Ils ont voulu nous civiliser.(Marin Ledun – Éditions Flammarion) par le Corbac

Ça c’est un coup de coeur, un coup au coeur… Ça c’est un livre qui me parle et que je comprends. Il est court et concis, vif et vivant, un peu nihiliste et très théâtral.

Il est venu me murmurer des souvenirs que je croyais oubliés, que je pensais perdus. Il est venu me dire que Marin était un tragédien… ,Dans le fond bien évidemment mais surtout dans la forme… Pardonne moi Marin si je fabule ou si j’ai mal lu… mais ce sont mes années universitaires que ton roman est venu rappeler à mon bon souvenir. Tu as su savamment et avec élégance mélanger la tragédie grecque et la classique, tu as su nous emmener au théâtre sans nous faire bouger de chez nous, nous projeter devant une scène et nous faire voir ce qu’est une pièce de théâtre tragique en prose. (Tu sais comme les Petits Poèmes en Prose de l’ami Baudelaire, toi tu as fait pareil avec le théâtre ) Tu respectes à la lettre les règles classiques et antiques pour nous emmener dans cette pièce en 5 actes (Exposition-Entrée de l’élément perturbateur – La recherche de la solution -Le Nœud de l’action -Le dénouement) avec sa règle de vraisemblance (temps-lieu-action), avec son chœur et ses acteurs, ses chants et ses dialogues…

Le chœur antique qui entoure la scène sur laquelle se joue la vie de tes 4 personnages (oui oui je dis 4 car comme dans l’antiquité tu fais jouer à un frère les deux en même temps) c’est la Nature ou plutôt cette tempête qui va chanter sa douleur, leurs douleurs, celle qui va se déchaîner avec la même violence que ce que vont vivre tes personnages. Le chant de la Nature rythme les actes de cette tragédie, parfois lent, parfois rapide mais toujours présent et puissant… Le chant du Destin.

Et tu continues en respectant le sujet tragique : un sujet mythique ou historique… et là tu te donnes le droit de faire les deux. Historique avec cette vision de la guerre d’Algérie. Mythique parce que la lutte de tes héros est éternelle (le bien le mal et la société ). Tu sais nous toucher en distillant une certaine angoisse, tu sais faire naître la pitié avec ces personnages broyés par les conséquences de leurs erreurs.

Et puis ton final. Ta dernière phrase… Cette fin morale qui nous oblige à nous interroger, à vouloir nous améliorer, nous pauvres hères, en luttant contre nos passions destructrices.

Oui je le dis ton dernier roman Marin Ledun est une oeuvre théâtrale splendidement mise en scène et qui m’a procuré un plaisir immense. Et comme dirait Boileau: « Qu’en un jour, qu’en un lieu, un seul fait accompli tienne jusqu’à la fin ce théâtre rempli ». J’espère que les spectateurs se presseront pour les prochaines représentations. Merci.

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