mai 31

bloqué à la maison, ma femme a du retard !!
donc si vous sentez un vent, un alizée, ce sera seulement, un mec ou un femme qui vous pete a la gueule….
so long
2 eme rdv ratée chez lucioles
loupé le cowboy de gallmeister
et ellory et mlle Dauzier ce jour
soit,
renaud junillon nou fera un compte rendu
so long

mai 31

Résumé :

A Londres, un assassin hante les rues, réveillant la légende de Jack l’Eventreur. Malgré l’omniprésence des caméras, le tueur est indétectable.

Aurora, arrivée depuis peu sur son campus, se rend compte qu’elle est la seule capable d’apercevoir son ombre.

Accompagnée d’un mystérieux jeune homme, elle plonge au plus profond des brumes de la cité pour arrêter le meurtrier avant qu’il ne récidive. A moins que son don ne fasse d’elle la prochaine victime…

 

Mon avis :

Je rejoins les rangs des nouveaux fans : les Ombres de la ville entament véritablement de très belle façon la saga Hantée. Contrairement à certaines « histoires de fantômes » (et il faut avouer que cette appellation est bien trop réductrice pour ce livre), le roman de Maureen Johnson met en scène des personnages qui n’ont rien d’illuminés, et ne fait pas des fantômes des « bêtes de foire », à la Casper, aux pouvoirs extraordinaires ou aux facultés effrayantes. Finalement, tout cela, mis à part les fantômes sur lesquels je n’ai pas d’avis puisque je n’en ai jamais rencontrés, est réaliste.

Et cela est très probablement du à l’accent mis par l’auteure sur l’enquête : bien plus que les fantômes, c’est elle qui fait tout l’intérêt du livre et lui donne ce petit quelque chose en plus. Axée autour de la légende de Jack l’Eventreur, figure ô combien attachée à la ville de Londres où la jeune fille commence une nouvelle vie, elle est traitée comme elle aurait pu l’être dans un thriller, avec ses indices, ses fausses pistes, ses enquêteurs, ses suspects, son suspens et autres rebondissements. Pas de mièvrerie, pas de romance bas de gamme, pas de lieux communs : c’est en quelque sorte un thriller paranormal, extrêmement bien mené et rythmé par les meurtres de l’Eventreur contemporain, où interviennent des fantômes. Le compte à rebours est impitoyable, les assassinats aussi.

Impossible enfin de ne pas dire quelques mots sur Londres, dont l’auteure nous brosse un superbe tableau, qui incarne quasiment un personnage : une ville où la brume assourdit les bruits et estompe les réalités, laissant la place à « autre chose », se faisant complice.

On ne tombe donc pas, n’en déplaise à ceux qui s’arrêtent à la couv, dans le girly : s’il y a romance, elle n’est pas centrale ; si Rory, notre jeune hantée, est une jeune fille, ses compagnons sont des jeunes gens (ce qui permet d’élargir le lectorat) aux rôles au moins aussi importants.

L’auteure, grâce à cette légende de Jack L’Eventreur, centrale dans l’intrigue, a réussi à mettre en place une atmosphère très particulière, inquiétante, et installe un suspens lancinant. Pari réussi donc pour ce premier tome, qui se démarque tout à fait du genre par la richesse de sa trame et sa qualité d’écriture.

J’attends donc la suite, prévue a priori pour début 2013. Merci Amandine !

mai 31

 

J’avais presque oublié Systar et son superbe blog que je consultais régulièrement à une époque, mais la lecture de sa postface dans « Aucun souvenir assez solide » d’Alain Damasio me l’a rappelé avec fracas. J’ai eu envie de lui poser quelques questions, d’en savoir un peu plus sur lui, et de le faire découvrir aux lecteurs de Unwalkers.

(D’autant plus que ça me permet de rappeler la rencontre avec Alain Damasio à ne pas manquer, le vendredi 8 juin à 18h00, à la librairie Compagnie à Paris, rencontre durant laquelle nous aurons le plaisir d’assister à une discussion Damasio / Systar.)

Place à l’entretien et encore un grand merci à Systar !

 

 

Est-ce que vous pouvez vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas encore ? Votre parcours, votre blog…

 

 

J’ai 26 ans, j’ai fait des études de lettres et de philosophie à Paris de 2002 à 2008, années au terme desquelles je suis devenu professeur de philosophie en lycée. Pendant la prépa, j’avais laissé de côté d’anciennes amours pour la science-fiction, auxquelles j’ai pu revenir en 2005, notamment par la découverte des romans de Maurice G. Dantec, achetés un peu par hasard en librairie, parce que les 4èmes de couverture de Babylon Babies et de Villa Vortex m’avaient attiré.

