Après nous de Patrick Fort éditions Arcane17

CELESTINO ALFONSO – GROUPE MANOUCHIAN

« Biographie ? Document ? Roman noir ? Un peu de tout cela dans ce court mais poignant récit consacré à Celestino Alfonso, cet « Espagnol rouge » appartenant à l’« Armée du crime » stigmatisée par la célèbre a che de même couleur. Patrick Fort a choisi de nous raconter, à la première personne, les derniers mois de l’existence tragique de ce combattant des FTP-MOI, fusillé à vingt-sept ans
au Mont-Valérien. S’il a pris le pari risqué de se glisser dans la peau d’un personnage authentique, il le fait avec un grand souci de vérité historique et une recherche scrupuleuse, et, porté par la personnalité d’Alfonso et la grandeur de son combat, il brosse avec talent et émotion, mais sans pathos, le portrait d’un homme qui sut se dresser contre l’injustice et le fascisme en s’oubliant au profi t du combat collectif. Après Le Tombeau de Tommy d’Alain Blottière, une nouvelle oeuvre indispensable à qui s’intéresse aux héros de l’A ffiche rouge. » Roger Martin

On s’en bat la rate qu’il soit rouge, anarchiste, résistant de base sans ou avec affiliation politique ce que l’on retiendra de ce livre, c’est une leçon de vie d’engagement et de courage et de choix. Présenté comme un roman basé sur des faits historiques, Patrick Fort a réalisé un superbe livre, prenant. Bravo, franchement bravo l’auteur a réussi sans manichéisme a parié sur l’humanité, et non sur l’inhumain.

C’est très bien écrit, on ne peut que féliciter l’auteur pour ce roman et de sa narration, le fin est sublime…vous lirez. Joli choix de passage de relais.

Un livre à offrir, à tous les écoliers à étudier….

Là où le bât blesse, c’est un libre brûlant d’actualité, sur l’immigration, les extrêmes    et tant d’autres choses intemporels, malheureusement, encore et encore….

 

 

 

 

 

Travailler Tue , Yvan Robin chez Lajouanie

 » Tu vas finir par crever, ou Dieu sait quoi . C’est pourtant pas ton genre de mourir . Ça te ressemble pas . Tu es un gagnant. Un battant . Un vivant .Si les bords de la mort sont comme ceux du lavabo tu dois pouvoir en faire le tour, sans glisser dans le siphon. Respire.Voilà .T’es plus un gosse, bon sang. »
Hubert Garden est employé d’une boite de travaux publics. Il doit veiller à ce que les procédures de sécurité soient respectées quitte à contourner les règles comme le dit si bien ce vieil adage.
« Il subissait une pression de tous les instants, digne d’un harcèlement moral caractérisé. »
Malgré son travail acharné, les accidents se succèdent et son supérieur lui fait miroiter le placard s’il n’atteint pas « Zéro accident  »
« Les risques-ci . Les risques-là. Des risques à ne plus savoir qu’en foutre. »
Le travail c’est la santé, ne rien faire c’est la conserver…..
À la limite du burn-out, il entreprends une nouvelle bataille. Il devient un nouveau soldat et part en guerre à sa façon contre l’ingratitude de cette boite.
« Depuis l’enfance, oppression parentale, oppression sociale, oppression scolaire, oppression professionnelle. La liste était plus longue que ces trains de marchandises qui sillonnent les campagnes. »
Sa femme, également au bord du pétage de plombs, l’accompagnera sans se douter des lourds secrets que lui cache son homme, elle-même en plein bilan sur sa vie.
« Les heures passaient-parfois les jours-et son mari refaisait surface. À la manière d’un cadavre qui remonte, après avoir visité le fond. A croire que lui aussi, il avait ses secrets. »
Ce roman aurait tout aussi bien pu s’appeler: « Chroniques de Burn-out annoncés”. À travers ce récit cynique et décapant, nous accompagnons ce couple, monsieur et madame tout le monde, dans leur vie quotidienne et professionnelle avec une réalité surprenante.
Qui de nous n’a jamais subit de harcèlement au boulot, ou fait un petit bilan sur sa vie, avec ensuite une envie de tout foutre en l’air. Seulement on n’a pas le choix, faut avancer, survivre coute que coute, et continuer à croire que ça va s’arranger.
Yvan Robin réussit à mettre des mots sur nos maux, avoués ou enfouis…
Avec humour noir, il dépeint admirablement le monde du travail manuel, le patronat, les obligations de faire toujours mieux pour remplir davantage les poches de ceux-ci. Ceux-là même qui vous tourneront le dos aux moindres pépins. Sous tension en permanence, l’être humain souffre, mois après mois jusqu’à l’explosion….
Un roman social, brutal, réaliste, parfois dérangeant, intriguant. Un roman noir qui éveillera en vous questionnement et rébellion contre ce système aussi pourri qu’il parait.
c’est tellement ça, c’est tellement vrai, et c’est tellement bien écrit, bien transcrit, ce malaise ambiant…une histoire qui m’a touché pour m’y être reconnue parfois, et qui me conforte dans mon choix d’avoir quitté ces entreprises à faire du fric sur mon dos, et à créer la mienne avec le choix d’y travailler seule à ma façon. Je travaille pour vivre, je ne vis pas pour travailler, car n’oublions pas :
TRAVAILLER TUE !
Encore une sacré découverte de la maison d’édition Lajouanie qui nous réserve de belle surprise, ici encore, « Roman pas policier mais presque ».Pas d’enquête, pas de flic, pas de témoin, mais un suspense intense …Yvan Robin rejoint cette écurie d’auteurs aussi diversifiée que sur un champs de courses en route vers les podiums. Qu’on se le dise …
Et prenez le temps de lire, trop TRAVAILLER TUE ! Pensez-y .
Petit plus: si vous avez aimé le couperet de Donald E. Westlake ou vu l’adaptation cinématographique avec José Garcia, ce livre vous plaira forcément …

