mai 21

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Le retour en nouvelles d’un auteur rare depuis quelques temps comme Chris Offutt, deux spécialistes des Ozark, et surtout 2 grand écrivains de noires méconnus par ici.

Le manuel du hors la loi c’est une dizaine de nouvelles, des longues, des très courtes, mais la même intensité, pour exprimer une population, un endroit, une ou des vies

Pyromanes, racisme, trahison, rédemption, meurtre sans empathie, folie, retour de guerre sont au menus, café compris, pour le pousse café, faut attendre la derniere nouvelle.

J’ai été percuté par la novella avec Cole Younger,  ballou ou blue, le gros bébé, le couple et l’autostoppeuse…

Avec une écriture sans fioriture, mais de qualité l’auteur nous emmène dans des faits divers, peu banales, c’est bon de vous relire monsieur.

Cerise sur le gâteau c’est Daniel ray Pollock qui fait la promo, sur la 4eme de couv, !!!!!!!!!!!!!

Un monde à l’envers, car il n’arrive pas à la cheville de Daniel Woodrell… rions un peu veux tu bien ?

sinon allez voir chez JM, il en dit plus, les puces

http://actu-du-noir.over-blog.com/article-des-nouvelles-de-daniel-woodrell-117922777.html

mai 21

 

C’est l’année des fin des trilogies, pour Pendergast aussi, et comme les autres, c’est un excellent final, avec un titre qui porte bien son nom.

Là les auteurs ont vraiment malmené Pendergast, réellement, difficiles d’en sortir sain d’esprit, par ailleurs……

Ils ont mis en face de l’inspecteur son plus grand ennemi possible.Action, explication action vous trouvez tout dans ce dernier opus. avec de l’action donc.

Si j’étais le héros je porterai plainte contre Preston et Child, il y a un moment ou m^me un heors ne peut plus faire face, d’ailleurs…..

Difficile de dévoiler un bout de trame, on dira, donc, nazi, race, serial killer à l’ego, drogue, renversement de machine à tout chapitre, histoire parallèle et Diogène maybe is back !!!

Parez ?

Lisez

Si on peut le lire indépendamment ?

Oui bien sur, mais ce se serait se priver, mais on peut.

Bonne lecture

9782743624910

 

 

mai 21

Deuxième roman d’Amanda Coetzee, Rédemption nous plonge une seconde fois dans le monde mystérieux des « gens du voyage ».

Harry O’Connor est un ancien officier de police de Londres, en arrêt maladie, se reposant auprès de sa famille, des « Travellers », très soudés les uns aux autres. Mais un matin, il va devoir bouleverser ses habitudes, suite à l’appel d’Emily, qui va lui demander son aide.

Emily est assistante sociale, et reçois tous les jours des appels de gens désespérés, mais l’un d’eux l’a touchée plus que d’autres : Beth Curtis réclame son aide pour quitter l’Albanie. Mariée à Jak Kraja depuis ses 16 ans, Beth souhaite plus que tout faire sortir sa fille Mara de cette prison qu’est devenue leur vie. Constamment enfermées, elles subissent quotidiennement les violences physiques, morales et sexuelles de cet homme très respecté dans son pays.

Harry, encore amoureux d’Emily, ne peut refuser sa demande et va partir pour l’Albanie, dans le but de ramener saines et sauves les deux femmes. Aidé par sa famille, par les Roms d’Albanie, et par de parfaits inconnus, il va s’aventurer dans un périple risqué, dans un pays dangereux où il va se heurter à la colère de Jak Kraja, qui ne supporte pas de laisser un inconnu lui voler sa « marchandise ». Va-t-il réussir à sauver Beth et Mara, à se sauver lui-même et à enfin avouer son amour à Emily ?

Une écriture fluide pleine de sensibilité, qui nous immerge complètement dans le monde des gens du voyage, nous faisant comprendre à quel point ils sont solidaires les uns les autres. Que ça soit entre famille ou entre clans, une dette est une dette, ils n’hésitent pas à risquer leur propre vie pour aider ne serait-ce qu’une vague connaissance. Une immersion également dans les activités glauques d’hommes de pouvoir, notamment le trafic de jeunes filles et les violences qui leur sont affligées.

Un roman très dur, brutal, mais une histoire cependant accrocheuse, à la découverte de diverses coutumes et traditions et de croyances différentes.

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mai 21

Un vrai coup de cœur pour le premier roman édité de Ghislain Gilberti, Le festin du serpent, que je recommande à tous. L’auteur a eu la gentillesse de m’accorder du temps pour répondre à mes questions.

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Pour commencer, pourriez-vous vous présenter un peu à nos lecteurs, afin qu’ils puissent mieux vous connaître ?

Je suis auteur de romans, poésie, littérature sous toutes ses formes depuis 2001. J’ai débuté ma carrière avec la diffusion gratuite de mon premier roman en ligne (Dynamique du Chaos) qui a été refusé par les maisons d’édition. Ce premier livre a en revanche connu un véritable succès auprès des internautes qui ont massivement contribué à sa circulation. Une dizaine de milliers de lecteurs l’ont dévoré.

Pour le Festin du Serpent, c’est une autre histoire, j’ai décidé de me lancer dans le style policier, un coup d’essai réussi puisque trois maisons d’édition m’ont contacté dans le but d’une publication. J’ai choisi Anne Carrière, séduit par le côté humain de cette entreprise. Pour l’instant, Le Festin du Serpent connait un succès croissant auprès des lecteurs francophones et les chroniques sont bonnes.

