Les Animaux, Christian Kiefer, Traduction Marina Boraso, Albin Michel, Terres d’Amérique, Janvier 2016

« Et bizarrement, dans ce désert de blancheur et de silence, tu parviens à te trouver un but. Tu t’occupes seul du refuge tout au long de ce premier hiver, et, la nuit, dans ton mobile-home perdu au fond de cette forêt enneigée, tu t’interroges sur ce qu’est devenue ton existence – tu as vingt-cinq ans, et tu es là, totalement isolé, dans un monde d’animaux. … Ici, les animaux sont à peu près habitués à ta présence, ils t’ignorent si bien que tu peux entrer dans la plupart des enclos pour déposer la nourriture, nettoyer ou faire des réparations. De temps à autre, tu surprends l’un d’eux en train de t’observer. »

 

Ne laissez pas passer ce roman. Sous aucun prétexte.

 

L’intrigue n’est peut-être pas très originale mais nous savons tous que, finalement, c’est moins ce qui est raconté qui nous touche que la manière dont on le raconte.

Or, dans Les Animaux, l’ histoire de rédemption devient un récit de dualités : passé-présent, Homme-Nature, péché-pardon, Vie-Mort.

 

Lorsque nous rencontrons Bill, il vient donner la mort. Et la narration débute, étrangement, par la deuxième personne : « Tu as beau tâcher de te persuader du contraire, tu sais au fond de ton cœur que tu ne fais ainsi qu’accumuler les mensonges ». En tant que lecteur, se retrouver plongé ainsi au milieu d’une crise existentielle, tiré par la manche avec ce « tu » qui accuse, on ne peut que suivre docilement le fil de l’histoire.

Et nous revenons en terrain connu, le narrateur se concentre sur « Lui », sur Bill, le personnage principal : il évolue au sein de son refuge pour animaux, il les évite et s’en va abattre un orignal accidenté de la route. Mais nous avons toutefois l’impression d’y être, tellement les descriptions, les détails, la souffrance de l’animal qui se meurt et de l’homme qui l’achève sont palpables.

 

Dans ce tableau macabre il y a une lumière : Grace, la vétérinaire et, on le comprend, la petite amie de Bill. Rarement ce nom aura été si bien choisi.

Car au fur et à mesure du récit nous découvrons ce que Bill était autrefois ; nous apprenons le passé d’un homme dont la nouvelle vie est une renaissance dans le sens le plus strict du terme.

La construction du récit est tellement bien pensée que la tension s’accroît au fil de la lecture : alternant présent et passé, le narrateur nous dirige non pas vers un mais vers deux fins explosives.

 

Christian Kiefer fait preuve d’un talent remarquable : le style, la psychologie des personnages, le maniement des ressorts narratifs : un sans faute, à mon humble avis.

 

Et c’est encore à la collection Terres d’Amérique chez Albin Michel que nous devons cette magnifique lecture, merci !

 

« Nous sommes tous des tueurs, et tout le monde apporte la mort. La mort se niche dans la neige et dans la litière d’aiguilles sèches, elle est dans la terre gelée que foulent nos pas. Nous sommes tous des tueurs.

Même toi. »

 

Les Animaux, Christian Kiefer, Traduction Marina Boraso, Albin Michel, Terres d’Amérique, Janvier 2016

 

 

 

 

 

Seules les bêtes ( Colin Niel – Rouergue Noir )

