Entretien avec Tim Willocks (VF)

Voilà enfin l’interview de Tim Willocks, je remercie encore une fois Nathalie Beunat de Syros pour m’avoir permis de le rencontrer à Lyon. Les trois ou quatre premières questions sont la retranscription de l’enregistrement du fichier qui ne bug pas… Le reste de l’entretien a été fait par mail, et je dis un grand merci à Tim Willocks pour son temps et ses réponses.

Sans oublier (c’est le boss qui parle) la fabuleuse et belle Olivia Castillon, sans qui rien ne se serait passé. Olivia soyez bénie!!!

Les questions sont de moi et du Boss…

Enjoy !

 

Après « Bad city blues », « Bloodstained kings » (Les rois écarlates), « Green River rising » (Green River), comment vous est venue l’envie de vous aventurer dans le roman historique avec « La Religion » ?

Pourquoi et comment avez-vous choisi cet épisode de l’histoire de Malte ? Qu’est-ce qui vous attiré plus qu’un autre événement du XVIème siècle ?

 

En partie parce que je voulais écrire un roman européen plutôt qu’un roman américain. Le siège de Malte dont j’avais entendu parlé était particulièrement intéressant car il représente une collision, une rencontre entre plusieurs nationalités et religions. Les chevaliers de Malte étaient vraiment intéressants parce qu’ils sont en quelque sorte la première union de différents peuples d’Europe, ils venaient d’Angleterre, de Pologne, de France, d’Allemagne. Cela m’intéressait vraiment beaucoup. Prendre le siège comme décor m’a aussi permis d’écrire sur la guerre et de céder à mon amour de l’extrême violence.

En partie à cause de la violence et aussi parce que le XVIème siècle est une époque fascinante et troublée. En quelque sorte l’époque était très libre, même si ça peut paraître étrange, c’était une époque libre d’un point de vue social et intellectuel. Les structures de l’Etat étaient peu développées. Nous assistons à une explosion de pensées, de créativité, dans la science, les arts, la musique. En un certain sens, on peut dire que les Chevaliers de Malte eux-mêmes sont une sorte d’anachronisme. Ils combattaient encore dans une guerre de religion que tout le monde avait abandonnée. Ils se battaient toujours dans une croisade. Donc le XVIème siècle est un siècle très intéressant à tous les points de vues, politiques et philosophiques. C’est un monde riche, il y a beaucoup d’interconnexions de peuples et d’influences culturelles. Tout ça m’intéressait vraiment. J’ai grandi à une époque où le propos de la littérature et des films, même de la musique, était d’explorer les extrêmes. J’ai toujours admiré les réalisateurs Stanley Kubrick, Sam Peckinpah, Pasolini.

Votre écriture est justement très visuelle, cinématographique.

Oui. Les descriptions visuelles du monde ont précédé l’invention de la photographie. Les grands romanciers du XIXème siècle, surtout les romanciers français, Hugo, Dumas, Balzac sont des romanciers incroyablement visuels. Vous ressentez le Paris de Balzac comme un monde visuel autant qu’un monde émotionnel et social. Le roman était là avant le cinéma. Ces deux traditions sont présentes dans mon écriture.

Comment vous êtes-vous documenté, comment avez-vous effectué vos recherches pour écrire « La Religion » ? Avez-vous passé beaucoup de temps à vous documenter avant de commencer à écrire ?

Hum… Plusieurs années ! Je ne sais plus combien exactement. Ce n’était pas avant internet, mais c’était avant qu’internet soit aussi développé qu’aujourd’hui. Il y avait très peu de bibliothèques en ligne, c’était les connexions téléphoniques. Donc j’ai fait la plupart de mes recherches pour La Religion à l’ancienne, je suis allé dans les bibliothèques. Je suis allé dans les musées, je suis allé à Malte, et à Istanbul. Une bibliothèque à Londres, St John. J’ai passé quelques temps en Sicile. Et j’ai écouté beaucoup de musique, j’ai regardé beaucoup de tableaux, car dans un sens les documents écrits sont faciles à trouver. Le plus grand défi était de tenter de capturer les émotions et l’atmosphère de ce monde. Pour moi le meilleur moyen de le faire a été à travers la musique et les tableaux.

Vous ressentez plus de choses de cette façon ?

