Interview de Tim Willocks pour « The twelve children of Paris » VF

Et voilà, désolé de vous avoir fait attendre, mais voici enfin l’interview de Tim Willocks à propos de son livre magistral, monumental, phénoménal, roulements de tambours…… :  « The Twelve Children of Paris » !

Une nouvelle fois je remercie Tim Willocks d’avoir pris le temps de me répondre par mail, et j’espère que tout ce qu’il dit ici donnera à tout le monde l’envie de lire ou relire ses livres et de plonger dans « The Twelve Children of Paris » à sa parution chez Sonatine.

« Where there are no men, be a man »

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Pour écrire « La Religion » vous disiez que vous vouliez écrire un roman européen, comment qualifieriez-vous « The Twelve Children of Paris » ? Vous dites que c’est un livre extrême, qu’est-ce que ça veut dire pour vous ?

 

Il y a quelques années, mon éditeur italien m’a dit que Green River était « fondamentalement un roman européen » bien que se déroulant au Texas. Je suis européen, alors je suppose que ce n’est pas surprenant. Je pense que les complexités et les tragédies de l’Histoire européenne nous poussent à moins considérer l’humanité en terme de noir et blanc, d’un point de vue moral ou politique. Peut-être ressentons-nous que vivre ensemble sera toujours une expérience vaste et potentiellement dangereuse , mais nous n’allons pas amoindrir le danger en cédant à des notions stupides telles que le bien et le mal, le bon et le mauvais.

12 children parle surtout de confusion et d’ambiguité. Comment l’individu, homme ou femme définit-il sa moralité vis-à-vis des forces à l’intérieur d’un groupe ? Que faites-vous lorsque des circonstances extrêmes vous poussent à commettre de terribles actions? Ne devriez-vous pas les commettre ? Le roman se déroule pendant un accès de haine extrême, de violence et de folie collective, tous les personnages se fraient un chemin au milieu de cette folie, chacun à leur propre et unique façon. Le livre ne donne pas de réponses claires, parce que je pense que de telles réponses sont une lillusion et font partie du problème, mais j’espère qu’il crée une expérience viscérale en essayant de les trouver. C’est une expérience faite d’évènements et d’émotions extrêmes, à propos de notre pouvoir, de notre droit de décider qui nous voulons être à de tels moments.

 

Peut-on revenir sur la naissance du personnage de Mattias ? Comment l’avez-vous trouvé ? Comment l’avez-vous créé ?

 

Mattias est de beaucoup de façons « l’homme de nulle part ». Ses origines sont pan-européennes, et sa vie a renforcé cela, il n’est pas défini par une nationalité ou une croyance. Il se redécouvre et se redéfinit lui-même constamment au fur et à mesure que l’histoire avance. Quand j’ai écrit « La Religion », je pensais qu’il mourrait à la fin, mais ce ne fut pas le cas. 12 chidren est un défi encore plus profond pour son personnage. Il est à la fois héros et méchant, démon et ange, vie et mort. Est-ce qu’il agit de lui-même ou est-ce qu’il est poussé à agir ? Dans quelle mesure contrôle-t-il sa destinée ? Controle-t-il vraiment son destin, ou est-ce qu’il flotte sur le fleuve de la Fortune, le prisonnier de lois karmiques bien plus grandes, un grain de scories dans le creuset cosmique ? Dans le dernier accès de violence mystérieuse et injustifiée (même si il en a consicence) est-ce qu’il se perd lui-même ou est-ce qu’il se trouve lui-même ? Est ce que c’est juste d’employer une telle sauvagerie au nom de l’amour, est-ce que ça peut l’être ? Si oui, à quel prix ? Si oui, pourquoi, et comment peut-on retenir cette violence dans les limites de la moralité, quelles que soient ces limites qu’on impose? Ce sont des questions qui valent la peine d’être posées dans notre monde actuel.

Donc je ne sais jamais où il va. C’est une sorte d’existentialiste franc-tireur . C’est pourquoi je ne sais toujours pas ce qui va se passer dans le troisième roman. J’ai l’intention d’écrire un différent roman avant cela. Les romans de Tannhauser nécessitent tout ce que j’ai, chacun est un voyage monumental et intimidant à entreprendre, ils consument tout, et je n’ai pas un grand contrôle sur le processus d’écriture (j’aimerais). 12 children a été le voyage d’une vie. Alors je vais prendre un peu de « repos » avec quelque chose de moins monumental, très probablement une sorte de western noir se déroulant dans l’Australie du 19ème siècle.

 

Vous êtes-vous documenté de la même façon pour « The 12 children of Paris » que pour « La Religion » ? Musées, bibliothèques, séjours à Paris… La recréation du Paris de l’époque est impressionnante, avez vous passé autant de temps à faire des recherches avant d’écrire ?

 

J’ai fait d’énormes recherches pour 12 children, et comme toujours, ce qui me brise le cœur c’est que presque rien de tout ça semble avoir fini dans le roman. Après le premier jet, j’ai coupé des dizaines de milliers mots représentant des détails parce que c’était tout ce qu’ils étaient, de fascinants détails pour moi mais non pour les personnages. Encore maintenant, si on a une journée stressante à Paris, on ne s’attarde pas sur les monuments, sur l’Histoire, sur les incroyables histoires se cachant derrière, on est concentré sur soi-même, sur ses buts, ses problèmes. On passe près de la Conciergerie sans même la voir. Je voulais créer une sensation de vivante réalité. Mais j’espère que mes recherches procurent une authenticité aux personnages.

Parce que, à un certain niveau, l’histoire du roman est fondamentalement liée à la géographie de Paris – Paris en tant que labyrinthe – la géographie est devenue pour moi la recherche la plus importante. Je ne parle pas des cartes, je parle du terrain, des distances. La grande majorité de ce qui existait en 1572 a disparu depuis longtemps, par exemple, seules quelques pierres souterraines sont ce qui reste du Louvre de 1572, tout est quasiment « nouveau ». L’aspect de la Seine, qui joue aussi un rôle central, physique et mythologique, a radicalement changé. Mais je voulais un fort sentiment de mouvement, c’est pourquoi en l’écrivant j’ai plusieurs fois marché dans Paris, en suivant le roman. J’ai écrit une grande partie du roman à Paris. C’est toujours, sans conteste, la plus grande ville pour écrire.

 

Comment avez-vous écrit ce livre ? Vous m’avez dit que pour certains chapitres vous laissiez simplement aller le flot de votre écriture, c’est une chose qui vous arrive souvent ou non ? Comment travaillez vous pour trouver ce rythme, cette narration racontant une histoire sur 36 heures en jonglant avec tous les personnages, tous les lieux ?

 

J’ai appris que tous mes plans sont rapidement sapés par les impulsions des personnages, donc je n’accorde pas beaucoup d’importance à un plan. Je laisse le flot de l’action m’emmener là où il veut. Le plan, au début, était essentiellement le titre. J’avais le titre avant quoi que ce soit d’autre, avant la moindre histoire. La trame est très simple, un homme recherche sa femme au milieu de l’anarchie et du chaos.

Le titre m’a forcé à trouver les douze enfants, ce qui est un nombre énorme, spécialement quand je voulais que chacun ait une présence unique. Je ne voulais pas une sorte de situation à la « Dirty Dozen » (« 12 salopards ») dans laquelle seulement six d’entre eux laissent une réelle impression. Donc j’ai plus ou moins commencé par jeter des enfants sur les chemins de Tannhauser et Carla, sans aucune idée de qui ils allaient être ou de ce qu’ils allaient accomplir. Dans chaque cas ils sont devenus encore plus extraordinaires que je ne l’aurais imaginé. Je ne savais pas non plus lesquels survivraient. A chaque nouvelle situation, je suivais leurs réalités, leurs réactions à ce qui arrivait, et ça créait une nouvelle situation, dans une énorme toile les reliant tous, tous suivant constamment leurs propres routes. Et il y a une douzaine de personnages plus importants, au delà des enfants. C’est un miracle que tout cela ait fini par rester cohérent.

L’anarchie des rues, des évènements, est reflétée dans la construction du roman elle-même. A chaque fois que je tentais d’imposer une structure, je devenais paralysé, j’arrêtais décrire pendant une éternité, je devais alors me contenter de plonger au milieu du chaos pour réaliser ce qui allait se passer, tout comme les personnages eux-mêmes. Je voulais que ce soit un roman qui provoque une expérience, vous ne pouvez pas rester en dehors, vous devez plonger dedans. Vous êtes contraint de partager cette expérience avec les personnages. Vous n’observez pas, vous y êtes. Il n’y a aucune distance. C’est à quoi ressemblent le chaos et l’anarchie. Je voulais transmettre cette confusion, ce que c’est qu’être coincé dans l’anarchie.

 

Je ne veux pas trop spoiler l’histoire ou les personnages, mais je suis obligé de parler de Grymonde, de Pascale et de Estelle…. Trois des personnages les plus marquants du livre, qu’est-ce que vous pouvez dire sur eux, sur ce qu’ils représentent, d’où viennent-ils ?

 

A certains moments pendant l’écriture, je craignais que Grymonde ne finisse par dominer le roman tout entier. Il échappait à toutes les frontières que j’imaginais pour lui, essentiellement le « méchant », il devenait de plus en plus complexe et merveilleux. Je pense qu’il a fini par représenter Paris dans toutes ses contradictions, magnifique mais pourtant grotesque, cruel mais pourtant tourmenté par l’amour, et plein d’idées sauvages et de passions politiques.

La raison pour laquelle le livre est devenu environ deux fois plus gros que ce que j’avais imaginé est que beaucoup des personnages « secondaires » ont insisté pour avoir leurs mots à dire, ont insisté pour avoir leurs places. A certains moments j’avais envie d’écrire tout un roman sur Estelle ou Pascale. Tout ce que j’avais au début pour Estelle c’est l’image dont tu parles, une fille en communion avec des rats (image qui vient d’une vraie fille qu’un de mes amis a vu à Naples). Son histoire n’a fait que grandir et grandir. A la fin, à plusieurs occasions, toute l’histoire tourne autour de ses actions. C’est pour ça que le roman est devenue une telle expérience, tous ces personnages agissant indépendamment, suivant leurs propres chemins, mais changeant la vie des uns et des autres, dans une étrange combinaison d’intention et de pur hasard.

Pareil pour Pascale, tellement sombre, tellement blessée, tellement brillante. Je n’avais jamais imaginé qu’elle voudrait tuer, pas jusqu’à ce qu’elle ouvre la bouche et le dise, et c’est peut être devenu la scène la plus dérangeante du roman. La moitié du roman est écrit selon le point de vue des différents personnages féminins. L’histoire est devenue une sorte de confrontation entre les principes Mâle et Femelle, ces femmes essayant de survivre en étant honnêtes et loyales, entre elles et selon une supérieure notion de bonté humaine, alors qu’elles sont piégées dans un réel enfer sur Terre qu’elles n’ont pas créé. A cet égard, la plus grande surprise pour moi a été Alice, un personnage nécessaire seulement pour la narration jusqu’à ce que je la rencontre. Je pensais qu’elle serait à l’arrière plan mais elle a émergé de l’ether et m’a époustouflé. Je ne sais toujours pas d’où viennent ses idées. Elle est devenue un des centres spirituels de tout le roman. L’autre centre symbolique, à la fin pour chacun d’entre eux, est le bébé, un minuscule noyau d’absolue innocence et de pureté voyageant de l’extrême noirceur humaine vers la vie.

 

Je suis en train de relire La Religion, et il y a une chose qui me frappe, dont je n’ai pas encore parlé. Ce sont les magnifiques noms de vos personnages. Amparo, Mattias Tannhauser, Bors de Carlisle, Sabato Svi, Ludovico Ludovici, Cicero Grimes, Furgul…Et dans « The Twelve Children of Paris » : Grymonde, Pope Paul, Marcel Le Tellier, Juste, Hugon…. Comment vous les trouvez ?

 

Les noms sont très importants, et je prends beaucoup de temps pour trouver la bonne sensation, mais au final ça se résume à purement de l’instinct. Parfois je commence avec un nom pour un personnage, et je sens que ce n’est simplement pas le bon et je dois le changer, parfois plus d’une fois. Je pense que Pascale était le troisième nom avant que je sente que c’était le nom la représentant. Clémentine était un gros cheval irlandais que je montais, et qui m’a une fois jeté au sol. Grymonde a toujours été Grymonde. Je n’arrive pas à me souvenir d’où le nom vient, je pense que je l’ai inventé d’après la sonorité. Pope Paul a été instantané. Juste est le nom d’un jeune que j’ai rencontré 10 minutes à Paris, quand j’écrivais le livre, mais il avait une telle noblesse, un tel esprit, une innocence si flagrante, d’une certaine façon le nom semblait parfait pour le personnage du livre qui partage ces qualités. Ils viennent de plusieurs sources, parfois les noms viennent en premier, parfois ce sont les personnages.

 

Quand vous écrivez, vous dîtes que vous vous efforcez d’incarner les personnages, de voir le monde comme ils le verraient. Après un livre sur un épisode aussi violent, comment faites-vous pour vous libérer, vous nettoyer de toute la violence, la sauvagerie ?

 

En vérité j’étais désolé de quitter l’univers du livre et les personnages. Bien que le livre soit rempli de morts, les personnages sont pleins de vie, ils aiment la vie de plusieurs différentes façons, je n’ai jamais trouvé le roman déprimant. Au contraire, je le trouve exaltant. Au milieu de la folie, ils sont parfaitement sains d’esprit, parce qu’ils vivent pour ce qui a une vraie valeur : amitié, loyauté, amour, nourriture, magie.

