NE FAIS CONFIANCE A PERSONNE, PAUL CLEAVE (SONATINE) par BRUNO D.

J’ai cru perdre plusieurs fois la raison lors de la lecture du dernier Paul Cleave, quoi de plus normal me direz vous pour un bouquin dont le sujet central tourne autour d’Alzheimer. Maintenant que je l’ai terminé et bien que n’étant pas client chez un célèbre opérateur téléphonique, je dois bien vous avouer que votre humble serviteur n’a pas « tout compris ».

Cette histoire d’écrivain en pleine force de l’âge et frappé par cette terrible maladie à 49 ans est une idée de génie de la part de l’auteur. Notre héros, Jerry Grey, plus d’une dizaine de best sellers à son actif, invente pour ses romans des meurtres plus ingénieux les uns que les autres. Seulement voilà, depuis que le docteur Goodstory, ça ne s’invente pas, lui a diagnostiqué la maladie, Jerry ne sait plus s’il est Jerry l’écrivain sain d’esprit, ou Henry ,son personnage de roman. Incapable de distinguer la réalité de la fiction, c’est particulièrement bien embrouillé par l’auteur.

Paul Cleave nous dévoile le mécanisme effrayant de la maladie en même temps qu’on assiste à la perte des repères de Jerry et l’effondrement de son monde (bienvenu dans le monde gouverné par le Capitaine A). Jerry a-t-il commis les meurtres dont il s’accuse ou est il dominé par son affection ? Les crises et les pertes de mémoires sont de plus en plus fréquentes et cette plongée vers le néant est savamment orchestrée par l’écrivain.

Yo yo entre les époques, fils nombreux à démêler, un avant Alzheimer et un après, un carnet de folie à retrouver, témoignage vivant du Jerry passé et pouvant peut être innocenter notre auteur achèvent de brouiller les pistes et de faire tourner le lecteur en bourrique. Ajoutez à cela quelques personnage pittoresques et ambigus et vous avez les ingrédients d’une intrigue délirante.

On nage en pleine aliénation et il est bien difficile de savoir si on est en pleine période de confusion mentale ou de lucidité. Et le problème est là ! A un moment donné, j’ai décroché à cause de la structure du roman et de ses interminables aller retour entre passé et présent et du dédoublement de personnalité façon Docteur Jekyll ou Mister Hyde. De formidable et original, je suis passé en cours de lecture à un certain déplaisir et je me suis traîné jusqu’à la fin. Après ,si c’est le but recherché, là je m’incline et  je dis Bravo !

Pourtant l’auteur prend soin de dégoupiller la gravité du propos par  un humour noir grinçant et des morceaux de bravoure. La scène du mariage ,ou les apparitions de la vieille voisine curieuse sont à mourir de rire.

Oser écrire un thriller sur un sujet délicat comme Alzheimer qui fait souffrir le patient atteint et son entourage est un acte audacieux et bien maîtrisé sur la majeure partie du roman. Je vous encourage à vous faire votre propre jugement parce que je reste globalement dubitatif. Il m’a fallut une semaine pour le terminer et même si comme le titre l’indique il ne faut faire confiance à personne, la fin, annoncée comme surprenante me laisse avec beaucoup de zones d’ombres.. .peut être celles laissées par Alzheimer justement !

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