PEACE AND DEATH, PATRICK CARGNELUTTI (Jigal) par Bruno D.

Il suffit quelquefois d’un instant, d’un regard pour changer le cours de sa vie, celui de Bob qui croise celui de Colette, c’est un des points de départ choisi par Patrick Cargnelutti  pour nous emmener dans cette histoire sur près de soixante ans. Janvier 2017, en France, une résidence pour personnes âgées, Les Lilas, Odette gît, fracassée,au bas d’un escalier auquel elle n’aurait dû jamais avoir accès. C’est le deuxième point de départ de ce roman. Colette, Odette , le mystère de la chambre 34 où sont logées nos deux mamies. Céleste Alvarez, la policière opiniâtre et perspicace est chargée de l’enquête.

Facile et évidente la thèse de l’accident coule de source, mais la Lieutenant Alvarez avec ses petites manies va vite relever quelques incohérences et l’affaire va l’intriguer de plus en plus.

Pour un premier roman, l’auteur fait preuve d’une maîtrise surprenante en nous offrant presque deux récits, deux histoires indépendantes, avec ces petits riens et ce talent de conteur qui fait que l’on accroche immédiatement à ses personnages.

Du Nevada en 1967 avec l’insouciance, la folie et la jeunesse de nos protagonistes, on passe en 2017 à la triste réalité de vies qui se terminent.

Road movie haletant pour suivre Bob et Colette au pays de l’oncle Sam, une certaine idée du bonheur taille patron fait de fougue et d’imprudences, jusqu’à ce que la guerre du Vietnam vienne rappeler qu’il faut l’approvisionner en chairs fraîches. Description d’une Amérique flamboyante avec ses grands espaces mais aussi d’une Amérique meurtrie par ses fils qui se font dézinguer à tour de bras.

On trouve donc l’opacité qui succède à l’insouciance et une certaine affection avec ces petits vieux qui se retrouvent en maison spécialisée parce que les circonstances de la vie les ont amenées là. Sacré cocktail, goûteux et savamment dosé par l’auteur, au milieu duquel se débat le Lieutenant Alvarez pour essayer d’y voir clair.

C’est touchant, drôle parfois, et si le ton semble léger, Patrick Cargnelutti aborde un grand nombre de sujets. On y parle aussi bien du communisme d’après guerre, que du devenir de nos ancêtres, en passant par le rêve américain et la résistance à l’ennemi pendant la guerre.

Mais ce qui domine dans ce livre, c’est l’amour ; celui qui nous pousse à renverser les montagnes et qui ne s’oublie jamais. L’amour avec un grand «A»,celui pour lequel on prend tous les risques celui, qui anime une famille endeuillée, prête à tout pour le bonheur de ses enfants.

Et Alvarez dans tout ça ? Seule une personne avec un passé comme le sien, semble être en mesure de comprendre cette histoire et de trier le bon grain de l’ivraie.

Encore une jolie mise en avant de Jigal Polar qui n’a pas son pareil pour dénicher de nouveaux talents. Un vrai roman noir qui se lit facilement d’autant plus que chacun y trouvera de nombreux motifs de satisfaction.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *