Rien ne se perd, Cloé Mehdi, Jigal 2016

Alerte pépite !

Mise en page 1

Cela faisait longtemps que je n’avais pas avalé un livre en une journée (non ce n’est pas une BD !), qui plus est un roman noir. D’ordinaire je prends le temps de faire des pauses pour respirer, pour assimiler la noirceur du sujet, pour me remettre de mes émotions. Là, je n’ai pas pu. Je n’ai pas pu lâcher Mattia, j’avais l’impression de tenir sa main et de l’abandonner chaque fois que je posais le bouquin. Mattia c’est un petit garçon de onze ans, personnage principal de Rien ne se perd, écrit la plupart du temps à la première personne. Je dis la plupart du temps parce que dans ce roman on change de point de vue régulièrement, celui de Zé, de Gabrielle, de Gina, de ceux qui entourent et aiment ce petit garçon même si ce n’est pas toujours facile et pas de façon conventionnelle. Grâce à ces incursions avec les autres personnages on glane un tout petit peu plus d’information que Mattia à qui on ne dit rien, parce que tu comprends on ne dit jamais la vérité à un gamin. Mais Mattia c’est un petit garçon très intelligent, très sensible, dont le père s’est suicidé et dont la mère l’a abandonné. Il ne fait rien à l’école Mattia parce qu’il ne voit pas à quoi ça sert, il voit une psy fabuleuse, parce que lui aussi a eu des problèmes, et il veille sur Gabrielle qui veut partir, en s’ouvrant les veines ou en sautant par la fenêtre peu importe, puisque la vie est tellement laide qu’il n’y a plus rien à y faire.
Bref, la vie de Mattia ce n’est pas une sitcom, et s’il en est là c’est à cause d’un «incident», un «fait divers», une bavure, un gamin massacré à coup de matraque par un flic qui a craqué, une «anecdote» qui s’est passée il y a quinze ans et que tout le monde a oublié. Tout le monde ? Non, parce qu’il y a la famille de Saïd, parce qu’il y avait le père de Mattia, éduc spé qui ne s’en est jamais remis, parce qu’il y reste des habitants dans le quartier qui bombent les façades pour hurler qu’ils n’oublieront jamais. Mais Mattia il a du mal à comprendre tout ça, et puis on ne lui dit rien, alors il cherche, il écoute aux portes, et patiemment, il reconstitue l’histoire, même s’il a l’impression de devenir fou comme son père.
Rien ne se perd m’a bouleversée, parce que Cloé Mehdi avec ses mots elle te colle directement dans la peau d’un gamin de onze ans, qu’elle dose avec précision les émotions qu’elle te fait ressentir. Ce n’est pas larmoyant, pas agressif malgré le sujet, c’est juste, vraiment juste, avec ce sentiment d’impuissance face au système qui n’incite pas vraiment à la révolte et à la violence gratuite non plus (peut-être parce que la révolte est justement portée par des femmes ?), et cette vision de la dépression aussi poignante que difficile à accepter.
Donc voilà tu prends ton sac et tes clés et tu fonces dans ta librairie préférée, parce que ce roman-là, sincèrement, il ne faut pas le laisser passer.

4 Comments on “Rien ne se perd, Cloé Mehdi, Jigal 2016

  1. Pingback: Rien ne se perd de Cloé Mehdi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *