Alain Damasio, entretien-fleuve(nt) en quête de la seule trace qui vaille…

J’en parle depuis quelques temps déjà, je sais, mais Alain Damasio est l’écrivain qui m’a le plus marqué ces dernières années, en fait dans mes grands chocs de lecteur, il y a deux auteurs pour lesquels je peux dire qu’il y a eu un avant et un après les avoir lu. Il s’agit de Lovecraft avec la lecture du premier tome de ses oeuvres complètes en bouquins, en 1995, et donc d’Alain Damasio avec la « Horde du Contrevent » en 2004.

Lovecraft et Damasio ont changé après coup ma façon de lire la littérature de l’imaginaire, ce sont les auteurs qui ont fait le plus de chemin en moi. Il faudrait que je revienne sur tout ça plus tard….

Voilà une interview faite par mail, je remercie de tout coeur Alain Damasio d’avoir pris le temps de répondre à cette salve de questions, à un moment où il doit être sollicité de partout. J’espère que ses réponses donneront envie à tous les lecteurs qui ne l’ont pas encore fait de se jeter rapidement sur ses deux romans cultes que sont « La Horde du Contrevent » et « La Zone du Dehors » et sur son recueil « Aucun souvenir assez solide ».

 

Comment vous est venu le désir d’écrire ? Vous avez commencé par des nouvelles ou directement par le projet de « La Zone du Dehors » ?

 

J’ai eu une entrée en écriture très spéciale, qui n’a pas été littéraire du tout. J’ai toujours été un piètre lecteur, quantitativement s’entend, et je n’avais jamais formé le rêve de devenir écrivain. À vingt ans, c’est la découverte d’un monde qui m’a révolté, celui des grandes écoles de commerce, qui a déclenché l’envie d’écrire en moi, de sortir quelque chose de cette impuissance et de ce dégoût dans lequel je me sentais englué. J’ai commencé à écrire pour combattre et parce que le roman était la forme de l’arme qui est née dans mes mains. Je ne sais pas vraiment pourquoi : ç’aurait pu être la militance, la politique. L’évidence est qu’on n’entre pas en écriture par choix conscient. C’est l’écriture qui entre en vous et vous déchire lentement, comme une chrysalide. C’est elle qui vous choisit. J’ai effectivement commencé par écrire une dizaine de nouvelles avant de me jeter dans la zone du dehors.

Pourquoi avoir choisi d’écrire de la SF, alors que vous n’étiez pas un grand lecteur de ce genre ?

La réponse à ce type de questions — qui sont des questions d’éditeur ou de libraire — jamais des questions d’auteurs, on ne l’apprivoise que longtemps après avoir écrit. Je pense qu’on peut être un grand réalisateur en ayant vu très peu de films, un grand entraîneur sans avoir été footballeur de haut niveau et qu’on peut investir un genre sans le connaître, ou très mal, comme ça reste le cas pour moi. Il m’arrive de me trouver en table ronde sur des thèmes touchant à l’histoire de la SF ou avec des auteurs très cultivés ou des spécialistes du fandom qui ont lu des milliers de romans de SF — et d’être silencieux parce que je n’ai rien à dire. J’écris de la Sf en candide, naturellement. Et j’ai compris avec le temps que j’en écrivais parce que c’est le champ de l’expérimentation narrative, conceptuelle et stylistique le plus vaste et le plus libre qui soit. On ne le dit pas assez. C’est là où l’on peut aller le plus loin dans la fracture des cadres du réel, innover avec du souffle, spéculer avec le plus d’intensité, n’avoir aucune barrière autre que son imaginaire. La fantasy est déjà beaucoup plus codée, sériée, le polar personnellement me fatigue parce que la mort ou le meurtre y sont des prérequis et que je n’ai aucune fascination pour ça, aucun goût. Je pourrais écrire de la poésie, si j’en avais la trempe, oui. Ou du théâtre, l’un de mes rêves.

