L’ IRLANDAIS, MAURICE GOUIRAN (Jigal polar) par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "L' IRLANDAIS, MAURICE GOUIRAN"Un peintre répondant au nom de Zach Nicholl est retrouvé mort dans son atelier marseillais.

Après avoir exploré avec brio les sombres heures du nazisme dans Le Diable n’est pas mort à Dachau, l’auteur choisit cette fois comme thématique centrale, mais pas que, cette longue période trouble ayant opposé la verte Erin à la perfide Albion, car Nicholl est un irlandais pure souche au passé mystérieux.

Une enquête ou les fausses pistes seront nombreuses, les atmosphères diverses, et les personnages charismatiques à souhait avec leurs ombres, leurs lumières, et leur amour pour la vie. Emma, la fliquette androgyne marseillaise, et Clovis, ex journaliste d’investigation connaissant l’artiste assassiné seront les principaux héros de ce roman.

Autour de Zach Nicholl, L’Irlandais, bien des questions vont se poser. Arrivé en France dans les années 2000, il donne l’impression d’avoir fuit sa patrie ou d’avoir voulu oublier quelques démons.

Sa femme Aileen, semble t-il ne connaît rien de son passé et demande à Clovis, comme une faveur de l’accompagner au pays pour ramener sa dépouille et l’enterrer.

Maurice Gouiran écrit toujours aussi bien, et son écriture fine et ciselée, presque poétique par moment sert une histoire ou son œil avisé ne manque pas de souligner une foule de détails, de remarques et de concisions qui donnent un sourire et une respiration toute marseillaise à ce récit.

Ses descriptions sudistes sont un bonheur, les panoramas irlandais qu’il offre à notre vision sont un délice, et les oppositions entre Sud, soleil et mauresque, n’ont d’égal que la brume et la bruine des verts paysages irlandais arrosés en permanence… par la Stout !

Documenté et avec la volonté manifeste de nous ramener de plein pied au pays du trèfle à quatre feuilles  pendant cette période très chaotique, l’auteur réussit à montrer, qu’à travers l’histoire avec un grand « H », l’anglais bien qu’ennemi héréditaire tout désigné, n’est finalement que l’arbre qui cache la forêt d’un  matriarcat des plus primaire et étouffant. Ces femmes, Aileen, Gethusa, Breena et les autres, dominées par ces us et coutumes bien arrangeantes pour les hommes ne sont-elles pas les vraies héroïnes de cette Irlande traumatisée ? Derrière la guerre de religion entre catholiques et protestants se cache l’émancipation de la femme irlandaise, autre combat, autre temps, autre mœurs.

Clovis va avoir beaucoup de mal, même en renouant avec ses anciens contacts, à comprendre ce pays qui évolue lentement mais qui règle ses affaires en famille. On ne parle pas, on ment, on égare, on cultive le culte du secret et ce peuple de rouquins est toujours profondément marqué par l’histoire, son histoire, ses martyrs, ses trahisons et… Miss Maggie.

La vérité se trouve peut être ailleurs, à Marseille ou a eu lieu le crime, ou les bateaux de croisières polluent en amenant leur touristes qui pullulent, là ou le commissaire Arnal peste contre une enquête qui n’avance pas, et là ou se trouve la vie de Clovis, berger à temps partiel, journaliste futé et amoureux de single malt.

Sur un condensé de ballade nord irlandaise, d’un plaidoyer pour son sud et de considérations écolos, Maurice Gouiran fait mouche une fois de plus en baladant son lecteur dans des univers variés, une exploration jamais anodine, actuelle et historique, que seul lui et quelques rares autres sont capables de faire. Si ça c’est pas du noir sociétal !

Soldes d’été, 2 chros pour le prix d’une par Bruno D.

Nous vous avons habitués à nos focus sur des auteurs, à chroniquer à plusieurs un même bouquin, cette fois Bruno a décidé de vous parler du Cri de Nicolas Beuglet et de La patience du diable de Maxime Chattam en même temps. Pourquoi ? Vous le découvrirez en le lisant ! 


