Ils ont voulu nous civiliser, Marin Ledun (Flammarion)

J’ai été marquée à vie par Les visages écrasés, roman fabuleux dans lequel Marin Ledun dénonce la souffrance au travail et l’impuissance de ceux dont le métier est justement d’accompagner les employés en difficultés. J’ai aimé l’adaptation qui en a été faîte sous le titre Carole Mathieu. Cette fois encore en refermant Ils ont voulu nous civiliser, je ne suis pas déçue.

La force de l’écriture de Marin Ledun c’est de pouvoir en peu de pages (clin d’œil à mon confrère Bruno), nous faire aimer des personnages atypiques, nous parler de leurs souffrances, sans jamais tomber dans la caricature et l’excès. 

Ici nous sommes en pleine tempête dans les Landes, un petit malfrat , qui survit grâce à de petits trafics, fais un jour le mauvais choix en agressant le plus gros malfrat à qui il refourgue d’ordinaire sa came. Il y avait un sac de billets, trop tentant, il part avec. C’est ainsi qu’il nous emmène dans une course poursuite au milieu d’une nature déchaînée qui se termine dans une ferme ou Alezan s’est préparé à affronter une guerre toute sa vie. Traumatisé par la guerre d’Algérie, il a même fait mieux que d’anticiper une catastrophe, il l’a prophétisée, espérée et attendue. Alors quand la tempête éclate et remet tous ces imbéciles « modernes » à leur place, c’est déjà beau, mais quand il se  retrouve avec Ferrer, son sac rempli de billets et trois gros durs qui veulent sa peau, c’est l’extase, et l’homme qu’il a été refait surface.

Ce roman c’est nous montrer ce que la vie (et pas la rose) peut faire des hommes, ce que les guerres laissent derrière eux, ce que les différences de mode de vie entre les générations peuvent causer aussi. C’est voir comme la société peut broyer même des gens biens pour en faire des délinquants, c’est constater comme la souffrance peut faire de nous des monstres, car il y a cette rage, quelle soit tapie au fond de nous ou juste en surface, et qui remonte dès que la porte s’entrouvre. 

Moi qui aime le roman noir quand il est juste, quand les personnages sont intéressants et que les messages sont importants j’ai pris beaucoup de plaisir avec Ils ont voulu nous civiliser. Beau dans sa construction, entre flash- back en Algérie, parallèle avec la nature et course poursuite, beau dans l’écriture, beau dans le fonds, beau parce qu’ils m’ont touchés ces personnages, tous, qu’ils soient « méchants », « un peu méchants » ou très « méchants ». J’avais juste envie de les prendre dans mes bras en leur disant que oui la vie est injuste, car une fois de plus Marin Ledun ne nous donne pas de solutions, mais il montre une nouvelle facette de notre impuissance. Comprendre pourquoi l’autre en arrive là c’est déjà un premier pas non ?

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