Christelle

CAT 215 Antonin Varenne Chez La Manufacture Des Livres Collection Territori

 

Billet d’amour / Billet d’humour .
Aujourd’hui j’ai fait une courte virée en Guyane, en compagnie de Marc, mécanicien.
Étant dans une passe financière difficile, il a accepté de rejoindre une vieille connaissance .
« Le plus grand talent d’un escroc reste de savoir faire appel à votre naïveté .  »
Son ancien associé véreux le conduit dans la jungle, vers un camps d’orpailleurs illégal, pour qu’il répare une pelleteuse Caterpillar.
« Te pose pas trop de question.Tu vas avoir une bonne nuit en hamac et une journée de marche pour te laver la tête de toute cette merde de réflexion que t’as ramené avec toi de la métropole . »
Marc y retrouvera deux mecs, peu sociables, et assez barrés, et il devra composer au mieux avec chacun, faire son taf, et tenter de rentrer en vie. C’est l’enfer dans cette forêt équatoriale si peu hospitalière. Le danger est partout, la lutte permanente, et la folie des hommes aussi sauvage que cet endroit …..
Quand j’ai su qu’un nouveau Varenne se profilait à l’horizon, j’étais comblée, et lorsque je l’ai eu en main, ma première réaction a été: « Non mais sérieux, même pas 100 pages et 9€, soit un euro toutes les 10 pages, c’est abusé. »
Et si je ne vouais pas une adoration éternelle pour cette plume, je ne m’y serais pas attardé. Il m’a alpagué avec « Trois mille chevaux vapeur » (Prix du quai du polar 2014 ) et maintenant Antonin et Moi c’est pour la vie. Entre temps j’ai dévoré Fakir (Prix Michel Lebrun, prix du jury sang d’encre ),et Battues (prix de la ville 2016, Prix sable noir ) deux merveilles. D’autres m’attendent encore pour assouvir mes crises de manque en cas de boulimie livresque, et heureusement car cet encas CAT 215 m’a laissé sur ma faim. Ce fut bon mais beaucoup, beaucoup trop court, une nouvelle d’accord, mais pourquoi pas un recueil? Le bonheur aurait été plus grand .
Antonin, inutile de monter sur tes grands chevaux, mais tu peux tout de même organiser une Battue, convoquer ton fakir, ton kabyle, et ton marin, autour d’un gâteau mexicain et je te prie jusqu’au fruit de mes entrailles de revenir à bord de ton CAT 215 à toute vapeur pour m’offrir sur un plateau ( ah non là c’est Franck) mon prochain menu gourmet 5 étoiles, car là tu m’as mis au régime hyper strict, 100 grammes de mots, c’est léger pour ma gourmandise livresque. Je me demande si tes voisins l’ont trouvé celui-ci … (pour ceux qui connaissent l’anecdote)
« On ne sait jamais, ici, ce que les gens ont entendu. Parfois ils savent, parfois ils croient qu’ils savent. »
J’ai adoré cette petite douceur mais je reste affamée.
Allez-file, et reviens-moi vite avec un pavé comme j’aime .

Christelle

ARSLAN de M.J. ENGH collection lunes d’encres

 

Trad. de l’anglais (États-Unis) par Jacques Collin

 

Jamais, voir rarement déçu par la collection. Il en sera le cas encore ici. Datant de 1976 et il parait que c’est  son meilleur, nous allons partir entre fantaisie militaire, Uchronie un peu, et surtout dans l’imaginaire. C’est un récit assez lent qui prend son temps, mais ne manque pas de surprises. La joie et la tristesse se mélange allégrement. L’histoire semble folle, un homme avec son armée venant du bout du monde envahi les usa……et prend le pouvoir dans une petite ville….

Assez dérangent, politiquement, certaines scènes aussi, écrit en 1976, je comprends qu’il ait pu provoquer un semblant de protestations,. Bon ne vous attendez pas à beaucoup d’action c’est dans le cérébral que cela se passe, ce va vus changer par ailleurs ^^;

Un livre à part, je n’ai rien d’autres à rajouter mis à part que c’est à lire

Je te rends le micro Guy Lux

 

 

 

 

 

 

The Life Game, Laurence Fontaine chez Aconitum et entretien avec l’auteur

« Un jour, il y aura ici de la place pour les rêves. Tu verras … »

Sous couvert d’un jeu télévisé, Jade, étudiante en criminologie, est sur le point de réaliser son Rêve. Rouvrir « L’enquête sur les crimes non résolus sur lesquels plane l’ombre évidente de Scott Eden  »

Elle se lance sur LA ROUTE à la poursuite de ce tueur en série aidée par les billets verts de Newton, le Boss, concepteur du jeu, et d’un ami geek précieux.

« On est en Amérique. Le pays où les sentiments ont la couleur des billets verts »

L’aventure commence et nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

 » Welcome to the Life Game  »

Entre passé et présent mais sans jamais se perdre sur LA ROUTE, on trace à grande vitesse, et indice après indice on fait la connaissance de Scott Eden.

« Parfois, murmura-t’il, quand je me penche sur ce puits pour observer l’eau croupie, il m’arrive d’imaginer que les femmes se noient dans leurs mensonges….. »

De la part de Jade, une jeune femme plutôt futée et relativement courageuse, (en tout cas c’est pas une chochotte) pas de pleurnicherie. Si elle tombe, elle se relève et elle s’y remet. Une femme de caractère qui ne se laisse pas embobiner au premier regard langoureux.

« -Les hommes aussi ont un cœur qu’est-ce que tu crois ?
-Dans le cas de Tom ça reste à prouver, ça demanderait surement une bonne radiographie -Ne soit pas cynique!…. »

Oh que si au contraire, soit cynique! Ne te laisse pas séduire par « Son sourire surréaliste”, résiste à Newton cet homme, cette « énigme qui capte bien la lumière et l’absorbe. »

Comme je l’aime cette femme! Comme j’ai aimé parcourir ces pages, suivre cette ROUTE en sa compagnie, et découvrir cette histoire finement ficelée, diablement bien contée. Une belle surprise sans en être une, car connaissant la plume de Laurence Fontaine, j’étais plutôt impatiente de découvrir sa dose d’encre coté THRILLER, et je ne suis pas déçue, bien au contraire.

J’ai appréhendé un court instant, les jeux télévisés n’étant pas ma tasse de thé ni mon verre de Sky, mais abordé de cette façon, vraiment, c’était génial. Étant cinéphile moi-même, je fut comblée par les clins d’œil « Bobines » et j’eus une forte envie de relire Kerouac et sa  » Route « , une bonne dose d’encre bien présente entre ces lignes.

Vous l’aurez compris, j’ai adoré, lu en deux « shoots ». C’est un gage de qualité chez moi. Une histoire made in USA qui vous fera voyager, trembler, à un rythme qui dépasse les limitations imposées parfois par la vie et ces vicissitudes. Donc préparez-vous une pause intense pour savourer au mieux ce moment de lecture. Evitez les arrêts prolongés qui n’amènent que frustrations, foncez avec Jade sur La ROUTE, ouvrez l’œil, et même les deux , suivez les indices et faites gaffe à Newton, un vrai piège à fille ce mec.