Résultat de recherche d'images pour "le cri Nicolas Beuglet"C’est drôle comme quelquefois en choisissant deux livres pour partir en vacances,on se retrouve avec deux bouquins traitant à 70% presque du même sujet : Le Cri de Nicolas Beuglet et La Patience du diable de Maxime Chattam ont en commun le traitement de la peur extrême et de la terreur. Ne dit on pas en effet « mourir de peur » ? Et pour tout vous dire ce n’est pas l’auteur le plus connu qui s’en tire le mieux ! Nicolas Beugnet gagne de très loin avec un magnifique thriller, précis, argumenté que vous n’aurez pas envie de lâcher une fois que vous aurez commencé à tourner les pages.

En Norvège, région d’Oslo, dans un hôpital psychiatrique, un patient interné depuis très longtemps est retrouvé mort, mort de peur littéralement au sens premier du terme. La secrète et efficace inspectrice Sarah Geringen dont la vie vient de basculer suite à une séparation brutale et forcément douloureuse, va se lancer à corps perdu dans une enquête qui devrait rapidement être bouclée puisque la cause de la mort en question est le suicide. Ko debout par sa vie qui s’effondre et ses nerfs très éprouvés, Sarah va néanmoins constater un certain nombre de zones d’ombres et soulever de nombreux points d’interrogation grâce à son grand sens de l’observation et son esprit de déduction plus affûté que jamais. L’adrénaline de l’enquête est un remède stimulant pour une enquêtrice au bord de la rupture !

Qui était donc ce patient n° 488, coupé du monde et que personne ne connaît autrement que par son numéro bien énigmatique. Ce roman de Nicolas Beuglet est une superbe réussite qui mérite vraiment le label de « thriller ». Une intrigue au cordeau avec des tiroirs multiples, un rythme soutenu, des rebondissements, des personnages charismatiques, un timing digne de la série « 24h Chrono », de multiples pays visités, et des morts qui s’accumulent, voilà un excellent roman qui a déjà fait le bonheur de nombreux lecteurs.

Sciences et religions en toile de fond, l’auteur développe des théories forts intéressantes oscillant entre réalités et fictions. Sans vouloir dévoiler la moindre information au sujet de cette formidable aventure, l’auteur reste juste et sobre et ne tombe pas dans la démesure inutile comme j’ai pu le constater sur le Chattam.

Palpitant et angoissant du début à la fin, ce scénario hollywoodien croise plusieurs thèmes maintes fois rencontrés dans d’autres livres, mais avec un angle d’attaque complètement différent. C’est instructif et on se laisse prendre au jeu que nous propose l’auteur. Les deux principaux personnages avec leurs blessures et choix cornéliens de vie n’ont aucun mal à attirer notre sympathie et notre respect. Facile de s’identifier à eux, même si on ne survivrait certainement pas longtemps à leur pérégrinations. A part cette indestructibilité de nos héros (bon, un peu comme au ciné finalement), qui est peu crédible, Nicolas Beuglet nous fait passer un excellent moment avec son scénario plutôt bien tourné. J’ai pour ma part refermé ce livre en étant conquis et avec la certitude que quelquefois entre deux auteurs maniant la terreur, c’est pas forcément le plus coté qui a rendu la meilleure copie !


Résultat de recherche d'images pour "la patience du diable chattam"Quoi de mieux en vacances qu’un Maxime Chattam pour se détendre et frissonner, oublier les soucis, et se plonger dans une lecture supposée captivante. C’est ce que je me suis dit en emportant  La Patience du Diable, suite de La Conjuration primitive qui m’avait emballée. Retrouver Ludivine Vancker, Segnon et toute l’équipe était tout désigné pour se faire plaisir.

Un go-fast réservant des surprises et des gens ordinaires découvert morts de terreur, l’auteur nous propose une histoire terrifiante, avec tout le talent qui le caractérise. Les ingrédients sont là, le timing, les personnages, les décors et un scénario très très mystérieux qui laisse planer un sentiment de malaise exacerbé. MAIS, j’ai trouvé cette fois ci qu’il en faisait bien trop ! Abracadabrantesque et peu crédible alors que je suis en général très bon public, Maxime Chattam charge le trait entre explosion de violence dans une atmosphère de fin du monde, considérations existentielles, et un surnaturel présent tout au long du roman et finalement peu convaincant. Trop c’est trop, d’autant plus que son propos se délite comme s’il avait voulu allonger la sauce ou remplir des pages coûte que coûte !