A un moment, alors qu’ils embarquent pour leur dernier et désespéré pari de leur voyage à travers l’horreur absolue, Tannhauser dit à Grégoire : « Let us see what metal we have made » (« Voyons quel métal nous avons forgé»). Ce qu’il veut dire par là c’est qu’ensemble ils ont créé une sorte d’or à la fois spirituel et humain, qui est l’amour qu’ils partagent, qui transcende la mort autour d’eux. C’est là que l’amour découvre, ou non, sa plus grande bravoure, sa plus grande beauté. C’est à cause de l’intensité de l’horreur les entourant que la survie de l’amour a une telle valeur, une telle beauté, dans un désert d’absolue noirceur, de haine et de sang, ces foyers d’amours brulent avec encore plus de puissance.

Cette dialectique est au centre du livre. C’est plein de paradoxes, de contradictions et d’ambiguité, mais c’est ce qu’est la vie. C’est incroyable. C’est extraordinaire. C’est l’amour en action, l’amour incarné, pas seulement le sentiment. Ces personnes s’aiment vraiment parce qu’ils jouent leurs vies sur leur amour. Ils préféreraient aimer plutôt que vivre, si tel était le choix. Instinctivement ils prouvent que l’amour est plus fort que la haine. Tous les personnages principaux forment et font évoluer plusieurs différentes relations amoureuses les uns avec les autres, et celles-ci englobent différentes nuances de la notion d’« amour ». Au centre se trouve l’amour entre Tannhauser et Carla, qui est, bien sûr, une énigme, un mystère, un paradoxe, autant pour l’un que pour l’autre. Il est clair que Paris représente le labyrinthe, « the golden thread so fine » (« le mince fil doré ») qui les guide est au bout du compte l’amour.

 

Le mysticisme et la spiritualité sont très présents dans les deux livres (Amparo, Petrus Grubenius, Alice…), est-ce que c’est une partie la re-création de ce siècle, ou est-ce que vous vouliez que les personnages y soient confrontés? Est-ce que vous vouliez que le mysticisme et la Foi prennent part dans leurs évolutions ?

 

La possibilité d’un mysticisme, la réalité d’une expérience mystique, est une partie de ce qu’est être humain. C’est une perpétuelle possibilité qui est en nous. C’est comme un sens, comme la vue ou l’ouïe. La possibilité est là, que nous choisissions ou non de la reconnaître, c’est un choix qui est conditionné culturellement. La tentative rationaliste de rejeter n’importe quelle forme de spiritualité par des arguments « rationnels » me semble irrationnelle, c’est idiot. Nous pouvons avoir une perception mystique. De telles perceptions appartiennent à un domaine autre que rationnel, comme c’est le cas pour l’Art. Même les sens, comme la vue ou l’ouïe, sont énormément malléables en terme de ce qui est perçu et ce qui ne l’est pas. Une personne ayant grandi dans une région sauvage entendra une centaine de sons significatifs, verra une centaine de choses significatives, sons et choses auxquelles un citadin sera sourd et aveugle. N’importe quel fermier le sait. Le mouvement athéiste moderne, Dawkins et les autres, est une tentative délibérée de limiter la perception, de nier ce sens, mais nous sommes par nature capables d’expérience transcendante, c’est un fait. C’était inévitable que le mysticisme ou les questions spirituelles fassent partie des personnages.

Le système mystique le plus important du livre est l’Alchimie, pas seulement parce que Paris a toujours été, et l’est encore aujourd’hui, le plus grand centre de l’Alchimie. Et le but de l’Alchimie est la transformation spirituelle.

Le livre est un tissu de symboles de l’Hermétisme, je ne m’attends pas que quiconque le remarque, mais qui j’espère enrichit le tout. L’histoire (à travers les personnages) passe par les 12 étapes de Basilius Valentinus (aussi appelée « Les 12 portes » de George Ripley)*. Ces portes alchimiques (sublimation, fermentation, multiplication, projection, etc) s’incarnent toutes dans le déroulement de l’histoire, par exemple l’Exaltation a lieu à Notre Dame, « le vaisseau alchimique », quand Tannhauser accomplit le baptême dans le sang. La Multiplication, l’augmentation de l’elixir, se déroule quand ils grimpent dans le chariot et se mettent en route pour « voir quel métal ils ont forgé » ; la Projection est la transmutation finale du métal de base en or, de l’inférieur vers le supérieur, qui est l’enterrement et le pique-nique dans la forêt

 

(*: 12 étapes successives du Grand Oeuvre)

 

En fin de compte, le groupe lui-même est une représentation de la Pierre Philospohale. Tannhauser, bien qu’il n’en soit pas pleinement conscient, devient le véritable alchimiste qu’il a toujours voulu être. (Un voyage qui commence dans la forge au début de « La Religion »)

tarot

L’autre aspect mystique réside dans le fait que toute l’histoire est aussi un voyage à travers le Tarot, qui est encore une fois un voyage d’un état inférieur vers un état de conscience supérieur. Chaque Atout est représenté par un personnage différent, certains sont évidents, ou désignés clairement par les personnages. Par exemple, Grymond réalise qu’il est le Pendu. Alice est la Grande Prêtresse. Certains sont plus subtiles, avec peu d’indices associant les personnages avec leurs Atouts. Grégoire est l’Hermite (avec sa lanterne), Typhaine est la Lune (l’écrevisse), Le Tellier est l’Empereur, les Souris (des jumelles) sont le Soleil, Amparo est le Fou. Et ainsi de suite. Tannhauser est la Mort, Paris est le Diable. En fait c’est le Tarot qui a imposé dans quelle direction l’intrigue se dirigeait. C’est la carte du Jugement par exemple qui m’a fait réaliser que Carla devait aller à Notre Dame, c’est à dire que sa révélation a été ma révélation. Jusqu’à ce moment je ne savais pas, je pensais qu’elle resterait dans la maison. Les cartes ont été une force vivante et active dans l’écriture. C’était très étrange.

Tarot-Nusantara

 

Ce n’est pas juste un grand livre, c’est aussi une belle déclaration d’amour à Paris. Votre amour, votre connaissance de la ville sont flagrants, vous pensez comme un des personnages, que c’est « la plus grande ville du monde », aujourd’hui comme en 1572 ?

 

Je dirais qu’il n’y en a certainement pas de plus grande et qui me tienne le plus à cœur. Comme toutes les grandes choses, personnes, tableaux, albums, films, endroits, au-delà d’un certain niveau ça ne peut plus être soumis à des notions de « meilleur ». Par contre, je dois dire qu’il n’y a absolument nulle part comme Paris, et ce à beaucoup de points de vue. Paris avait submergé mon imagination avant que je n’y vienne (en 1978), quand mon esprit était plein de Sartre des films de Melville, et je dois dire que je n’ai jamais été déçu. Plus que toute autre ville, elle demeure un bastion des valeurs culturelles et intellectuelles les plus importantes pour moi. Parfois je crains que ce ne soit le dernier bastion, tant l’effondrement culturel (effondrement parmi d’autres) dans le monde anglophone semble catastrophique. Mais le futur est toujours plein de surprises. Et nulle part cela n’a été prouvé mieux qu’à Paris, et je suis sûr que ça arrivera encore.

 

Peut-on parler du refus de votre éditeur américain, ou vous êtes passé à autre chose ?

 

Ce n’est probablement pas un sujet très intéressant, mais j’apprécie beaucoup – et eux aussi – ton admiration pour Cape et Sonatine. Le livre est également traduit en allemand, hollandais, russe et polonais jusqu’à présent.

Doglands

 

J’ai entendu dire que « Doglands » serait une trilogie, c’est vrai ? Je suis curieux, je sais, avez-vous commencé l’écriture du second ?… Ce que vous aviez dit à propos de Sloann l’an dernier, que vous le voyiez comme une sorte de Grendel / Tony Montana / Mao me rend plutôt impatient de le rencontrer…

 

L’avenir de « Doglines », la suite de « Doglands » est incertain pour l’instant, comme je travaille sur d’autres projets. Je suis moi aussi impatient de rencontrer Sloann. Je ne suis pas sûr de à quel point je vais oser être apocalyptique avec « Doglines ». J’aimerais provoquer la fin du monde, ou plutôt la fin de la race humaine, mais je ne sais pas si quelqu’un voudrait publier ça.

Pour finir, que diriez-vous aux lecteurs français pour les faire lire « La Religion » (pour ceux qui ne l’ont pas encore fait) et « The Twelve Children of Paris » quand il sera traduit en français ?

 

J’ai bien peur d’être un très mauvais vendeur. J’espère que mes livres apportent aux lecteurs une expérience extrêmement intense, une profonde immersion dans d’autres mondes, d’autres personnes, dont ils peuvent partager les émotions, les reconnaître et les recréer par le pouvoir de leurs propres imaginations. Si vous marchez à travers le feu et les ténèbres avec les Twelve Children of Paris, je pense qu’il est difficile de les oublier. Je sais que je ne les oublierai jamais.

 

 

L’interview de l’année dernière

La chronique de « The Twelve Children of Paris »

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