Des lignes noires de rêve, en direction des plus grandes plumes, indiennes ou pas, un quatrième « bouquin »qui tient ses promesses et vous fait passer un super moment .

On hésite pas, on s’offre ces pages d’encre et on encourage l’auteur et sa nouvelle maison d’édition Aconitum (Toute jeune maison déjà bien prometteuse, le refus des uns fait le bonheur des autres ).

Une petite interview de l’auteur suivra ce billet ….Si ça vous dit, à bientôt.

 » En guerre, à la chasse et en amour, pour un plaisir mille douleurs. « (Proverbe)

Christelle

Petite interview de Laurence Fontaine pour son dernier livre The Life Game 

Christelle: -D’où te vient cette passion des USA point central de tes deux derniers livres ? 

 

Laurence :- Quand j’étais ado, j’habitais une petite ville du nord de la France. A l’époque, il n’y avait pas Internet, mais il y  avait la télé, la radio et une librairie pour échapper  à un monde trop étriqué. J’ai vu les films d’Hitchcock, j’ai écouté Elvis et j’ai lu Kerouac et ça a été comme ouvrir la boîte de Pandore. Je suis du signe astrologique de la balance c’est un signe d’air, alors pour moi l’Amérique a été une bouffée d’oxygène et même si ça fait cliché, c’est un élan vital qui m’a poussé vers ses déserts comme ses gratte-ciels. Depuis, l’Amérique, je la respire et elle m’inspire. J’ajouterai que c’est le continent américain dans son ensemble que j’aime aussi beaucoup.

 

Christelle:- je connais ton parcours pour la publication de ce dernier  » thriller », aurais-tu un message à faire passer au monde de l’édition ? 

Laurence: -Un éditeur c’est un peu un joueur de poker – ou de Black Jack. Un auteur aussi. Publier un livre c’est un pari fou. Je vois donc auteur et éditeur comme les deux faces d’une même pièce. Et plutôt que de pester  contre ceux qui m’ont refusé, je préfère dire que je les aime  à ceux qui m’ont publié. Ils sont trois éditeurs, pour mes quatre romans : sans eux, je ne serais pas là. Donc mon message aux éditeurs serait : « Certains auteurs sont prêts à décrocher la lune. Trouvez-les. Donnez leur une boîte d’allumettes et ils construiront la fusée ».

…Et dans cette phrase on peut encore remplacer le mot ‘ auteur’ par ‘éditeur’, car l’inverse est vrai aussi. 😉

 

christelle: – la route de Kerouac tu l’as faite ? 

Laurence: – Alors oui, j’ai pratiquement visité toutes les villes où il est passé lors de ses multiples trajets  à travers l’Amérique. Sauf je crois, Detroit, Michigan ( mais je rêve d’y aller) et Laredo au Mexique ! J’ai aussi emprunté, comme lui, des bus et des voitures pour traverser le continent, mais je n’ai pas fait d’auto-stop. Je suis voyageuse, pas candidate au suicide J))

 

Christelle: – tu m’offres tes coups de coeur de ta dernière bobine, ta dernière dose d’encre et ton dernier son qui t’ont fait vibrer ? 

Laurence : -Dernière(s) bobine(s): Xmen apocalypse et Cafe society de Woody Allen. Blockbuster et film d’auteur, le grand écart  à l’américaine.

-Dernière dose d’encre: « la compassion du diable » de Fabio Mitchelli.

-Dernier son qui vibre : le nouveau Radiohead, « a moon shaped pool »

Christelle: – un prochain j’espère ?

Laurence: -Bien sûr. Il est déjà un peu en gestation. Ça devrait se passer entre le Danemark et le Canada avec un petit détour par…le Nord de la France. Mais… Qui vivra, verra !