On retrouve quand même ce qui fait la force de l’auteur, un savoir faire indéniable pour faire monter le suspense et créer angoisses et rebondissements, mais l’ensemble manque pour moi clairement de fluidité, de netteté. 

Dans ce roman ou l’on parle beaucoup de diable, d’ésotérisme et de cinglés, le climat général est particulièrement lourd et suffocant. Maxime Chattam que j’adore pourtant après avoir lu sa brillante Trilogie du Mal ou encore La Conjuration primitive devrait méditer cette citation bien connue «le diable se cache dans les détails», parce que au fur et à mesure des 575 pages, j’ai eu l’impression qu’il perdait un peu de vue son fil conducteur et sa légendaire mécanique de précision qui a fait son immense succès.

C’est  un roman en demie teinte, une déception pour moi, d’autant plus ressentie que je l’ai lu juste derrière Le Cri de Nicolas Beuglet. Et là , il n’y a pas photo entre les deux, le Chattam souffre   d’une comparaison pas à son avantage ! Je sais que Maxime Chattam a ses fans et ses « Mordus », mais cette fois ci, j’ai le sentiment de quelque chose qui cloche, et j ‘en suis ressorti chagriné et pas convaincu, déçu oui !

NID DE VIPÈRES, ANDREA CAMILLERI (FLEUVE/NOIR) par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "NID DE VIPÈRES, ANDREA CAMILLERI"On ne présente plus Andréa Camilleri, cet italien de 92 ans qui popularise à travers ses romans le commissaire Montalbano. Se déroulant dans la province imaginaire de Vigata en Sicile, c’est toujours un plaisir non dissimulé que de retrouver Salvio Montalbano dans ses aventures alambiquées mises en scène par un écrivain très prolifique.

Adaptées à la télévision avec une trentaine d’épisodes, on ne peut s’empêcher de penser à Luca Zingaretti qui prête ses traits au fameux commissaire.

Avec Nid de vipère, on n’échappe pas à la règle et à ces images déjà vues. En effet, cet épisode a déjà été tourné et diffusé sur France 3 il y a un an. Retrouver la fine équipe, Mimi Augello, Fazio, l’inénarrable Catarella, le fantasque légiste, le Docteur Pasquano et la très belle Livia, la fiancée de Salvio est d’autant plus facile qu’on a l’impression de déjà les connaître pour les avoir vus sur le petit écran.

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Une mention toute particulière au traducteur Serge Quadruppani, parce que traduire un Camilleri et rendre cette atmosphère très particulière est une gageure dont il se tire avec brio. Un scénario de Montalbano, c’est quelque chose de particulier. On n’est pas en Italie, on est en Sicile, et ça fait toute la différence ! Nonchalance et art de vivre à la sicilienne, Salvio Montalbano est avant tout un épicurien pour qui la bouffe est primordiale. Le temps du repas est aussi sacré que la religion ; les bons ingrédients, la bonne cuisson, le bon assaisonnement est obligatoire, car il faut bien vous dire que le Commissaire Montalbano est une institution, un personnage charismatique, et un fin enquêteur que rien ne détourne de son objectif premier, mais seulement une fois que le ventre est plein. Têtu et quelquefois déroutant (demander donc à sa copine Livia), il parvient toujours à ses fins lorsqu’il a mangé à sa faim, en prenant surtout son temps et en empruntant quelquefois des chemins très détournés.

Le quart d’heure sicilien (ceux qui sont déjà allés en Sicile comprendront) n’est pas une légende et dans cette histoire d’usurier, de meurtre, et de maîtresses cachées, Salvio et sa bande auront bien du grain à moudre. Pour une fois, on ne parte pas trop des Sinagra , mafia locale  et pourtant, la haine, l’amour , le bien, le mal ont des visages bien différents.