A ce moment-là, il y avait sur internet un certain nombre de gens cultivés qui avaient eu une bonne idée: utiliser le format et les possibilités du blog, initialement conçu pour favoriser la production de « journaux extimes » chez les adolescents, afin d’en faire un site internet à vocation littéraire, accessible et interactif. Pour me lancer, j’ai choisi la plate-forme Hautetfort en voyant ce que réussissaient à y faire, dans ce genre-là, Stalker, et bien sûr Transhumain, mais aussi quelques autres.

Comme j’avais de nombreux centres d’intérêt – la littérature « blanche », la science-fiction, mais aussi la philosophie, notamment la philosophie de la religion, et le basket-ball – et l’envie d’écrire sur tout cela à la fois, j’ai fait « Systar ». Systar est une contraction de « system » et « star », les deux concepts capitaux d’un des livres de philosophie qui m’ont le plus marqué: L’Etoile de la rédemption, de Franz Rosenzweig.

J’ai publié sur ce blog pendant quelques années, tant que j’ai eu l’impression d’avoir des choses à dire, en suivant un principe implicite: « aussitôt lu/pensé, aussitôt commenté/écrit, et publié ». A la faveur des rencontres qu’a rendues possibles ce blog, il m’est arrivé par la suite de collaborer à différents sites (Surlering, ActuSF, Actu-philosophia).

 

 

Est-ce que vous pouvez nous parler de votre rencontre avec l’oeuvre d’Alain Damasio ? Vous l’avez découvert avec « La Zone du Dehors » ou avec « La Horde du Contrevent » ?

 

 

J’ai découvert l’oeuvre d’Alain Damasio par La Horde du Contrevent, via un article de présentation qu’avait fait Olivier Noël. C’est un livre que je n’ai pas lu immédiatement: je l’avais emmené à la plage, une année, mais il soufflait tellement de mistral que j’avais été découragé de le lire cet été-là. J’avais rapporté l’exemplaire à la bibliothèque où je l’avais emprunté, gorgé de sable. Une lecture de La Horde rendue impossible par le vent lui-même, donc…

La véritable découverte s’est faite à Paris, vers 2006-2007. Je me rappelle d’intenses joies de lecture, éprouvées avant même toute velléité d’analyse philosophique ou stylistique, et de la puissance qui se dégageait de l’ensemble. Il a d’emblée fait partie d’un petit groupe de romans « monstrueux » que je constitue peu à peu dans ma bibliothèque, avec Villa Vortex de Dantec et La fosse de Babel d’Abellio, lus peu de temps auparavant.

 

 

Que diriez-vous à quelqu’un qui n’a pas encore lu « La Horde du Contrevent » ou « La Zone du dehors » ?

 

 

« C’est de la SF bien écrite. » ;-)

Sans doute aussi ce que j’ai déjà dit un certain nombre de fois en faisant découvrir la prose d’Alain Damasio à mes ami(e)s: La Horde du Contrevent est un livre qui a façonné une partie de ma vie, et qui m’a obligé à penser différemment. Je m’explique, afin ne pas paraître inutilement grandiloquent: cela n’a pas déterminé les événements concrets qui ont eu lieu ces dernières années, mais cela a donné à ceux-ci, et notamment à mes grandes amitiés (avec Transhumain et Shalmaneser, surtout), une sorte de patine, de liant supplémentaire, de couche de sens inédite.

Ma façon de penser a été influencée par ce livre, également: mon point de départ (et d’arrivée…), philosophiquement, est l’individu. Même si je n’ignore pas la vigueur des critiques, qu’elles soient métaphysiques, éthiques ou politiques, adressées à l’individualisme, je ne sais pas trop quoi faire (à part me méfier…), à titre personnel, d’un discours ou d’un livre qui ne ferait pas de place à l’individu, à sa consistance, à son identité, à sa valeur politique et morale. Si Alain m’a apporté quelque chose, c’est sans doute une re-dynamisation, ou une remise en vibration, de cette instance de l’individu: avancer peupler de tous les siens, trouver dans le sentiment du lien organique de quoi survivre à tous les effondrements possibles, trouver dans l’immanence d’une relation amicale, fraternelle, aimante, des ressources de sens et de courage, ce sont des choses que La Horde a activées en moi d’une manière inédite. Des pensées de la relation, du mouvement, il y en a depuis qu’il y a de la pensée tout court, sans doute. Mais dans La Horde, cette pensée-là vibre d’une manière bouleversante et bien particulière.

Pour La Zone du Dehors, qui est un livre beaucoup plus « démonstratif », je crois que je mettrais en avant la dimension antitotalitaire du livre (pour retrouver, du même coup, mon concept d’individu, ce grand absent des idéologies totalitaires…). Par là, je veux dire que la dénonciation des politiques totalitaires, outre sa salubrité immédiate évidente, permet toujours, en creux, de redécouvrir une pensée de l’humain, de la vie véritablement digne, de l’aptitude à tenir debout: c’est donc une manière à part entière de réfléchir, de philosopher, au moins autant qu’un acte militant. On y retrouve nécessairement une défense de la langue, comme garante de la richesse du monde vécu et de la liberté, un plaidoyer pour le singulier, et des techniques efficaces pour détecter et rejeter les formes de pouvoir mortifères et la servitude volontaire. Et dans la Zone s’ ajoutent, à ces vertus bien connues du roman antitotalitaire, quelques images persistantes, ne seraient-ce que ces fameux tigres pourpres, que je crois très riches de sens, et annonciateurs de beaucoup de moments « félins » dans les textes ultérieurs d’Alain Damasio.

 

 

Vos articles sur « La Horde du Contrevent » et « So phare away » sont impressionnants, je me souviens les avoir lus à l’époque, et je me souviens avoir été fasciné par la richesse de l’analyse. Je pense que vos articles et ceux du Transhumain sont les plus poussés en ce qui concerne le style et les références d’Alain Damasio. Je vais vous poser une question que je pourrais aussi poser au Transhumain : combien de temps mettez-vous pour écrire de tels articles ? Comment travaillez-vous ?

 

 

« Les plus poussés », je ne sais pas. Il y a eu énormément de choses écrites, sur et à Alain, à propos de ses livres, des interprétations très personnelles, des discussions philosophiques de très haut niveau… Simplement elles n’ont pas été diffusées. Ce que m’a révélé l’expérience du blog, c’est qu’il faut oser écrire et publier, s’entraîner. Peu importe que la pensée ne soit pas parfaite, qu’elle soit discutable (je ne suis pas certain, si je relisais tous mes articles de blog, que je les assumerais tous, sauf à les remanier de fond en comble); l’essentiel est de tenter, en cherchant toujours à dire quelque chose de vrai. A l’usage, on se découvre un petit public d’habitués, content de venir butiner dans nos articles pour faire son propre miel, et les auteurs sont parfois d’autant plus motivés à produire des récits de haute tenue qu’ils voient, par le biais de ces articles, qu’ils ont des chances d’être lus précisément, et de trouver des interlocuteurs enthousiastes et de bonne foi.

Il est vrai, ensuite, qu’en l’espace de deux ou trois années, il y a eu, pour moi-même, pour Olivier (Transhumain) et quelques autres complices, une sorte d’envie collective d’aller y voir de très près dans les romans que nous aimions, et de les commenter en ne nous interdisant absolument aucun emprunt pour élaborer nos grilles d’interprétation: philo, théologie, psychanalyse, tout était mobilisable pour parler de littérature.

Par exemple, dans les articles que vous citez, c’était pour moi une évidence d’établir un passage permanent entre le style (les techniques littéraires liées au son, aux rythmes, à la syntaxe, le choix des images…) et l’ontologie (la théorie de ce qui est, l’enquête sur la nature de ce qui est) que semble suggérer le récit. L’idée forte, c’était de suggérer que lorsqu’un roman d’imaginaire est riche, on n’est plus dans le simple divertissement, on est directement soudé au réel lui-même et invité à le penser; qu’écrire par métaphores, c’est faire quelque chose au réel lui-même (le révéler, l’enrichir, le déformer, le construire, comme on voudra).

Cela donne ces articles écrits souvent assez vite (celui sur le style dans La Horde est une version un peu étoffée d’un simple post que j’avais fait sur le forum d’ActuSF, au cours d’une de ces interminables discussions qui peuvent avoir lieu sur le « style » en SF…), dans l’énergie du moment.

Les textes publiés sur le blog, souvent, avaient une genèse assez simple: une idée apparaissait, faisait son chemin quelques jours, puis subitement je passais à l’écriture, et c’est au fil de l’écriture que, souvent, cette idée germait et en appelait d’autres. Maintenant, je suis un peu plus prudent, j’écris et je poste moins vite.

Mais la méthode était relativement simple, et je l’applique encore parfois: je prenais les moments que je préférais dans un roman, je les extrayais (souvent en les recopiant), et ensuite je me demandais ce qui avait pu relier, souterrainement, par-delà la simple narration, ces différents moments forts du roman. Là, je reconstituais une sorte d’unité du livre, composée de l’ensemble de ce que, au fil de la lecture, j’avais estimé être ses « hauteurs ». Ensuite, il y avait un travail de mise en relation avec des notions de philosophie, avec quelques problématiques littéraires bien repérées depuis mes années de dissertation littéraire, jusqu’à ce qu’émerge une hypothèse d’interprétation forte, que je suivais lors de la rédaction, tout en laissant parfois le texte « s’écrire tout seul ». Vous avez un bon exemple de ce processus dans l’article consacré aux Tours de Samarante de Norbert Merjagnan, ou dans celui portant sur Grande Jonction de Maurice G. Dantec.