Tim Willocks, un écrivain britannique que j’ai interviewé il y a quelques temps déclare que les influences les plus importantes, les plus marquantes sont celles qu’on a enfant ou adolescent, quelles ont été les livres, les écrivains ou autres qui vous ont le plus marqué étant jeune ?

 

Il a raison et je pense que la BD a eu une réelle influence sur moi car mon père est un grand lecteur de BD et il m’a donné le virus jeune. Le Vagabond des Limbes, Thorgal, Valérian, les X-men, Blueberry — ce sont des livres qui ont dû jouer un rôle dans la construction de mes imaginaires. En même temps, je ne crois pas tellement aux sources d’inspiration. La seule source dont je sois certaine qu’elle m’a influencée, c’est la philosophie avec Nietzsche, Foucault, Deleuze, pas mal d’autres (Baudrillard, Benasayag, Sartre, Camus, Lyotard, Simondon…), que j’ai beaucoup lus et relus. Bergson aujourd’hui, Sloterdijk. Ça oui, ce sont des sources très directes pour écrire.

Qu’est-ce que le succès de « La Horde du Contrevent » a changé dans votre vie ? Est-ce que ça a changé votre façon d’écrire, votre rapport à l’écriture, et par extension votre rapport à la littérature ?

 

Ça a changé beaucoup de choses et sans doute trop de choses, en m’exposant, en générant beaucoup (trop) de sollicitations, qui me dispersent et me coupent de mes axes. Mais ça a moins changé ma vie et mon écriture que la naissance de mes deux filles ! <) ;o))) J’ai dû et je dois encore tout réinventer de mes conditions d’écriture depuis cinq ans, retrouver une solitude qui devient difficile à aménager, apprendre à écrire dans le tohu-bohu de la vie familiale, à conserver un haut degré d’immersion alors que le flux est constamment séquencé. C’est délicat pour moi, c’est très compliqué à vivre. Je n’ai pas trouvé encore de solution vraiment satisfaisante alors que lorsque j’étais seul, l’immersion était simple et profonde.

Par rapport à la horde et à son succès, c’est d’abord un soutien magnifique, qui porte et m’a conforté dans l’idée de suivre mon instinct, de ne tenir compte de rien d’autre que de ce qui me semble vital. J’ai toujours eu envie de faire de chaque livre un défi, d’essayer d’aller toujours au-delà du peu que je maîtrise. C’est ce que je fais pour les furtifs qui est un roman très ambitieux et dont la phase de recherche a été foutrement longue. C’est un livre qui a beaucoup plus de probabilités d’être raté qu’autre chose mais ça n’a pas d’importance : expérimenter et oser de nouvelles formes a une valeur en soi à mes yeux. Il en reste toujours une énergie précieuse. La notion de capitalisation des savoir-faire d’auteur ou du lectorat me semble bourgeoise et pitoyable. C’est concevoir l’écriture comme un métier, ce qui me fait vomir. Ce qui compte, c’est de créer à l’extrême frange de ce qu’on peut, tant qu’on en a la force. Ou sinon d’arrêter. Je pourrais assez facilement accumuler les romans en m’appuyant sur mes qualités de style ou mon imaginaire : à quoi bon ? Un livre doit être vital pour celui qui l’écrit ou ne pas exister, c’est ma conviction. Et je ne crois pas qu’on ait en soi plus de cinq ou six romans vitaux à écrire dans une existence d’humain.

A l’époque de la parution de La Horde, vous expliquiez que vous ne lisiez quasiment pas de sf, est-ce toujours le cas ? Vous avez sans doute rencontré beaucoup d’autres écrivains de sf depuis, est-ce que vous vous sentez proche de certains, que ce soit au niveau des influences, des discours ou des univers ?