Liens complexes de la famille au cœur de ce roman, Andréa Camilleri nous prouve qu’il n’ a rien perdu de sa verve, de son écriture et nous livre une fois de plus une vision de la condition humaine sans beaucoup d’illusion. Son style semble léger comme d’habitude, mais sa façon de décrire presque en souriant, les travers des êtres humains en fait un acteur incontournable du roman noir italien.

Vous l’avez compris, je suis fan des aventures de Montalbano, ne serait ce que pour cette façon bien particulière de nous faire pénétrer cette culture sicilienne ou il fait malgré tout bon vivre, dans une certaine nonchalance et malgré des individus répugnants.

Salut à toi ô mon frère, Marin Ledun (Série noire-Gallimard) par Le boss

Résultat de recherche d'images pour "Salut à toi ô mon frère"C’est assez déconcertant cette facilité qu’a l’auteur de sauter du coq à l’âne avec ses écrits. Et c’est tant mieux, la surprise est toujours au bout des mots…

Bon prenons l’auteur, à première vue, soit vous l’avez rencontré soit vous l’avez lu, soit vous vous avez vu des photos… Et donc c’est pas franchement le gars que t’invite pour rigoler… Docteur en je ne sais plus quoi, écrivain sérieux, se battant pour des causes sérieuses, bref, mais si vous aviez fait attention, son deuxième livre sur l' »eta », recelait des perles d’humour. Mais soit.

Marin est il le gars qu’on invite au bar pour nous raconter des blagues ? Est-il le joyeux luron de votre mariage ? L’ami qui fait rire au repas de famille ? L’homme possédant toujours un coussin péteur dans sa poche ? Pour les anniversaire de vos enfants, le clown parfait….etc. A priori non !!! Ceci dit, c’est mieux ainsi….

Et voilà que notre poule préférée nous balance à la tronche ou nous pond plutôt, un livre décapant, à l’humour cynique et sardonique.

Humour humour, oui mais au vitriol. On rigole beaucoup par les situations cocasses, les réflexions d’une smala folle de sagesse. Mais c’est aussi un livre lettré, érudit, j’en reste impressionné. Vous pouvez donc lire, vous cultiver et rire de bon cœur tout en réfléchissant aux problèmes de fond que pose l’auteur. Évidemment qu’il y a le rire, sinon c’est à pleurer de voir cette bêtise ambiante si bien retracée que l’on côtoie tous les jours qu’un mec en haut fait, ou bien en bas, on se le demande parfois…

On retrouvera les thèmes chers à l’auteur, dont il soupoudre ses livres depuis longtemps.

Bon cela reste un crève cœur le titre, vu que j’ai horreur des bérus… Mais bon, j’en reste assis tranquillement sur mon humble postérieur, quel putain talent, et j’aurai pas misé un kopeck sur ce livre.

On attend une suite, et vite, les livres noirs et remplis d’humour ne sont pas foisons.

Achetez le ou pendez vous !!!

Les chiens de chasse, Jørn Lier Horst (Gallimard), traduction de Hélène Hervieu

Est il normal de se méfier de ce qui vient d’en haut ? Oui en général !!!

En mode moonwalk je suis donc renté dedans… Et j’en suis sorti en dansant le twist, bien guilleret, j’avais loupé le premier, je ne louperai pas les autres.

C’est  écrit finement, par contre c’est pas un livre d’action, on oscille entre chaque chapitres, entre le père et la fille, tous deux en quête de vérité sur une vieille  d’affaire…

Le père la fille le père la fille, le père la file la fille la fille, etc. voilà comment le livre se découpe jusqu’à la la fin, vous noterez, que parfois la fille a deux chapitres pour elle^^, ah la parité !

Bon c’est un police procédural, c’est à dire pour Perrine qu’on suit l’enquête pas à pas à travers les pensée du flic et de la manière dont se déroule  une enquête, de la base jusqu’au jugement. C’est le rebondissement d’une vieille affaire qui démarre le livre. Aurait-on emprisonner un innocent ? On ajoute à cela une enquête en cours aussi, sur une disparition. Beaucoup de nouveaux éléments au cours de la lecture viendront semer le doute dans l’esprit du lecteur.

