LE PAYS DES HOMMES BLESSES, ALEXANDRE LESTER (DENOEL) par BRUNO D

Un livre poignant et riche d’histoire , c’est ce que vous découvrirez si vous décidez de vous laisser emporter par ce drame racontant la vie des frères Roberts et de leur famille. Vous plongerez dans la Rhodésie des années 70, ancienne colonie britannique, devenue indépendante, mais restée aux mains des blancs.
Autour de Msasa, l’exploitation familiale créée de toutes pièces par le Père Roberts à la force de ses bras et de son courage, l’auteur nous immerge lentement(150 pages ) dans l’Afrique. Il pose les bases de son récit en nous faisant sentir et respirer au plus près toute la poussière de l’Afrique, cette terre mystérieuse et attirante, mais sauvage et impitoyable. Les blancs et les noirs sont chacun à leur place mais l’équilibre est fragile, précaire. Celui qui vous respecte aujourd’hui peut vous abattre d’une balle dans le dos le lendemain.
Grande fresque d’aventure au coeur d’un pays rude, ce scénario rappellerait presque les films hollywoodiens à grand spectacle comme Out of Africa de Pollack en 1985 ou Je rêvais de l’Afrique d’Hudson en 2000. Une photographie de l’Afrique, mais également une fine analyse politique de 20 années de luttes, de jalousies larvées et de jeux de pouvoir, c’est ce que vous respirerez en suivant la vie des frères Roberts. Wayne fermier dans ses tripes, né dans la douleur mais vivant grâce à Abe et Patrick cultivé et secret plus que cultivateur.
Le décor et les personnages définitivement plantés, la colère gronde sous la forme d’une guerre civile qui va se mettre à broyer les âmes et les vies, brûler la terre, ravager les amitiés et révéler les vraies natures. La famille Roberts, Mère et Père en premier, les deux fils, et même les grands parents, tous vont être impactés par ce tourbillon de folie ou chacun fera des choix selon sa conscience et ses aspirations profondes.
L’amour et la passion de la terre pour Wayne et des motivations plus ambigues pour Patrick vont mener le rythme de ce scénario inscrit dans la rage, la douleur et le chaos. La magnificence des paysages africains autant que la faune et la culture locale auréole le récit d’une magnifique lumière.
Mon seul bémol concerne le coeur du bouquin que j’ai trouvé détaillé, mais un peu long et fastidieux. A la décharge de l’auteur, je pense qu’il fallait tout ces faits pour étayer toute la profondeur de l’action.
Le pays des hommes blessés est un formidable roman sur les enjeux du racisme et du colonialisme. La violence et le sang marquent d’une couleur rouge les contours de ce pays qui allait devenir le Zimbabwe. On y apprend, hélas que l’histoire est un éternel recommencement et que les vieilles rancunes ont la dent dure.
Cet Autant emporte le Vent africain donne un éclairage bouleversant sur les atrocités commises par des gens au nom de la haine ou de la liberté sans ce soucier qu’un jour leurs exactions viendront longtemps les hanter et seront ancrées à jamais dans la mémoire collective du pays.

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