Oui. Je pense qu’on ressent plus l’essence émotionnelle et psychique de l’époque. Parce que l’Histoire est relativement « sèche » en un sens. Vous avez des informations mais c’est difficile de trouver les sentiments, le cœur de l’époque. Les artistes injectent inconsciemment le ressenti de l’époque dans leur travail. Ainsi, l’architecture et la peinture, la musique, tout ça m’a donné la sensation de cette époque. Il y avait une sorte de magie dans ce monde, ils voyaient la vie avec plus de spiritualité, pas dans un sens strictement religieux. Le monde était plus mystérieux.

Qu’est-ce que vous entendez exactement par « roman européen », quelle serait votre définition ?

Au-delà du lieu, un roman européen aborde les personnages, les thèmes, la politique, les émotions avec une plus grande tolérance à propos de l’ambiguité et du réalisme, du moins à mon avis. La manière de voir européenne n’est pas aussi fortement attachée aux simples idées du bien et du mal. Je pense que cela trouve ses racines dans les ambiguités morales et politiques – souvent terrifiantes – de notre histoire commune.

Vous m’aviez dit que pour vous l’écriture et la lecture étaient la même chose d’un point de vue de la créativité et de l’imagination, vous pouvez en dire un peu plus ?

L’écrivain et le lecteur doivent construire un monde imaginaire grâce au pouvoir de leur propre imagination. L’écrivain donne des indices, des marques noires sur une feuille blanche, et le lecteur transforme l’encre en paysages, visages, sons, sang et tonnerre. Le roman ne vient pas complètement au monde sur les pages, seulement dans l’esprit du lecteur. C’est un peu comme la musique d’un compositeur, elle n’existe pas complètement jusqu’à ce qu’elle soit jouée. Le lecteur est l’orchestre. C’est un partenariat. Chaque lecteur lis – créé – un livre unique, différent qu’il est le seul à avoir lu. J’adore ça.

Le livre est paru en français en 2009, je l’ai lu tout de suite, et je dois avouer que je me souviens encore aujourd’hui de certaines scènes, (pas simplement les scènes de batailles qui sont incroyables, mais aussi les scènes entre Tannhauser et Amparo ou la comtesse, ou les descriptions de Malte, ou encore l’épisode des chiens errants,etc…). Quel est votre secret pour écrire de cette façon si saisissante, pour atteindre cette puissance d’évocation ?

Je m’efforce toujours d’entrer dans la chair même des personnages. C’est plus important que d’être dans leur esprit, ou peut-être est-ce plus juste de dire que c’est le meilleur moyen d’être dans leur esprit. Je veux créer une expérience, pas un divertissement. Je veux être plongé dans le monde des personnages, alors je suis leurs expériences sensorielles le plus possible. Chaque personne ou personnage perçoit le monde d’une façon légèrement ou même radicalement différente ; différents aspects de la réalité sont plus importants à leurs yeux que d’autres, chaque personnage (comme dans la vie) possède son propre et unique ordre de priorités sensorielles. Ils ressentent le monde. Dans ce sens on peut dire qu’ils ne sont pas « cartésiens » ; mais en fait, je pense que personne ne l’est réellement.

Vous m’avez dit que Amparo est apparue de nulle part ?

Dans toutes mes préparations pour « La Religion » je n’avais aucune idée que ce personnage pourrait exister. Quand j’ai commencé à décrire le personnage de Carla, j’ai réalisé qu’une femme de sa condition ne pourrait pas entreprendre une telle épopée sans une compagne, peut-être une femme de chambre ou une domestique. A ce moment-là je ne pouvais pas lui donner une simple « domestique », la compagne devait être spéciale, leur relation devait être spéciale, quelque chose de plus profond, c’est ainsi que Amparo est devenue la personne la plus importante dans la vie de Carla. Elle est également devenue, pour moi, l’âme et le cœur secret du roman tout entier parce que sa vision de la vie et du monde transcende toute la folie à l’oeuvre autour d’elle. Donc, en ayant absolument aucun rôle, elle est devenue le personnage que j’aime probablement le plus.

Est-ce que vous saviez dès le départ que les aventures de Mattias Tannhauser seraient une trilogie, ou est-ce que c’est venu au fur et à mesure de l’écriture de « La Religion » ? Si oui, avez-vous déjà planifié toute la vie de Tannhauser ? Je voulais en savoir plus sur lui dès les toutes premières pages, dès qu’on le découvre au milieu des Monts Faragas, dans la forge de son père, comment avez-vous réussi ça ?