 

 

Comment s’est décidée cette postface pour le recueil « Aucun souvenir assez solide » d’Alain Damasio ? Comment avez-vous appréhendé l’écriture de cette postface ?

 

 

J’ai appris, un vendredi midi, par Mathias Echenay, que c’était moi qui devais « m’y coller », alors que je venais de demander à Transhumain, deux heures auparavant: « Au fait, c’en est où, le projet de recueil d’Alain? ». Dans l’après-midi, Alain m’envoya un mail qui allait dans le même sens. Je vous laisse le soin de demander à l’auteur et à l’éditeur pourquoi leur choix s’est porté sur moi pour rédiger une postface.

L’idée était de commenter le recueil en mettant l’accent sur la présence d’éléments philosophiques. C’était intéressant, dans la mesure où les références privilégiées d’Alain Damasio ne sont pas tout à fait les miennes (monade vs nomade, pour faire vite!), et où j’ai donc eu à commencer par un petit « dépaysement » en me replongeant dans Deleuze, par exemple.

La postface a été écrite avec un sentiment d’urgence, l’envie de rendre quelque chose de convenable en temps et en heure. J’ai commencé par quelques lectures et relectures roboratives des auteurs de philosophie préférés d’Alain – Nietzsche, Deleuze, Sloterdijk… – en même temps que je découvrais, au fur et à mesure, les dix nouvelles. La lecture de philosophie pure a donné le climat général de l’écriture, et certaines grilles d’analyse importantes (même si le lecteur a échappé à des développements interminables sur la philosophie du jeu, le thème du « jeu du monde », et sur la théorie aristotélicienne du mouvement!); et chaque nouvelle, annotée dans les marges, son lot de petites remarques, parfois fécondes (le gambit, par exemple), parfois abandonnées.

Peu à peu, les deux champs – textes d’Alain, philosophes de référence – ont convergé.

Ensuite, j’ai pris la décision de parier sur l’unité du recueil, et de commenter les nouvelles dans l’ordre qui servirait le mieux la démonstration que je voulais proposer, le but de celle-ci variant parfois, au fil de l’écriture de C@PTCH@ notamment… Le risque était d’écraser l’originalité et la valeur propres à chaque nouvelle. Mais j’ai pris le parti de tenter l’exercice de conciliation entre l’unité du propos, et l’attention aux qualités propres à chaque nouvelle.

Voilà, maintenant vous savez comment, après les dix bouteilles de Bord(amasi)eaux, c’est moi qui ai le plaisir de servir au lecteur un (Syst)Armagnac…

 

 

Est-ce que c’est quelque chose que vous aimeriez refaire ? Si oui, quels sont les auteurs qui vous tenteraient ?

 

 

Oui, car c’est toujours une bonne chose de travailler, et d’écrire un peu. A fortiori quand cela donne l’occasion, pendant quelques semaines, de faire circuler à hautes intensité et vitesse les images, les concepts, les questions, comme s’il s’agissait d’une démarche universitaire.

Le commentaire est par ailleurs un exercice passionnant, et donne l’occasion à des discussions privilégiées avec l’auteur commenté. On se trouve très proche du geste créateur, on croirait presque en saisir les clés, avant de comprendre que cette proximité est trompeuse, et qu’elle ne nous révèle finalement pas ce qui fait que Damasio, par exemple, écrit du Damasio!

Les auteurs que je prendrais plaisir à commenter: sans doute Stéphane Beauverger, Norbert Merjagnan, David Calvo, Fabrice Colin, Mélanie Fazi, Jérôme Noirez… mais il me semble qu’il faudrait demander à tous ces auteurs s’ils seraient d’accord pour laisser leur oeuvre être barbouillée d’autant de jargon philosophant qu’il peut y en avoir dans le « Portrait de Damasio en aérophone »!

Je veux bien également repostfacer Damasio, mais vu son rythme d’écriture, le prochain recueil de nouvelles ne devrait être lisible que vers 2025…

 

 

Quelle est votre nouvelle préférée du recueil ?

 

 

« Sam va mieux »: à la relecture, c’est celle dont le sens et les sensations s’épanouissent le mieux, en moi. Il y a un ancrage historique, une thématisation de la ville après la « mort de Dieu », et c’est aussi l’un des textes où Alain mobilise de la manière la plus touchante ce thème de la paternité qui rend vivant. Il est très significatif de ce Damasio différent des romans que, justement, Aucun souvenir assez solide permettra aux lecteurs de découvrir, tout en maintenant l’inventivité, la générosité verbales auxquelles ils sont habitués.