 

Merci Laurence 😉 

 

Je vis Je meurs (Philippe Hauret-Editions Jigal)

Franchement il ne fait pas bon devenir vieux!
D’abord tu trimes toute ta vie pour les autres et quand t’as fini tu touches pas un rond, ensuite tu te rends compte que t as loupé plein de trucs et qu’en plus t es tout seul et enfin…tu bandes plus. Alors quand t’as l’occasion de jouer le preux chevalier pour une pauvre fille en galère, ben tu te poses pas de question et tu brandis fièrement ton glaive de justice.
Oui mais voilà, faut savoir que la vie c’est comme l’Histoire: ça se répète !
Racailles de banlieue c’est pas mieux! Y a trois catégories : les méchants cons qui méritent ce qui leur arrive, les méchants gentils qui sont comme les chats et retombent toujours sur leurs pattes et les méchants méchants qui eux ben au final sont des vrais méchants ! Et puis on sait comment ça se passe.
Être flic ouais ça a du bon. Ok tu bosses dur, tu picoles et tu prends de la coke parce que ta femme s’est tirée avec ton gosse et que tu penses qu’à te détruire te salir…mais t’es pas tout seul! Comme Laurel tu as ton Hardy, ton antonyme, celui à qui tout réussi dans tout et en plus c’est ton pote et coéquipier.
Tout ça raconté en une histoire morcelée de leurs différentes expériences passées ou actuelles, mélangée avec une enquête crédible et cohérente, le tout garni de petites références culturelles ça fait passer un bon moment.
Ouep j ai bien aimé. En même temps je suis un aficionado du morcellement et des mélanges de destins donc là j’ adhère ! Le rythme est bon, pas trop lent, pas trop rapide: juste comme il faut. Parce qu’en fait c est suffisamment fluide pour quel on ait l’impression que cela ne dure que quelques jours maxi un mois….
Les personnages sont chouettes et tous attachants…ouais tous même les deux bourrins de la cité. La densité du récit tient à ses protagonistes, l’histoire ne servant que de bande sonore.
Alors svp Philippe vit mais ne meurt pas parce que Le Corbac ferait la gueule !

Entretien avec Fred Gevart, pour son dernier livre et le reste

5 ans après notre premier entretien, ici même, on recommence maintenant pour

1/ question basique pourtant autant de temps entre ces deux livres ?

Ce n’est pas une question de fainéantise, en tout cas pas uniquement. Bon, il y a combien de temps que tu m’as envoyé les questions de cet entretien, au fait ? Après la sortie de Bois, mon premier roman, je n’étais pas convaincu du sujet de mon prochain. J’avais tergiversé durant quelques mois en gribouillant quelques chapitres à propos d’un groupe de rock, avec une histoire de vengeance et de trajectoire brisée, mais je ne me sentais pas totalement habité par mes personnages. Et puis à propos de trajectoires, la mienne a connu quelques cahots à cette époque. Il a fallu du temps pour mettre de l’ordre là dedans. La course m’a aidé à y voir plus clair. A force de me vider l’esprit, j’ai fini par me sentir capable d’écrire une histoire que j’avais envie d’écrire.

2/ On rebondit , car vous n’êtes point seul à l’écriture cette fois, alors, comment on en arrive là et comment on fait ?

Durant 4 ans, j’ai écrit tous les jours, sans rien montrer à personne. C’était redevenu confus, atténué. Ca n’avait pas fière allure. En 2012, Nathalie a commencé à courir, et je ne comprenais pas pourquoi. Je préférais m’escrimer sur mes embryons d’histoires bancales, que je ne lui montrais plus. Après un certain temps, je me suis mis à courir, moi aussi. Ca nous a pas mal rapprochés. C’est devenu un truc vraiment important, pour nous deux. Ça nous a pas mal soudés, en fait. L’écrivain, bien rouillé, a fini par suivre l’exemple du coureur. Il a cessé de faire n’importe quoi à l’entraînement, de se lancer dans des expéditions sans préparation. Il a refait des gammes, allongé progressivement les distances, retrouvé du rythme. J’ai senti que ça revenait. Mais je n’avais pas tiré routes les leçons de ce que m’avait appris la course : j’ai foncé dans cette histoire, celle de cavalier seul, bille en tête. J’ai posé les bases, le personnage de Denis, celui de son père, j’ai rédigé des chapitres, mais je sentais que j’allais encore m’en remettre au Dieu du cut-up, comme je l’avais fait pour Bois. Je me suis remis à douter. Nat m’a aidé à restructurer l’intrigue. On s’est mis à en discuter, chaque jour, et puis j’ai recommencé à rédiger. Le soir, on relisait ensemble, on taillait dedans. Je suis très nostalgique de ces mois là.