L’auteur nous balade pas mal, il est doué le bougre, pour nous mettre sur des fausses pistes du début à la fin. C’est la force du livre avec aussi son écriture paisible, cool, le nord quoi !

Il y a cette force de cet écrivain, à ne pas nous faire lâcher ce livre. Cette alternance de chapitres ainsi que de révélations sur l’affaire, entre fille et père, est assez réussie.

Histoire de… condé qui découvre que peut être il y a eu un hic, on va partager les doutes. Fille et père,  à la poursuite d’une vérité. Nous avons donc deux différentes avancées tout au long du livre, tout en se posant la question : putain de bordel de merde, ils  y arrivent ou bien ?

Vous lirez !

Dix-sept ans après son incarcération pour l’enlèvement et le meurtre de la jeune Cecilia Linde, Rudolf Haglund retrouve la liberté… Et son nouvel avocat affirme être en mesure de démontrer que Haglund a été condamné sur la base de preuves falsifiées.
William Wisting, à l’époque jeune policier en charge de l’enquête, est devenu une figure exemplaire et respectée, incarnant l’intégrité et les valeurs d’une institution souvent mise à mal dans l’opinion publique.
Au cœur d’un scandale médiatique et judiciaire, suspendu de ses fonctions, Wisting décide de reprendre un à un les éléments du dossier. Les policiers auraient-ils succombé au syndrome des «chiens de chasse», suivant la première piste que leur indique leur instinct, au risque d’en négliger d’autres, et s’acharnant à étayer leurs soupçons pour prouver la culpabilité supposée de leur «proie»? Ou l’enquête aurait-elle été manipulée ? Mais par qui, et dans quel but ?

Avant la chute, Noam Hawley (Série Noire)

Cela démarre très fort pour ne jamais en finir !!! Enfin si, il y a une fin, comme tout à chacun, toi qui me lit, un jour tu mourras… Bon,  ceci dit, vous avez ou aurez un ouvrage, très dense entre vos petites  minimes.

Conseil du jour tant qu’a acheter un livre, prenez celui là…

Il faut suivre ce garçon, bordel de merde, ce Noam Hawley est un génie, du cinéma à l’écriture donc et prévoyez du temps, cela ne se lit pas comme un vulgus livrus comme on en lit tant.

Ce livre a le mérite d’être à la fois un roman , une critique sociétale fine et d’aborder l’humain dans tous les genres. On passe du salopard de Bourge à l’artiste en quête de rédemption, à la femme soumise, celles  aux vies dissolues, à des vies  toutes simples ou presque…

On disait donc critique sociétale, avec une belle analyse de la tenue de l’information  et de sa manipulation. Passer d’un héros à une merde en trois coup de cuillère à pot. On se croirait à la Fox, toute ressemblance serait fortuite….

Prenez donc un homme qui survit à un crash d’un avion, il récupère un enfant lui aussi seul survivant et nage à s’en faire péter les côtes jusqu’à la cote. Mais qui est cet homme ? Dernier passager impromptu d’un vol privé jusqu’à son crash. Crash dont on ne sait rien, et qui nous vaudra de passer, tous les passagers et le personnel au crible. Cela avec des chapitres qui leurs seront dédiés et qui alterneront avec un récit au présent.

Avant d’en venir à une fin, très surprenante, l’auteur va nous malmener pendant plus de six cent pages. Mais ce n’est pas un livre facile, pas un « derviche turner ».  C’est un bouquin profond même si le fil conducteur passera par la vérité sur le plongeon dans l’avion in the sea.

Un soir d’été, onze personnes embarquent à bord de l’avion privé de David Bateman, un magnat de la presse. Onze privilégiés, dont Scott Burroughs, un artiste peintre sur le retour. Seize minutes plus tard, l’avion s’abîme en mer, entre l’île de Vineyard et New York. Deux personnes survivent miraculeusement à la catastrophe : Scott, et JJ Bateman, quatre ans, désormais orphelin et héritier d’une immense fortune.
L’enquête sur les circonstances du crash débute sous le feu des projecteurs et la pression médiatique menace de rendre la situation incontrôlable. D’autant que les investigations révèlent d’étranges coïncidences, qui semblent indiquer que le drame n’est pas un simple accident. Les passagers se sont-ils vraiment retrouvés par hasard sur le même vol ou leur rencontre résulte-t-elle d’un plan machiavélique ?