Je n’avais pas prévu une trilogie au départ, c’est seulement après avoir fini le livre, quand j’ai senti que Tannhauser (et en particulier sa relation avec Carla) était une création trop fascinante pour l’abandonner. Il avait beaucoup trop d’autres possibilités à explorer, trop de défis à relever. Je me suis rendu compte que son histoire profonde était celle d’un homme inconsciemment à la recherche d’une famille, la famille qu’il a perdue étant enfant. A cet instant il est devenu, ou il a appris à l’être, un loup solitaire, et cela donne une certaine tension à sa vie. Cette recherche et cette tension continuent dans le prochain livre « The Twelve Children of Paris ». Je ne sais pas encore ce qui se passera dans le troisième roman.

J’aime beaucoup la couverture originale de « La Religion », est-ce que vous l’aviez choisi ?

J’ai apporté l’idée de départ, l’épée et les roses rouges et blanches, et l’artiste chez Jonathan Cape (l’éditeur anglais) était très excité par cette idée.

Vous êtes psychiatre, ceinture noire de Shotokan Karaté, comment en êtes-vous arrivé à écrire des romans noirs ?

J’écrivais des pulp fictions quand j’étais enfant, entre 10 et 15 ans, bien avant d’être un psychiatre ou ceinture noire, alors écrire des romans est juste un retour à ce que j’aime le plus.

Quels sont les auteurs qui vous ont le plus influencés ?

Quand j’étais petit, ce qui est probablement le plus important : Sven Hassel, Richard Stark, Alastair Maclean, Alexandre Dumas, Charles Dickens. Adulte : Albert Camus, John Steinbeck, James Ellroy, et par dessus-tout Shakespeare.

Est-ce que vous pouvez nous parler un peu plus de Shakespeare et son influence?

Shakespeare est le seul et unique écrivain à avoir de si grosses couilles qu’il me donne l’impression que les miennes sont petites. Sans fioritures du début à la fin. Noirceur totale, perte totale, tragédie totale, mort totale. Il n’épargne rien à ses personnages, en aucune manière, il leur fait vivre le plus long voyage qu’aucun autre écrivain.

Par exemple, Macbeth débute avec le plus noble chevalier du royaume, c’est Galahad. A la fin de la pièce, c’est Pol Pot. Le Roi Lear commence avec l’homme le plus puissant du monde, à la fin il est devenu un mendiant en haillons, fou, toutes les personnes qu’il a jamais aimées sont mortes. Titus Andronicus débute avec le plus grand général de Rome, et termine avec 20 ou 21 fils morts, le meurtre de sa propre fille (« Meurs ! »), et il sert à sa mère ses deux fils dans un gâteau. Othello est l’homme parfait… jusqu’à ce qu’il étrangle sa femme par folie et jalousie. Hamlet est au départ un adolescent troublé, immature, à moitié fou, fini par devenir un homme sage mais est tué à cet exact moment. Même Roméo et Juliette, deux tendres adolescents, ne s’en sortent pas vivants. Etc, etc…

Il a également créé les premiers « all-time-great-killing-machine motherfuckers » : Macbeth, Titus, Coriolanus. Et ce ne sont que ses tragédies. Je ne vais même pas parler de ses comédies ou de ses pièces historiques.

J’aime aussi l’incroyable audace de ses intrigues. Il n’avait peur de rien, peu importe si c’est absurde. Richard III est une histoire sans queue ni tête d’une douzaine de façons différentes, mais il s’en fichait complètement : et ça fonctionne brillamment. Il n’était pas enchaîné par les notions modernes de motivation et de vraisemblance ; tout ce qu’il intéressait c’est la vérité, l’action, l’âme humaine, et spécialement dans ce qu’elle a de plus sombre. Son public avait ce qu’il faut pour encaisser ces vérités, alors que nous ressemblons à des moutons tremblants à l’intérieur de clôtures faites de mensonges réconfortants.