 

J’avoue ne pas avoir eu l’occasion de lire votre premier roman en ligne, mais je vais m’y précipiter ! Le festin du serpent, est un thriller vraiment étonnant, par pure curiosité, combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ?

Alors, tout d’abord, il m’a fallu deux ans de documentation acharnée avant d’en écrire un mot. Ensuite, comptez trois mois pour le plan et neuf pour l’écriture. C’est finalement la documentation qui m’aura pris le plus de temps et d’énergie. Le prix à payer pour une meilleure cohérence globale et un réalisme sans trop de failles.

 

3 ans donc, un gros travail, mais un roman réussi. Vous parlez de réalisme, j’ai justement trouvé les personnages très réels, très humains, ainsi que l’histoire en elle-même. Outre votre travail de documentation, comment avez-vous travaillé l’humanité des personnages ? Je pense notamment à Cécile et Ange-Marie, mais aussi au personnage d’Hassan, qui m’a particulièrement plu.

Pour la plupart de mes personnages, il s’agit de personnes que je connais ou que j’ai connu… Je distords un peu le tout pour les besoins du livre mais l’essentiel est là : ils existent sous une certaine forme, quelque part. Il n’y a que dans les antagonistes, les méchants, que je laisse aller l’imagination. C’est d’ailleurs assez déstabilisant quand on se rend compte qu’on a donné vie à un démon comme le Serpent par exemple ; on est face à son côté sombre et ce n’est pas facile à gérer. 
Pour le reste, je donne à mes personnages des qualités et compétences que je m’oblige à acquérir pour plus de réalisme. Ainsi ai-je étudié longuement la synergologie pour le personnage de Sanchez que l’on retrouvera sans doute dans mes prochains travaux.

 

Dans ce roman, deux affaires sans aucun rapport à première vue, se retrouvent être liées entre elle. Vous alternez habilement entre les deux, et à aucun moment on ne se sent perdu. Comment vous est venue l’idée de relier des actes de terrorisme à un tueur en série ?

La réponse est simple : je n’en sais rien ! Les événements se sont imposés à moi avec la logique et l’évidence de la vraie criminalité. Dans la vraie vie, et en connaissant la chute, on se rend compte que rien n’est si fantasque ni alambiqué et qu’une telle situation pourrait bien avoir lieu dans la vraie vie. C’est une chute finalement très banale avec des personnages qui le sont moins. C’est ça que je recherche, le réalisme. Stop aux tueurs en série qui défient flics et médias, stop au Quai des Orfèvre et à son éternelle Crim’ ! J’ai décidé de jouer juste et vrai en espérant que c’est réussi !

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Réussi, ça l’est ! C’est d’ailleurs ce que je retiens particulièrement de ce thriller ; le réalisme de cette histoire et des personnages. Avez-vous des lectures à nous recommander, des auteurs qui vous inspirent ?

A la base, j’ai une bibliographie relativement classique : Antonin Artaud, Henry Miller, Lewis Carroll, Dostoïevsky, William Burroughs, Henri Michaux… j’en passe ! Je me suis mis à lire des thrillers très tard et j’ai commencé par la saga « Millenium » de Stieg Larson. C’est lui qui m’a donné le déclic et qui m’a fait me dire « Pourquoi pas écrire un polar ? ». A présent, je lis pas mal dans ce registre, surtout les auteurs Français comme Grangé, Thilliez, Scalese, Souvira, Giebel, Graham (aux éditions Carrière lui aussi) ou encore Rapilly et Descosse. Il m’arrive de lire quelques étranger comme Larson, Hunter ou encore Harris… mais c’est moins mon truc. Je suis assez nationaliste pour ce qui est de la littérature et le cinéma (et uniquement pour ça).

 

Comme vous évoquez le cinéma, une question me vient à l’esprit. Que penseriez-vous d’une adaptation de votre roman en film ? Cela vous semble-t-il possible ?

J’ai déjà signé un avenant à mon contrat pour l’adaptation des droits au cinéma, ce n’est donc pas exclu. A présent, c’est une question de réussite et de ventes. Mais je suis conscient d’avoir écrit un roman très cinématographique… Aurai-je cette chance ? Qui sait ?

 

Je vous le souhaite, personnellement je n’ai eu aucun mal à me projeter ‘’visuellement’’ dans le livre, j’espère sincèrement que cela sera possible ! Pour terminer, quels sont vos projets d’écriture après le succès de ce roman ? Avez-vous déjà quelques idées, d’autres livres en prévision ?

La suite des aventures et enquêtes de Cécile Sanchez est déjà en cours de rédaction. Il y aura bien une suite à cette histoire et si tout se passe comme je veux, il s’agira d’une saga.

 

Quelle bonne nouvelle ! J’ai hâte de retrouver Cécile Sanchez dans d’autres aventures ! Un grand merci pour votre gentillesse et votre disponibilité, et nous vous souhaitons une bonne continuation. Au plaisir de vous lire à nouveau !

Pareil pour moi !

 

Entretien réalisé par Facebook, n’hésitez pas à retrouver les actualités de Ghislain Gilberti : https://www.facebook.com/pages/Ghislain-GILBERTI/201518353226397

 

mai 21

http://norbertlaidet.blogspot.fr/

grand amateur de polar, le voilà avec son blogg,

article foisonnant d’idées, et superbe mis en page

ca va norbie ? pas la grosse tête ? ^^

 

 

mai 21

Dans les années 60, un panel de spécialistes américains décidèrent qu’il fallait donner à la psychiatrie tous les contours d’une science. Ainsi naquit le DSM (ou Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), sorte de manuel-référent qui recoupait les symptômes avec le nom de la maladie y afférant et, surtout, la médication adéquate.

Il faut croire que cette façon de généraliser le diagnostic a fait école puisqu’au DSM initial, ont succédé une deuxième version, puis une troisième… Pour aboutir au DSM5, la nouveauté de ce début d’année.

Et c’est là qu’intervient Patrick Landman, qui, s’il précise n’être pas le premier à interroger le bien-fondé d’une approche généralisée de la médecine alors que chaque diagnostic devrait être différencié et tenir compte de l’historique du patient, se fend d’un pamphlet très bien écrit qui présente l’immense avantage de parler aux plus hermétiques à tout ce qui commence par « psy ».

Outre les réserves déjà mentionnées, le long de très intéressants chapitres compartimentant chacun des arguments de sa diatribe, le professeur évoque notamment une médication excessive dans laquelle transparaît l’influence de l’industrie pharmaceutique, la prolifération de diagnostics erronés et de malades qui n’ont pas lieu d’être…

 

Je sors de ce passionnant état des lieux totalement convaincu par la justesse du combat du docteur Landman qui, je l’espère, ne manquera pas de susciter de justes interrogations, auprès de ceux qui prétendent décrypter les méandres du cerveau, vis-à-vis du fragile socle sur lequel repose leurs diagnostics.       

 

mai 21

Dans la ville dévastée de Christchurch, qu’une pluie poisseuse balaie incessamment tandis qu’un psychopathe surnommé le Boucher semble devoir continuer à jamais son entreprise de destruction, le privé Theodore Tate vit au bord de l’abîme. L’homme, qui s’efforce d’avancer malgré un passé qu’on devine lourd et un quotidien glauque, voit émerger des corps d’un lac jouxtant un cimetière alors qu’il assistait à une exhumation. Bientôt, ce qui n’aurait pu être qu’un échelon supplémentaire dans l’horreur d’une ville condamnée lui apparaîtra comme la possible continuité d’une enquête datant de l’époque où il était policier. Tate va dès lors s’efforcer de renouer le fil, la ténacité lui tenant lieu de morale.

 

Dans ce second bouquin du sieur Cleave qui m’échoit, j’ai retrouvé toutes les ficelles qui avaient contribué à l’atmosphère pesante d’Un père idéal, avec son temps d’apocalypse, son lot de désoeuvrés à chaque coin de rue et un héros que la vie n’a pas épargné. Une fois encore, j’ai apprécié le dénouement, tout aussi efficace que le reste de l’histoire, qui ne cherche pas à épargner le lecteur. Pour autant, et malgré un savoir-faire indéniable, peut-être manque-t-il à ce roman de ces personnages charnus qui font les grands bouquins.

mai 19

Les médias (Libération du 29 avril) ne cessent de souligner ce «phénomène nouveau» comme si les rapports de causalité entre le mal au travail et le suicide étaient évidents.

Libération

Depuis quelques années, les conditions de travail provoqueraient des suicides. Les médias (Libération du 29 avril) ne cessent de souligner ce «phénomène nouveau» comme si les rapports de causalité entre le mal au travail et le suicide étaient évidents. Comme si ce geste ultime était une réaction aussi banale face à l’adversité au travail qu’une crise de nerfs ou une dépression nerveuse. Les travailleurs qui souffrent ont pourtant d’autres issues que de se suicider. Ils peuvent changer d’emploi, même si l’on sait que le chômage bat des records actuellement, et ils peuvent aussi envisager des combats collectifs pour améliorer leurs conditions.

Car leur situation est tout de même moins désespérée que celle des chômeurs qui, eux, selon les médias, se suicident moins que les travailleurs malheureux. La vie au travail n’est pas la seule qu’ils possèdent, ce qui n’est pas le cas des prisonniers, par exemple. Ces travailleurs vivent généralement dans des cadres familiaux, ils ont d’autres attaches qui peuvent les aider à faire face à des circonstances difficiles. Si l’on songe aux conditions atroces d’exploitation de jadis ou à celles qui existent encore dans les pays pauvres, on se demande pourquoi et comment le suicide n’était pas ou n’est pas la réponse normale de ces victimes du travail.

On peut envisager deux réponses à cette énigme. La première est l’apparition d’une conception psychologique du travailleur, laquelle serait en train de se substituer à une autre, de type politique. Comme si le rapport de force entre le capital et le travail était devenu psychique. Le travailleur ne serait pas exploité parce qu’il n’a que sa force de travail à vendre, mais parce que cette situation le mettrait dans un état de faiblesse psychique. L’employeur devrait veiller sur lui comme s’il était un enfant ou un adolescent. Il n’est pas difficile de comprendre comment une telle conception paternaliste pourrait se retourner contre les travailleurs et leurs luttes politiques à venir. Car si aujourd’hui, dénoncer le suicide au travail paraît conforter leurs intérêts, demain une flopée d’experts en psychisme pourrait décider à la place des travailleurs ce qui est le mieux pour eux. Ce qui impliquerait qu’ils ne sont plus considérés comme des sujets politiques à part entière.

La deuxième hypothèse est plus grave encore. Ceux qui ne cessent de claironner que les gens se suicident à cause de leurs conditions de travail sont en train de valider cet acte terrible comme forme de protestation politique. Si certains manifestent, font des grèves, d’autres se suicident pour dire qu’ils sont contre une certaine organisation du travail. Cette manière de protester pourrait d’ailleurs se répandre à d’autres luttes citoyennes. On pourra affirmer qu’on se suicide parce qu’on a été délogé de son domicile, parce qu’il y a trop de pollution dans la ville ou pas assez de crèches. Les personnes malheureuses et enragées pourraient se servir du suicide comme arme d’expression politique pour dire leur colère.

C’est bien cela qui est à l’œuvre en ce moment : le suicide devient un moyen aussi légitime de contestation que la parole individuelle et collective. Et si tel est le cas, le journalisme devrait se battre contre l’institution d’une telle sauvagerie dans un régime démocratique. Pour qu’un peuple soit en mesure de changer la réalité politique, il doit pouvoir penser, discuter, s’exprimer, manifester, proposer des alternatives sans qu’il soit nécessaire que les gens se tuent. Alors qu’en prétendant qu’il y a un rapport de causalité indiscutable entre le mal au travail et le suicide, les médias prennent une part dans ce qu’ils se plaisent à dénoncer par la suite. Si le droit actuel interdit la provocation au suicide, les médias devraient être sanctionnés chaque fois qu’ils annoncent que ces actes terribles sont la réponse au désespoir au travail. Alors qu’ils devraient s’évertuer à dénoncer les politiques de censure dans l’expression des citoyens, qui sont de véritables entraves démocratiques. Seul le débat public libre de tout obstacle peut donner au régime démocratique les moyens d’accomplir ses promesses : faire en sorte que le peuple, conscient de sa puissance, construise la société à laquelle il aspire.

On devrait donc déconsidérer le suicide comme moyen d’expression politique démocratique de la même manière que l’on traite les actes de terrorisme. Quand une bombe explose et fait des victimes, on ne dit pas que les terroristes ont voulu s’exprimer, même si tel est leur but. On les traite d’assassins. On pourrait dire la même chose des suicidés au travail. Ils sont des manières de terroristes du point de vue politique, car ils se servent du meurtre d’eux-mêmes comme arme au lieu de faire appel à la parole. Quant aux journalistes qui valident ces procédés, on pourrait les considérer comme des complices, voire des commanditaires. Un journalisme responsable devrait en effet affirmer : «Nous, on refuse de discuter avec des terroristes.» Et donc considérer les causes du suicide des personnes en bonne santé – qui ont des milliers de jours, de joies et de peines devant elles – comme un mystère. En s’interdisant le moindre commentaire.

 

DONC TIRE DU NET, SITE DE LIBERATION

CONNASSE TA GUEULE VA FAIRE DU BLE AVEC DSK  MAIS N ECRIT PLUS JAMAIS SUR CE QUE TU NE CONNAIS JE TE PISSE A LA GUEULE

9782743624910

 

mai 18

Un numéro Jungle !

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Pourquoi ? Mais, parce qu’avec le printemps et l’été, voir la vie en vert s’impose ! Comment ? Dites donc, vous ne savez pas vous débrouiller tout seul vous… Vous pourriez siester sans fin sur la canopée (La petite histoire), chercher sans bouger les Houpa perdus dans la pampa, vous recoucher le soir avec Tamarin et Caniche sous les bananiers (La grande histoire)… Et puis, le lendemain, on y va ! C’est la jungle ici : sortez-vous les doigts du nez ! Utilisez-les pour faire des ombres chinoises (Choré), repeupler vos plantes d’intérieur (Atelier), griller l’ananas et tigrer le gâteau (À table !) ou encore aider l’explorateur Barbe blanche à y voir clair, couleurs à l’appui (Coloriage). Un numéro de tout repos… ou pas.

mai 15

Et voilà, désolé de vous avoir fait attendre, mais voilà enfin l’interview de Tim Willocks à propos de son livre magistral, monumental, phénoménal, roulements de tambours…… :  « The Twelve Children of Paris » !

Une nouvelle fois je remercie Tim Willocks d’avoir pris le temps de me répondre par mail, et j’espère que tout ce qu’il dit dans ce qui suit donnera à tout le monde l’envie de lire ou relire ses livres et de plonger dans « The Twelve Children of Paris » quand il sera traduit chez Sonatine.

« Where there are no men, be a man »

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Pour écrire « La Religion » vous disiez que vous vouliez écrire un roman européen, comment qualifieriez-vous « The Twelve Children of Paris » ? Vous dites que c’est un livre extrême, qu’est-ce que ça veut dire pour vous ?

 

Il y a quelques années, mon éditeur italien m’a dit que Green River était « fondamentalement un roman européen » bien que se déroulant au Texas. Je suis européen, alors je suppose que ce n’est pas surprenant. Je pense que les complexités et les tragédies de l’Histoire européenne nous poussent à moins considérer l’humanité en terme de noir et blanc, d’un point de vue moral ou politique. Peut-être ressentons-nous que vivre ensemble sera toujours une expérience vaste et potentiellement dangereuse , mais nous n’allons pas amoindrir le danger en cédant à des notions stupides telles que le bien et le mal, le bon et le mauvais.

12 children parle surtout de confusion et d’ambiguité. Comment l’individu, homme ou femme définit-il sa moralité vis-à-vis des forces à l’intérieur d’un groupe ? Que faites-vous lorsque des circonstances extrêmes vous poussent à commettre de terribles actions? Ne devriez-vous pas les commettre ? Le roman se déroule pendant un accès de haine extrême, de violence et de folie collective, tous les personnages se fraient un chemin au milieu de cette folie, chacun à leur propre et unique façon. Le livre ne donne pas de réponses claires, parce que je pense que de telles réponses sont une lillusion et font partie du problème, mais j’espère qu’il crée une expérience viscérale en essayant de les trouver. C’est une expérience faite d’évènements et d’émotions extrêmes, à propos de notre pouvoir, de notre droit de décider qui nous voulons être à de tels moments.

 

Peut-on revenir sur la naissance du personnage de Mattias ? Comment l’avez-vous trouvé ? Comment l’avez-vous créé ?

 

Mattias est de beaucoup de façons « l’homme de nulle part ». Ses origines sont pan-européennes, et sa vie a renforcé cela, il n’est pas défini par une nationalité ou une croyance. Il se redécouvre et se redéfinit lui-même constamment au fur et à mesure que l’histoire avance. Quand j’ai écrit « La Religion », je pensais qu’il mourrait à la fin, mais ce ne fut pas le cas. 12 chidren est un défi encore plus profond pour son personnage. Il est à la fois héros et méchant, démon et ange, vie et mort. Est-ce qu’il agit de lui-même ou est-ce qu’il est poussé à agir ? Dans quelle mesure contrôle-t-il sa destinée ? Controle-t-il vraiment son destin, ou est-ce qu’il flotte sur le fleuve de la Fortune, le prisonnier de lois karmiques bien plus grandes, un grain de scories dans le creuset cosmique ? Dans le dernier accès de violence mystérieuse et injustifiée (même si il en a consicence) est-ce qu’il se perd lui-même ou est-ce qu’il se trouve lui-même ? Est ce que c’est juste d’employer une telle sauvagerie au nom de l’amour, est-ce que ça peut l’être ? Si oui, à quel prix ? Si oui, pourquoi, et comment peut-on retenir cette violence dans les limites de la moralité, quelles que soient ces limites qu’on impose? Ce sont des questions qui valent la peine d’être posées dans notre monde actuel.

Donc je ne sais jamais où il va. C’est une sorte d’existentialiste franc-tireur . C’est pourquoi je ne sais toujours pas ce qui va se passer dans le troisième roman. J’ai l’intention d’écrire un différent roman avant cela. Les romans de Tannhauser nécessitent tout ce j’ai, chacun est un voyage monumental et intimidant à entreprendre, ils consument tout, et je n’ai pas un grand contrôle sur le processus d’écriture (j’aimerais). 12 children a été le voyage d’une vie. Alors je vais prendre un peu de « repos » avec quelque chose de moins monumental, très probablement une sorte de western noir se déroulant dans l’Australie du 19ème siècle.

 

Vous êtes-vous documenté de la même façon pour « The 12 children of Paris » que pour « La Religion » ? Musées, bibliothèques, séjours à Paris… La recréation du Paris de l’époque est impressionnante, avez vous passé autant de temps à faire des recherches avant d’écrire ?

 

J’ai fait d’énormes recherches pour 12 children, et comme toujours, ce qui me brise le cœur c’est que presque rien de tout ça semble avoir fini dans le roman. Après le premier jet, j’ai coupé des dizaines de milliers mots représentant des détails parce que c’était tout ce qu’ils étaient, de fascinants détails pour moi mais non pour les personnages. Encore maintenant, si on a une journée stressante à Paris, on ne s’attarde pas sur les monuments, sur l’Histoire, sur les incroyables histoires se cachant derrière, on est concentré sur soi-même, sur ses buts, ses problèmes. On passe près de la Conciergerie sans même la voir. Je voulais créer une sensation de vivante réalité. Mais j’espère que mes recherches procurent une authenticité aux personnages.

Parce que, à un certain niveau, l’histoire du roman est fondamentalement liée à la géographie de Paris – Paris en tant que labyrinthe – la géographie est devenue pour moi la recherche la plus importante. Je ne parle pas des cartes, je parle du terrain, des distances. La grande majorité de ce qui existait en 1572 a disparu depuis longtemps, par exemple, seules quelques pierres souterraines sont ce qui reste du Louvre de 1572, tout est quasiment « nouveau ». L’aspect de la Seine, qui joue aussi un rôle central, physique et mythologique, a radicalement changé. Mais je voulais un fort sentiment de mouvement, c’est pourquoi en l’écrivant j’ai plusieurs fois marché dans Paris, en suivant le roman. J’ai écrit une grande partie du roman à Paris. C’est toujours, sans conteste, la plus grande ville pour écrire.

 

Comment avez-vous écrit ce livre ? Vous m’avez dit que pour certains chapitres vous laissiez simplement aller le flot de votre écriture, c’est une chose qui vous arrive souvent ou non ? Comment travaillez vous pour trouver ce rythme, cette narration racontant une histoire sur 36 heures en jonglant avec tous les personnages, tous les lieux ?

 

J’ai appris que tous mes plans sont rapidement sapés par les impulsions des personnages, donc je n’accorde pas beaucoup d’importance à un plan. Je laisse le flot de l’action m’emmener là où il veut. Le plan, au début, était essentiellement le titre. J’avais le titre avant quoi que ce soit d’autre, avant la moindre histoire. La trame est très simple, un homme recherche sa femme au milieu de l’anarchie et du chaos.

Le titre m’a forcé à trouver les douze enfants, ce qui est un nombre énorme, spécialement quand je voulais que chacun ait une présence unique. Je ne voulais pas une sorte de situation à la « Dirty Dozen » (« 12 salopards ») dans laquelle seulement six d’entre eux laissent une réelle impression. Donc j’ai plus ou moins commencé par jeter des enfants sur les chemins de Tannhauser et Carla, sans aucune idée de qui ils allaient être ou de ce qu’ils allaient accomplir. Dans chaque cas ils sont devenus encore plus extraordinaires que je ne l’aurais imaginé. Je ne savais pas non plus lesquels survivraient. A chaque nouvelle situation, je suivais leurs réalités, leurs réactions à ce qui arrivait, et ça créait une nouvelle situation, dans une énorme toile les reliant tous, tous suivant constamment leurs propres routes. Et il y a une douzaine de personnages plus importants, au delà des enfants. C’est un miracle que tout cela ait fini par rester cohérent.

L’anarchie des rues, des évènements, est reflétée dans la construction du roman elle-même. A chaque fois que je tentais d’imposer une structure, je devenais paralysé, j’arrêtais décrire pendant une éternité, je devais alors me contenter de plonger au milieu du chaos pour réaliser ce qui allait se passer, tout comme les personnages eux-mêmes. Je voulais que ce soit un roman qui provoque une expérience, vous ne pouvez pas rester en dehors, vous devez plonger dedans. Vous êtes contraint de partager cette expérience avec les personnages. Vous n’observez pas, vous y êtes. Il n’y a aucune distance. C’est à quoi ressemblent le chaos et l’anarchie. Je voulais transmettre cette confusion, ce que c’est qu’être coincé dans l’anarchie.

 

Je ne veux pas trop spoiler l’histoire ou les personnages, mais je suis obligé de parler de Grymonde, de Pascale et de Estelle…. Trois des personnages les plus marquants du livre, qu’est-ce que vous pouvez dire sur eux, sur ce qu’ils représentent, d’où viennent-ils ?

 

A certains moments pendant l’écriture, je craignais que Grymonde ne finisse par dominer le roman tout entier. Il échappait à toutes les frontières que j’imaginais pour lui, essentiellement le « méchant », il devenait de plus en plus complexe et merveilleux. Je pense qu’il a fini par représenter Paris dans toutes ses contradictions, magnifique mais pourtant grotesque, cruel mais pourtant tourmenté par l’amour, et plein d’idées sauvages et de passions politiques.

La raison pour laquelle le livre est devenu environ deux fois plus gros que ce que j’avais imaginé est que beaucoup des personnages « secondaires » ont insisté pour avoir leurs mots à dire, ont insisté pour avoir leurs places. A certains moments j’avais envie d’écrire tout un roman sur Estelle ou Pascale. Tout ce que j’avais au début pour Estelle c’est l’image dont tu parles, une fille en communion avec des rats (image qui vient d’une vraie fille qu’un de mes amis a vu à Naples). Son histoire n’a fait que grandir et grandir. A la fin, à plusieurs occasions, toute l’histoire tourne autour de ses actions. C’est pour ça que le roman est devenue une telle expérience, tous ces personnages agissant indépendamment, suivant leurs propres chemins, mais changeant la vie des uns et des autres, dans une étrange combinaison d’intention et de pur hasard.

Pareil pour Pascale, tellement sombre, tellement blessée, tellement brillante. Je n’avais jamais imaginé qu’elle voudrait tuer, pas jusqu’à ce qu’elle ouvre la bouche et le dise, et c’est peut être devenu la scène la plus dérangeante du roman. La moitié du roman est écrit selon le point de vue des différents personnages féminins. L’histoire est devenue une sorte de confrontation entre les principes Mâle et Femelle, ces femmes essayant de survivre en étant honnêtes et loyales, entre elles et selon une supérieure notion de bonté humaine, alors qu’elles sont piégées dans un réel enfer sur Terre qu’elles n’ont pas créé. A cet égard, la plus grande surprise pour moi a été Alice, un personnage nécessaire seulement pour la narration jusqu’à ce que je la rencontre. Je pensais qu’elle serait à l’arrière plan mais elle a émergé de l’ether et m’a époustouflé. Je ne sais toujours pas d’où viennent ses idées. Elle est devenue un des centres spirituels de tout le roman. L’autre centre symbolique, à la fin pour chacun d’entre eux, est le bébé, un minuscule noyau d’absolue innocence et de pureté voyageant de l’extrême noirceur humaine vers la vie.

 

Je suis en train de relire La Religion, et il y a une chose qui me frappe, dont je n’ai pas encore parlé. Ce sont les magnifiques noms de vos personnages. Amparo, Mattias Tannhauser, Bors de Carlisle, Sabato Svi, Ludovico Ludovici, Cicero Grimes, Furgul…Et dans »The Twelve Children of Paris » : Grymonde, Pope Paul, Marcel Le Tellier, Juste, Hugon…. Comment vous les trouvez ?