3/ Je pense que dans ce livre il y a de votre vie, pas besoin d’être medium , je ne pense pas qu’en 2010 pour notre premier entretien vous en étiez là….sans rentrer dans les détails….

Des montées, des descentes. Le moins de plat possible. Même si on est bien content de pouvoir souffler un peu, parfois.

4 / Bois était déjà doté d’une écriture assez sèche après, sans fioritures, marque de fabrique ? tout en notant que ce deuxième livre est plus lumineux que le premier.

Le message, dans Cavalier seul, est sans doute moins pessimiste que dans Bois. Il faut croire que j’ai mûri. Ou alors vieilli, je te laisse choisir. Peut-être qu’écrire avec Nat m’a rendu heureux. Pour ce qui est de la sécheresse de l’écriture, c’est une exigence que nous partageons. On ne passe pas vingt ans avec quelqu’un sans déteindre un petit peu l’un sur l’autre. Le lyrisme, le plus souvent, ça nous fait rigoler. Et quand j’entends parler de « langue », je pense à des tranches molles et tièdes et visqueuses assaisonnées à la vinaigrette. Cela dit, tu prends « Et quelquefois j’ai comme une grande idée » de Ken Kesey, et là tu pleures. Mais il n’y a pas beaucoup de Kesey. Rien de pire que le comique involontaire. D’où la chasse aux métaphores et autres enluminures.

5 /sinon cette intrigue qui quand même est bien déjanté, vous l’avez trouvé sous un caillou ?

L’intrigue est certainement plus solide dans Cavalier seul que dans Bois. En apparence en tout cas. Bois était un labyrinthe. Mais j’aime bien les labyrinthes. Et je peux te dire que j’avais sacrément bossé sur le plan. Dans Cavalier Seul, il y a des souterrains, tout un réseau de galeries, même si elles ne sautent pas aux yeux. Elles sont là. Bien cachées. L’intrigue, elle est venue des personnages. Je voulais écrire la biographie d’un hybride entre Anton Krupicka, l’ultra-trailer, et Theodore Kaczinski, plus connu sous son surnom d’Una-Bomber. Des types qui vivent seuls dans la montagne. Alors pourquoi ils courent ? Pourquoi ils envoient des colis piégés ? Pourquoi l’un plutôt que l’autre ? Et puis l’histoire d’amour. Toujours la même. Je crois. C’est le grand mystère, au fond. Pourquoi on aime ? Et surtout, comment ? Jusqu’où ?

6/ Addiction donc à la course, c’est mieux que l’alcool la drogue le reste, mais c’est un palliatif non ?

Ce n’est pas à toi que je vais expliquer qu’on va tous finir par crever. Autant faire que ça se passe le mieux possible avant. A l’instant où je te parle, rien ne me fascine plus que des kilomètres de caillasse et le silence de la montagne, mais dans dix ans ? Je n’en sais rien. Pour l’alcool, la drogue, et le reste, j’ai arraché mon dossard il y a déjà un bout de temps. Pour ce qui est de la course, on verra bien jusqu’où mes genoux me portent. Mais c’est toujours la même histoire, tu sais. C’est vingt-quatre heures à la fois.

 

Que vous dire de mieux, que j’ai un regret j’aurai pu poser les questions à son amie aussi, et que j’adore ce gars, et ses livres

Lyndwood Miller de Sandrine Roy édition Lajouanie

Un premier roman n’est jamais chose facile surtout quand on s’attaque à un genre où les américains dominent ( comme au cinéma )…
Certes l’écriture en elle même ne m’a pas fait grimper au rideau (oui j en ai qu’un et alors), certes elle mériterait plus, un peu comme si Sandrine avait peur de se lâcher, peur de se laisser aller et qu’il y avait de la retenue…
Mais…mais il n’y a pas que ça.
D’une base classique ( un super gentil au passé douloureux qui devient un chevalier blanc accompagné de son fidèle écuyer et qui part sauver la pauvre pucelle- au sens propre-et qui met ses talents violents au service de la justice) Sandrine construit une famille.
Recomposée ou décomposée peu importe elle arrive délicatement à tisser entre ces personnalités fortes des liens tangibles et cohérents, de véritables sentiments que l’on n’imaginerait pas mais qui font leur chemin au fil des pages.
Et la magie fonctionne : ce qui pouvait paraître cousu de fil blanc prend une autre dimension et le roman prend alors une autre direction.
De thriller ou roman d’action il passe à la vitesse supérieure, le personnage de Linwood, principal jusque là devient secondaire pour laisser place à un sujet: commet trouver sa place quand on est « différent « ?
J’aime ces histoires qui ne se cantonnent pas à une histoire mais qui sont capables de me faire réfléchir sur nous, notre place, nos comportements. J’aime ces fictions qui sont capables de mettre en évidence des réalités quotidiennes qui dérangent parce que la Société veut que l’on fasse comme si.
Un premier roman un peu inégal mais dont j’aimerais lire la suite car derrière quelques tâtonnements hésitants on sent une plume qui a des choses à dire.