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Les derniers mots, Tom Piccirelli (Série noire – Gallimard) par le boss

Résultat de recherche d'images pour "tom piccirilli les derniers mots"Découvert avec La rédemption du marchand de sables, je ne m’attendais pas à retrouver l’auteur de si tôt, avec le début d’une trilogie de plus. Livre culte, que celui sus cité, c’est avec envie que je me suis tapé celui-là, (Marin, désolé tu passes après….)

La rédemption, la faute, cela a l’air d’être un thème récurrent chez l’auteur. On devrait l’allonger sur un canapé et le faire parler ou avec une gégène, bref.

L’auteur a toujours la pêche, et une sacrée. Bienvenue dans une famille, pour le retour du frère prodigue… Une intrigue rondement menée, de l’humour, beaucoup de questionnement, d’introspection, bref Tom balaye un grand coup oscillant entre le sens de la famille et de  toutes les palettes émotionnelles liées. 

La grande force de ce livre, au delà d’un scénario non convenu, c’est l’histoire de cette famille de voleurs, du grand-père au bisaïeul « elvis vers cela ». Des personnages bien épais, sur une trame qui ne se dévoilera qu’à la fin. Une putain de fin par ailleurs, je mets au défi les lecteurs de la trouver avant, ou bien d’avoir un soupçon. D’intrigues en intrigues se superposant diablement tout en s’entremêlant comme deux serpents, c’est presque un alexandrin !!!

L’écriture est riche, les dialogues de même, tout est calibré au millimètre prés, pour un plaisir de lecture noire d’une grande maîtrise. (Putain on dirait une pub pour un café !) 

La fille qui brûle, Claire Messud (Gallimard) par Yann

Résultat de recherche d'images pour "La fille qui brûle, Claire Messud"La fille qui brûle est le 5ème roman de Claire Messud publié chez Gallimard et l’occasion pour nous de présenter la voix singulière de cette romancière américaine, née d’un père français et d’une mère canadienne, déjà remarquée pour Les enfants de l’empereur ou La femme d’en haut. C’est d’ailleurs à ce dernier roman que l’on peut rattacher La fille qui brûle puisque ces deux textes ont en commun de se pencher sur la condition féminine aux Etats-Unis.

Julia et Cassie ont grandi dans la petite ville de Royston, Massachusets, et sont amies depuis toujours. L’âge aidant, leurs envies les emmènent à la recherche de nouvelles sensations, qu’elles pourront trouver dans un ancien asile situé en pleine forêt, à proximité de Royston. Là, les jeunes filles peuvent donner libre cours à leur imagination et s’inventer des vies plus intéressantes et dangereuses que la leur. Mais l’adolescence approche, les amitiés se ternissent, les fils se distendent et les deux jeunes filles vont peu à peu se perdre de vue, suivant des chemins radicalement opposés. C’est par le récit de Julia que l’on suivra le parcours de Cassie qui, de conflits familiaux en mauvais choix, finira par devenir l’ombre d’elle-même, avant de disparaître.

Loin de se résumer à un énième roman sur l’adolescence et la perte des illusions, La fille qui brûle vaut surtout par le tableau que dresse Claire Messud de la société américaine et le sombre constat qu’elle fait de la difficulté pour les femmes de mener leur vie comme elles le souhaitent. La différence essentielle entre Julia et Cassie réside dans le cadre familial. Alors que Julia grandit entourée de ses parents qui l’aiment et savent l’écouter comme la conseiller, Cassie vit seule avec sa mère pendant des années, à subir mille fois le récit de la mort de son père. Lorsque sa mère rencontre le docteur Shute, Cassie ne se doute pas que celui qui va devenir son beau-père emmène avec lui le début de ses ennuis.

