The fractured Europe sequence de Dave Hutchinson

« The fractured Europe sequence » est un cycle de trois romans (pour l’instant) écrit par Dave Hutchinson, les titres sont : « Europe in autumn », « Europe at midnight », « Europe in winter ».

Dave Hutchinson est l’auteur britannique découvert ces dernières années qui m’a le plus donné envie de recommencer à écrire des chroniques pour Unwalkers…

J’entendais parler de ses deux romans « Europe in autumn » et « Europe at midnight » depuis 2014 et 2015, ils avaient tous les deux de très très bonnes critiques sur plusieurs sites anglais, (Gromovar avait aussi fait une chronique de « Europe in Autumn » sur Quoi de neuf sur ma pile ici si vous voulez un autre avis) j’ai mis du temps, mais quand le troisième tome est paru en novembre 2016, je les ai enfin lus. Et quelle révélation ! Je vais parler des trois livres dans cette chronique sans trop spoiler, au cas où un éditeur français se déciderait enfin à traduire ces superbes romans (les deux premiers avaient été nominés pour le prix Arthur C. Clarke et pour le prix John W. Campbell Memorial Award en 2014 et 2015, le troisième a quant à lui reçu le prix du meilleur roman de la British Science Fiction Association en 2016).*

*J’en profite pour faire une autre parenthèse sur le prix Arthur C. Clarke qui reste quand même à mon avis un des prix synonymes d’une certaine qualité littéraire. Contrairement à d’autres prix récompensant des romans sf et fantasy, notamment le prix Hugo qui est parasité par les sad puppies depuis quelques années, le prix Arthur C. Clarke est décerné par un comité composé de cinq professionnels issus de trois organismes britanniques soutenant la science-fiction. Regardez un peu, voici quelques gagnants depuis la première édition en 1987 : « La servante écarlate » de Margaret Atwood, « Vurt » de Jeff Noon, « Le moineau de Dieu » de Mary Doria Russell, « Perdido street station », « Le concile de fer » et « The city and the city » de China Miéville, « La séparation » de Christopher Priest, « Quicksilver » de Neal Stephenson, « Zoo city » de Lauren Beukes, « Station Eleven » de Emily Saint-John Mandel ou encore « Underground railroad » de Colson Whitehead cette année, et je ne parle même pas des différents auteurs nominés. Jugez plutôt : Elizabeth Hand, Connie Willis, James Morrow, Vernor Vinge, Mary Gentle, Octavia E. Butler, Greg Bear, William Gibson, Ian McDonald, Lucius Shepard, et j’en passe… listes que vous pouvez retrouver ici… Pour finir l’écrivaine Nina Allan (lisez son livre « La course » chez Tristram !!!!!) a organisé cette année un « Shadow jury », qu’on pourrait traduire par « jury fantôme », du prix Arthur C Clarke pour remettre en avant les discussions des jurés sur les romans et sur la « short list » des nominés et non seulement le gagnant du prix, dans l’optique de prédire le vainqueur du prix. Les différents membres du jury fantôme s’étaient décidés sur le space opera de Yoon Ha Lee « Ninefox gambit » soit dit en passant, un super livre aussi. Pour les anglophones tout est ici. Fin de la parenthèse.

De quoi parle « The fractured Europe sequence » ? Imaginez une Europe dans une vingtaine ou une trentaine d’années, après une extrême épidémie de grippe et plusieurs crises économiques et politiques qui ont laissé la majorité des pays en ruines. Les grandes nations européennes se sont plus ou moins effondrées, de multiples petits pays ou entités politiques (appelées « polities » en anglais) se sont créés sur le territoire européen, les frontières connues n’existent presque plus, de multiples nouvelles frontières parsèment désormais l’Europe de l’est, et une entreprise privée s’est lancée dans la construction d’une ligne de chemin de fer (sobrement appelée « The line ») avec pour objectif de traverser tout le continent en reliant le Portugal au fin fond de la Russie, ligne de chemin de fer qui finit par se déclarer elle-aussi une nation souveraine.