 

Oui, je lis très très peu en général et très peu de SF donc, peut-être deux livres par an, et ce sont des livres d’auteurs amis ou des chefs-d’œuvres difficilement contournables. J’ai lu Ubik en 2011 par exemple, le recueil de la Volte sur le jardin schizologique, Léo Henry et c’est tout. J’ai lu le recueil de Lehman, que j’aime beaucoup, il y a deux ans, je vais lire Norbert Merjagnan, Claude Ecken, parce que ce sont des gens que j’apprécie. Je reconnais que c’est court !

Sur les proximités, je me sens proche de la belle génération humaniste de la SF française qui m’a précédé de dix ans et dont j’admire le goût, la sensibilité politique et la chaleur : Ayerdhal, Lehman, Bordage, Ecken notamment. J’aime beaucoup Catherine Dufour aussi, Sylvie Lainé ou Joêlle Wintrebert. Volodine m’a énormément appris. Et dans les petits nouveaux, Léo Henry et Jacques Mucchielli, qui ont écrit des nouvelles extraordinaires.

 

Une des choses qui m’a frappé dans le recueil, c’est l’aisance avec laquelle vous passez d’un genre à un autre, tout en gardant ce travail de la langue, ces jeux entre signifiant et signifié. Vous appréhendez l’écriture différemment selon que vous écrivez une nouvelle ou un roman ?

 

Oui, c’est très différent pour moi d’écrire une nouvelle ou un roman, en terme d’implication. Mes romans, je les prépare longtemps à l’avance et je mets trois ans à les écrire, en général (sur deux romans, difficile de généraliser, mais bon !) Ils vivent 6 ou 7 ans avec moi au final. Une nouvelle me prend un ou deux mois : c’est du blitzwriting. La nouvelle me sert à expérimenter des choses que je réutilise ensuite en roman : des concepts, des modes narratifs, des essais de style et de syntaxe comme le faseyage polychrone (jouer avec les temps de conjugaison dans la même phrase) dans la nouvelle sur le barf ou des salves poétiques comme dans El Levir ou le flottement je/tu dans Sam va mieux ou encore l’énonciation simultané par « affiche » comme dans So phare away. Il y a un côté plus ludique aussi, plus vif, dans la nouvelle.

 

A propos des différents genres auxquels on pourrait rattacher les nouvelles du recueil, est-ce que c’était un désir conscient de votre part d’expérimenter différentes façon de raconter une histoire ?

 

Oui, il y a des tentatives conscientes en terme de narration. La narration, c’est de l’architecture, elle en appelle d’abord au cerveau rationnel — d’où le fait que le scénario s’apprend mais qu’il est beaucoup plus difficile de former un écrivain ou d’inventer un style unique. Sur c@ptch@, qui est une nouvelle récente, j’ai voulu traiter la narration comme un flux de données hétérogènes. Sur Les hybres, j’ai souhaité conserver un mode de récit très classique, linéaire, subjectif à la première personne. Sur Sam va mieux, je voulais expérimenter la schizophrénie comme un dédoublement je/tu intérieur entrelacé et fluide, et je trouve le résultat très beau, beaucoup plus naturel que je ne l’avais espéré. Sur les Hauts-parleurs, je narre à la troisième personne, ce qui est rare chez moi, avec des plongées en première personne et des extraits de carnets. Tous ces choix sont « rationnels » au départ, ce sont des protocoles d’expérience. Alors que sur le style, je tente des choses plus instinctives, plus improvisées. La matière-mot réagit en retour, comme la terre du potier.

J’aimerais vous demander de revenir sur la genèse de quelques nouvelles, ce qui vous a poussé à les écrire : « Les Hauts Parleurs », « Les Hybres », « C@ptch@ », « Le bruit des bagues », « Annah à travers la harpe », « Aucun souvenir assez solide ».

 

Outch… Ce serait très long à expliquer. Je vais faire court !