A travers les portraits de Bev (la mère de Cassie) et de son nouveau compagnon, Claire Messud égratigne violemment la religion et ceux pour qui elle n’est qu’un moyen de diriger la vie des autres. La famille en prend alors pour son grade mais la société aussi, à l’échelle de Royston en tout cas.

Pendant quelque temps, la ville a spéculé, analysé, calculé, imaginé. Tout le monde voulait une histoire, une histoire avec une intrigue, avec un mobile, un suspense et sa résolution. (…) Un cadavre aurait donné la meilleure histoire, celle qui aurait eu la vedette, et nous aurions tous pu être effondrés, choqués, emplis de remords et – trop tard – d’amour.

Rares sont ici les adultes dignes de considération, la plupart se contentant de détourner le regard ou de colporter des rumeurs quand un soupçon d’empathie aurait pu permettre à Cassie de choisir une autre voie. Mais, à travers le regard de Julia, on comprendra aussi que, même entre adolescents, l’incompréhension dresse parfois des murs infranchissables et que la transition vers l’âge adulte se vit la plupart du temps seul(e).

Roman sombre mais pas désespéré, La fille qui brûle nous offre un beau portrait de jeune fille en lutte avec le monde comme avec sa famille, une adolescente qui veut avoir la main sur son destin et ne pas se laisser étouffer sous le poids des contraintes familiales et sociales. Le propos est acerbe, l’écriture est juste et excellemment traduite par France Camus-Pichon.

Yann

DU BRUIT SOUS SILENCE, PASCAL DESSAINT (RIVAGES/NOIR) par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "DU BRUIT SOUS SILENCE"Un petit tour dans le sud au pays de l’ Ovalie, ça vous dit ? C’est ce que nous propose Pascal Dessaint dans cet ouvrage écrit déjà il y a une vingtaine d’année. Tout ce que vous voulez savoir sur le rugby sans jamais vouloir oser le demander, c’est un peu ce que vous trouverez au cœur de ces pages. Explications et traditions, une plongée en apnée  nécessaire dans ce milieu sportif suite au meurtre d’un de ses plus brillants éléments du RCT (Racing Club Toulousain).

Une intrigue donc et une opposition entre le nord et le sud symbolisée par nos deux enquêteurs, l’un de la région toulousaine (Benoît Terrangle) ayant pratiqué le rugby et l’autre fraîchement arrivé de Dunkerque (Elie Verlande). Opposition de culture, de climat, de style de vie, de compréhension dans une région, une ville, un département ou tout tourne autour du rugby et de son club phare.

Maurice Tamboréro (pas Cambérabéro hein), star de l’équipe toulousaine, habitué aux combats sur le rectangle vert et aux ballons difficilement maîtrisables, se prend une dernière balle, en plomb celle là, qui va le laisser sur le carreau sans combattre.

Le pire dans tout ça, c’est que l’enquête est confiée à un «étranger», un dunkerquois qui ne connaît rien aux subtilités de ce jeu et aux coutumes locales.

Ecrit  par un auteur natif du nord et toulousain depuis 1984, ce crime commis dans un univers particulier est pour Pascal Dessaint l’occasion de défier bien des préjugés. En pleine évolution et professionnalisation, le monde  du rugby évolue, l’argent est de plus en plus présent certes mais surtout, surtout, les athlètes ne sont pas que des tas de muscles sans cervelles. Il décode de façon fort adroite, certains diront professoral, cet environnement passionné et explosif aux multiples tenants et aboutissants. Dans cette ville dite «rose» ou coule la Garonne et ou plane l’esprit de Nougaro, le vrai tempo est donné par le RCT, ses stars et ses couleurs rouges et noires.

Nos policiers sont comme dans de nombreux romans, fragiles et traînant leurs problèmes avec eux. Ils vont se trouver confrontés à la loi du silence et seront des plus perplexes un bon moment. Elie en particulier mettra un certain temps avant d’apprivoiser cet environnement. Sexe, argent, starisation, entre enquête crédible et originale, la narration m’a quelque peu dérouté par instant avec au sein d’un même chapitre, des passages d’une période à une autre et d’un acteur à un autre !

