Une bouche sans personne, Gilles Marchand, Editions Aux Forges du Vulcain, Août 2016

Une bouche sans personne, Gilles Marchand

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« Une superbe ambiance dans le métro aujourd’hui: les gens chantaient, tapaient dans leurs mains, se serraient dans les bras, dansaient. Des confettis volaient entre les wagons, des couples s’accouplaient, des paralytiques marchaient, des hôtesses de l’air volaient dans les couloirs, un raton lavait, un valet bavait, un abbé badait, un dadais se dandinait d’un air innocent, les mouches volaient à reculons, les journaux étaient imprimés de toutes les couleurs, les balayeurs vidaient les poubelles sur le sol, les contrôleurs remboursaient les billets et le conducteur n’autorisait la descente des passagers qu’entre les stations. En partant, les passagers s’échangeaient leurs numéros de téléphone se promettant de remettre ça sur la ligne 12 le lendemain. »
Qu’est-ce que cet ovni littéraire? Un tourbillon qui vous embarque et vous fait passer du rire aux larmes avec la légèreté d’une brise d’été.
Pari réussi pour ce premier roman de Gilles Marchand (même si je n’en doutais pas, j’avais été déjà conquise par Le Roman de Bolano, écrit à quatre mains avec Eric Bonnargent et paru en 2015 aux Editions du Sonneur… courez l’acheter si vous ne l’avez pas lu!)

Au centre du récit qui nous intéresse aujourd’hui, le jeu et la mémoire. Le jeu, comme dans « jeu de mots »: la langue se plie, se déploie, virevolte sous la plume de Gilles Marchand.

Jeu, comme dans « jeux de l’imagination »: sans être un roman fantastique, Une bouche sans personne prend des libertés avec la réalité et lui donne des formes, des couleurs, des odeurs qui tiennent souvent du rêve. On imagine avec bonheur le « terrain de jeu » que l’immeuble, le quartier, la ville sont devenus le temps de raconter l’histoire d’un homme.

Cet homme, celui qui se présente au lecteur avec cette merveilleuse phrase de début, « J’ai un poème et une cicatrice », l’homme-clé, l’homme-conteur est aussi porteur d’une mémoire.

Lorsque le temps est venu de Dire cette mémoire, la poignée d’amis fidèles qui l’écoutaient au départ devient foule au fur et à mesure que l’histoire avance. Nous comprendrons pourquoi en arrivant à la fin. Mais une fois arrivés là nous serons changés. Irrémédiablement changés.

« Poème et cicatrice font partie de moi au même titre que mes jambes, mes bras ou mes omoplates. Je ne me sens pas tenu de les examiner pour savoir qu’ils existent. J’ai seulement appris à essayer de les oublier. »

Une bouche sans personne, Gilles Marchand, Editions Aux Forges du Vulcain, Août 2016

La trêve de Saïdeh Pakravan aux Éditions Belfond

<< – Mamie, c’est quoi la trêve? -C’est comme la paix. -C’est quoi la paix? -La paix ma puce, c’est quand les gens deviennent très gentils les uns avec les autres et cessent de s’entretuer. Le contraire de la guerre. -Ah, d’accord. -Ben oui, vous n’êtes que des gamines, mais quand on vous dit guerre, vous saisissez tout de suite. Par contre, paix, ça ne vous dit rien. Trêve, je n’en parle même pas. Quel monde tout de même.>>

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Aux États-Unis, une trêve s’est étrangement installée sur tout le pays. Le mal est comme suspendu, en mode pause. Plus aucun crime, plus de violence, plus d’agression, de viol, plus de mort. À chaque mauvaises actions que s’apprêtent à commettre les protagonistes de cette histoire, ils sont comme interrompus juste avant l’innommable, comme si une fée jouait la bonne conscience sur chaque individu dangereux. Le monde devient paisible, mais pour combien de temps?

