Le chien arabe de Benoît Severac, La manufacture de livres, mars 2016

 

Résumé de l’éditeur :

Sergine Ollard est vétérinaire dans une clinique des Izards, le quartier de Toulouse où a grandi Mohamed Merah. Une adolescente effrayée, Samia, lui demande d’examiner un des chiens que son frère aîné, Nourredine Ben Arfa, un caïd du quartier, cache dans une cave d’immeuble. Le docteur découvre que le rottweiler sert de « mule » : il a le ventre rempli de capsules de drogue. Le petit caïd, en passe de devenir un trafiquant majeur, organise des convois de chiens passeurs. Il est par ailleurs indicateur pour les stups de Toulouse mais aussi informateur pour le renseignement intérieur : travaillé par l’islamisme radical, le quartier est aussi un vivier pour des terroristes potentiels, et à ce titre, Ben Arfa est aussi un indic à la solde de la police.

Mais Sergine ignore tout de ce contexte : elle embarque le chien et l’examine à la clinique. C’est alors que deux jeunes la braquent et s’emparent du rottweiller et de son précieux chargement. Ces deux hommes sont les frères Hamid et Nejib Omane, islamistes radicaux, ils ont décidé de prendre le pouvoir sur le quartier en éliminant Ben Arfa, cet Arabe occidentalisé qui a refusé de soutenir le djihad. À partir de ce vol de marchandise, la jeune femme va se trouver embarquée malgré elle au milieu d’un combat entre les deux camps qui partagent les mêmes recoins de la cité toulousaine et la même culture de violence.

chien arabe

Sur la 4e de couverture on peut lire « le roman noir de la France d’aujourd’hui », et je ne peux qu’être d’accord. Bien sûr parler des cités, de trafics de drogue et de terrorisme ça n’a rien de novateur puisque tellement d’actualité, mais il y a dans Le chien arabe un regard juste, sans jugement facile, sans manichéisme. En refermant ce roman j’ai le sentiment que Benoît Severac a proposé un instantané de son quartier, confronté à des situations dramatiques et noires à souhait, ou évoluent des personnages aussi brisés, fatigués et dépassés qu’attachants, mais ou persistent des lueurs d’humanisme, d’amour, et de solidarité.

« Les gens ont eu peur. Quelque chose s’est brisé dans leur compréhension du monde (…) Autrefois, on pouvait se rassurer avec des explications simplistes et démagogiques (…) à présent on sait que ces tours de passe-passe ne suffisent pas à expliquer les évènements de ces derniers jours. Les causes ne sont plus uniques et les remèdes habituels se diluent dans le maëlstrom des origines du mal ». Ce passage qui a résonné en moi résume à mon sens assez bien le roman, les nombreuses causes d’un évènement, la multiplicité des acteurs, parfois pétris de bonnes intentions (parfois non), qui nous conduisent aujourd’hui à être si perdus dans notre société. Pourtant au milieu de ce regard actuel posé sur notre société à travers le prisme du quartier des Izards, Benoît Séverac reste je crois optimiste, parce que ce qui compte vraiment ce sont les relations humaines, en lesquelles il faut croire coûte que coûte, et un roman noir avec une pointe d’optimisme, sincèrement cela fait du bien !

2 Comments on “Le chien arabe de Benoît Severac, La manufacture de livres, mars 2016

  1. On m’en avait parlé de ce roman, mais le lecteur avait eu un sentiment de « trop peu » et je l’avais rayé de ma liste.

    Maintenant, je me tâte ! 😉

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