Les hauts parleurs est un texte clairement politique et engagé qui voulait dire ceci : le lexique est potentiellement un nouveau marché pour le capitalisme mondial. La privatisation du langage sera tôt ou tard imaginée ou proposée par ceux qui ont déjà fait de la santé, de l’éducation, du sport, de l’art, de la rencontre amoureuse (meetic), de l’amitié (facebook)… une marchandise. La nouvelle est née le jour où France Telecom a racheté pour 6 milliard la marque « Orange » — puis nous a mitraillé pendant dix ans de pub pour l’ancrer en nous. J’adore la couleur orange, j’adore le mot Orange qui contient, l’or, l’ange, l’orage, la rage — et j’ai absolument détesté la privatisation de ce mot par une multinationale. Comme si on me volait le mot. Ça a déclenché la nouvelle. Je voulais aussi montré comment résister par les mots et par l’inventivité, comment on peut toujours résister, même à des lois absurdes. La dystopie, j’aime l’adosser à l’utopie.

Les hybres est une nouvelle écrite pour le catalogue d’exposition de Jean Fontaine, qui est un sculpteur que j’admire, devenu un ami. Elle est née des œuvres elle-mêmes et de ma fascination pour le travail de la terre et le feu qui céramifie. C’est la naissance aussi de l’idée des furtifs : des êtres métamorphiques autoconsistants.

C@ptch@ est une nouvelle très étrange, même pour moi, qui vient d’une réflexion que je mène sur la dématérialisation, le rapport rincé au corps et les capteurs. À la façon des aborigènes, je crois que la photo est un vol de l’âme et que la capture du poids, de l’odeur, du son, des traits d’un visage, d’une identité, trahissent une société qui se désincarne et nous vide de notre substance pour nous proposer une existence fluide et virtuelle, attirante parce que débarrassée des contraintes de l’existence charnelle : la durée, l’espace où l’on se tient, la lenteur, la douleur, des facultés physiques limitées. Nous naissons et croissons désormais à la frontière du réel et du virtuel qui n’est plus une limite externe mais une cloison qui se déplace en nous et dont nous avons à choisir quelle membre elle externalise, quelle faculté cognitive nous déléguons ou endossons.

Le bruit des bagues est de l’anticipation stricte sur le profilage identitaire et l’ultralibéralisme terminal, fondé sur la vente de soi. Une mise en scène du marketing de masse et de la soi-disant « personnalisation » des produits massifiés, qui aide à les assimiler.

Annah à travers la Harpe est un hommage à ma fille et une façon d’affronter sa mort potentielle, qui est le cauchemar récurrent d’un père ou d’une mère. C’est une nouvelle qui n’a pas été comprise je pense, ni par mes proches ni par une fraction des lecteurs, parce qu’elle pose la question du technococon, de la monade technique qui nous enveloppe et de la fermeture anthropotechnique qui est notre horizon aujourd’hui, surtout pour la jeune génération, dans un traitement symbolique et onirique. C’était ambitieux, bâtard et difficile. C’est typiquement le type de nouvelle non lissée qui accroche à la lecture à cause du raccord partiel des plans. Je l’aime bien pour ça.

Enfin, aucun souvenir assez solide est un hommage à une fille que j’ai aimée et qui m’a quittée brutalement. C’est un texte très autobiographique, intime, qui essaie au fond d’avouer ceci : le plus dur n’est pas d’être quitté, c’est de ne pas pouvoir s’appuyer sur un souvenir suffisamment solide de cet amour perdu pour vivre avec la rupture, derrière la rupture. C’est un texte sur l’oubli et la mémoire qui fuit, qui se défile, qu’on ne sait plus orpailler pour en conserver le gramme d’or qui sauve.

Dans les épreuves que j’ai lues la magnifique nouvelle « Une stupéfiante salve d’escarbilles de houille écarlate » (ma préférée) s’appelait « Bébé Barf et le mû » dans le sommaire. Vous pouvez nous parler des deux titres différents ? Comment est née cette nouvelle ? Est-ce que vous l’avez écrit en même temps que La Horde, un épisode que vous comptiez intégrer au roman mais que vous avez laissé de coté ou pas du tout ?