 

Les noms sont très importants, et je prends beaucoup de temps pour trouver la bonne sensation, mais au final ça se résume à purement de l’instinct. Parfois je commence avec un nom pour un personnage, et je sens que ce n’est simplement pas le bon et je dois le changer, parfois plus d’une fois. Je pense que Pascale était le troisième nom avant que je sente que c’était le nom la représentant. Clémentine était un gros cheval irlandais que je montais, et qui m’a une fois jeté au sol. Grymonde a toujours été Grymonde. Je n’arrive pas à me souvenir d’où le nom vient, je pense que je l’ai inventé d’après la sonorité. Pope Paul a été instantané. Juste est le nom d’un jeune que j’ai rencontré 10 minutes à Paris, quand j’écrivais le livre, mais il avait une telle noblesse, un tel esprit, une innocence si flagrante, d’une certaine façon le nom semblait parfait pour le personnage du livre qui partage ces qualités. Ils viennent de plusieurs sources, parfois les noms viennent en premier, parfois ce sont les personnages.

 

Quand vous écrivez, vous dîtes que vous vous efforcez d’incarner les personnages, de voir le monde comme ils le verraient. Après un livre sur un épisode aussi violent, comment faites-vous pour vous libérer, vous nettoyer de toute la violence, la sauvagerie ?

 

En vérité j’étais désolé de quitter l’univers du livre et les personnages. Bien que le livre soit rempli de morts, les personnages sont pleins de vie, ils aiment la vie de plusieurs différentes façons, je n’ai jamais trouvé le roman déprimant. Au contraire, je le trouve exaltant. Au milieu de la folie, ils sont parfaitement sains d’esprit, parce qu’ils vivent pour ce qui a une vraie valeur : amitié, loyauté, amour, nourriture, magie.

A un moment, alors qu’ils embarquent pour leur dernier et désespéré pari de leur voyage à travers l’horreur absolue, Tannhauser dit à Grégoire : « Let us see what metal we have made » (« Voyons quel métal nous avons forgé»). Ce qu’il veut dire par là c’est qu’ensemble ils ont créé une sorte d’or à la fois spirituel et humain, qui est l’amour qu’ils partagent, qui transcende la mort autour d’eux. C’est là que l’amour découvre, ou non, sa plus grande bravoure, sa plus grande beauté. C’est à cause de l’intensité de l’horreur les entourant que la survie de l’amour a une telle valeur, une telle beauté, dans un désert d’absolue noirceur, de haine et de sang, ces foyers d’amours brulent avec encore plus de puissance.

Cette dialectique est au centre du livre. C’est plein de paradoxes, de contradictions et d’ambiguité, mais c’est ce qu’est la vie. C’est incroyable. C’est extraordinaire. C’est l’amour en action, l’amour incarné, pas seulement le sentiment. Ces personnes s’aiment vraiment parce qu’ils jouent leurs vies sur leur amour. Ils préféreraient aimer plutôt que vivre, si tel était le choix. Instinctivement ils prouvent que l’amour est plus fort que la haine. Tous les personnages principaux forment et font évoluer plusieurs différentes relations amoureuses les uns avec les autres, et celles-ci englobent différentes nuances de la notion d’« amour ». Au centre se trouve l’amour entre Tannhauser et Carla, qui est, bien sûr, une énigme, un mystère, un paradoxe, autant pour l’un que pour l’autre. Il est clair que Paris représente le labyrinthe, « the golden thread so fine » (« le mince fil doré ») qui les guide est au bout du compte l’amour.

 

Le mysticisme et la spiritualité sont très présents dans les deux livres (Amparo, Petrus Grubenius, Alice…), est-ce que c’est une partie la re-création de ce siècle, ou est-ce que vous vouliez que les personnages y soient confrontés? Est-ce que vous vouliez que le mysticisme et la Foi prennent part dans leurs évolutions ?

 

La possibilité d’un mysticisme, la réalité d’une expérience mystique, est une partie de ce qu’est être humain. C’est une perpétuelle possibilité qui est en nous. C’est comme un sens, comme la vue ou l’ouïe. La possibilité est là, que nous choisissions ou non de la reconnaître, c’est un choix qui est conditionné culturellement. La tentative rationaliste de rejeter n’importe quelle forme de spiritualité par des arguments « rationnels » me semble irrationnelle, c’est idiot. Nous pouvons avoir une perception mystique. De telles perceptions appartiennent à un domaine autre que rationnel, comme c’est le cas pour l’Art. Même les sens, comme la vue ou l’ouïe, sont énormément malléables en terme de ce qui est perçu et ce qui ne l’est pas. Une personne ayant grandi dans une région sauvage entendra une centaine de sons significatifs, verra une centaine de choses significatives, sons et choses auxquelles un citadin sera sourd et aveugle. N’importe quel fermier le sait. Le mouvement athéiste moderne, Dawkins et les autres, est une tentative délibérée de limiter la perception, de nier ce sens, mais nous sommes par nature capables d’expérience transcendante, c’est un fait. C’était inévitable que le mysticisme ou les questions spirituelles fassent partie des personnages.

Le système mystique le plus important du livre est l’Alchimie, pas seulement parce que Paris a toujours été, et l’est encore aujourd’hui, le plus grand centre de l’Alchimie. Et le but de l’Alchimie est la transformation spirituelle.

