RAVAGES, ANNE RAMBACH (RIVAGES /NOIRS) par Bruno D.

Voilà une bien jolie découverte parue chez Rivages noir en 2014, pas étonnant au vu du catalogue de cette maison. Journaliste d’investigation, Dominique André est retrouvé mort à son domicile par son amie Elsa Délos. Tout indique un suicide, mais cette dernière refuse cette hypothèse et demande à une amie et collègue Diane Harpmann de l’aider à découvrir sur quoi travaillait « le suicidé ».

On se dit que c’est classique et que le sujet a été maintes fois exploité. Et pourtant, on se retrouve vite embarqué dans une histoire haletante et irrespirable sur fond du scandale de l’amiante. Addictif et très perturbant, ce roman est un témoignage poignant sur les ravages de l’industrie de l’amiante et sur l’amnésie et implication des pouvoirs publics.

Complots, tueurs à gage, manipulation de l’information et des acteurs, chocs et vérités multiples difficiles à remonter, on retrouve tous les ingrédients du thriller. Se méfier de tous est une règle de survie et trier le bon grain de l’ivraie demande précision, entêtement et une prise de risque maximum. Noir et documenté à foison, l’auteure, qui n’oublie pas son métier de journaliste, nous délivre une histoire effroyable. Elle décode le scandale de l’amiante depuis sa source et nos deux journalistes, Elsa et Diane, nous font découvrir l’incroyable crise sanitaire que beaucoup ont cherché à minimiser ou à étouffer. On se prend à vibrer et à avoir peur pour nos deux héroïnes et surtout on se demande, ébahis et les yeux grands ouverts, si on a bien tout compris.

Bien sûr c’est une fiction. L’accointance des milieux industriels et médico  politico judiciaires est une pure vue de l’esprit ! Tout cela est à vomir. On y trouve également une autocritique des journalistes qui ont fermé les yeux et n’ont pas fait leur boulot, une mafia omniprésente lorsqu’il s’agit de gratter du fric et doucement on arrive à une conclusion pleine de rebondissements, mais qui finalement ne constitue ni une surprise, ni un aboutissement. Pourquoi ?

Parce que la moelle de ce scénario est une réalité avérée, ou l’absurdité humaine bouffie par le pognon ronge jusqu’au cœur des poumons la vie qu’il reste à aspirer et à sucer chez les ouvriers.  Véritable mise en lumière d’une industrie asphyxiante et manichéenne, on sort de ce thriller sonné et révolté par les faits démontrés et la complaisance des plus hautes autorités de notre pays.

Ce polar se dévore littéralement et Anne Rambach réussit magistralement à lier intrigue policière et grave problème de société. Elle ne triche pas et en bonne journaliste qu’elle est, vous trouverez neuf pages à la fin avec toutes ses sources.

Une plongée noire dans un enfer bien caché qui vous tuera, c’est cela le Ravages d’Anne Rambach. A lire et surtout à redécouvrir de toute urgence parce que c’est à la fois flippant,noir et sans concession.

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