Malheureusement je n’ai jamais vu de mise en scène de Shakespeare au théâtre capable de saisir ne serait-ce qu’un début de son réel génie ou de sa puissance. Son oeuvre a été détournée par la haute société, et a été tordue à leurs profits. Ils n’osent pas voir ce qu’il a réellement écrit parce qu’il n’y a pas de place dans son monde pour de telles personnes, excepté dans les rôles les plus faibles, les plus méprisables. Je déteste ces « fuckers » pour ce qu’ils ont fait à l’oeuvre de Shakespeare.

Donc j’ai essayé d’aller aussi loin que Shakespeare, mais à certains niveaux je n’ai pas assez de couilles parce que j’ai peur de perdre le peu de public que j’ai, et parce que mes éditeurs américains ont déjà peur de ce que j’écris.

Vous sentez-vous proche de certains écrivains, contemporains ou non ?

Plus que d’aucun romancier, je me sens proche des réalisateurs Sergio Leone, Sam Peckinpah et Stanley Kubrick. Ils ont un énorme impact sur ma façon de raconter des histoires.

Y a-t-il des auteurs que vous avez envie de nous conseiller ?

Ce qui importe c’est de trouver des écrivains ou des artistes que vous aimez. C’est l’amour qui compte, pas le contenu du travail. Donc je vous conseille de tomber amoureux et de laisser vos amours être vos guides.

Ou des personnes dont vous aimeriez parler (médecine ou d’autres domaines) ?

Je vous recommande d’écouter les discours de Malcolm X.

Comment et pourquoi avez-vous écrit ce roman « Doglands » ?

« Doglands » a été inspiré par mon chien, Feargal, qui est un incroyable survivant et sait comment être vivant. Pendant une période « d’angoisse de la page blanche ». Je l’ai écrit pour me libérer, pour retrouver mon mojo. C’est venu librement, comme un rêve, et je l’ai fini en exactement 42 jours. Il a fallu très peu de corrections. J’ai juste suivi le héros le long de « la voie sauvage et hasardeuse » (en français) il m’a emmené tout au long du chemin.

The Boss vient de finir « Doglands », il dit : au-delà d’une merveilleuse histoire, il y a une putain de charge contre les débiles, nous pauvres humains, je ne crois plus en nous, et vous ?

Nous sommes certainement notre pire ennemi, plus que jamais. La perplexité des chiens dans l’histoire devant notre folie est le reflet de ma perplexité. Ce monde devrait être un jardin d’Eden, mais nous le transformons en Enfer. La question centrale que j’aimerais que le livre soulève est celle-ci : Nos maitres tout autour du globe nous traitent comme des chiens qu’on fouette ; ils nous méprisent, nous volent, nous exploitent et nous humilient. Pourtant nous retournons leur lécher les mains. Pourquoi ? Quand allons-nous commencer à utiliser nos dents ? Ou est-ce que nos dents sont brisées pour toujours ?

Je viens aussi aussi de terminer « Doglands », c’est vraiment un grand livre, c’est fou : vous étiez bloqué dans l’écriture de « Twelve Children of Paris », vous aviez besoin de vous libérer en quelque sorte, et vous avez écrit un roman sur la liberté. Le sujet du roman et les effets sur vous, sur votre travail sont en adéquation. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Ecrire « Doglands » m’a aidé à me libérer des voix des « maitres » dans ma tête, à savoir les éditeurs américains qui m’ont systématiquement pousser à castrer mon propre travail dans le but de toucher un plus grand public. Je me suis rendu compte que je préférerais ne pas écrire du tout plutôt que de poser un rasoir sur mes propres couilles. J’adorerais un plus grand public, comme n’importe quel artiste, mais pas à ce prix. Ce n’était pas un effort conscient, mais c’est vrai que ce dilemme est aussi directement reflété dans « Doglands ».

J’ai lu que vous pensiez à une suite, c’est vrai ? Est-ce qu’on va en apprendre un peu plus sur le Savoir des Chiens, ou sur Sloann ?

Oui, Furgul va rencontrer Sloann, que j’imagine comme un croisement entre Tony Montana et Grendel, avec peut-être une touche de Mao dedans. Et il apprendra plus des sombres – et même apocalyptiques – secrets du Savoir des Chiens.

Est-ce que vous pouvez nous parler un peu de « The Twelve children of Paris », pourquoi avoir choisi cet épisode de l’histoire de France ? Et pourquoi ce titre ?

« The Twelve Children of Paris » se déroule pendant 36 heures couvrant le prélude et le premier jour du Massacre de la Saint-Barthélémy. C’est la description du genre d’enfer créé par l’homme que nous continuons de créer encore aujourd’hui, meurtres de masse, le déchaînement de rage réprimée, l’usage de cette rage par les élites au pouvoir pour leur propre et étriqué bénéfice politique. Pendant l’écriture, c’était étrange de voir dans  la « guerre » en Lybie beaucoup de reflets des mêmes problèmes. Le massacre de Paris était particulier, mais sa portée est universelle, et semble-t-il, éternelle.

J’avais le titre bien avant que j’ai l’histoire, c’était purement instinctif. En plusieurs occasions je l’ai maudit parce que je ne savais pas qui étaient ces 12, c’est beaucoup de personnages à créer et à lier ensemble. « Pourquoi pas six enfants? » je me demandais. « Pourquoi ne pas changer le titre ? ». Mais je suis resté fidèle au titre, presque par superstition, c’est comme s’il y avait une sorte de magie dedans, et au final je pense que ça a payé d’une spectaculaire et déchirante façon.

Peut-on espérer une parution en anglais cette année ou l’année prochaine ?

Il devrait être publié au Royaume-Uni le printemps prochain.

PS : J’ai écouté votre interview pour l’émission Cercle Polar, vous avez cité Foucault, « Surveiller et punir », si vous lisez en français, je vous conseille « La zone du dehors » de Alain Damasio, un incroyable roman de SF inspiré aussi de Foucault et de Jeremy Bentham. L’histoire se déroule en 2084, une dystopie dénonçant les sociétés de contrôle dans lequel on suit les actions d’un mouvement de résistance appelé La Volte.

Ca a l’air excellent, merci du conseil.

Du Boss : En France nous avons du retard en psychiatrie ? Que pensez-vous de la maladie bipolaire ?

Je ne connais pas assez la psychiatrie en France pour faire un quelconque commentaire dessus. Je répondrais plutôt en retard par rapport à qui ? La psychiatrie aux Etats-Unis est passée de mauvaise à pire encore, je peux vous dire ça. Et dans chaque nation nous investissons une misérable part de nos vastes ressources pour traiter les maladies mentales. Je sais aussi qu’en France, comme partout ailleurs, une large part de la population en prison souffre de réelles et graves maladies mentales, et ne devrait pas se trouver là. Mais il y a toujours plus de votes pour « loi et ordre » que dans la prise en charge des personnes en souffrance.

Le syndrome bipolaire est un sujet plutôt vaste et complexe à traiter dans ce contexte. Je ferais juste une suggestion afin de regarder différemment la « polarité » en question, qui est de regarder ces « opposés » non comme se trouvant à chaque extrémité d’une ligne droite, mais comme des points sur un cercle tellement éloignés qu’au final ils sont presque l’un à coté de l’autre. En d’autres termes, pour utiliser une analogie géographique, si vous vous dirigez vers l’Est en partant du Pont Notre Dame et continuez jusqu’à atteindre le Pont Au Change, vous avez fait un très long voyage, tout autour du monde, mais si vous partez vers l’Ouest, les deux ponts ne sont qu’à quelques centaines de mètres. La vérité c’est que même si on aime tant se persuader du contraire, nos idées sur ce qui se passe dans nos têtes sont extrêmement primitives. Ce qu’est en grande partie la psychiatrie ressemble à taper avec un bout de bois sur le capot d’une voiture quand le moteur a des ratés, dans l’espoir qu’il va redémarrer.

Pensez-vous revenir vers le roman noir ? Peut-être de nouveau avec Cicero Grimes ?

Je ne peux rien promettre, et je ne peux pas prévoir à si long terme. Mais Grimes et Jefferson sont toujours là dehors, quelque part, et j’adorerais savoir ce qu’ils sont en train de faire.

Pour finir, dernière question du Boss : la France, on l’aime ou on la quitte a dit notre président, vous, l’aimez-vous ?

Ca me rappelle la chanson de Merle Haggard « Fightin’ side of me » :

« If you don’t love it, leave it:

Let this song I’m singin’ be a warnin’.

If you’re runnin’ down my country, man,

You’re walkin’ on the fightin’ side of me. »

Nicolas Sarkozy est peut-être un fan de country.

J’aime la France. Beaucoup de pays disent être le plus beau pays du monde, mais la France a de bonnes raisons de le dire.

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