« Toute la lumière que nous ne pouvons voir » d’Anthony Doerr chez Albin Michel

Le premier poids lourd ricain est arrivé en cette fin avril, début mai. Jugez plutôt : finaliste du National Book, roman de l’année 2014 pour les critiques américains,prix Pulitzer, vendu à plus d’un million et demi d’exemplaires là-bas, en cours de traduction dans quarante langues, droits ciné achetés par la 20th Century… et si le label américain n’est tout de même pas infaillible, il faut néanmoins reconnaître que ce roman comme l’auteur  ont déjà fait leurs preuves avant d’arriver chez nous.

DAPHNE REBECCA

Et ce qui est franchement amusant dès le départ, c’est que la grande majorité du roman se passe à St Malo. En même temps, on peut être inquiet quand on sait le traitement que font subir à la France certains romanciers et réalisateurs américains en représentant la France actuelle comme une version des années 60 pour satisfaire les images mentales de leurs contemporains. Ayant une histoire personnelle avec St Malo sans en être un spécialiste, jamais je ne me suis senti dans une version hollywoodienne de la cité corsaire et j’ai même pu y voir une étude sérieuse, documentée de la ville sous l’occupation. Par contre, je ne sais pourquoi mais de nombreuses scènes m’ont fait penser au monde parisien créé par Scorsese pour « Hugo Cabret », même inventivité, même magie, même atmosphère de conte.

« Toute la lumière que nous ne pouvons voir » raconte le destin d’une jeune Française et d’un jeune Allemand qui se croiseront dans la tragédie des bombardements alliés lors de la libération de St Malo en août 44.Marie-Laure aveugle depuis l’âge de 6 ans vit à paris avec son père qui est le serrurier du muséum national d’histoire naturelle. Ils vont fuir vers St Malo en cachant un précieux diamant du musée, objet de convoitise des nazis.

En Allemagne, lui aussi enfant, Werner vit avec Jutta sa petite sœur dans un orphelinat sous la protection de la bienveillante Frau Elena, religieuse d’origine alsacienne (deux belles figures matriarcales Elena pour Werner et Mme Manec pour Marie-Laure). Passionné par les transmissions électromagnétiques et voulant développer ses connaissances empiriques dans le domaine, il choisit une école militaire pour éviter l’implacable destin qui le condamne à aller travailler à la mine dès l’âge de quinze ans. Son parcours dans la guerre le conduira sur les théâtres de la guerre de la lointaine Russie jusqu’à la Bretagne à traquer les émissions clandestines au sein de l’armée nazie.

Saint-Malo en 1944, rue de la Croix du Fief, au fond à droite l'Annexe de l'Hôtel du Commerce

Saint-Malo en 1944, rue de la Croix du Fief, au fond à droite l’Annexe de l’Hôtel du Commerce

Pour autant, ce n’est pas un roman de guerre même si elle est présente tout le temps et présentée surtout dans sa version malouine avec les conséquences sur les populations civiles : le STO, le marché noir, la résistance et la collaboration, les privations, le couvre-feu, les messages clandestins, ce roman étant un hommage appuyé à la radio, à la lumière qu’elle offrait à cette époque par ces ondes invisibles qui apportaient culture, connaissances et exotisme.

« Toute la lumière que nous ne pouvons voir » est une belle histoire, très belle. Par bien des aspects, le roman semble être un conte et il est difficile de ne pas fondre devant le beau comportement de Marie-Laure et devant les épreuves rencontrées par un Werner qui voulait juste atteindre cette lumière qu’il n’aurait pu voir au fond de la mine et qui est devenu acteur d’un carnage.

Le roman se lit comme le vrai « page turner » qu’il est. Les courts chapitres du livre ne contiennent généralement qu’une idée phare en leur sein et jonglent de manière élégante et experte entre les époques, les lieux et les individus avec talent et clarté rendant très addictive une histoire non dénuée de suspense sur la fin.Et quel hommage à Saint Malo.

Un beau roman et une très belle plume.

Wollanup.

 

Spin – Robert Charles Wilson (Folio SF)

01067396559

Dans un futur lointain, pour une raison inconnue, la Terre se retrouve entourée d’une sorte de filtre qui la coupe du reste de l’univers – le Spin. Pire, il semble que les schémas temporaux de chaque côté de cette mystérieuse barrière qui fascine les scientifiques et effraie le reste du monde soient extrêmement différents… Le temps de notre côté est en effet incommensurablement plus lent. A priori, rien qui n’impacte vraiment la vie des hommes (une espèce de soleil artificiel pallie à la disparition de l’astre et permet à la faune et à la flore de ne pas être impactée trop radicalement), mais en réalité, qu’en est-il ? Tyler Dupree, 12 ans lors de « l’Evénement d’Octobre », comme la nuit de la disparition des étoiles est maintenant appelée, a vécu en direct ce bouleversement radical ; en train d’observer les étoiles et de tenter d’identifier les constellations sur la demande de ses amis surdoués, les jumeaux Diane et Jason, il en reste des années après encore fasciné et apeuré. Les jumeaux quant à eux, héritiers d’un mania de l’aérospatiale « d’avant », en savent bien plus que la plupart du monde ; de quoi conduire Jason à se lancer dans des études puis une carrière dans la recherche sur ce Spin (nom donné au phénomène) et Diane à se détourner complètement de cette voie et de sa famille. Ils sont tous les trois les parfaites illustrations des alternatives adoptées par l’humanité : continuer à vivre au mieux et repousser l’idée de la fin supposée imminente de la Terre (comme Tyler, qui a suivi des études de médecine), la fascination quasi ésotérique et l’acceptation (comme Diane) et la volonté de comprendre ce phénomène scientifiquement passionnant et stimulant pour trouver des solutions (comme Jason). Lucides, tous les trois savent que non seulement cela ne suffira pas, mais également que le pire est à venir ; c’est finalement bien peu dire.

Pourtant, quand ce récit débute, Diane et Tyler semblent bien désemparés, et le flash back de Tyler grâce auquel nous apprenons l’enchainement d’événements qui les a conduit là (mais on ne sait exactement où) a des allures de testaments. Si l’humanité a attendu quelques années avant de se déchirer et de mettre en place des actions contre cette barrière préjudiciables à la Terre, il semblerait que ce temps soit derrière eux. On suit leurs pérégrinations, ainsi que celles de Jason, les années précédentes : leurs efforts d’adaptation à cette nouvelle vie, leurs rencontres, leur prise de conscience de leur insignifiance et de celle de la Terre, leur peu d’espoir en l’avenir mais leur besoin paradoxal de s’en assurer un à leur image, … . L’espèce humaine et la Terre telles que nous les connaissons sont moribondes dans cet ouvrage de SF, et pourtant toutes deux, avec leurs changements intrinsèques et les bouleversements de leurs modes d’existence, nous paraissent familières. Les raisonnements et les attitudes des jeunes gens et de leurs contemporains nous parlent, résonnent en nous et nous renvoient à certaines situations que nous vivons aujourd’hui : la politique de l’autruche ou l’hostilité face au changement, aussi inéluctable soit-il, la tentation d’abandonner toutes sortes de responsabilités puisque le sort du monde et des hommes nous dépasse, la volonté de rester soi-même face à ces bouleversements, de conserver envers et contre tout une illusion de « normalité » (alors même que la norme ne renvoie plus à rien).

Robert Charles Wilson nous offre un roman de SF parmi les meilleurs qu’il m’ait été donné de lire. Dès les premières pages, on est happés dans ce monde si familier et pourtant si différent du nôtre, qui renvoie aux pires scénarii et à nos peurs de fin du monde les plus viscérales. L’auteur déploie, dans cet univers inventé de toute pièce, des trésors de raisonnements et de conceptualisation : on croirait presque qu’il est allé dans ce monde qui attend sa fin en tentant de profiter de tout ce qui est encore beau et bon. Manœuvres géopolitiques, descriptions des relations sociales, amicales, amoureuses dans ce contexte si particulier, évolution à grande vitesse des technologies et des sciences pour pallier à la disparition des satellites notamment, … . Avec un luxe de détails et une analyse fine des points et thématiques citées ci-avant, ce monde soumis au Spin acquiert une réalité étrange et effrayante, et est probablement ce qui entraine ce sentiment dérangeant de familiarité. Le talent de l’auteur me laisse pantoise (je n’ai pas ENCORE lu ses précédents romans), admirative et ô combien désireuse de me procurer sa bibliographie au plus vite. Quel régal que cette lecture, vraiment…

Caco.

There’re Back in town , this sunday

tee-sirt-2 programe (2)

et oui à vienne dimanche soir, le retour après  plus de 20 ans d’arrêt.

Groupe dont j’ai fait partie un moment avant de fonder les miens, groupe qui m’a tout appris et beaucoup inspiré

C’est avec joie que la formation originelle se donne le plaisir de remonter sur scène !!!

J’en serai donc à Dimanche

Amitiés Dieg, Bub, Olive, Pat, JM

J’aimerai pas être Little Bob Story qui passe après eux…..

« Frank Sinatra dans un mixeur » de Matthew McBride chez « Néonoir » Gallmeister

D’accord, il a déjà été chroniqué la semaine dernière mais quand on aime, on ne compte pas. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les chroniques des bons bouquins doublonnent chez nous et même plus puisque « trait bleu », cette année a été critiqué trois fois sur Unwalkers.

Les petites bombes de la sorte ne sont pas légion et il vaut mieux en parler deux fois que pas du tout. C’est le premier roman de McBride sortant en France mais aux USA, un deuxième roman « A Swollen red Sun »est déjà sur les présentoirs. L’auteur sera à Etonnants Voyageurs ce weekend à St Malo et si vous êtes dans la région, c’est un évènement qui vaut le détour et McBride certainement aussi.

Pour faire simple, il y a bien longtemps que je n’avais pas lu un polar hardboiled de ce niveau et avec un tel humour. Les personnages ont été bien pensés et c’est vraiment une belle brochette de tarés qui couvre une histoire frappée des sceaux de la connerie, de la méchanceté, du sadisme, de la vénalité et de la beaufitude dans toute sa splendeur version USA, tendance Middle West, localisation Missouri, c’est dire.

0909-cover-frank-54b5163c70607

Le couple Nick Valentine le héros / Frank Sinatra son chien hybride de Yorkshire fonctionne idéalement, le chien ayant parfois plus d’intelligence que son maître flingué par ce qu’il boit, avale et sniffe. Nick a été flic mais son alcoolisme et autres addictions lui ont fait perdre son emploi. Survivant en détective privé, il peut ainsi s’adonner à plein temps à sa passion, la picole. « Quand il s’agit de boire, je déconne pas ».De fait, tout au long du roman, il n’aura de cesse de nous monter ses talents d’ivrogne et les conséquences inhérentes malheureuses au niveau de son mental ainsi que son seuil très faible de tolérance aux emmerdeurs de tout poil dans ces grandes périodes de délire éthylo-chimique.

Dans une recherche du butin d’un hold-up  tout à fait classique où plusieurs groupes se foutent sur la gueule (il n’y a pas d’autres mots qui me viennent à l’esprit), sans que cela se termine aussi salement qu’à Waco entre les bikers dernièrement mais presque, nous allons croiser des personnages mémorables côté truands, comme côté Valentine and Co.  Engagé, lui, dans ce foutoir pour aider la police pour un sommet d’humour bien gras et de violence agrémentée de beaucoup de sadisme.

Pas une seconde de répit avec McBride, et d’ailleurs on n’en veut pas, qui, dès les premières pages du livre nous indique le ton bien déjanté d’un roman qui n’y va pas avec le dos de la cuillère et qui peut effrayer un lectorat peu coutumier de ce genre de littérature assez proche de Lansdale, de Peter Duncan et surtout de l’impayable Kinky Friedman et son chat facétieux dont j’ai oublié le nom (Rapso ?).

Classique mais trépidante, l’histoire brille surtout par l’humour dévastateur de certaines répliques qui vous donneront l’occasion de rire et par des situations de mauvais goût voire franchement immorales déclenchées par des olibrius sans état d’âme ni moralité.

Guidée par « Pike » et « Cry Father » de Benjamin Whitmer, la collection « Néo-polar » fait des débuts fracassants en offrant des histoires dures, hardboiled et pour ce qui est de McBride bourré d’un humour  particulièrement roboratif et ceci malgré l’immoralité qui se dégage de l’ensemble, Valentine compris, mais il ne fallait pas s’attaquer Frank Sinatra.

Un must !

Wollanup.

PS :Matthew McBride a une histoire très particulière avec Charlie Sheen à qui il dédie le roman et j’espère bien que vous pourrez la lire sur Unwalkers la semaine prochaine.

 

Christopher Moore, enfin de retour, pour un cultissime « Sacré Bleu »

Déjà c’est un miracle que retrouver l’auteur enfin retraduit et publié chez nous, merci déjà aux éditions Equateur.

http://editionsdesequateurs.fr/enLibrairie/oo/SacreBleu

Vu qu’on n’est pas loin de Lourdes, deuxième miracle, enfin, non, c’est du talent, ce livre est une perle !!!

Fan et lecteur de Christopher Moore depuis longtemps, je pense qu’ il a trouvé un équilibre dans ce livre qu’il n’avait pas atteint jusqu’ici.

Équilibre parfait entre hilarité, moments historiques, fantastique et le tout sur une trame polar, qui ne souffre jamais des digressions de l’auteur, un équilibre parfait.

Si certains avaient pu lui reprocher de partir parfois en « live » en négligeant la trame, et bien la c’est non. Tout est au poil !

Nous sommes à l’époque des impressionnistes et nous allons passer un grand moment avec eux, et surtout avec M. Julien  Lessard et son ami Toulouse Lautrec sur une enquête défiant la raison mais qui jamais ne souffre de lenteur ou de moiteur, comme suscité, un bel équilibre.

L’hilarité est toujours au rendez-vous, j’ai encore éclaté de rire plus d’une cinquantaine de fois, cet humour entre non sense et digression je suis fan !!!

