LE JOUR D’AVANT, SORJ CHALANDON (Grasset) par Bruno D.

«Ici,on ne revoit plus jamais le ciel. Il s’arrête au moment où la justice vous prend». Oui,c’est bien de justice qu’il s’agit dans ce roman, mais pas forcément celle à laquelle on s’attend. Vengeance contre les Houillères, culpabilité, remords, ce récit époustouflant et poignant c’est celui de la vie de Jojo Flavent et de son petit frère Michel… et de la fin d’une époque.

Deux frères, fans de courses automobiles, qui rêvent d’être Steeve Mac Queen dans le film «Le Mans». Joseph, mécanicien, cède à l’appel de la mine, contre l’avis de son père qui connaît le lourd tribut que l’on fini toujours par payer. Que voulez vous, dans le Pas de Calais en 1974 ,les entrailles de la terre et les Charbonnages de France sont un vampire encore tout puissant qui ne laisse pas le choix à ceux qui veulent travailler.

Sorj Chalandon excelle dans ce roman ou il décrit l’univers presque carcéral des mineurs et de la mine. Il rend un hommage appuyé avec force mots et descriptions d’un monde que l’on oublie petit à petit et que pourtant ici, dans la région lensoise, nous avons tous connu. Précis, émouvant, sans prendre de gants, la réalité nous saute à la gorge et on sent presque la poussière du charbon pénétrer nos poumons.

Histoire «normale» des gueules noires de la fosse 3bis, à qui le charbon donne tout pour mieux le reprendre après : un toit, un maigre salaire, l’accès aux soins dans le meilleurs des cas et dans le pire des cas, l’épuisement, la silicose et la mort.

Et puis à  6h19 du matin, le 27 décembre 1974, l’addition, la note à payer se présente. Coup de grisou, 42 victimes, rideau pour Joseph et ses camarades. Brutal, noir, imparable ! «Et il est passé d’une fosse à une autre…» peut on lire plus tard au fil du roman. Venger son frère sera l’unique obsession qui va hanter Michel Flavent pendant 40 ans.

Le quotidien des mineurs, la course à la rentabilité, la sécurité précaire, la rivalité entre ceux qui travaillent au fond et au jour, la puissance des Houillères, le militantisme et les luttes de classe, vous trouverez tout dans ce bouquin.

L’auteur raconte cette tragédie comme personne et surtout vous emmènera là ou on ne l’attend pas. En mélangeant réalité et fiction ,patiemment, il bâtit ce très surprenant scénario fait des soubresauts de la vie et de sa grande connaissance de l’âme humaine. Je ne vous en dirais pas plus pour ne pas  spoiler cet extraordinaire opus.

Je ne m’attendais pas à ce genre de livre et j’en sors encore avec l’estomac noué, les yeux humides et la certitude d’avoir replongé dans l’histoire, celle de mon Pas de Calais, dans la vie de mes grands parents, témoins et acteurs de cette vie là, qu’ils m’ont maintes fois racontée.

Sorj Chalandon nous offre un chef d’oeuvre lié au devoir de mémoire qu’il agrémente d’ une bouffée d’humanité dans l’air viciée de la mine.

2 Comments on “LE JOUR D’AVANT, SORJ CHALANDON (Grasset) par Bruno D.

  1. ce livre est effectivement magnifique et très émouvant. c’est un témoignage indispensable.Tout y est : la langue, le style, l’histoire, le scénario, les personnages, la décor, la noirceur… Je suis sûr qu’il pourrait faire un tout aussi bon film.

  2. oups, j’ai envoyé avant de finir…

    j’avais pas eu le temps de dire que c’était une bien belle chronique et que j’étais content que quelqu’un parle de ce livre !

    la bise à toute l’équipe et au Boss !!

    JC

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