Ce roman à la thématique plus sociale qu’il n’y paraît à priori fut pour moi une bonne porte d’entrée pour découvrir l’écriture de Pascal Dessaint rencontré au Bloody Fleury en février 2018. Republié dans la fameuse collection Rivages/noir en mars 2017, mais datant de 1999, je suis sûr que depuis l’auteur a  perfectionné son art pour nous offrir des histoires encore plus incisives et percutantes !

JE SUIS UN GUEPARD, PHILIPPE HAURET (JIGAL POLAR) par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "JE SUIS UN GUEPARD, PHILIPPE HAURET"Court, dense, noir et pratiquement sans illusion, ce troisième écrit de Philippe Hauret tout en restant dans la même thématique que les deux précédents, le noir sociétal, est cette fois ci différent. Pas de meurtre, pas d’enquête, juste la rencontre d’individus ou plutôt le croisement de deux couples que tout semble opposer.

L’auteur est doué pour mettre en pleine lumière notre monde moderne et déliquescent où se débattent femmes et hommes pour survivre et parer au plus pressé. Lobotomisation des esprits rincés à longueur de journée par les chaînes d’infos en continu, asservissement au travail qui sert juste à se payer au mieux un toit, de la viande hachée pour se nourrir, et du pif pour oublier la médiocrité de l’existence, c’est une mécanique sournoise et bien en place qui régit le semblant de vie de Lino, employé anonyme d’une grosse boîte sise au 37éme étage d’une tour parisienne. Sa rencontre avec Jessica, jeune femme SDF à la beauté sauvage et rebelle, va venir bouleverser son petit univers réglé de tranquillité et d’incertitudes larvées.

Profond et pernicieux dans son récit, Philippe Hauret excelle dans sa description brute et sans pommade  d’un monde aux valeurs très relatives dans lequel trône toujours en haut de la pyramide le Dieu «Argent». En son nom, l’homme est capable de tout : écraser les autres pour en obtenir plus, le tout pour ma gueule est plus que jamais d’actualité et qu’importe les moyens. Que ce soit la puissance des fonds de pension américains, la menace par une arme ou la séduction dolosive, dormez braves gens et surtout ne pensez à rien, on s’occupe de tout !

Destruction du lien social par la perte du travail ou la violence, des rêves se brisent de la première  à la dernière page. Même riches, vous n’êtes pas à l ‘abri, peur d’être volés, de ne pas en avoir assez, de ne pas pouvoir obtenir ce que vous voulez par de vils jeux de faux pouvoirs, l’auteur dresse un constat amer sur la difficulté des nantis dans un monde de pauvres, et des pauvres dans un monde de riches à la tentation permanente. Melvin, jeune businessman, son pognon et sa Charlène d’un coté, Lino et Jessica de l’autre, vont traverser ce roman dans une réflexion sur la vie, la mort, la fatalité, et la course au bonheur dérisoire d’une vie meilleure.

« La vie est courte, imprévisible, dangereuse ». D’enfances brisés qui peuvent conditionner une vie en passant par une satyre des bourgeoises botoxées, liftées dont le seul « métier » est de faire fondre la carte bleue, Philippe Hauret ne nous épargne aucune réduction à sa vision sombre et étouffante de la société inhumaine.

On n’hésite pas à tous les niveaux à laisser les gens sur le carreau et on ne se rend même pas compte que ces actes auront une incidence désastreuse sur la vie des autres ! Quelques jolies tournures comme « vieux bambou desséché » ou « caviste = librairie à jaja » viennent égayer un contexte général des plus moroses.

En voulant ouvrir les yeux et modifier leur destinée, Jessica, Lino, Melvin, Charlène, subiront bien des bouleversements. Encore une superbe réussite, noire à souhait, publiée chez Jigal qui devient décidément un spécialiste des romans courts et coup de poing dans cet univers bien particulier qu’est le noir sociétal (Hauret, Bablon, Otsiémi, Martin etc….). Bravo et mention particulière à la superbe couverture !

Ah , dernière chose Monsieur Philippe Hauret, et là, c’est le caviste qui parle, un Bourgogne rouge à 4€ la bouteille, tu peux toujours courir… Même avec un guépard aux trousses… (sourires).