Cela faisait longtemps que je n’avais plus ressenti autant de tristesse et de mélancolie peudo-romantique à la lecture d’une oeuvre littéraire. Passons sur les qualités littéraires de monsieur Niel et son sens de la formule. Passons aussi sur sa volonté de se démarquer en « Puzzlant » son récit avec une intrigue scindée en plusieurs récits dans lesquels il nous promène et nous emmène comme bon lui semble. Le rythme, le sens de l’intrigue, la capacité à développer autant de personnages autour d’une seule et même intrigue qui sans être extraordinaire arrive à nous tenir en haleine. Mais ce n’est pas ce qui retint le plus mon attention! Le pire fut pour moi de découvrir l’immensité horrifique de la Solitude. Ce livre aurait pu me faire pleurer comme un veau ou comme une vache qui pisse…mais non je me retiens…ou je su me retenir… Mais bordel quelle amplitude dans le malheur, dans le sentiment d’abandon, de perte, d’absence, d’ effritement du sentiment amoureux, du delitement du couple, de l’invisibilité progressive qui s’insinue dans la vie de chacun. Et puis c’est pathétique (« j’aime pas tout ses tics ) le malheur de ces paysans des causses (ou d’ailleurs…) qui triment pour eux mais pour rien, qui bossent pour l’espoir en total désespoir, qui à force d’usure physique en viennent à être moralement mort au point parfois de se pendre. Des hommes, des femmes qui se cherchent en cherchant à combler les vides de leurs vies pour oublier la tristesse de leurs existences si pitoyables que rien ne vaut mieux que la mort ou la fuite. Un livre d’une puissance mélancolique, d’une tristesse incommensurable et d’une horreur si humaine qu’elle nous touche tous. Un roman digne des chansons de Jl Murrat…à se tirer une balle dans la tête tellement il colle à notre réalité. Le Corbac est heureux dans son couple et pourvu que ça dure.

Unwalkers Interview / Frank Wheeler / L’ordre des choses

Unwalkers Interview / Frank Wheeler / L’ordre des choses

Tout d’abord, un grand merci de nous accorder cet entretien. Votre livre, L’ordre des choses paru à la Série Noire / Gallimard, m’a secoué parce qu’il est réellement différent des romans du même genre. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs français ?

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Je m’appelle Frank Wheeler. C’est mon deuxième roman publié, et le premier à être traduit en français. C’est moi qui vous remercie de votre intérêt pour mon livre.

Je suis sûr qu’on vous a souvent posé la question, mais d’où vient l’idée de cette incroyable construction ?

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La structure est venue naturellement de l’histoire que je voulais raconter. J’ai d’abord élaboré les personnages dans le format d’une nouvelle. Lorsque j’ai voulu développer la narration, il m’a fallu laisser du temps aux personnages. Regarder l’action grandir en suivant le cours de quelques saisons, c’était ce qui fonctionnait le mieux.

Personnellement, est-ce que vous croyez à « l’ordre des choses » que vous décrivez dans votre roman, et compareriez-vous cela à un refus du manichéisme ?

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Je ne crois pas que « l’ordre » décrit dans le roman soit le contraire du manichéisme. J’y vois plutôt une autre façon d’en faire l’expérience. La plupart des gens voient toujours le monde au travers du prisme du bien et du mal, et ils cherchent à faire ce qu’eux-mêmes considèrent comme étant le bien. Même s’ils rejettent consciemment la structure morale traditionnelle avec laquelle ils ont grandi, ils essaieront toujours, instinctivement, d’appliquer la notion du bien telle qu’ils l’interprètent. Ces vieilles choses s’expriment simplement d’une nouvelle manière.

La fascinante Camila et les trois générations de Haack créent une dynamique très puissante. Tout comme le contexte de la violence, en évolution perpétuelle, le trafic de drogue, les stratégies de dealers… Comment avez-vous assemblé tout cela ?

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Earl a toujours été au centre de l’histoire. Il représente la nouvelle génération des shérifs locaux. Dans la tradition de l’Ouest américain, le seul à avoir davantage d’importance symbolique, c’est peut-être l’éleveur de bétail. Par le sang, Earl est l’héritier de ces deux catégories.
La dynamique qui le lie avec son père et son grand-père, c’est celle de tout enfant qui tente de réconcilier les attentes et le contexte de la société d’aujourd’hui avec les enseignements de ses aînés.
La relation qu’il entretient avec Camila condamne Earl à la victoire, si l’on peut dire, mais surtout lui rappelle sa propre vulnérabilité. À travers elle, il prend conscience que ce qu’il aime le plus peut aussi causer sa perte – et sa mort.