 » La haine semblait avoir disparu. Aussi simplement que ça. Aussi simplement. »

La violence ayant disparu du quotidien, elle apparait sous une autre forme: les souvenirs.

À travers le destin de plusieurs personnages, on se retrouve au cœur des pensées, des souvenirs de chacun. On partage leurs vies, pour 24 heures, des vies où l’espoir renait comme un Miracle.

« Elle sourit en reprenant l’album photo. Le ver était dans le fruit, sans aucun doute, et la dépression reviendrait. Il ne s’agirait alors que de savoir comment tenir le coup, comme s’accrocher jusqu’à la prochaine bonne surprise, jusqu’au prochain bonheur, si court soit-il. »

Saïdeh Pakravan est née en Iran. Elle est franco-américaine et partage depuis 30 ans sa vie entre Washington et Paris. J’ai découvert sa plume avec son premier roman AZADI en 2015 qui l’a enfin révélé au public français. Un récit que j’avais adoré, couronné par le prix de la Closerie des Lilas et le prix Marie-Claire. C’est avec grand plaisir que je l’ai retrouvé avec cette histoire originale à l’écriture plus affirmée.

Comme un rêve éveillé j’ai passé 24 heures aux USA et en ces temps incertains, trop chargés de violence ce livre fait du bien. Si seulement c’était vrai. Si seulement on pouvait faire une trêve.

Un livre touchant qui met pourtant le doigts sur des sujets très sensibles, tel que le terrorisme, la pédophilie, les violences conjugales. Le mal est partout, en mode veille.

« La colère des imbéciles remplit le monde.  »

Une histoire qui fait doucement rêver. Une belle réflexion sur notre monde et le chaos qui l’entoure, illuminé parfois d’une lueur d’espoir.

Merci à Slavka et Aux Éditions Belfond pour cette découverte de la rentrée littéraire.

Christelle

Là où les lumières se perdent, David Joy, Editions Sonatine août 2016, Traduction Fabrice Pointeau 

« Il existe un endroit où se perdent les lumières, et je suppose que c’est le paradis. C’était ce lieu lumineux que l’Indien observait sur le tableau qu’aimait ma mère, et je suppose que c’est pour ça qu’elle voulait tant y aller. L’endroit où toutes les lumières se rejoignaient et brillaient était dans mon esprit ce qui se rapprochait le plus de Dieu. »

Sonatine frappe fort avec la parution du roman de David Joy: nous tenons là un digne héritier de R. J. Ellory, sombre, beau et difficile à laisser derrière soi une fois le livre fermé.

Jacob, le narrateur,  est déchiré entre la malédiction du sang destiné à faire de lui le digne successeur de son caïd de père et la volonté de s’en sortir, aidé par l’amour qu’il porte à Maggie, son amie d’enfance. 

Autant le sujet n’est pas novateur, la quête de rédemption, l’opposition père-fils, faisant partie des thématiques récurrentes en littérature, autant la manière dont il est traité nous fait succomber.

En lisant la confession de Jacob, sa souffrance perpétuelle, le tiraillement constant entre la lumière et les ténèbres, on se surprend à espérer un dénouement positif; on est à ses côtés à chaque instant, lorsqu’il dirige un arme vers son père, lorsqu’il étreint Maggie.

A partir du moment où un récit éveille une pareille empathie chez son lecteur, le pari est gagné!

Porté par un style maîtrisé où l’ombre et la lumière s’alternent, se chevauchent, Là où les lumières se perdent s’immisce dans la tête du lecteur qui ne voit pas arriver le twist final. Explosif.

J’attends avec impatience le prochain roman de David Joy, il y a fort à parier qu’il occupera une place de choix parmi les nouveaux auteurs de roman noir.