Mention spéciale, également, pour la jubilation éprouvée en découvrant la « stupéfiante salve d’escarbilles de houille écarlate »…

 

 

Vous n’avez jamais été tenté d’écrire de la sf, des nouvelles ou un roman ?

 

 

Si, si, il y a un projet de roman, et quelques idées de nouvelles plus ou moins abouties… C’est une espèce de serpent de mer, en fait, qui dure depuis trois ou quatre ans. J’ai beaucoup lu pour préparer, j’ai, en gros, l’univers et l’intrigue en tête, mais ensuite il faudrait écrire réellement, et surtout être certain de la cohérence du projet.

 

 

Vous avez écrit sur Alain Damasio, sur Christopher Priest, sur David Calvo, mais aussi sur Antoine Volodine, Edmond Jabes, Pierre Michon ou Don De Lillo, quels sont les auteurs qui vous ont le plus marqué en tant que lecteur ?

 

 

Question difficile… Limitons-nous à la fiction, et à des auteurs qui m’ont donné le sentiment qu’à les lire je « grandissais », ou qui ont marqué des moments particulièrement forts et heureux. Il y a tous ceux que vous citez (Volodine, Michon, essentiels!), je peux leur associer Maurice Dantec, Raymond Abellio, Michel Houellebecq, Thomas Pynchon, mais aussi Peter Handke, Broch, Mann, Musil, Witkiewicz, Céline, Gracq (lectures qui ne sont pas encore terminées, d’ailleurs…!); en SF « pure », Frank Herbert, John Brunner, Dan Simmons, Ursula Le Guin, Norman Spinrad, Michel Jeury…

 

 

Vous avez cité quelque fois « La forêt d’Iscambe » de Christian Charrière, on m’en avait parlé il y a quelques années mais je n’ai pas pris le temps de le lire, je peux vous demander ce que vous en avez pensé ?

 

C’est un petit bijou, écrit par quelqu’un qui a fait de la fantasy sans doute sans se préoccuper du genre qu’il était en train d’aborder… Vous lirez avec ce roman des pages flamboyantes, en termes de style, vous rirez sans doute aussi. Si d’autres auteurs de fantasy français veulent tenter de prolonger la chose, avec le même niveau d’exigence stylistique, qu’ils ne se gênent surtout pas!

C’est aussi un roman que j’aime faire découvrir, il a des aspects émouvants, ne serait-ce que ce côté météoritique: « j’ai fait de la fantasy dans mon coin, à ma sauce, sans peut-être même savoir que c’était ou que ça deviendrait de la fantasy. », comparable, pour la science-fiction, à L’étoile de ceux qui ne sont pas nés, de Franz Werfel.

 

 

Est-ce que vous connaissez Fredric Jameson et ses livres « Archéologies du futur, le désir nommé utopie » et « Penser avec la science-fiction » ? Si oui, qu’en pensez-vous ?

 

 

J’ai lu  « Penser avec la science-fiction »  il y a trois ou quatre ans ; à l’époque, j’avais un vague projet d’essai, ou à tout le moins d’un écrit un peu ample, pour continuer la théorisation de la science-fiction, dans le sillage de quelques bons théoriciens. Le projet consistait à prendre quelques grands romans significatifs, et à demander, au fil de leur lecture: « Que signifie penser dans la forme d’un monde? Pourquoi solliciter un objet aussi gigantesque (qui d’ailleurs n’est pas un objet, mais ce qui fait qu’il peut y avoir des objets…) pour penser? Quels sont les résultats spécifiques d’une telle méthode du monde? » Le projet a été délaissé, il est resté quelques bons souvenirs de lectures préparatoires…

Le livre de Jameson m’avait plu, il m’avait donné envie de lire Dick davantage que je ne l’avais fait; je me rappelle quelques stimulantes analyses d’inspiration structuraliste. Bizarrement, Archéologies du futur attend toujours d’être lu, sur l’une de mes étagères…

Mais en fait de théorie de la SF, Jameson m’a moins marqué que Guy Lardreau, dont le Fictions philosophiques et science-fiction est passionnant, très dense, et mériterait sans doute une prolongation en forme à la fois d’hommage et de discussion serrée.

 

 

Qu’est-ce que vous lisez en ce moment ?

 

 

En roman: Le mage de John Fowles, Le temps où nous chantions de Richard Powers, La Grande Porte, de Fred Pohl.

En philosophie: Hans Blumenberg, Merleau-Ponty, Sloterdijk (mon coup de coeur de ces derniers mois!), Allan Bloom; et tout un tas de livres divers, sur la religion, le désenchantement du monde, l’histoire de l’Occident, et même Le nouvel esprit du capitalisme, de Boltanski et Chiapello, que je citerai en conclusion de votre interview pour faire plaisir à Alain Damasio!

