénaline.

170 pages et sept ans plus tard, en 2010, Cécile Sanchez, commissaire à L’OCVRP de Nanterre est alertée par l’antenne régionale alsacienne de deux carnages sur Sélestat et Strasbourg. Elle débarque en Alsace avec Romane Castellan, une fouineuse de dossier, avec un œil neuf pour  comprendre la situation. Commence alors les observations et constatations, les recoupements  méthodiques et pointilleux ; l’analyse des scènes de crimes ou des photos est une leçon permanente. Bien entendu, les autorités(déjà en place en 2003), mâles à la testostérones ultra développée, traînent les pieds et l’accueil est glacial, voire conflictuel! Friedblatt est l’archétype du  macho qui mène ses hommes par le bout du nez et qui ne supporte pas d’ être recadré, surtout par une femme.

Plume virevoltante et rythme élevé, entre phrases chocs et plongée dans l’univers de la distribution de produits interdits, Ghislain Gilberti connaît, il sait de quoi il parle, c’est juste effroyable et brut. Devant une réalité stupéfiante, sans mauvais jeux de mots, vous serez abasourdi par cet étalage réel et sans commune mesure que l’auteur porte à notre connaissance.  Analyse fouillée des personnages, scénario haletant, et maîtrise à tous les niveaux, on rencontre une flopée de personnages mystérieux et charismatiques pour certains ; effrayants et complètement cinglés pour d’autres. L’auteur sait transmettre toutes sortes de sentiments par l’écriture « Le visage de cette fille est une menace, son regard borgne ressemble à une lucarne sur l’enfer . »

Métaphores médicales par moment, langage militaire à d’autres, c’est d’une précision redoutable et ça fait mouche à chaque fois.

Cette nouvelle trilogie s’annonce déjà culte et je me me demande bien ce que l’auteur va nous réserver pour la suite parce que là, on est déjà sur une autre planète.

Ah si, finalement, je vous ai menti, j’ai trouvé un défaut au dernier Gilberti, c’est qu’il va falloir patienter pour lire la suite !

BlackWing (Ed McDonald- Traduction Benjamin Kuntzer- Edition Bragelonne) par Le Corbac

Résultat de recherche d'images pour "BlackWing livre La Marque du Corbeau"La Marque du Corbeau- Tome 1

Retour pour le Corbac a ses premiers amours, éternels péchés de jeunesse jamais absous) : la fantasy ou encore le Médiéval-Fantastique, voir Héroïc-Fantasy…bref un truc où des mecs puant la testostérone sont les meilleurs combattants du monde et te nique des pléthores de monstres inhumains à coups d’épée ou de hache ou autres objets tranchants).

Bref j’en ai bouffé de ces dignes (ou indignes) successeurs ou copieurs de Howard, Tolkien, Hobbes et consorts – et consœurs). Tout ça pour dire qu’Ed McDonald arrive encore à surprendre et à prendre un léger contre pied avec ces codes que nous ingérons depuis une bonne quarantaine d’années…

De quoi il cause ? D’abord il y a la Désolation : sa flore (rocher, poussière et terres mortes), sa faune (diverses créatures plus ou moins sympathiques mais à l’appétit conséquent), sa population (les Bêtes, ex-humains ayant succombé aux chants des sirènes…) et ses dirigeants (Les Rois des Profondeurs).

Ensuite il y a le Cordon, vague ligne de postes, avant-postes et villes forteresses sensées résister face aux armées issues de la Désolation. Lieux peuplés d’humains et de Fileurs, ces tisseurs de Lumière seuls capables d’alimenter La Machine, ultime rempart contre les Hordes du Mal !

Et enfin il y a Ryhalt Galharrow, ex-noble destitué et amoureux transi, ivrogne notoire et notable, pauvre hère aux talents meurtriers qui tente vainement de se mêler à la plèbe…

Vous me direz que jusque-là, rien de nouveau sous le soleil… c’est pas faux sauf que…

Sauf que dans BlackWing il n’y a aucun manichéisme, aucune lutte du Bien contre le Mal, aucune séparation basique entre les bons et les méchants.

Oublie le convenu et viens ici. Dans ces pages  tu fais table rase des mises en place à rallonge, des combats épiques entre méchantes créatures et gentils chevaliers, non plus point de présence de super top princesse à sauver des griffes d’un méchant vieux pas beau…

Ici, dès la première ligne, tu fous les pieds dans le plat, tu te retrouves direct plongé dans l’action et tu découvres ainsi les personnages au plus près de ce qu’ils sont. Des coriaces, des racailles, des brutes… Tu vis leur vie, tu prends autant de cuite qu’eux, t’as mal au crâne à leur place même. C’est qu’il est bon, Ed pour nous mettre en situation, à la place de ce pauvre Ryhalt, nous faisant vomir et suer, vibrer et frémir, penser et ressentir à ses côtes.

