LE FANTOME D’HOLLYWOOD, RAY BRADBURY (Denoël) par Bruno D.

Ce roman fait suite  à La solitude est un cercueil de verre du même auteur (chroniqué ici) et paru chez Denoël également. Il constitue un témoignage fameux sur la vie des studios hollywoodiens de la grande époque. On retrouve la plume virevoltante qui nous plaît tant chez Ray Bradbury et il pose les jalons d’une histoire hors du commun comme lui seul sait le faire.

Avec humour et force descriptions, c’est à une immersion totale dans l’industrie cinématographique des années cinquante que nous convie un auteur au sommet de son art. Fantasque, ironique tout autant que précis et acerbe, il nous dépeint sous un large spectre les pérégrinations d’un jeune scénariste qui n’est autre que lui même.

Un projet de film autour d’un monstre, le fantôme d’un ancien directeur de studio qui apparaît perché sur le mur du cimetière jouxtant les studios Maximus, le tout par un soir d’halloween et c’est parti pour une histoire déjantée mais sérieuse, ou les cadavres s’accumulent, les hypothèses les plus folles circulent et surtout ou le grand Ray s’amuse comme un fou pour brouiller les pistes en nous faisant côtoyer des décors fabuleux et impressionnants.

Polar bizarre, satire fine de ce monde recroquevillé sur des certitudes fragiles, c’est absolument truculent. On rattrape avec bonheur les personnages du premier roman  comme l’inspecteur Crumley ou Constance, la star d’un autre temps, mais que dire des acteurs qui jouent en continu  leurs rôles, y compris à l’extérieur des studios ! Prenez un Jésus Christ toujours vivant avec de vraies stigmates, un ancien maquilleur de Lénine, le docteur Phillips qui ne vend pas que des médocs licites ; ajoutez à ceux-ci un réalisateur de génie grande gueule, un directeur de studio énigmatique, une monteuse hors pair et vous aurez une galerie de personnages extraordinaires apportés sur un plateau… De cinéma, cela va de soit par un Ray inventif et malicieux dans les grandes largeurs.

Roy, maquettiste de génie, Clarence, vieux chasseur d’autographes et «La Bête» que vous rencontrerez peut être complètent ce tableau de la meilleure inspiration.

Personnages passés et présents se croisent pour donner un récit sombre et angoissant par moment et la vérité ne sera pas forcément là ou on l’attend. Maître Ray Bradbury est au commande dans ce 2ème opus oscillant entre hommage au polar noir et hommage au cinéma américain. Un modèle de réalisation et de dérision doublé d’une mécanique de précision pour un grand roman de fiction écrit avec poésie, nostalgie et un sens inné d’un fantastique dosé à merveille.

Le cercueil de verre était un tour de chauffe, Le fantôme d’Hollywood est une gourmandise à déguster lentement comme on savoure un grand cru. Merci aux éditions Denoël de remettre cet auteur au goût du jour parce que pour paraphraser une célèbre marque, Ray Bradbury le vaut bien !

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