DE CAUCHEMAR ET DE FEU, NICOLAS LEBEL (Marabout Thriller) par Bruno D.

Un quatrième bouquin pour Nicolas Lebel en 2017, tout comme son pote Olivier Norek, c’est à croire qu’ils font vraiment tout pareil les deux copains. Olivier a changé de personnages et d’histoire en s’immergeant dans la jungle de Calais ; Nicolas lui est resté fidèle à son Capitaine Mehrlicht pour notre plus grand plaisir.

Paris, au moment de Pâques, juste après les attentats de Bruxelles, un homme d’une soixantaine d’année est retrouvé assassiné dans un pub, une balle dans chaque genou, une troisième dans le front. Départ sur les chapeaux de roue pour Mehrlicht, Dossantos, Latour, Matiblout, Carrel et la nouvelle stagiaire souffre douleur Laura Reinier.

Nicolas Lebel nous livre un  fameux script porté par une écriture riche et profonde. Les personnages principaux, qu’il fait d’ailleurs évoluer dans leurs vies personnelles de façon fort adroite tout au long des quatre épisodes sont un régal.

Mehrlicht dont la seule description me fait hurler de rire à chaque fois répond présent sous la plume de son auteur : « La comparaison avec la grenouille était flatteuse. La rainette à laquelle on associait le petit capitaine de police avait du agoniser de longues heures sous un soleil de plomb avant de passer sous une roue de camion ». C’est un festival de bons mots à chaque instant, une perfusion de plaisirs livrés par un écrivain en état de grâce… et je ne vous parle pas de Julien Lepers !

Du Mehrlicht pur jus ; c’est ce qu’on aime depuis le début et on en redemande. Notre auteur l’a bien compris et applique sa recette à la lettre.

Mais il n’y a pas que cela. Nicolas Lebel construit avec De Cauchemar et de feu, une intrigue à partir de l’amitié et de la vie d’une bande de jeunes potes : Paul, Ben, Seamus, Matthew, Phil et les jumeaux Flaherty. Leurs vies ordinaires seront bien vite pulsées et exposées au tourbillon de l’histoire avec un grand « H », et tous auront un destin peu ordinaire : « un jour,on a dix ans et on joue avec les copains. Un jour, on a vingt ans et les copains viennent vous coller une balle dans la tête ». L’écrivain rouquin explore les soixante dernières années de l’Irlande et décode avec passion et justesse un des conflits les plus brutaux et sanglants qu’ait connu l’île britannique.

C’est documenté, précis et flamboyant. Derry, son  quartier catholique du Bogside, Le Croquefeu et ses légendes n’auront plus de secret pour vous. De l’Irlande à la France, le feu couve et attise des desseins bien sombres. Mehrlicht et ses collaborateurs, très à la peine vont avoir bien du mal à suivre le rythme imposé par les cadavres qui s’empilent.

Mais il y a bien d’autres choses au sein de ces 415 pages. Nicolas Lebel se permet un parallèle entre cette Irlande sanglante et le visage terroriste d’aujourd’hui. Il pointe également la déliquescence du monde moderne que la technologie rend fou alors qu’elle devrait être source d’apaisement et de facilité. L’église, retranchée derrière ses secrets et qui blanchit bon nombre de vils individus comme le casino blanchit l’argent sale est aussi pointée du doigt pour sa très grande mansuétude. Et puis,si on en  doutait encore, l’extrémisme de droite n’est pas la tasse de thé de l’auteur. Alors bien sûr, c’est une fiction, mais tout ça semble tellement réel !

Des personnages attachants, un synopsis complexe, des idées à foison, Nicolas Lebel signe ici son roman le plus abouti. Entre fiction et réalité, ce quatrième opus est une réussite totale. C’est l’oeuvre de la majorité et Nicolas Lebel mériterait d’être autant dans la lumière que certains parce que là on est très très haut !

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