LA REINE NOIRE, PASCAL MARTIN (JIGAL POLAR) par Bruno D.

Noir et étonnant, ce roman de Pascal Martin est autant un roman sociétal qu’un polar noir comme Jigal s’est fait la spécialité. Bien que nous soyons en Lorraine, on ne parle pas du charbon mais d’une sucrerie installée à Chanterelle. Symbole d’une époque florissante, la reine noire, cette grande cheminée domine toujours le village. Jadis, tous les habitants du village ou presque travaillaient dans cette usine. C’était dur, puant, mais le coeur de la cité battait au rythme des récoltes de betteraves sucrières. Malgré les efforts du directeur Durand, la raffinerie a fermé,la vie a peu à peu quitté la commune, et le nouveau maire Spätz a fait main basse sur la ville.
L’ouverture du roman avec le retour de Wotjeck parti il y a bien longtemps de la bourgade et ayant fait fortune à l’étranger est un modèle du genre ; un vrai travelling de cinéma.Vêtu exclusivement de noir et roulant à tombeau ouvert dans son cabriolet BMW il est une sorte de croisement entre Dark Vador et l’archange du chaos. Impressionnant inconnu dans un premier temps et faisant peur à tous, son arrivée à Chanterelle ne passe pas inaperçue !
La découverte de la paroisse et la présentation de ses habitants restés là parce qu’il y sont nés, avec leur drames et leur désespoirs achève de nous planter le décor. Seule Marjolaine, la fille de l’ancien maire semble être un peu plus moderne et connectée.
Un seul bistrot ou tous vont commérer, la galerie de personnages est pittoresque et complète. Pas besoin de gratter bien loin pour faire ressurgir le passé, délier les langues, d’autant plus que le fils de l’ex directeur de la sucrerie nous joue le retour au pays du fils prodigue, par hasard évidemment.
Le passé, le présent, pourquoi ces deux là Wotjeck et Durand sont ils revenus ? Hasard, volonté de tourner la page, de revenir à ses origines ou d’autres raisons bien différentes ?
Incisif avec des phrases uppercut comme « A force de lui bourrer le cul,l’abbé a fini par lui coller un polichinelle dans le tiroir. L’évêque n’a pas apprécié, d’autant plus que la môme a des courants d’air dans le caberlot. » Cette gouaille de chaque instant contribue à rendre digeste ce roman classieux, crasseux, anxieux et astucieux ou l’auteur nous propose un tourbillon jouissif, mélange de faux semblants et de vraies vérités .
Comme des mouches, je vous dit ça tombe, depuis que les deux sont revenus. Chanterelle a perdu sa tranquillité et on assiste à une sélection pas toute a fait naturelle de la population locale.
Intérêts des uns et des autres, raisons larvées, les passions se déchaînent et les commentaires vont bon train au bistrot du bourg. Les apparences sont trompeuses et les fils bien emmêlés pour saisir immédiatement ou l’auteur souhaite nous emmener.

La Reine Noire, toute suintante du passé et tentaculaire jusqu’à aujourd’hui, est un bel instantané de tranches de vie, de blessures et de gueules cassées, ou le passé écrasant n’est jamais bon à être remué. Polar noir et social ,il se déguste comme une gourmandise dont on a envie de ne faire qu’une bouchée,parce que tout simplement c’est très bon.

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