Il y a un lien très fort entre la famille Haack et la terre, les changements de saison. On a l’impression que le respect qu’ils témoignent envers la nature est en fait une condition de leur survie. D’où est-ce que cela vient ?

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Du fait d’avoir grandi dans une région agricole. La survie dépend littéralement de la terre. Toute l’économie locale dépend des récoltes. On comprend très jeune que la nature se fiche complètement de votre sort. La façon dont on respecte un crotale illustre un comportement général envers la nature.

Dans le même ordre d’idées, il existe un fort sens communautaire à Linden. Et aussi une étrange harmonie entre la violence et la tranquillité, le passé et le présent. Est-ce ce que vous vouliez montrer ? Et pourquoi ?

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La paix et la tranquillité sont habituellement les buts ultimes de la violence. À Linden, il faut surmonter quelques obstacles pour atteindre l’ordre et la paix. L’espoir, c’est qu’une fois la violence passée, les choses retournent à la normale, à une situation paisible et harmonieuse. Parfois, c’est ce qui arrive. Et parfois, la violence engendre davantage de violence.
En général, les gens n’ont pas trop de problèmes avec la violence lorsqu’elle sert leurs intérêts, leur sécurité, leur confort. N’y voyez pas une critique, c’est un fait.

Votre style est direct et puissant. Je dirais que L’ordre des choses est un genre singulier de « néo-hard-boiled ». Dashiell Hammett, James M. Cain, Raymond Chandler ou James Hadley Chase seraient le grand-père, Haack Senior, et vous, Earl Haack Junior. En tant qu’écrivain, quelle relation avez-vous avec ces auteurs ?

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J’ai découvert l’univers qu’on appelle « noir » au travers des films plutôt que des livres. J’ai vu pratiquement toute l’œuvre d’Hitchcock avant même l’adolescence. Je n’ai lu Raymond Chandler qu’après la publication de mon premier livre, The Wowzer. Les autres pionniers du roman noir, je les connais surtout au travers des adaptations cinématographiques.

En écrivant, aviez-vous une musique précise à l’esprit ou en écoutiez-vous. Pour ma part, en vous lisant, je pensais à Bruce Springsteen ou Southside Johnny…

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J’écoute toute sorte de musique quand j’écris, du classique, de la pop, de la country, tout ce qui peut me mettre dans l’état d’esprit adéquat à l’écriture d’une scène particulière. Toute la musique que je mentionne dans le livre, de Hank Williams à Beethoven en passant par Philip Glass, je l’ai écoutée en écrivant.

Vous devez savoir que Sébastien Raizer est un très bon écrivain, ainsi qu’un excellent traducteur. Comment avez-vous travaillé ensemble ?

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Je n’avais rien lu de Sébastien Raizer lorsqu’il m’a contacté pour sa traduction, mais je savais que son travail était de grande qualité et je le connaissais de réputation. Je suis sincèrement heureux d’avoir travaillé avec lui, j’en garde un excellent souvenir.

Êtes-vous en train de travailler sur un nouveau projet ? Aurons-nous le plaisir de vous lire à nouveau en français ?

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J’ai plusieurs projets en tête. Actuellement, je travaille sur un thriller, quelque chose de différent de ce que j’ai écrit jusque-là. Et j’ai bon espoir qu’il fasse l’objet d’une traduction…

Dernière question pour la route, y a-t-il quelque chose que vous voudriez partager avec nous – art, musique, recette de cuisine ?

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Si vous n’avez jamais essayé le bacon aux pralines, c’est un tort.

Merci à Frank, à Sébastien pour la traduction et tout

Cet entretien a été réalisé courant Décembre par courriel,, et les questions sont de Sébastien et de mézig

Soleil rouge de Matthew McBride; Néonoir Gallmeister

De retour chez les fous de la campagne, aboule de la came honey !!!

Traduit par Laurent Bury

Après Franck Sinatra dans un mixeur, premier jet en trad chez nous l’auteur revient. Et replante un décor de fous, en Illinois. Pays ravagé par la came, et la misère sociale, comme il nous en parle en prologue.

On retrouve cette écriture à la fois dure et sèche et capable de description de la nature très belle.

On n’est encore dans un panier de crabes avec une vrai réflexion sur la misère, et ce que devienne les campagnes américaines, ces états oubliés, et les vivants…des walking dead

Toujours aussi fort dans la description de ces personnages, on va en découvrir des hauts en couleur. Peu de manichéisme et c’est cool.

Une histoire classique d’argent de la drogue qui disparait, des doubles jeux, une bonne mise en scène, c’est parfait

Un polar dans la mouvance actuelle, de haute facture.

Festival Bloody Fleury

La minute pub Bloody Fleury de Perrine le retour !


Oui j’ai déjà fait le coup l’année dernière mais je ne peux pas résister au plaisir de vous parler de la seconde édition du festival Bloody Fleury qui aura lieu du 3 au 5 février 2017 à Fleury-sur-Orne (10 min de Caen hyper bien desservie par les transports en commun !)
Donc cette année, changement de lieu, beaucoup plus d’espace et donc beaucoup plus d’auteurs présents ! Près de 40, dans différents styles, allant de l’album jeunesse d’une petite taupe qui cherche l’amour à du roman noir brut de décoffrage et trash !
1 journée pro, 7 tables rondes, 2 expos, des murder-party et escape room, un prix jeunesse et la remise de prix des petits mots des libraires (et ce n’est que le sommet de l’iceberg !) Pour avoir les détails du programme, c’est ici :

PROGRAMME 2017


Vous y retrouverez bien sûr plusieurs chouchous dont j’ai pu parler ici : Benoît Severac, Cloé Mehdi, Michaël Mention, Bruno Lonchampt ou Colin Niel pour ne citer qu’eux, et beaucoup d’autres que je vous invite à découvrir !
Et pour compléter le tableau, les docteurs polar de Fondu au Noir et les Pictos seront aussi de la partie !
Bref, viendez ça va être chouette, ça va être noir, c’est tout gratuit et on ne devrait pas s’ennuyer !

Dompteur d’anges, Claire Favan, La Bête Noire

Dompteur d’anges, Claire Favan, La Bête Noire


Une fois n’est pas coutume, c’est de thriller dont je vais vous parler aujourd’hui. Claire Favan sortira son prochain roman chez La Bête noire, collection de Robert Laffont que j’affectionne particulièrement. J’avais déjà bien aimé Serre-moi fort paru l’an dernier, notamment la première partie qui m’avait assommée.
Ici aussi la première phase de l’intrigue est impressionnante, avec une noirceur et une ironie très proche du roman noir (mais après tout faut-il vraiment mettre des étiquettes). On y découvre Max Ender, accusé à tort du viol et du meurtre d’un petit garçon et qui va vivre un calvaire en prison. Détruit morceaux par morceaux il sera finalement libéré, mais n’en sortira bien évidemment pas indemne et ne vivra plus que pour la vengeance.
Je n’en dirais pas beaucoup plus car vous connaissez ma sainte horreur de dévoiler des morceaux d’intrigue que j’ai pris plaisir à découvrir, mais je réitère le fait que Claire Favan a un don pour détruire ses personnages, tout en nous faisant aimer les pires monstres qui puissent exister.
Un thriller dont on entendra forcément parler dès sa sortie le 16 février !
Perrine

Pénitence de Phillip Kerr, Lattès

je radote mais là le mot sérendipité prend tout son exemple !!!