 

 

mai 31

pas ravioli, mais dans ta face !!

du moins dans ma mienne, ma mienne à moi

surproduction de livres….donc en retard

mais on va y arriver

donc on retrouve en entretien :

- Thierry Brun

- Christian I Perrot

- Daniel Hervouet auteur et pour une nouvelle collection aux Editions du rocher,

- Anthelme Hauchecorne

 - on parlera d’un blog de DJduclock aussi, un fondu au noir

- Philippe Nicholson

- Thomas Day

- Lionel Davoust

- Guillaume Lebeau pour sa collection Chez Rageot Editions

- Phillip Leroy

- L’éditrice Mme de Virieu pour les Carnets du Nord Editeur

- François Hollande qui commence à ne pas tenir ses paroles et ses engagements, que des énarques pas de diversité ni de parité dans les cabinets

- du Canada, car le printemps Erable c’est pas de la merde !!!

- de l’éditeur de la 13 eme note

- de sonatines

- de fayard noir

- Larry Fondation

et de ta reums en short qui Suce des ours blancs dans le périgord

so wait and see

C EST QUI A VOTRE AVIS LE BASSISTE DE CE GROUPE ET LE GRATTEUX ^^

mai 31

Le festival des Nuits noires d’Aubusson 2012 aura lieu du 30 mai au 2 juin.
Vous pourrez y rencontrer Eric Maneval (lauréat du prix du polar lycéen en 2011 avec son roman Retour à la nuit) et Fred Gevart.

Seront aussi présents à cette occasion :
Laurence Biberfeld
Hafed Benotman
Gilles Del Pappas
Sylvie Granotier
Cyril Herry
Marin Ledun
Jean-Hugues Oppel
Sébastien Rutès
Antonin Varenne

L’ouverture du festival se fera en musique le mercredi soir, à L’avant-Scène, avec Lulu la Nantaise et Stella Univers.
Sa clôture, le samedi AM, toujours en musique, mais aussi en vidéo, avec Fred Gevart et Malika Uhlen.
Rendez-vous sur le blog des Nuits noires où se trouve le programme complet de l’événement.

2.
Eric Maneval
quittera ensuite Aubusson pour prendre aussitôt la direction de Nantes où, le lundi 4 juin,
l’auteur est invité à un resto littéraire : un auteur, un menu, des livres, au Montesquieu (réservation obligatoire).
Tout ceci est organisé par nos complices Fondu au noir (revue L’indic)
à l’occasion de la sortie du nouveau roman d’Eric Maneval : Rennes-le-Château, Tome sang, dans la collection Polars & Grimoires.
Nous vous reparlerons de ce roman en temps voulu.

3.
Ce même lundi 4 juin, les éditions Ecorce seront présentes à une journée interprofessionnelle
organisée par le Centre régional du livre en Limousin (CRL) au Pôle de Lanaud, à Boisseuil (87) :
Mutations des métiers du livre et de la lecture à l’ère numérique.
Vingt autres éditeurs de la région seront présents, parmi de nombreux intervenants autours de plusieurs ateliers et tables rondes.
Rendez-vous sur le site du CRL du Limousin où se trouve le programme complet de cette journée.

4.
Le samedi 16 juin, à Limoges, rue Haute-Vienne, aura lieu la première rencontre Vin noir,
dont la particularité est de réunir 10 auteurs et 10 vignerons.

Les auteurs suivants seront présents :
Jean-Pierre Allaux
Franck Bouysse
Séverine Chevalier
Sylvie Cohen
Franck Linol
Joël Nivard
Jean-Jacques Reboux
Louis Sanders
Serge Vacher
Antonin Varenne

Une table ronde s’en suivra, dans le bar en sous-sol du restaurant le 27, toujours rue Haute-Vienne,
animée par Christophe Dupuis, avec Cyril Herry, Laurent Bourdelas, un vigneron et deux des auteurs invités (à définir).

mai 30

 

 

et de un menbre du site qui prend la parole et s’exprime et montre sa gueule ?

après c’est à qui ?

sinon superbe entreiten, la classe, norma c’est un unwalkers

muahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh

 

 

mai 30

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Lecture agréable, sans être sensationnelle. Mais parfois, un bon bouquin sans prétention mais bien écrit, j’avoue que j’aime bien.

