LA SOLITUDE EST UN CERCUEIL DE VERRE, RAY BRADBURY par BD.

Ray Bradbury, roi de la science fiction essaie de mélanger les genres et rend hommage au roman noir avec La solitude est un cercueil de verre écrit en 1985.  Une nouvelle version publiée par les éditions Denoël vient de voir le jour début juin et je ne pouvais pas manquer ça !

En 1949, Venice en Californie, une série de morts étranges, mais à priori normales met en émoi cette ville en pleine mutation et perturbe le narrateur, jeune écrivain en quête de reconnaissance. Meurtres ou accidents, notre conteur, qui est très certainement Ray lui même avant ses premiers succès, va enquêter et persuader l’inspecteur Elmo Crumley que tout n’est peut être pas aussi simple et naturel.

Cette histoire plutôt surréaliste est bien difficile à cataloguer. Truffée de personnages étranges et attachants (l’inspecteur de police, l’ex star de cinéma, la vendeuse de canaris, l’ex cantatrice etc…), c’est autant le constat d’une époque en pleine conversion qu’une enquête policière. Avec ce roman très original, décalé, parfois déjanté, parfois effrayant, l’auteur distille à partir de signes de la vie ordinaire une ambiance très particulière à sa fiction.

Hommage réussi au roman noir américain, je dois cependant reconnaître une certaine lenteur a ce récit malgré une qualité indéniable d’écriture et la précision du regard. L’histoire n’est qu’un prétexte pour balayer la vie de quelques individus, leur tristesse, leur solitude, le temps qui passe et la roue qui tourne dans le bon ou le mauvais sens. Elle souligne la fin d’un monde et la plume de l’auteur, grâce à son talent arrive à nous faire toucher du doigt un monde ordinaire qui devient dérangeant. On est en plein film avec une lumière tamisée, des zooms et focus précis et de longs travellings embrumés. Oscillant entre le cinéma italien (celui de Fellini) et le cinéma américain (celui de Lynch), Ray nous emmène dans sa réalité imaginaire ou les personnages constituent la vraie trame du roman.

Les grands écrivains ne meurent jamais et j’ai été autant été perturbé par cette histoire que notre jeune écrivain. J’ai ressenti tout au long de cette lecture un malaise étouffant, omniprésent, qui s’étend à chaque protagoniste et se répand à travers les pages du livre. Ce tour de force ne pouvait être réalisé que par un Maître et là nous avons un orfèvre en la matière.

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