Alors le déroulement de cette intrigue hautement politisée, mettant en scène les arcanes merveilleusement sombres des petits politiciens de bas étage tu la connais… Mais pas sous l’angle aussi précis de celui qui se fait manipuler et qui s’aveugle lui-même.

BlackWing c’est une bouffée de fraîcheur, un vent de renouveau qui hérisse le poil sur les ailes du Corbac…

Va et traverse la Désolation si tu en as le courage…

Le musée des avenirs possibles, Josephine Rowe (Actes Sud) par Yann

Josephine Rowe - Le musée des avenirs possibles. » L’avenir. C’était quelque chose qui m’échappait. Des nuits où l’avenir c’était ce que je voyais dans les phares de la voiture, rien au-delà ». Paru en Australie courant 2016, A Loving, Faithful Animal, le premier roman de Josephine Rowe est arrivé en librairie début avril. Magnifiquement intitulé ici Le musée des avenirs possibles, ce texte, traduit par Yoann Gentric, nous plonge au sein d’une famille de l’Australie rurale, au début des années 1990.

C’est la mort de Belle, le chien de la famille, retrouvée déchiquetée dans le jardin, qui précipitera les événements et conduira à l’explosion progressive mais inéluctable de la famille, dont le premier acte sera le départ de Jack. Autour de ce trauma collectif (« c’est la dernière chose que vous ayez faite en famille, ratisser la pelouse tous les quatre, comme une affreuse chasse au trésor »), les voix des narrateurs successifs reconstitueront progressivement la vie d’Evelyn et Jack, de leur rencontre au départ définitif de ce dernier du domicile conjugal.

Tour à tour, Ruby, la cadette, Evelyn, Jack, Lani, l’aînée et Grinch, le frère de Jack puis à nouveau Ruby vont prendre la parole et éclairer chacun à sa façon un pan de l’histoire, dégageant peu à peu des zones d’ombre en nous faisant parcourir ce musée des avenirs possibles, celui où le bonheur n’est plus depuis longtemps qu’une hypothèse, celui au sein duquel chacun(e) se demande quand les choses ont commencé à déraper… Ce qu’Evelyn ignorait quand elle a rencontré Jack, c’est l’année passée au Vietnam, mobilisé comme des milliers d’autres australiens, et son retour avec dans la tête un « piège à fantômes »… De ce qu’il a vécu là-bas, nous ne saurons pas grand chose. Une photo entraperçue par Ruby et une cassette audio trouvée par Grinch au fond d’une malle préparée par Jack avant sa disparition seront les seuls indices fournis… « Un an, une année de merde sur quarante-quatre (…). La vie fendue en deux, à la hache, d’un coup sec, d’un côté, l’Avant, de l’autre, l’Après. »

Et la vie du jeune couple, malgré la naissance de Lani d’abord et celle de Ruby ensuite, se teintera peu à peu de cette violence que Jack a, bien malgré lui, ramenée de la jungle. » C ‘est ça que ça fait, la guerre. Un bon coup de démonte-pneu à la beauté. Aux choses les plus infimes, les plus aimables ». Les coups pleuvent, les abandons de domicile se succèdent, et Evelyn, qui a fini par reporter sur Lani une partie de la violence qu’elle subit, perd la tête, écartelée qu’elle est entre le désir de n’avoir jamais rencontré Jack ni quitté sa famille et l’envie, malgré tout, de voir une nouvelle fois revenir son homme… Il n’est pas simple pour les deux sœurs de grandir dans un environnement comme celui-ci, où le bonheur ne se conjugue plus qu’au passé et Lani, l’aînée, dans son désir de quitter ce milieu délétère, plongera rapidement dans les excès, découvrant le sexe et la défonce, les fêtes et les trafics qui permettent de gagner un peu d’argent. Elle finira par prendre son envol, au sens propre du terme, en devenant hôtesse de l’air. Ruby restera seule avec sa mère avant de parvenir à larguer elle aussi les amarres.

Premier roman qui nous marquera par la force d’évocation de son écriture, « Le musée des avenirs possibles » joue également avec le lecteur en laissant volontairement un voile sur certains aspects du récit, permettant à chacun(e) d’en livrer une interprétation purement subjective. L’exercice est réussi et l’on suivra avec attention cette nouvelle plume qui prend le luxe rare de ne pas donner au lecteur tout le confort qu’il pourrait attendre…