115, Benoît Severac (La manufacture de livres)

En 2016 et notamment pendant toute la promo de Bloody Fleury, j’ai inlassablement répété que Benoît Severac avait du talent. La semaine dernière encore des collégiens me parlaient avec enthousiasme de Little Sister, et je reste marquée par Le chien arabe (Traffics en poche) que je ne cesserait jamais de recommander. C’est donc avec un immense plaisir que dès sa sortie je me suis précipitée sur 115, pour retrouver Sergine et Samia dans leur cabinet de vétérinaire.

Sans Adamat, Hiérosé n’aurait rien à perdre. Sans son fils, la jeune Albanaise n’aurait pas de raison de vivre. D’ailleurs, elle serait déjà morte. Noyée dans la mer Adriatique parce qu’elle se serait laissée couler lorsque le bateau s’est retourné entre Durrës et Brindisi. Les passeurs les ont sortis de l’eau et les ont amenés jusqu’en France où la jeune Albanaise est forcée à se prostituer. Planquée dans un container pour échapper à ses proxénètes, elle est découverte par Nathalie Decrest, chef de groupe de la Brigade Spécialisée de Terrain de la Police Nationale, lors d’une descente dans un camp de Gitans. La vétérinaire Sergine Hollard, elle, a un projet : créer une clinique ambulante qui accueillerait les animaux des SDF, seuls liens entre les indigents et le monde. Lors de la mise en œuvre de son projet, elle rencontre Cyril, un jeune autiste qui vit dans la rue sous la coupe de deux sœurs jumelles surnommées Charybde et Scylla par les sans-abri et les travailleurs sociaux. Les deux jeunes femmes, policière et vétérinaire, connaissaient les lisières de ce monde de la misère : elles vont y pénétrer pour en découvrir la violence. (source La manufacture de livres)

Jusqu’à présent j’ai aimé les côtés lumineux des romans de Severac, cette fois je dois avouer que je n’en ai pas trouvé beaucoup. Il y a dans 115 une sorte de fatalisme, derrière pourtant une foule de bonnes intentions. Les personnages y sont toujours aussi touchants, de Sergine bien sûr plus déterminée que jamais à faire le bien autour d’elle à son échelle, à Odile, SDF alcoolique qui ne trouve de sens à la vie que dans son chien, en passant par HK, chef du groupe de sans abris, qui bien que personnage mineur m’a énormément plu. Cependant (et oui bien que fan absolue je reste objective !) j’ai été un peu perturbée par la multitude de ces personnages et leurs histoires, qui certes ont du sens mais qui ne me paraissaient pas indispensables en soi. Ou plutôt les personnages sont tellement réussis que j’avais envie d’aller plus loin. Je dirai presque que j’aurai aimé deux romans, l’un avec Hiérosé autour du proxénétisme, l’autre dans le camp des sans abris avec Cyril, car je reste un peu sur ma faim.

Il n’en reste pas moins que ce très bon roman met une fois de plus le doigt sur ce que nous nous efforçons de ne pas (trop) voir, sur ce qui gangrène les quartiers, décourage (à juste titre) bon nombre de bonnes volontés, et laisse un sacré goût amer d’injustice. Même les plus déterminés à faire le bien, souvent englués dans le système, se retrouvent confrontés aux conséquences de leurs décisions, même prises dans l’intérêt de quelqu’un qu’on souhaite aider. Après tout, il paraît qu’une bonne action ne reste jamais impunie… 

 

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