 

Oui, ça devait s’appeler Bébé barf et le mû, mais mon éditeur trouvait ça enfantin. Bon… Alors j’ai voulu un titre aussi délirant que le texte, aussi dingue, pour compenser. Ce texte a été écrit avant la Horde, comme une anticipation de ce qui allait se passer à Alticcio. Je ne comptais pas l’intégrer au roman, non, ça restait un délire à part. Par contre, l‘architecture de la ville est reprise de la nouvelle, totalement.

 

Y-a-t-il des nouvelles pour lesquelles vous aimeriez approfondir l’univers, que ce soit dans de futures nouvelles ou un roman ?

 

Non, pas dans un roman a priori, j’aurais l’impression de me répéter mais dans d’autres champs artistiques, oui. Une BD, une série TV, un film ou un jeu vidéo, ça je le pourrais. À mes yeux, c@ptch@ ferait un excellent jeu vidéo, avec un double univers d’évolution, virtuel et réel et un gameplay sur la capture et la furtivité. So phare away pourrait être très beau en court-métrage d’animation ou en BD, tout comme El Levir ou Annah. Sam va mieux, je le verrais bien en film réaliste. Aucun souvenir assez solide (la nouvelle) est une matrice d’histoires potentielles, qui pourrait servir de ferment à une série TV. Les prolongements d’une nouvelle sont multiples car c’est une forme elliptique qui porte à l’imaginaire.

Vous avez une nouvelle préférée, ou une nouvelle qui vous tient particulièrement à cœur que vous aimeriez mettre en avant ?

 

La plus belle à mes yeux, parce que la plus fraîche et la plus lâchée, la plus vitaliste et la plus joyeuse aussi, et parce que le barf est la matrice de Caracole et des furtifs, c’est une stupéfiante salve d’escarbilles de houille écarlate. Elle est assez difficile à lire et peut rebuter à l’entame mais elle mérite qu’on s’y accroche — et la fin, je l’adore. Je suis très attaché aussi à So phare away pour l’écriture et la poésie de l’univers. L’impression de faire exister ex nihilo un monde, c’est la plus belle des sensations.

 

Est-ce que vous pouvez nous parler plus en détails de la polyphonie dans vos écrits, ou ce que vous appelez polyphrénie dans l’entretien avec Mathieu Potte-Bonneville du numéro d’Europe consacré à Gilles Deleuze ? Voici comment vous le définissez : « La polyphonie narrative, que j ‘appelle pour mon compte polyphrénie (parce qu’elle opère comme une schizophrénie démultipliée, une vraie prolifération des points de vue sur le récit), cette polyphrénie signifie qu’on peut en finir, et avec le narrateur omniscient et avec le narrateur unique, si rassurant, qui impose sa vision et nous monologue le monde. »

C’est très simple : je ne crois plus, en narration, au point de vue subjectif unique sur le réel. Je crois que la première règle d’une écriture politique ouverte est d’offrir plusieurs points de vue sur la même réalité, et de les faire éprouver aux lecteurs. Je pense que ça enrichit considérablement l’approche d’un univers et le ressenti du lecteur en évitant de le piéger dans une seule vision du monde. C’est un choix philosophique et politique qui crée une intranquillité et aiguise l’intelligence de celui qui lit et qui doit se former une image et une opinion à partir d’axes de perception divergents. C’est très exigeant à écrire, bien sûr.

 

Je viens de relire La Horde pour la cinquième ou sixième fois, je ne sais plus… Après huit ans je suis toujours emporté et ému par les mêmes passages, la présentation de Caracole à l’Escadre Frêle, le combat de Erg face à Silène, la flaque de Lapsane, la Tour Fontaine, le Corroyeur, Alticcio, le duel de Caracole, Norska et tout ce qui se passe ensuite…. Quel est votre passage préféré de La Horde, si vous en avez un ? Personnellement, j’en ai beaucoup, mais je crois que si on me mettait un pistolet sur la tempe en me forçant d’en choisir un seul, je finirai par hésiter entre la fin de Golgoth et les dernières apparitions d’Aoi…

Je peux juste vous dire ce qui me fait pleurer si je le relis : la mort de Golgoth, l’épreuve de la Strace avec ce moment où Golgoth petit se fait râcler sur une centaine de mètres avant de se redresser et de renverser la traceuse, cette traceuse qu’on retrouve à la fin et qui continue indéfiniment de tourner devant soi parce qu’elle est la quête même, l’autodépassement dans sa pureté. Et la traversée du mur du vent par l’autour, sur le pilier Brakauer. Si je ne devais garder qu’une scène, je garderais l’autour. C’est un talisman personnel. C’est la première scène que j’ai imaginée quand j’ai conçu la Horde et elle compacte à elle seule tout ce que j’ai voulu faire : franchir un mur immatériel, le mur qui fait entrer une pièce d’art (un texte) dans la vie.

 

Vous pouvez nous parler un peu de l’éventuelle suite de La Horde ? J’adorerai en savoir plus sur l’Hordre, La Poursuite, La Pragma, les Fréoles, ou Amor Fati par exemple… Retrouver Te Jerkka ou Ne Jerkka…

 

Je peux juste dire que la Horde avait été dès l’origine conçue comme un dyptique et que la trame du tome II est en moi depuis dix ans. Je ne sais pas si j’aurais le courage de l’écrire, de replonger trois ans. Le tome II est celui de la troisième métamorphose de l’esprit telle que Nietzsche l’a décrite, celle de l’enfant qui crée. Il placera le vent bouclé, les chrones (autochrones et antéchrones) et le vif au cœur du livre. Surtout il me demandera une vraie maturité que je n’ai pas puisque ce tome entend aborder l’art (notamment l’écriture, par les glyphes) comme création de blocs de vie autosuffisants. C’est l’énigme de tout artiste : comment faire consister un bloc de mots, un trait et une couleur, tout seul, au point que l’œuvre vive seule et libère à chaque vision, à chaque audition, à chaque lecture cette puissance de vie encapsulée, bouclée. C’est mon extrême-amont à moi.

 

Quelles sont les dernières nouvelles concernant l’adaptation de « La Horde du Contrevent » ?

Bonnes. Les premières versions du scénario existent et sont très fidèles au livre. Jan Kounen et Marc Caro sont prêts. Un studio japonais va coproduire. Reste à finaliser les financements, chemin de croix de tout film !

 

Vous pouvez nous donner des infos sur le projet des « Furtifs » ?

 

Ce roman sera mon troisième. J’ai écrit 20 pages tout récemment. Enfin ! Après un an et demi de recherches sur carnet et sept ans de maturation, je peux enfin dire que le roman est commencé. Un extrait du chapitre 1 paraîtra d’ailleurs dans la Quinzaine Littéraire cet été. Je pense que vous pourrez le lire achevé dans trois ans, si tout va bien !

 

Update en octobre 2017 : 

L’adaptation de « La Horde du Contrevent » (« Windwalkers » en anglais) par le studio Forge Animation ne verra malheureusement jamais le jour… L’adaptation devait se faire essentiellement sous deux formes : film d’animation et jeu vidéo, mais le studio a hélas mis la clé sous la porte après les échecs de deux campagnes sur Kickstarter… Vous pouvez lire le communiqué de Hervé Trouillet sur Elabkin ici

Le prochain roman d’Alain Damasio, « Les furtifs » est annoncé pour 2018 ou 2019, des chapitres sont lisibles sur internet ou dans un des derniers numéros de la revue de France Culture : « Papiers n°21 ». (Il y également une interview, vous pouvez vous la procurer sur le site de France Culture ou en librairie)

 

Alain Damasio sur le site de La Volte

Le site de Jean Fontaine

Chronique du recueil « Aucun souvenir assez solide »

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