Des nouvelles de George Pelecanos

George Pelecanos fait partie des quelques auteurs que j’ai découverts quand j’ai commencé à travailler en librairie en 2002, avec Dennis Lehane, Richard Price et les regrettés Donald Westlake et Ed McBain.

Je crois qu’un de ses premiers romans que j’ai lus était « Liquidation », une des aventures de Nick Stefanos (le cycle des aventures de Nick Stefanos se compose de : « Liquidation », « Nick la galère » et « Anacostia river blues »). C’était la première fois que je lisais un polar comme celui là, dans lequel une ville, ici Washington, était un personnage à part entière et l’accent était mis sur les rapports entre les communautés, le tout avec une écriture rythmée et bourrée de références musicales. J’ai retrouvé tout cela ensuite dans les polars de Dennis Lehane et Richard Price, mais à l’époque j’étais surpris et emballé.

Quand quelques temps plus tard j’ai entendu qu’il avait aussi travaillé sur une série policière à la production et à l’écriture, « The Wire » (en français « Sur écoute ») créée par David Simon et Ed Burns, avec également Dennis Lehane et Richard Price aux scénarios, je me suis dit que je devais y jeter un œil.

J’avais réussi à voir la première saison en vo sous titrée sur Canal Jimmy à l’époque, en 2004, et là aussi j’ai été emballé aussitôt. « The wire » est une des trois ou quatre séries des années 2000 avec « The Sopranos », « Six feet under », ou « Oz » qui ont ouvert la voie aux grandes séries venues après comme « Breaking Bad », « The Shield » ou « Southland ».

Le reste est connu : les cinq saisons ont été diffusées sur HBO de 2002 à 2008, les critiques encensant la qualité de l’écriture, sa mise en scène, et son réalisme, « The wire » n ‘étant pas juste une série policière classique mais plutôt un film de 50 heures montrant comment les riches et les pauvres vivent en Amérique aujourd’hui. La série est aujourd’hui considérée comme une des plus grandes séries télé de l’histoire, certains critiques américains disaient à l’époque que si Dickens était encore en vie, il écrirait pour « The wire », et il s’agit de la première série télé pour laquelle il y a eu un cours régulier à Harvard. Il y a quelques années,  des colloques à l’ENS autour des cinq saisons de la série avaient eut lieu, et la maison d’édition Les Prairies ordinaires avait publié en 2011 un recueil d’essai disséquant chaque saison « The wire, reconstitution collective » puis La Découverte en 2014 a publié un autre livre dessus : « The wire, l’Amérique sur écoute ».

Que dire de plus, cette série sur le trafic de drogue à Baltimore est magnifique, tous les personnages sont criants de vérité, sans aucun manichéisme, c’est une photographie de la vie dans une grande ville américaine, et par extension une étude sociologique de la société américaine contemporaine (et même occidentale), et là aussi, la ville de Baltimore est un personnage à part entière. Chaque saison étant consacrée à un élément en particulier, la première sur le trafic vu du coté des flics et des dealers, la deuxième centrée sur les docks et la fin de la classe populaire des dockers syndiqués, la troisième centrée sur les rapports entre la mairie et la police, la quatrième sur l’école et sur les ratés du système scolaire américain, et la dernière saison centrée sur comment tout ça est vu dans la presse écrite, avec là-aussi un accent mis sur la fin annoncée de celle-ci.

Cette série a également lancé ou relancé la carrière d’une belle brochette d’acteurs incroyables comme le grand Idris Elba, inoubliable dans son rôle de Russell « Stringer » Bell, Michael K. Williams (Omar Little, « Omar comin’ yo!), Wood Harris (Avon Barksdale, « I’m just a ganster, I suppose »), Lawrence Gilliard Jr (D’Angelo « D. » Barksdale), Anwan Glover (Slim Charles), Jamie Hector (Marlo Stansfield, « My name is my name! »), Michael B. Jordan (Wallace… le face à face à la fin de la première saison entre D’Angelo et Stringer : « Where is Wallace?! String ! Where is Wallace?? »…) (Regardez un peu la trajectoire de Michael B. Jordan : Wallace dans « The Wire », Vince Howard dans « Friday night lights », quelques autres petits rôles, puis « Creed » de Ryan Coogler, et cette année Erik Killmonger dans « Black Panther » du même Ryan Coogler), J. D. Williams (Preston « Bodie » Broadus), Dominic West (Jimmy McNulty, « What the fuck did I do? »), John Doman (Major Rawls, « These are for you detective »), Frankie R. Faison (Ervin Burrell), Wendell Pierce (William « Bunk » Moreland, « A man must have a code »), Clarke Peters (Lester Freamont), Lance Reddick (Lt Cedric Daniels), Sonja Sohn (Shakima Greggs), Chris Bauer (Frank Sobotka), Gbengba Akinnagbe (Chris Partlow), Aidan Gillen (Thomas Carcetti, qui plus tard jouera Littlefinger dans « Game of thrones »), Reg E. Cathey (Norman Wilson), Isiah Whitlock Jr (sénateur Clayton « Clay » Davis, « Sheeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeet! »)

Bref, je m’arrête là, il faudrait recopier l’intégralité du casting, et je pourrais en parler pendant des heures..

Pelecanos a poursuivi sa collaboration avec David Simon ensuite pour les séries « Treme », superbe série sur la Nouvelle-Orleans juste après Katrina, et cette année avec « The Deuce », excellente série sur l’explosion du cinéma porno à New York en 1971 (avec toujours Richard Price à l’écriture, plus une auteure que j’aime beaucoup : Megan Abbott). Trois saisons de « The Deuce » sont prévues, la deuxième saison devant se dérouler dans les années 80 et la dernière durant les années 90.

Je me suis ensuite attaqué à son roman « Blanc comme neige », et ses suites lorsqu’elles paraissaient : « Tout se paye » et « Soul circus ». Et c’est vraiment avec ces romans que je suis devenu accro. Pour mémoire, ces romans mettent en scène Derek Strange et Terry Quinn, deux anciens flics devenus détectives privés, l’un noir, l’autre blanc, toujours à Washington. Aujourd’hui encore, ces trois romans restent dans mes polars préférés, ce sont les premiers polars que j’ai lus qui étaient édités chez des éditeurs non spécialisés en polar (édités chez L’Olivier à l’époque). C’est à cette époque aussi que j’ai regardé avec un peu plus d’attention les auteurs que publiait L’Olivier, et c’est ainsi que j’ai lu deux autres de mes auteurs préférés : Pete Dexter (« Paperboy » et « Train » sont des chefs-d’oeuvre) et Iceberg Slim…

(Pelecanos a écrit deux autres romans avec le personnage Derek Strange en 2004 et 2012 : « Hard revolution » et « What it was », publié en français sous le titre « Red fury », centré sur la jeunesse de Derek Strange en 59 et 72).

Son quatuor composé de « Un nommé Peter Karras », « King Suckerman », « Suave comme l’éternité » et « Funky guns », revisitait les années 50, 70, 80 et 90 à Washington, et si vous ne les avez pas lus, arrêtez-tout de suite de me lire et allez les acheter chez votre libraire préféré !

A coté de ces cycles, Pelecanos a écrit de nombreux romans noirs, des « one-shot », dont quelques-uns peuvent paraître moins marquants, mais tout est pardonné quand on lit « Drama City », à mon avis un de ses plus beaux romans noirs :

Lorenzo Brown, sorti de prison depuis plusieurs mois, a retrouvé le quartier de sa jeunesse à Washington. Il travaille dorénavant pour la humane society, un organisme chargé de lutter contre les mauvais traitements infligés aux animaux domestiques. Rachel Lopez est l’agent de probation chargée de surveiller d’anciens détenus sur le chemin de la réhabilitation, dont Lorenzo un de « ses préférés », qui désire réellement rester sur le droit chemin. Autour d’eux gravitent des truands, des dealers, des gangs, parmi lesquels d’anciennes connaissances de Lorenzo : Nigel et Deacon. Lorenzo et Rachel, pris au milieu d’une querelle entre les deux trafiquants, se trouvent confrontés à leurs ambiguités et contradictions, et obligés de faire des choix.
Georges Pelecanos livre un instantané de la vie dans un quartier populaire de Washington. Roman noir montrant de simples hommes et femmes face au destin et au déchaînement de la bêtise humaine, Drama City marquait un tournant dans l’oeuvre de Pelecanos; la colère et la rage de ses premiers romans étant moins brut, mais toujours présentes.

Début 2010, Pelecanos a commencé une nouvelle série de romans avec son personnage de Spero Lucas, ancien Marine devenu détective privé, on retrouvait dans les deux romans « Une balade dans la nuit » et « Le double » tout ce qui fait la force de Pelecanos, les dialogues qui fusent, les références musicales, le style cinématographique de ses romans, et le coté étude sociale centrée sur les quartiers de Washington, et toujours beaucoup d’humour.

Bref, si je vous parle de George Pelecanos aujourd’hui, c’est parce que depuis « Le double » en 2013 il n’y avait aucune info concernant un éventuel prochain roman, un recueil de nouvelles était paru en 2016, « La dernière prise » mais sinon rien de plus…

Jusqu’à aujourd’hui… En surfant sur le net je suis tombé sur ça :

https://www.hachettebookgroup.biz/titles/george-pelecanos-1/the-man-who-came-uptown/9780316479820/

« The man who came uptown » :

A young man just out of prison finds his path to a new life intersecting with the librarian who befriended him inside, and the crooked cop who helped him get out.

Traduction :

Un jeune homme fraîchement sorti de prison prêt à reconstruire sa vie va recroiser la route du bibliothécaire avec qui il a sympathisé en prison, ainsi que celle du flic ripou qui l’a aidé à être libéré…

Le titre est annoncé pour septembre 2018 en anglais, publié par Little, Brown and Company, et nul doute que Calmann-Lévy le traduira aussi…Un livre de plus à ajouter à ma pile pour 2018 !

Pour terminer, lisez Pelecanos et regardez les cinq saisons de The wire si ce n’est pas encore fait ! (En fait, regardez toutes les séries de David Simon : « The corner », « The wire », « Generation Kill », « Show me a hero », et « The Deuce » !)

 

George Pelecanos sur le site de L’Olivier, sur le site du Seuil, sur le site de Calmann-Lévy, sur le site du Livre du poche

 

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