« J’ai jeté un coup d’œil en direction de l’endroit où le soleil illuminait les voitures, projetant une féroce lumière blanche qui aveuglait tous les flics en attente. Ils auraient beau essayer, ils ne comprendraient jamais cette lumière, et je les plaignais. »

  • Là où les lumières se perdent, David Joy, Editions Sonatine août 2016, Traduction Fabrice Pointeau 

Une bouche sans personne de Gilles Marchands aux Éditions Aux forges de Vulcain

« L’histoire n’est pas juste. C’est comme ça et l’on y peut rien »

L’homme à l’écharpe rejoint chaque soir  ou presque, Sam,Thomas et Lisa dans le bar de celle-ci. Ils partagent quelques verres, quelques cigarettes en écoutant les BEATLES. Certain s’épanche assez facilement sur leur vie passée et d’autre garde leur boite à souvenirs bien cadenassée.

Jusqu’à un certain soir …

« -Bon OK: tu es comptable, tu mesures autour d’un mètre quatre-vingt. Tu aimes les livres, les Beatles et la belote, et tu ne quittes jamais ton écharpe. C’est tout ce qu’on sait! « …

« …enfin, j’ai la certitude que tu as quelque chose  sur le cœur. Le genre de poids qui t’écrase et t’empêche de respirer. Je me trompe peut-être, mais je ne crois pas; alors si tu dois t’en décharger un jour, autant que tu saches que c’est certainement avec nous que ce sera le plus simple. On ne jugera pas, on commentera peut-être même pas. Juste on sera là, un verre à la main. Comme d’habitude mais avec un ami qu’on connaitra un peu mieux. »

À compter de ce soir là, de comptable le jour, il devient conteur le soir. Le bar des amis devient une salle de spectacle, accoudé au zinc il joue sa scène, et soir après soir son histoire se dévoile …

« Ca a déjà commencé ?

-Il n’y a pas les trois coup ou quelque chose comme ça ?

-Nous ne sommes pas au théâtre!

-Non mais taisez-vous on va rien comprendre ! »

-CHUT !

Oui CHUT ! Je ne vous en dirai pas plus. Faite comme moi, installez-vous dans votre fauteuil préféré, laissez- vous porter par ces mots, et attendez-vous à vivre un moment de lecture inoubliable.

Gilles Marchand nous livre un récit où la beauté de l’amitié  tient une grande place. Un récit chargé d’émotions mais pas dénué de fantaisies. On pense à Vian et à Gary tellement la plume est belle, réjouissante, pleine d’humour qui rends la vie de ce comptable bien plus drôle qu’on ne pourrait s’y attendre. Les larmes de joie et de tristesse se font concurrence. La folie côtoie la mélancolie avec brio. On s’attache aux personnages, on succombe au style et le final nous transperce le cœur. Les frissons s’éveillent, l’impensable de L’Histoire nous est révélé …

Un roman mémorable  à ne rater sous aucun prétexte.

Gilles Marchand est rédacteur  pour le Who’s Who et également chroniqueur pour le site polars, K-libre ( ça me met du coup une petite pression)

En attendant, cette prochaine rentrée littéraire nous réserve de belles surprises. Ne passez pas à côté de celle-ci. Une bien belle histoire, un gros coup de cœur.

«  L’Histoire  laisse des traces. »

Christelle

Sérial entretien entre Stéphane Bourgoin et Laurianne

Franchement, je suis un salaud envoyé au feu Laurianne, une amie débutante faire un entretien  téléphonique en juillet avec cet auteur….

Finalement j’ai eu raison, le résultat est implacable, court et concis. Un grand merci à l’auteur, Laura Magné et à Laurianne

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• Comment vous est venu cette passion pour les tueurs en séries ?


« Depuis que ma compagne à été tuée en 1976, j’ai ouvert une brèche pour essayer de comprendre le mécanisme psychologique de ces tueurs comme une quête et j’ai basculé dans la découverte passionnel de ces individus.

• Comment avez vous géré la perte de votre compagne ?


Ce qui m’a aidé, c’est la rencontre avec d’autres personnes qui on vécu des histoires similaire et les échanges que j’ai pu avoir avec elles.

• Comment vous préparez vous avant chaque interview ?


l’observation d’un tueur en série me demande beaucoup de concentration. je fais attention à ce que je dois dire et quand arrive l’interview, je me concentre sur la gestuelle du tueur, sa façon de parler, de regarder, son vocabulaire… la veille d’une interview, je dors très peu.

• Pensez vous qu’avec beaucoup de patiente et d’écoute, les tueurs en série peuvent changer ?


Absolument pas, les psychopathes ne viennent pas au monde en étant méchant mais ils le deviennent par choix, malheureusement ils ne reviennent pas en arrière, ils sont complaisants dans leurs mode de vie. Ils ne sont pas heureux et quand ils tuent, ils le font par besoin vital. Ne pas confondre psychopathe et malade mental, les malades mentaux on une déficiente de naissance.

• Êtes vous pour ou contre la peine de mort ?

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je suis contre, tuer un criminel revient à être comme lui. De plus, il y a beaucoup d’innocents qui ont été condamnés.

• Quel tueur en série vous a le plus marqué ?


Stewart Wilken, un tueur en série sud africain et Donald Harvey passionné d’occultisme. Mais celui qui m’a le plus marqué restera Gérard SCHAEFER, il était shérif et utilisait ce statut pour kidnapper ses victimes. Quand je l’ai interviewé j’ai eu l’impression d’être en face du diable. Vous pourrez voir cette interview sur internet.

• Pourquoi y a t’il plus de tueur en série « homme » que « femme » ?


Un homme suit une éducation plus stricte que la femme et ne doit pas laisser apparaitre ses émotions cela déclenche une frustration destructrice sur certains individus, surtout si ils sont très sensibles.

• Quel est votre film préféré ?


Memory of murder de Joon-Ho BONG, Le sixième sens de Mickael Mann et l’étrangleur de place Rillington. »

Nuit mère de Kurt Vonnegut Traduit par Gwilym Tonnerre, Gallmeister

“Je suis américain de naissance, nazi de réputation et apatride par inclination.” Ainsi s’ouvrent les confessions de Howard W. Campbell Jr. qui attend d’être jugé pour crimes de guerre dans une cellule de Jérusalem. Ce dramaturge exilé en Allemagne est connu pour avoir été le propagandiste de radio le plus zélé du régime nazi. Mais il clame aujourd’hui son innocence et prétend n’avoir été qu’un agent infiltré au service des Alliés. Il lui reste désormais peu de temps pour se disculper et sauver sa peau.

Gallmeister sous les feux de la rampe avec « le verger de marbre », mais il ne faut pas oublier les autres collections, Chez totem, on a du bon, Kurt Vonnegut écrivain de talent.

On revisite une partie de l’histoire d’un homme, auteur, et présentateur radio nazi pendant la guerre. Entre espionnage, et lucidité remarquable sur la guerre, et l’humain un récit à la première personne, une fiction d’une puissance incroyable. Des retournements de situation. Un homme seul face à ses souvenirs, à lui-même ses actes, qui avec beaucoup d’ironie, passe de ses souvenir à son présent. il y a une galerie de personnages qui l’accompagne tout au long du livre, qui  a eu seules rassemble toutes les tares de l’humain.

Œuvre de fiction, si réel, totalement anti guerre, où aurions-nous été pendant cette guerre ?

 

 

Les évadés du bocal de Bruno Lonchampt ou comment ne pas faire lire du « gnangnan » pour les ados.

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Ce que j’aime chez Sarbacane, c’est qu’on ne nous propose pas de surfer sur la mode des séries tv pour midinettes ou des derniers films à la mode pour faire lire les jeunes. On ne nous propose pas de personnages de gamine amoureuse, de rappeur désabusé et des gentils conflits avec papa maman qui ne veulent pas acheter un scooteur. Chez Sarbacane on ne prend pas les ados pour des gamins, et on n’oublie pas qu’en chaque adulte sommeille un ado (fin de la déclaration d’amour je vous remercie).

J’ai donc eu le plaisir de découvrir Les évadés du bocal avec un peu d’avance (sortie prévue le 7 septembre), et je n’ai une fois de plus pas été déçue.

« Ils sont trois à s’évader d’un hôpital psychiatrique. Trois « pieds nickelés » qui s’unissent pour contrer le complot mondial qu’ils sont certains d’avoir découverts. Evidemment, ils sont quand même bien allumés. Evidemment, ils sont gavés de médocs depuis des années. Evidemment, leur cavalcade n’est peut-être qu’une gigantesque farce loufoque. N’empêche : et s’ils avaient raison ?»

Il fallait oser créer un roman autour de trois évadés d’HP, chacun avec une pathologie bien costaud et un parcours à vous faire froid dans le dos. Il fallait réussir à en faire un roman drôle à chaque page, sans l’ombre d’une touche de pathétique, tout en décrivant extrêmement bien les pensées et le comportement d’une dépressive, d’un paranoïaque et d’un schizophrène. Il fallait un style rythmé, musical, pour rendre le tout vivant, renforcé par des jeux de typographies fabuleux.

Et Bruno l’a fait, c’est savoureux, pertinent, efficace et touchant, on se surprend à se demander à chaque page s’ils sont dans un délire collectif ou s’ils pourraient peut-être avoir raison ? D’un point de vue très personnel cela m’a mise face à une éternelle question à laquelle je ne sais pas répondre, comment démêler le vrai du faux dans les délires d’un malade psychiatrique ?

Perrine

 

Parmi les loups et les bandits d’Atticus Lishaux Éditions Buchet-Chastel

 

« Le bon coté…, c’était qu’elle l’avait rencontré et qu’ils pouvaient constituer leur propre armée, une unité de deux personnes qui mènerait ces combats difficiles que représentaient la guérison de Skinner et la régularisation de Zou Lei. »

New-York se relève de ses blessures du 11 septembre. La vie continue dans cette ville cosmopolite. On y fera toujours autant des rencontres improbables, c’est d’ailleurs de l’une d’elle dont il est question par ici. Un homme, une femme …Chabadabada …Chabadabada …. mais ne précipitons pas les choses … Laissez-moi vous les présenter.

Zoum arrière, sur le portrait de Zou Lei, clandestine chinoise, fraichement débarquée et qui vit de petits boulots. Elle se débrouille autant que faire se peut dans ce monde impitoyable des travailleurs sans papier.

Zoum avant, sur le portrait de Brad Skinner, GI, fraichement démobilisé, de retour d’Irak, meurtri, psychologiquement et physiquement.

« C’est comme ça. C’est pas pour ça que c’est juste. »

Ensemble, dans le Queens, ils vont s’entraider et peut-être bien s’aimer?

Sous la plume d’Atticus Lish, le rêve américain prends des allures de cauchemar. L’Amérique d’en bas est bien loin des paillettes de Broadway, on n’y donne pas le même show. Les sous-sols de l’Amérique regorgent de clandestins, de main d’œuvre sous-payée, d’anciens militaires lâchement délaissés par leur pays pour lequel ils se sont pourtant battus. Ils nous cachent ces scènes consternantes malgré leurs errances permanentes, et ne touchent bien sûr que quelques dollars pour leurs prestations.

« Vivre comme une Américaine, tu peux oublier c’est déjà bien d’être libre de ces mouvements… »

L’auteur nous décrit à merveille cette Amérique qui souffre. Il nous offre des personnages forts, des battants aux grands cœurs, mais aussi des êtres dangereux, au destin tout tracés qui, tel un ouragan, détruiront quelques vies au passage.

Parmi les loups et les bandits est une tragédie contemporaine, puissante, lyrique. Un roman magistral avec pour seul bémol quelques longueurs qui auraient  pu être réduites. Mais n’oublions pas que c’est un premier roman, alors pardonnons-lui ces entractes un peu longues. La représentation  peut continuer.