Haïku de Eric Calatraba. Les éditions de Londres

Alors j’ai mis toutes ces couvertures parce qu il fait froid dans le Nord…nan je déconne mais je trouve que chacune reflète l’esprit de ce livre.
Haïku c’est un film ou plutôt plusieurs: Crying Freeman( Christophe Gans), Ghost Dog (Jim Jarmusch), Black Rain (Ridley Scott), Zātoichi (Takeshi Kitano)…oui oui tout ça et que Tarantino aille se pieuter avec une tisane et deux suppos!
Haïku c’est un pur produit français, un truc qui pulse et qui va vite, un truc super réaliste qui déménage et qui frappe…fort très fort.
Haïku ça flingue et ça roule vite, ça défouraille et les corps s amoncellent…Un vrai carnage.
Haïku c’est un voyage dans le monde et dans l’univers des passe droits pour mecs blindés de thunes (style les libraires…arfff arfff arfff ), un guide touristique de plein de pays (Italie Suisse Japon France…) mais dans ce qu’ils ont de plus fort comme valeurs et non as d’un point de vue touristique.Alors oui parfois c’est pas très propre sur soi mais on s’en fout parce que l’on sait que c’est vrai.
Haïku c’est une leçon :de vengeance, d’honneur, d’amitié, de respect,d’amour et de foi.
Foi ça lui va bien comme mot ça. Foi en l’être humain et son amour de son prochain, foi dans la vie et dans la bonté, foi dans l’avenir et ce que nous même pouvons en faire…une livre de foie quoi…saignante à souhait mais oh combien pleine d’humanisme.
Haïku c’est un grand livre.
Merci Eric Calatraba de m’avoir rappelé que le genre humain n’est pas qu’un troupeau de bovins bêtes et méchants.
ps:t es le seul mec que je connaisse capable de me noyer en me faisant croire que c’est écrit par une femme… (private joke et merci à Eric Maravelias de m avoir fait te connaître )

Soul of London (Gaëlle Perrin Guillet -Editions Fleur Sauvge)

Le temps se prête bien à en parler aujourd’hui (ou depuis une semaine même ! ), niveau climat et non niveau ennui ou tristesse. Je lis partout que ce livre est un roman policier mis pour en avoir causé avec l’auteure ( qui n’avait encore rien bu…) je vais aller à contre sens de tous ces avis! Oui il y a meurtre. Oui il y a enquête. Oui il y a des policiers. Mais comme dirait l’autre « pas que… » En l’occurrence ici ceci n’est qu’un prétexte à écrire un roman noir, un roman social et naturaliste sur une ville et une période qui le permet d’autant plus qu’elles sont en pleine mutation. Londres et le 19ème…Son fog et sa crasse,  ses « fractures sociales, ses inégalité,  sa misère et sa richesse. Soul of London est un roman d’ambiance, un roman d’atmosphère… Tout n’y est qu’antagonisme,  que lutte des classes et des sexes. Qui a le droit,qui en fonction de son statut peut ou doit, qui mérite ou pas. Nébuleux comme le From Hell des frères Hugues (film), sombre comme la même Bd de Alan Moore et Edward Campbell(rien à voir avec la soupe), drôle comme les 4 de Baker street, Soul of London place son décor historique et social, déroule ses personnages attachants en utilisant les codes du roman d’enquête anglo-saxon à la Conan Doyle. Clairement il ne s’agit pas d’un thriller ni d’un roman policier mais d’un roman tout simplement. Gaëlle Perrin nous place un décor, un univers et un style qui sont autant de personnages à part entière. Hâte de lire la suite qui j’espère sera plus sombre encore. Le Corbac a aimé.