Le personnage principal du premier livre s’appelle Rudi, d’origine estonienne, il est chef-cuisinier dans un petit restaurant de Cracovie quand on le rencontre. Son patron le met rapidement en contact avec des truands mais pas n’importe quelle sorte de truands, ils se présentent comme faisant partie d’une organisation appelée « Les coureurs des bois » (en français dans le texte), une organisation aidant à passer de la contrebande dans toute l’Europe, que ce soit des personnes ou des marchandises. Lorsqu’une de ses premières missions ne se termine pas très bien pour lui, Rudi décide de s’intéresser à cette ligne de chemin de fer trans-européenne et à la direction des Coureurs des bois, tout en évitant les services de renseignements des vieilles nations européennes et des états plus récents…

Quand Rudi commence à travailler avec les Coureurs, l’auteur en profite pour assaisonner les romans de plusieurs clins d’oeil et références aux romans d’espionnage classiques de John Le Carré ou Eric Ambler, avec également une ambiance très proche de Kafka dans les descriptions des bureaucraties des différents états.

Le mélange polar / espionnage avec le coté anticipation politique et la description de cette Europe fracturée et morcelée fonctionne à merveille. L’auteur a aussi beaucoup d’humour, un humour très britannique, malgré l’ambiance très noire.

Je ne comprends pas pourquoi aucun éditeur français ne l’a encore traduit, parce que c’est également bourré de réflexions sur les frontières, sur les migrants et émigrés, et sur l’histoire de l’Europe de l’Est ou de l’Angleterre, (l’auteur n’avait pas imaginé le Brexit, mais presque…), et sur ce que pourrait être l’Europe, problèmes incroyablement d’actualité depuis quelques années.

Et en prime, une multitude de références à des spécialités culinaires de plusieurs pays d’Europe de l’est et des Balkans…

Est-ce de la sf ou du polar alors ? A part le coté anticipation politique, on pourrait croire qu’il s’agisse essentiellement d’un roman noir ou d’un roman d’espionnage, mais à la fin du premier livre, et je ne sais pas si c’est considéré comme un spoiler de simplement en parler, mais bon…., à la fin du premier livre donc, Dave Hutchinson nous assène une sacrée révélation, qui remet en perspective toute l’histoire qu’il vient de nous raconter, et qui place le livre dans un style résolument sf, proche de China Miéville ou Charles Stross.

Un autre point fort de cette trilogie est la narration et la construction des trois romans : dans le premier roman, on fait donc la connaissance de Rudi et des « Coureurs des bois », à travers son parcours, on devient de plus en plus familier avec cette Europe morcelée et en ruines. Dans le deuxième, l’auteur nous raconte une histoire parallèle à l’histoire du premier livre, avec des nouveaux personnages et des nouveaux enjeux. Et le troisième livre ? Sans trop dévoiler, disons juste que le troisième roman termine l’histoire de Rudi, et l’histoire pourrait se finir là. Mais il y aura au moins un autre roman dans ce cycle, pour l’instant rien n’est connu à part le titre « Europe at dawn ». Le site de Dave Hutchinson est aussi assez intéressant, pour ceux qui voudraient en savoir un peu plus sur lui.

Ces trois romans font partie des meilleurs romans que j’aie lus ces dernières années, les personnages sont incroyables, l’univers que Dave Hutchinson a créé est à la fois trop proche et malheureusement trop crédible sur certains points, son humour m’a fait mourir de rire à plusieurs reprises, que demander de plus ? Il y a également de nombreux passages consacrés à l’histoire ou à l’architecture de certains pays, l’Estonie (un super passage se déroule dans un parc naturel), la République Tchèque, l’Allemagne…

Pour finir, le premier roman de Dave Hutchinson intitulé « The villages » date de 2001, roman qui a l’air aussi intéressant mais je ne l’ai pas encore lu. Il vient également de publier un court roman intitulé « Acadie » dans un style assez différent, plus space opera qu’anticipation, à lire en attendant « Europe at dawn ».

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