Lauréat de nombreux prix avec ce premier roman, dont le prestigieux PEN/FAULKNER AWARD, Atticus Lish, né aux États-Unis, est le fils du légendaire éditeur Gordon Lish. Après avoir abandonné ses études à Harvard, il s’essaya à divers petits  boulots, et servit même dans les Marines… Devenu plus tard traducteur de Mandarin, avant de se consacrer à l’écriture.

Pas étonnant que ce roman sonne vrai, l’auteur nous fait cadeau d’une belle part de lui-même.

Alors si comme moi, vous aimez l’Amérique, venez vous balader à New-York dans le Queens en compagnie de Zou et de Brad … et bien plus encore… je vous garantis un formidable spectacle.

The show Must go on …

C’est comme New-York, grand, magique, mystérieux, cosmopolite, ça brille et ça t’explose le cœur dans une atmosphère unique, une ambiance particulière.

I Love NEW-YORK, I love “Parmi les loups et les bandits”

Dans cette vie et la suivante ….

Merci aux Editions Buchet -Chastel pour cette formidable lecture .

Christelle

 

De Profundis d’Emmanuelle Pirotte aux Éditions Cherche Midi

 » Le monde continuait sa course. Même s’il était à bout de souffle. »


Une terrible Pandémie sévit sur terre. Ebola III immerge l’Europe vers l’abime. La fin du monde approche à grand pas.
 » La Maladie semblait trainer derrière elle toute une panoplie d’autres catastrophes : Le climat avait définitivement tourné au vinaigre, tempêtes, pluies diluviennes, raz de marée, canicules étaient au rendez-vous…C’est comme si Ebola avait donné le signal à la nature de laisser libre cours à sa vengeance aveugle. Le grand cortège de fléaux menait triomphalement sa farandole autour de la terre où le maintien de la vie tenait véritablement du miracle. »
Roxane, jeune femme tête brulée, téméraire, parfois irresponsable, survit et trafique pour s’en sortir en compagnie d’un jeune garçon qu’elle tente de protéger, jusqu’au jour où son passé la rattrape. De nouvelles responsabilités lui tombent dessus.
Le climat d’insécurité s’intensifie. Quitter Bruxelles devient obligatoire. Elle fuit avec ce qu’elle pense être un fardeau pour retrouver la campagne et une vieille maison familiale où d’autres surprises l’attendent…..
 » Il est des choix dont on ne se remet jamais; des voyages dont on ne revient pas . »
Voilà une quatrième de couv’ à ma façon, pas plus même moins d’indices, mis à part quelques extraits.
Je déteste spoiler, donc je ne peux vous en dire plus mais j’espère vous avoir accroché pour vous donner envie de découvrir ce livre hors norme. Un roman inclassable, dérangeant, entre dystopie et conte fantastique. Un récit post-apocalyptique plutôt troublant, avec une part de surnaturel assez fabuleuse qui réussira à implanter dans les cœurs blessés une dose d’amour assez surprenante.
Emmanuelle Pirotte nous embarque pour une plongée en enfer. Elle courtise la mort, en captivant son lecteur. Elle sème dans un monde en déroute un peu d’espoir, un peu d’amour, un peu de suspens, un peu de rêve même si tout n’est qu’une question de survie.
J’ai découvert sa plume un peu par hasard, au feeling. Ça se joue à peu de choses parfois le désir de lire tel ou tel roman. Pour celui-ci, le titre m’a intrigué, la couv’ m’a beaucoup plu et la 4 éme de couv’ a confirmé l’ envie.
L’écriture d’Emmanuelle m’a conquise, et je n’hésiterai pas à me diriger vers « Today we live » son premier roman, traduit en 10 langues. J’espère qu’il en sera de même pour vous.
N’hésitez pas, laissez-vous envouter par De Profundis, et rejoignez Roxanne dans son aventure étrange, périlleuse mais extraordinaire.
« Je n’ai pas peur de la mort; je préfèrerais simplement ne pas être là quand elle arrivera. » Woody Allen
Merci aux Éditions cherche midi pour cette belle lecture .

Christelle

« Yaak Valley Montana », Smith Henderson, Belfond août 2016, Traduction Nathalie Peronny

 » Pete comprit qu’aux yeux de Pearl, Satan avait fabriqué de toutes pièces le moindre vestige du passé. Il imagina son propre état d’esprit s’il entretenait de telles croyances, s’il voyait le diable en personne parcourir le monde tel un décorateur de théâtre, inscrivant des fictions dans le schiste, les veines de charbon et de calcaire. Tout cela pour décrédibiliser les faits historiques relatés par la Bible. Tout cela pour rafler les âmes perdues. Le jeu en valait sûrement la chandelle pour le diable. On pouvait presque se représenter la scène. Presque. On pouvait presque se convaincre qu’un livre était plus réel que la réalité, plus véridique et plus légitime que la Terre ferme et toutes les lois assommantes qui la gouvernaient. »

Yaak Valley Montana est l’une des grandes réussites  de cette rentrée littéraire. Le roman de Smith Henderson, épopée déchirante d’une Amérique profonde combattant ses vieux démons religieux et ultra-conservateurs, fait partie de ceux destinés à devenir des « classiques ».

Pete Snow est travailleur social dans le Montana. Son travail, véritable montagne de Sisyphe, consiste à s’assurer que les enfants mineurs bénéficient du minimum syndical pour un développement à peu près décent. Dans cette région pauvre où les caravanes représentent une habitation normale, les cas désespérés ne manquent pas. Pete ne baisse jamais les bras, sans toutefois perdre le sens des réalités. Son travail est une longue suite de concessions et d’arrangements. Avec les gens, avec la loi, avec lui même, avec l’alcool.

 

Pete est lui même un cas désespéré. Pour s’éloigner de sa femme dont il est en train de divorcer, il avait choisi de se terrer à Tenmile, petite ville nichée dans une vallée exploitée autrefois par les mineurs. A défaut de s’occuper de Rachel, sa fille, restée auprès de sa mère, il tente de sauver les enfants de la région.

 

A travers le regard de Pete, derrière lequel se cache Smith Henderson, lui même ancien éducateur spécialisé, le lecteur est confronté à tout ce que la pauvreté, l’alcool, la dope, la religion peuvent produire de pire au tout début des années 1980 aux Etats Unis.

 

La force du roman réside dans les multiples histoires menées de front par un narrateur omniscient et qui, parfois, s’adresse directement à son personnage: « Une gratitude inexplicable monte en toi. Le sol se dérobe sous tes jambes croisées en tailleur, mais ce n’est qu’une légère sensation de tournis. Tu as encaissé tant de choses ces derniers temps. Bien plus qu’il n’est supportable. »

 

Le jour où Pete rencontre Ben, un jeune garçon taiseux, mal nourri et presque sauvage, qu’il le suit à travers la forêt pour comprendre d’où il vient et ce qui l’a ramené dans cet état, il fera une rencontre décisive: Jeremiah Pearl. Il s’agit du père de l’enfant, un illuminé qui prêche la fin du monde en se fondant sur les théories du complot les plus hallucinées, en brandissant aussi une Bible et un fusil.

 

Il s’ensuit une cavale épique à travers les forêts du Montana lors de laquelle Pete doit trouver l’équilibre entre la loi et la morale.

Ajoutez à tout cela la fugue de sa propre fille, Rachel, qui finit par laisser derrière elle les frasques maternelles et part sillonner les Etats Unis aux gré des rencontres faites en chemin.

 

L’excellente maîtrise de tous ces fils narratifs qui s’entremêlent, la lutte acharnée de Pete pour rester du bon côté de la barrière, les personnages qui gravitent autour en étoffant le récit, font de Yaak Valley Montana un excellent roman qui assoit déjà son auteur parmi les meilleurs écrivains américains.

 

Un immanquable!