Nous voilà donc avec Jonfinn Valmann, enquêteur de son état, au cœur d’un joli et bien pittoresque patelin norvégien.  Sauf que voilà, même ici, au milieu des bois (il semble y en avoir beaucoup en Norvège !) sont retrouvés tour à tour les cadavres d’un couple dans leur pavillon et les restes d’un individu dans la forêt. Ça, ce n’est plus banal, et Valmann et sa compagne, chargés chacun de l’une de ses affaires, vont devoir être tout aussi prudents dans leurs recherches et démarches professionnelles que dans la gestion de leur vie de couple, sérieusement mise à mal par ces enquêtes dans lesquelles Jonfinn semble un peu trop impliqué. Peut-être plus le récit d’un couple dans la tourmente qu’une enquête, mais pourquoi pas ?

Alors oui, les coïncidences sont grosses (le couple chargé d’enquêtes qui concernent en propre l’autre ; l’amitié de Jonfinn avec des proches du couple assassiné, …), l’intrigue cousue de fils blancs (le couple a priori exemplaire mais qui dévoile ses blessures au fur et à mesure de l’enquête ; la raison de la disparition des deux enfants du couple, qui se sont littéralement envolés aux quatre coins du monde, …), mais finalement, puisque c’est bien écrit, ça passe bien.

Une joli lecture détente qui peut pourquoi pas atterrir dans vos valises cet été (possibilité de laisser le livre sur place, une lecture sera amplement suffisante).

mai 30

Le petit Nikolaj est un pourri. Bien sûr, il a des circonstances atténuantes : une mère, véritable star en Scandinavie, décédée au cours d’un accident de voiture qui a aussi emporté son père, des difficultés récurrentes à s’insérer et d’atroces maux de ventre pour lui rappeler son mal-être. N’empêche, au grand dam de sa sœur aînée, toujours là pour lui, la crapule traîne avec de vraies ordures, multipliant les mauvais coups. Jusqu’au jour où sa méchanceté, son immaturité et son égoïsme l’amènent à l’irréparable.

Il semble devoir ne jamais s’en remettre lorsque apparaît, vêtu de sa tunique et de ses sandales, un barbu balaise et débonnaire : Jésus.

 

Voilà une oeuvre pas banale.

D’abord, c’est scandinave, mais ce n’est pas un polar. Ensuite, ça a été écrit par un gars dont l’anagramme fait Humus. Et ça parle de rédemption, avec des situations et des personnages vraiment sympas, pour un bouquin qui se lit les doigts dans le nez et dont on sort avec un grand sourire. Même la dernière partie, qui tourne un peu au mièvre, est très habilement rattrapée par la fin.

Décidément, il n’y pas que du pourri au royaume du Danemark

mai 29

Tous les Américains viennent de l’Ohio, même brièvement »

 

 

Ray Donald Pollock a travaillé trente ans dans une usine de pâte à papier aux vapeurs toxiques. Pour tenir le coup, alcool et drogue en tout genre.

Aujourd’hui, Ray Donald Pollock écrit. Il écrit sur ce qu’il connait et rejoint William Faulkner, Larry Brown ou Harry Crews au sein de cette grande famille d’écrivains des coins paumés, des cœurs cabossés et des fêlures débordantes d’humanité.

Bienvenu à Knockemstiff, Ohio, Etats-Unis.

Ce n’est pas un bon présage lorsque l’on naît et que l’on grandit dans un trou perdu dont la signification littérale est « étends-les raides ». Les personnages qui habitent ce livre sont tous confrontés à la violence et à la part du Mal tapie en chaque homme. Même si certains tentent de lutter contre cette part d’ombre, les voies de la rédemption sont souvent impénétrables et empruntent de dangereux chemins, aux limites de la folie.

Ainsi, William Russel, ancien soldat hanté par ce qu’il a vécu dans le Pacifique, s’enfonce dans les Ténèbres pour sauver à tout prix sa femme gravement malade, traumatisant peu à peu son jeune fils. Carl et Sandy Henderson prennent régulièrement la route en quête d’auto-stoppeurs pour jouer à un irrésistible jeu pervers. Autre étrange couple, celui que forment Roy le prédicateur, persuadé d’avoir le pouvoir de réveiller les morts, et Théodore le sordide et manipulateur musicien en fauteuil roulant.

A la manière des tragédies, tous ces destins déglingués sont amenés à se croiser et à se heurter dans une fureur aussi sauvage qu’inéluctable.

 

  1. Le Diable, tout le temps est votre premier roman, se déroulant dans un coin perdu en Ohio nommé Knockemstiff. Il fait suite au recueil de nouvelles qui s’intitule également Knockemstiff. Comment s’articule le lien entre vos deux ouvrages ? Qu’a permis, tant au niveau narratif que thématique, le passage à cette forme longue qu’est le roman ?

