Les Chiens de Détroit (Jérôme Loubry – Calmann Levy Noir)

« C’est beau une ville la nuit » disait Richard Bohringer, on voit qu’il n’a jamais mis les pieds à Détroit, ou bien c’était il y a longtemps ou bien il a oublié.

Jérôme Loubry lui il s’en souvient très bien de ce fleuron de l’industrie automobile made in USA, de cette ville riche et prospère…sauf que ça date d’une autre époque.

Jérôme il ne nous parle pas de ce Détroit là mais de celui de 2013, celui de l’après faillite de cette ville. Celui qui ressemble plus à une ville dévastée par un ouragan (économique ici en l’occurrence) ou victime d’une sombre malédiction (celle du Géant des Brumes pour l’occasion).

Parce que voyez-vous ici, à Détroit (ou plutôt ce qu’il en reste) un individu au physique peu discret kidnappe des enfants… comme il y a quelques années… sauf qu’avant on les retrouvait mort étranglé très rapidement…

L’histoire que nous conte Les Chiens de Détroit s’étend de la fin du 20ème siècle jusqu’à la fin de la première décennie du 21ème

Deux siècles. Deux flics. Une Ville.

Et tout cela est ainsi lié par la corrosion, celle qui a rongé la ville, la menant pas après pas à la faillite. Abandon des maisons, des stades, des lieux publics…Erosion du système social et augmentation du chômage. Population en baisse, criminalité en hausse. La ville est abandonnée, livrée à tout un chacun…

La preuve ne dit-on pas que le Géant des Brumes qui à sévit en 1998 est de retour, accompagnés de ses chiens errants. Les enfants ont recommencé à disparaitre après 15 ans de silence.

Déchéance aussi de l’inspecteur Stan Mitchell dont la vie est au diapason de sa ville, parfait écho vivant d’une ville morte et qui tente de s’accrocher, encore un peu…au cas où. Un homme marqué par sa violence qui sombre au fil de l’enquête dans les mêmes abysses de solitude que les rues et les maisons qui l’entourent.

Sarah Berkhamp sert l’intrigue plus que l’atmosphère d’échec social. Son âge, sa nouvelle prise de poste, le coupable qui, arrêté, refuse de parler à quelqu’un d’autre qu’elle. Elle est le moteur de l’intrigue, bravement secondée par Stan, chacun y ajoutant qui son histoire, qui ses secrets, qui sa philosophie…

Plus que le schéma et le sujet de l’enquête (dont je ne vous causerai pas, faut vous laisser du plaisir aussi), les parallèles entre l’homme et la ville, leurs assimilations réciproques de ce qu’ils subissent de la même manière, chacun à son échelle sont le fond de ce premier roman de Jérome Loubry.

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