Adorateur de culte ou athée, ou agnostique ou …. bienvenue dans ce polar très étrange…..

Pour une fois la 4eme de couv, en révèle pas trop. Polar ou autre chose par ailleurs ? un peu de frissons va vous parcourir le dos désagréablement.

Homme de beaucoup de lectures, il m’en faut un peu pour m’impressionner, là , l’auteur a réussi. Je me suis bien fait rouler dans la farine

Sous couvert de polar un peu étrange, c’est une quête intérieur que nous propose aussi l’auteur, sur l’essence même de nos croyances. Décortiquons un peu cette ovni…..

trame : des gens critiquant la religion aux usa, pays du retour du créationnisme et ayant un président qui jure sur la bible meurent accidentellement. Déjà dans un pays ou les antiavortements sont capables de flinguer, rien de neuf, sauf que, ces meurtres attirent l’attention d’un cadre du FBI , Gil;

Gil : cadre du FBI donc, athée, une personne saine robuste d’esprit et du reste avec un couple qui bat de l’aile. Un enfance en écosse, un personnage très construit, attachant par sa volonté et proche de nous pauvres humais, comme lui

cadre de réflexion, dieu et ce qui en découle et là, bingo !!! attention aux révélations, je parle pas de connerie à la da vinci mes douilles

Sur fonds de tension permanente, et dans le doute, nous allons subir le m^me traitement et la même enquête que Gil, et il y a de quoi  en perdre son latin, in fine

Rarement j’ai été aussi chamboulé par un livre, sur les croyances, la vie, le couple, on est avec Gil, ses doutes, avec une fin improbable.

Je ne connaissais pas cet auteur ni son perso récurrent, c’est un one shot, sans compromis, ou l’auteur nous attire peut être dans sa propre réflexion sur ses croyances, qui sait ?

c’est nerveux, ambitieux, éprouvant moralement, touchant l’âme ou autre, bravo touché coulé !!!

Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe de Donal Ryan, Albin Michel

12 mois donc si je compte bien, ou 365 jours, 8 760 heures, 525 600 minutes,   une année dans la vie de cet homme. Débité de cette manière quand tout va mal, cela parait long….très
Ne soyez donc pas étonné si le livre débute en janvier pour finir en décembre .Mais qu’importe le temps, au final, c’est la vie de Mr Cunliffe  qui est passé à la loupe par son géniteur, le génial Donald Ryan

Un homme différent, juste un homme de passage sur terre, mais affublé de quelques différences, qui le tourmenteront à son insu. Cette bêtise crasse que porte l’humain en feront de lui un paria. C’est souvent avec indignation que l’on parcoure les emmerdes que ce jeune homme subit, avec une envie folle d’aller l’aider ou de mettre une rouste à tout un chacun.

on aurait pu changer le nom de ce livre, soit « la mise en avant de la superbe connerie de l’humain », mais faut avouer que c’est moins classe !!!

Reprenons, notre homme différent, va apprendre ou confirmer ce qu’il savait déjà sur ces concitoyens. La déception n’ en sera pas plus cher que son bon sens inné.

chaque chapitre commence par une déclaration au mois suscité, puis nous reprenons le fil de la vie de johnsey qui pour un léger attardé est bien le plus clairvoyant des hommes que j’ai lu….Un bon sens inné que nous fait partager l’auteur. Une bonne critique sociétale très bien amenée, sur tout, religion , capitalisme, et autres affres ou afflictions du temps…..

C’est comme Christophe Colomb au départ, c’est avec sérendipité que nous fermons ce livre….

L’écriture  est toujours aussi belle, touchante de simplicité, et de poésie, un vrai crève cœur de finir ce livre, à se demander pourquoi il n’y a pas 16 mois dans une année comme chez les banquiers…..

Une mention spéciale à la couverture qui en jette bravo à toute l’équipe….