Don POLLOCK : Il y a plusieurs éléments qui peuvent établir un lien entre le recueil de nouvelles et le roman, le premier étant cette unité de lieu : ce petit bled de Knockemstiff, Ohio. Même si la Virginie-Occidentale et la Floride sont aussi des lieux importants dans Le Diable, tout le temps. Les deux autres sont, à mon avis, le thème de la violence et le sentiment d’être prisonnier d’une personnage, dans ces deux livres, appartiennent à la classe sociale des défavorisés, des prolétaires. C’est mon univers littéraire, pour le meilleur et pour le pire, et je sais que tout ce que j’écrirais jamais se déroulera dans cette région. Pour ce qui est de la différence entre écrire des nouvelles et écrire un roman, je crois que cela tient à la gratification immédiate qu’offrent les premières En six à huit semaines de travail, une nouvelle peut être aboutie, alors qu’un roman peut prendre une éternité avant d’offrir le même sentiment. Mais je dois admettre que le roman m’a apporté une bien plus grande satisfaction, peut-être parce que je n’étais pas certain de pouvoir écrire quelque chose de si long !

  1. L’alcool, le sexe et la religion semble être la sainte trinité qui guide vos personnages. En quoi est-ce constitutif, pour vous, de la condition humaine ? Le combat entre le Bien et le Mal n’est-il pas perdu depuis longtemps tant le Diable est présent tout le temps, comme le laisse penser le titre ?

Je ne sais pas si l’alcool, le sexe et la religion sont en quoi que ce soit représentatifs de la condition humaine, mais les personnages de mes livres les utilisent comme une espèce de baume ou un échappatoire à leurs existences déplorables. Je pense que c’est vrai partout, pas seulement dans le sud de l’Ohio : nous cherchons tous ce qui peut faire en sorte que nous nous sentions mieux dans notre peau, dans notre vie. Et non, je ne crois pas franchement que le combat soit terminé entre le Bien et le Mal. Chaque individu, même né d’hier, doit mener sa propre lutte dans la vie. Je réalise le fait que parfois, en lisant les journaux, on puisse avoir le sentiment que tout est foutu depuis un bon moment. Mais ce qu’il y a de bon chez l’être humain rayonne encore de temps à autre.

  1. L’ambiance est poisseuse, les rapports sont rudes, la tendresse, inconnue. Le seul moyen de s’en sortir, c’est de quitter Knockemstiff. Certains parlent de nouveau départ, d’autres de fuite. Mais c’est souvent pour mieux y revenir. Faut-il y voir une fatalité implacable ? Un déterminisme social ? Une rédemption impossible ?

Les gens paraissent souvent penser que leur seule chance de bonheur, c’est de partir et de tout recommencer ailleurs, mais la plupart ne sont pas conscients du fait qu’ils déplacent du même coup leurs problèmes avec eux. Qu’importe l’endroit, il y a de fortes chances pour qu’ils continuent à être la même personne. Bien que je pense qu’il puisse y avoir des exceptions, j’en ai eu la confirmation à bien des reprises. Mais je crois à la possibilité de la rédemption et je pense que mes livres le prouvent à leur manière, même si je dois admettre que ces moments de grâce sont parfois fugitifs.

Traduction Francis Geffard

Renaud Junillon

Librairie LUCIOLES

mai 29

Vincent, le narrateur, semble destiné à mener une existence de kéké des hippodromes, flambe, Ray bans et Porsche Carrera, jusqu’à sa rencontre avec Léa, jour funeste pourtant commencé sous les meilleures augures, avec la victoire de Vendredi 13, son poulain. En un rien de temps, la tarentule, telle que l’a baptisée Angelo, meilleur ami et associé du héros, tisse une toile qui conduira le grand naïf à sa perte. Et c’est l’histoire de sa décrépitude que nous raconte le candide, souvent agaçant de stupidité mais toujours sincère ; jusqu’au final, qui conclut cette descente aux enfers de fort jolie façon.

Je ne connaissais pas Jean-Marie Laclavetine, auteur pourtant plébiscité, à l’instar, d’ailleurs, de tous les écrivains de cette collection. Et j’étais incontestablement passé à côté d’un grand styliste. Cette collection fait la part belle aux plumes agiles (Pierre Pelot et Michel Quint notamment), sans aucun doute l’un des premiers critères de la sélection de Patrick Raynal. Pour autant, tous ne m’avaient pas convaincu, soit parce que je n’avais pas cru en l’histoire proposée, soit parce que j’avais lu nettement mieux par l’auteur et avait été déçu.

Rien de tout cela ici.

On se laisse d’autant porter par cette histoire, à pester contre ce benêt de Vincent qui se laisse mener en bateau et à lui trouver des excuses lorsqu’il se retrouve à commettre des vilénies, qu’elle se trouve magistralement servie par une écriture fine et érudite (avec laquelle je vais d’ailleurs renouer d’ici peu, tant je me fais fort de trouver les écrits précédents du monsieur).

 

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