Dès le début on est avec Van Gogh en Provence, une belle introduction pour nous amener après à Paris chez un boulanger et sa cohorte de peintres « crève la faim ». On traversera parfois les époques avec 2 personnages bien distincts pour la compréhension de la trame, sinon les ¾ du livre se passent sur la fin du 19 ème siècle, Napoléon III, les Prussiens, la Commune, et le reste, pour finir sur un bel épilogue en ????, vous lirez vous même.

En postface l’auteur prend le temps de nous expliquer toutes les recherches qu’il a effectuées pour travailler sur cette période, et sur tous ces peintres très connus, démystifiant certaines choses. Un sacré job

2012 est l’année de la parution de ce livre aux US,  espérons que le prochain « The Serpent of Venice » sorti en 2014,  mettra moins de temps à être publié et traduit en France.

et pour finir la belle chronique de Yann

http://www.encoredunoir.com/2015/05/sacre-bleu-de-christopher-moore.html

 

1890. Vincent Van Gogh est assassiné à Auvers-sur-Oise par un mystérieux dealer de bleu, « l’Homme-aux-Couleurs ». Toulouse-Lautrec mène l’enquête. Il enrôle son ami Lucien Lessard, peintre-boulanger de la butte Montmartre. Mais Lucien n’a qu’une obsession : brosser le portrait de Juliette, muse magnétique, qui vient de lui offrir un tube de bleu très rare …

De sa plume débridée, trempée à l’ultramarine, Christopher Moore signe une fabuleuse comédie qui revisite l’histoire et le Paris de l’impressionnisme. Renoir, Pissarro, Toulouse-Lautrec, Monet, Manet, les frères Van Gogh, Gauguin sont victimes d’un piège qui n’est peut-être que celui de l’inspiration. Comment savoir ? Surtout lorsque la muse sort du cadre pour asséner de façon peu académiques ses considérations sur l’art et la manière.

Sacré Bleu dynamite tous les codes, du roman noir au rose, du livre d’art à la saga. Voici le premier roman bleu.

Cahier couleurs (32 p.)

des nouvelles tous azimuts

En ce qui concerne le CD Livres de Unwalkers qui doit sortir en octobre, nous serons dans les temps, il nous manque une nouvelle pour le recueil, les clips seront finis avant septembre, le site aussi, quant à la musique, et bien il reste 4 jours de studio, deux de rerecording, et deux de mix si tout va bien…..la putain de sa race je croise les doigts…..

pas de crowdfunding , pas de merci à la SACEM ou autre régions,  départements, affaires culturelles, aucune subvention ne viendra pourrir nos pochettes, ce serait un paradoxe total de recevoir de l’argent sur ce qu’on critique….

comme la chanson

all by my self, on finira fauché, mais heureux,

 

I don’t want to talk too much
I just want to get to you
I don’t want to see you there
I just want to get you there

All by myself
Not everybody else

I don’t need no wedding hall
I just watch your rollerball
Forget your friends and what they do
I got to get inside of you

I don’t need society
To open up my life for me
I don’t need no audience
To shoot you in my cunning sense

I don’t think you understand
What’s that dripping in your hand
All the things you thought you do
You finally met your Waterloo

 

et nos ex copines que font elles au fait ?

http://psychedeslivres.com/ le chat, Sweetie, Anna O, et bien elle lisent à fond, pas les mêmes choses que nous mais leur site tourne bien, bravo à vous, et merci d’être parties

je plaisanteuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuhhhhhhhhhhhhhh.

Je trouve que 2015 jusqu’à là est un excellent crû pour le roman noir ou autres, en sus il a fallu faire des choix, la production de policiers a été incroyable, que nous réserve donc la rentrée car là on s’achemine vers les vas, et le flot se tarit et c’est pas plus mal, j’ai envie de relire Izzo, Crumley, Moore et d’autres

Sinon je finis le mois avec le dernier Gilberti, le fossoyeur chez lunes d’encre, Ace Atkins chez Lattés, et d’autres…

 

On devrait finir les entretiens avec Christopher Moore et l’excellent Thierry Marignac pour sa réédition de fascistes.

Il y a aussi l’arrivée d’un nouveau chroniqueur Raccoon, c’est bien on manque de main d’œuvre et mon fouet est resté au placard depuis le départ des filles, les autres étant des carnes impossible à fouetter…..

Wollanup va à St Malo, et va nous raconter plein de belles choses, s’il ne se trompe pas de route, je dis cela je dis rien, private joke

A part cela, on va toujours dans le mur je pense , rude sera le choc,

 

Ps si quelqu’un a des nouvelles de Fortino  ou de Undead n’hésitez pas, j’ai pas envie de réveiller jacques Pradel