
Je vous laisse vous présenter ?
J’ai enseigné l’Histoire-Géographie dans le Secondaire, à Angers, pendant 36
ans. Il est évident que mes choix dans l’écriture des romans ont été influencés
par ma formation historique.
2. D’où est parti cette trame ? revanche ? envie de soulever la boite de pandore ?
Ce roman,comme les précédents, est pour moi une manière d’exorciser la vision
tragique que j’ai de l’Histoire.
Depuis que j’enseigne cette discipline, je suis intimement convaincu que
j’enseigne une Histoire inhumaine ( je reprends ici le titre d’un ouvrage collectif paru en 1992 et sous-titré :
« massacres et génocides des origines à nos jours » ).
La clé du roman, qui peut s’appliquer aux précédents, est donnée par la phrase
en exergue : « l’Histoire est un cauchemar dont j’essaie de me
réveiller ».Je sais que sur le charnier poussent de belles fleurs qui ont pour nom
littérature, poésie, musique, art et que nous avons deux solutions
existentielles. La première consiste à attendre le nirvana au bord de la
route.La seconde est de suivre Baudelaire quant il écrit qu’il faut s’enivrer
sans trêve,de vin, de poésie, de vertu, à sa guise. J’ai choisi la seconde
solution et maintenant que je n’exerce plus mon métier je peux me consacrer à
l’écriture et je m’enivre de cette façon, car pour moi le mot
« retraite » est banni de mon vocabulaire.J’ai choisi comme angle d’attaque pour mes romans ma certitude qu’il existe
deux Histoires : l’une est celle des manuels, l’autre beaucoup plus sulfureuse concerne l’action occulte des services secrets, qui souvent
n’est connue que des années, voire des décennies après les évènements, (et
souvent partiellement) et qui l’éclaire d’une manière crue. Prenons un exemple simple,celui de la Seconde Guerre mondiale. Pendant des
années (de 1945 à 1987), nous avons enseigné son histoire sans savoir que des
pans entiers étaient occultés. Il a fallu attendre la publication d’un ouvrage
majeur : La guerre secrète d’Anthony Cave Brown, pour découvrir que la
victoire des Alliés était due à de gigantesques et complexes opérations de
mystification, d’induction en erreur, de trahisons, de sacrifices. Pourquoi
cette occultation ? Parce que le 28 août 1945 un mémorandum du président Truman
empêchait quiconque d’avoir accès aux secrets de la guerre. En effet les moyens
ayant permis la victoire notamment les machines Enigma et Ultra pouvaient
servir à nouveau car une menace se profilait à l’horizon, celle d’un conflit
Est-Ouest.)
En ce qui concerne le roman ,j’ai voulu revenir sur des aspects occultés de
l’histoire de cette période. D’abord, concernant la France, l’épisode de
l’Occupation et de la mise en place par les nazis d’un marché noir à grande
échelle (bien connue aujourd’hui) et l’aventure de ce personnage, le juif
Szkolnikoff.Puis et surtout, la mise en place par le Vatican, avec l’aide des
services secrets occidentaux, des filières « Ratlines » permettant
l’exfiltration de milliers de criminels de guerre nazis.Cet épisode a été très
peu traité dans des ouvrages destinés au grand public et pourtant c’est une des
grandes ignominies du XXe siècle. A ma connaissance le seul ouvrage (dont je me
suis servi) est celui de John Loftus (il fut responsable du département chargé
de faire la chasse aux nazis) : « Des nazis au Vatican » ( je préfère le titre originel : Ratlines).
Après avoir lu le roman, j’espère que des lecteurs curieux approfondiront ces
aspects occultés de l’Histoire.
J’aime beaucoup votre image de la boite de Pandore.Il existe de nombreux points
obscurs dans l’histoire du XXe !
3. Prévoyez-vous une suite ?
Justement j’ai commencé l’écriture d’un roman qui se déroulera pendant la
guerre d’Algérie et dans ce domaine, les aspects mal connus sont légion. Je
préfère rester vague et ne pas déflorer le sujet pour l’instant. Dans ce roman
un seul personnage sera récurrent:Sombart, le maître de l’ombre, le deus ex
machina, déjà présent dans mon troisième roman : « L’ombre de
Némésis ».
4. Comme je l’ai dit plus haut, votre écriture m’a fait penser aux
romans d’espionnages des années 60/70 ; est-ce voulu ?Des auteurs à nous faire découvrir ?
J’avoue que je ne me pose pas cette question. Je ne suis pas un théoricien de
la langue. J’ai certainement été influencé par des auteurs (dans les années 60,
,je lisais effectivement Bruce, Kenny etc. J’ai découvert après 68 les grands
anciens : Chandler, Hammet, Léo Malet.
La grande découverte, qui fut déterminante pour le choix du type de romans que
je voulais écrire, fut Forsyth et son roman « Chacal ». J’ai tout
lu de lui. Il est l’exemple de ce que je veux faire en mêlant de manière
inextricable les personnages, évènements réels et fictifs. Je reste fidèle à la
sphère anglo-saxonne et mes préférences vont vers Ellroy, Connelly, et dans le
genre « espionnage », Littell, Grady… Une grande découverte avec un
roman qui m’a cloué au mur fut : »La griffe du chien » de Don Winslow.
Je ne lis pratiquement pas d’auteurs français, mis à part Dantec que j’apprécie
beaucoup. Ceci dit ,je suis un lecteur boulimique et je lis tous azimuts :
Histoire pour la préparation des romans, littérature classique (avec une
préférence pour les auteurs du XIXe), littérature russe, fantastique,
science-fiction (je suis un inconditionnel de S.King), philosophie (centrée sur
l’épicurisme, l’hédonisme).
En ce qui concerne les influences sur mon écriture,je pense que le cinéma a
joué un rôle important (là encore le domaine anglo-saxon est privilégié).
Votre remarque m’intéresse donc énormément et j’espère que des lecteurs
m’ouvriront de nouvelles perspectives
5. On a l’impression qu’on n’en finira jamais avec les nazis, qu’il reste
des pans d’histoire encore occultés, non ?
Sachant tout cela, on n’a jamais vu autant de force d’extrême-droite en Europe.
Vous en pensez quoi ?
Les nazis ont, certes, perdu la guerre, mais l’idéologie demeure ancrée dans un
certain nombre d’esprits. Il faut rester très vigilant.Il ne faut pas oublier
que le nazisme a été un épisode contemporain du pangermanisme et que ces idées
ne sont pas mortes. L’appréhension du phénomène dépasse de très loin les
explications classiques par le politique, l’économique, la psychologie. Il
existe une dimension fascinante du nazisme liée au rôle occulte des sociétés
secrètes dans son avènement, (notamment la fameuse société Thulé.) Négliger cet
aspect, c’est se priver d’une explication indispensable à la compréhension de
ce phénomène proprement démoniaque dans le monde rationnel du XXe siècle. La
lecture d’un ouvrage, parmi d’autres, comme celui de René Alleau « Hitler
et les sociétés secrètes » ouvre des perspectives vertigineuses.
Non,la « Bête » n’est pas morte ! Le combat contre le Mal est éternel !
Remarquez bien que je ne tiens pas à être catalogué (c’est une manie bien
française) marxiste. Pour moi, nazisme et communisme sont deux faces d’un même
mal, le mal totalitaire. Je pense régler aussi dans l’avenir des comptes avec
l’idéologie mortifère qu’est le communisme. Là encore il y a des pans de
l’Histoire occultés !
La montée des extrêmes-droites en Europe aujourd’hui est inquiétante, j’y vois
plutôt un repli nationaliste avec la crise économique, mais vous savez bien que
les peuples ont la mémoire courte !
6. Plus léger, votre avenir livresque ?
Ecrire, écrire, encore et toujours ! Je resterai dans le même domaine. J’ai des
idées que je veux exploiter. J’aimerais par exemple revenir sur la Seconde
Guerre mondiale car il existe des aspects méconnus, voire occultés, ayant trait
à la Résistance, au rôle du parti communiste en France,
à la prise du pouvoir par Pétain, aux actions des services gaullistes (BCRA) et
alliés (SOE)… Avant, je dois terminer celui consacré à la guerre d’Algérie.
un grand merci Monsieur et à virginie aussi, très belle entretetien