Le livre est un tissu de symboles de l’Hermétisme, je ne m’attends pas que quiconque le remarque, mais qui j’espère enrichit le tout. L’histoire (à travers les personnages) passe par les 12 étapes de Basilius Valentinus (aussi appelée « Les 12 portes » de George Ripley)*. Ces portes alchimiques (sublimation, fermentation, multiplication, projection, etc) s’incarnent toutes dans le déroulement de l’histoire, par exemple l’Exaltation a lieu à Notre Dame, « le vaisseau alchimique », quand Tannhauser accomplit le baptême dans le sang. La Multiplication, l’augmentation de l’elixir, se déroule quand ils grimpent dans le chariot et se mettent en route pour « voir quel métal ils ont forgé » ; la Projection est la transmutation finale du métal de base en or, de l’inférieur vers le supérieur, qui est l’enterrement et le pique-nique dans la forêt

 

(*: 12 étapes successives du Grand Oeuvre)

 

En fin de compte, le groupe lui-même est une représentation de la Pierre Philospohale. Tannhauser, bien qu’il n’en soit pas pleinement conscient, devient le véritable alchimiste qu’il a toujours voulu être. (Un voyage qui commence dans la forge au début de « La Religion »)

tarot

L’autre aspect mystique réside dans le fait que toute l’histoire est aussi un voyage à travers le Tarot, qui est encore une fois un voyage d’un état inférieur vers un état de conscience supérieur. Chaque Atout est représenté par un personnage différent, certains sont évidents, ou désignés clairement par les personnages. Par exemple, Grymond réalise qu’il est le Pendu. Alice est la Grande Prêtresse. Certains sont plus subtiles, avec peu d’indices associant les personnages avec leurs Atouts. Grégoire est l’Hermite (avec sa lanterne), Typhaine est la Lune (l’écrevisse), Le Tellier est l’Empereur, les Souris (des jumelles) sont le Soleil, Amparo est le Fou. Et ainsi de suite. Tannhauser est la Mort, Paris est le Diable. En fait c’est le Tarot qui a imposé dans quelle direction l’intrigue se dirigeait. C’est la carte du Jugement par exemple qui m’a fait réaliser que Carla devait aller à Notre Dame, c’est à dire que sa révélation a été ma révélation. Jusqu’à ce moment je ne savais pas, je pensais qu’elle resterait dans la maison. Les cartes ont été une force vivante et active dans l’écriture. C’était très étrange.

 Tarot-Nusantara

 

Ce n’est pas juste un grand livre, c’est aussi une belle déclaration d’amour à Paris. Votre amour, votre connaissance de la ville sont flagrants, vous pensez comme un des personnages, que c’est « la plus grande ville du monde », aujourd’hui comme en 1572 ?

 

Je dirais qu’il n’y en a certainement pas de plus grande et qui me tienne le plus à cœur. Comme toutes les grandes choses, personnes, tableaux, albums, films, endroits, au-delà d’un certain niveau ça ne peut plus être soumis à des notions de « meilleur ». Par contre, je dois dire qu’il n’y a absolument nulle part comme Paris, et ce à beaucoup de points de vue. Paris avait submergé mon imagination avant que je n’y vienne (en 1978), quand mon esprit était plein de Sartre des films de Melville, et je dois dire que je n’ai jamais été déçu. Plus que toute autre ville, elle demeure un bastion des valeurs culturelles et intellectuelles les plus importantes pour moi. Parfois je crains que ce ne soit le dernier bastion, tant l’effondrement culturel (effondrement parmi d’autres) dans le monde anglophone semble catastrophique. Mais le futur est toujours plein de surprises. Et nulle part cela n’a été prouvé mieux qu’à Paris, et je suis sûr que ça arrivera encore.

 

Peut-on parler du refus de votre éditeur américain, ou vous êtes passé à autre chose ?

 

Ce n’est probablement pas un sujet très intéressant, mais j’apprécie beaucoup – et eux aussi – ton admiration pour Cape et Sonatine. Le livre est également traduit en allemand, hollandais, russe et polonais jusqu’à présent.

Doglands

 

J’ai entendu dire que « Doglands » serait une trilogie, c’est vrai ? Je suis curieux, je sais, avez-vous commencé l’écriture du second ?… Ce que vous aviez dit à propos de Sloann l’an dernier, que vous le voyiez comme une sorte de Grendel / Tony Montana / Mao me rend plutôt impatient de le rencontrer…

 

L’avenir de « Doglines », la suite de « Doglands » est incertain pour l’instant, comme je travaille sur d’autres projets. Je suis moi aussi impatient de rencontrer Sloann. Je ne suis pas sûr de à quel point je vais oser être apocalyptique avec « Doglines ». J’aimerais provoquer la fin du monde, ou plutôt la fin de la race humaine, mais je ne sais pas si quelqu’un voudrait publier ça.

Pour finir, que diriez-vous aux lecteurs français pour les faire lire « La Religion » (pour ceux qui ne l’ont pas encore fait) et « The Twelve Children of Paris » quand il sera traduit en français ?

 

J’ai bien peur d’être un très mauvais vendeur. J’espère que mes livres apportent aux lecteurs une expérience extrêmement intense, une profonde immersion dans d’autres mondes, d’autres personnes, dont ils peuvent partager les émotions, les reconnaître et les recréer par le pouvoir de leurs propres imaginations. Si vous marchez à travers le feu et les ténèbres avec les Twelve Children of Paris, je pense qu’il est difficile de les oublier. Je sais que je ne les oublierai jamais.

 

 

L’interview de l’année dernière

La chronique de « The Twelve Children of Paris »

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