Planète vide : Beaucoup de poésie dans un monde de brutes série noire Clément Milan

Planète vide : Beaucoup de poésie dans un monde de brutes

Premier roman de Clément Milian à la Série noire, Planète vide raconte l’histoire de Patrice allias Papa, presque 12 ans, garçon timide, renfermé, curieux et artiste, sans amis et maltraité, qui suite à un accident prends la fuite et fugue dans Paris à quelques jours de Noël.
Inutile d’en dire plus en soi, à moins que comme Aurélien Masson himself je m’amuse à vous spoiler la fin. Mais comme il l’a dit lui-même, ce n’est pas la fin qui compte, mais le voyage. Voyage d’une poésie incroyable à travers Paris, de la Défense à Notre Dame en passant par Pigalle.
Ce qui compte ce sont les rencontres, heureuses et malheureuses, passants indifférents, passagers du métro concentrés sur leurs smartphones, parisiens friqués occupés à débriefer leur shopping en terrasse, prostituées affectueuses, SDF compatissants ou punks attachants. Toute une société à travers le regard de Papa, si malheureux et si courageux à la fois. Toute une ville comme dans un kaléidoscope, tantôt laide et tantôt magnifique.
Au cours de son voyage Papa va souffrir mais surtout grandir, avaler des émotions plutôt que de la nourriture, il finira son voyage sale, fatigué et malade, mais grandi, les yeux bien ouverts, gorgé d’inspiration pour ses crayons.
Il me laisse le sentiment que même au fond du trou, même malheureux, avec quelques rencontres, un peu d’amour, et beaucoup de caractère, il suffit parfois de grandir de quelques centimètres (au sens propre comme au sens figuré), pour voir la vie différemment.

Plongée dans l’histoire avec l’homme qui sais tout écrire : La voix secrète, Michaël Mention, 10/18

Plongée dans l’histoire avec l’homme qui sais tout écrire : La voix secrète, Michaël Mention, 10/18


Après m’avoir embarquée dans le fin fond d’une Australie apocalyptique et l’horreur la plus absolue, j’ai retrouvé Michaël Mention avec un roman noir historique extrêmement différent.
Dans la Voie secrète, nous suivons avec un schéma somme toute assez classique une enquête de la police sous le règne de Louis Philippe, à travers principalement les pensées de Lancenaire, poète et assassin qui attends patiemment son exécution en rédigeant ses mémoires. Les indices que découvrent Allard, chef de la Sûreté, l’amène à le solliciter pour éclairer cette enquête, qui n’est pas sans évoquer ses propres crimes.
Bien que le roman historique n’ait pas ma préférence, je me suis laissée agréablement guidée à travers ce Paris de 1835, surprise d’avoir envie d’aller faire quelques recherches sur le personnage et sur la période, constatant que mes lacunes en la matière sont abyssales.
L’intrigue policière est bien construite, on se torture les méninges pour trouver lequel de ces personnages, dont aucun n’est immaculé, peut bien être coupable, et surtout pourquoi. Lancenaire est émouvant et attachant (autant que l’on peut décemment s’attacher à un assassin bien sûr).
Bien que différent de ce que j’ai pu lire de Michaël, j’ai retrouvé cette société pourrie jusqu’à la moelle, quelle que soit l’époque, et surtout la qualité de l’écriture ! Habile montage entre mémoires posées sur le papier et réflexions de Lancenaire complétées par un narrateur extérieur, répétitions qui rythment certains passages, dialogues ciselés et percutants… Bien sûr pas de rock’n roll, mais un champ lexical et un style de l’époque merveilleusement maîtrisé (du moins autant que je puisse en juger) !
En refermant Bienvenue à Cotton’s Warwick je me suis demandée combien étaient-ils dans la tête de Michaël Mention, en posant La voix secrète je sais qu’ils sont plusieurs, mais une chose est sûre, ils sont tous bourrés de talent !