LE 33e MARIAGE DE DONIA NOUR, HAZEM ILMI (Denoël) par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "LE 33e MARIAGE DE DONIA NOUR"On reçoit quelquefois un bouquin qui paraît à priori bizarre et particulier en se demandant si c’est du lard ou du cochon (vous allez comprendre l’allusion), et on tombe finalement sur une perle à la saveur raffinée à laquelle on ne s’attendait absolument pas !

Egypte 1952, Ostaz Mokhtar, épicurien, objecteur de conscience ou plutôt philosophe, disparaît de chez lui brutalement au milieu d’un inexplicable brouillard.

Presque cent ans plus tard, Egypte 2048, le pays est a la botte d’une organisation Le Nizam, une espèce d’ Islam corrompu utilisant les dernières techniques de la science pour soumettre et éradiquer toutes autres formes de pensée possible. C’est là que vit Donia Nour, avide de liberté, arnaqueuse d’hommes fortunés à la recherche de jeunes femmes pures(vierges), et refusant le carcan du Nizam. Ces deux personnages principaux vont nous accompagner tout au long du roman et vont servir à l’auteur pour s’exprimer.

Ce premier roman, écrit sous pseudonyme, est une autodérision délicieuse et hilarante de l’islam et du Coran accaparé par Le Nizam. Jusqu’au plus profond de votre être le Nizam vous endoctrine allant jusqu’à lobotomiser l’esprit de ses concitoyens en diffusant la nuit pendant leur sommeil des messages publicitaires, c’est le Sleepvertising. Des cabines automatisées de prière (ou vous devez bien appuyer le front au sol jusqu’au clic sonore) comptabilisent la dévotion de chaque individu et des bons points sont attribués pour chaque bonne action, censée garantir d’aller au ciel ! Tous sont épiés, surveillés, élevés dans la peur et contrôlés du matin au soir. La moindre pensée est saisie, décortiquée, interprétée, par des capteurs ultrasensibles. Cerveaux sous surveillance et dictature informatisée sous l’œil (énorme) des GM, sorte de robots volants, dotés d’armes et de scanners divers, on est ici dans un univers pernicieux et trouble que Tim Burton aurait pu créé !

Ce roman atypique est cependant d’une folle complexité car derrière cet asservissement de la population (répartie dans le pays en trois zones selon leur pauvreté ou leur richesse) se trouve une fine satyre de tout despotisme qu’il soit religieux ou autre. Une profondeur de raisonnement rendu facilement compréhensible par un humour sans faille qui fait saliver tout au long du récit. C’est très drôle, inattendu, et ça permet de faire passer des idées par le sourire. C’est une remarquable étude et un démontage jubilatoire d’une doctrine dépassée, faite par un neuroscientifique égyptien qui philosophe à travers ses personnages et démonte la stupidité de ces régimes totalitaires.

S’il fustige cet absolutisme, l’auteur pointe également une vérité commune à tout ces délires ou on toujours les mêmes causes : une caste minoritaire qui s’en met plein les fouilles et qui a tout intérêt à laisser les mécréants dans l’ignorance. « La religion, c’est ce qui empêche le riche d’être assassiné par le pauvre » Napoléon ! L’auteur dénonce par le biais d’ Ostaz et de Donia  l’ archaïsme de cette société patriarcale qui n’a pas évolué dans le bon sens bien que nous soyons en 2048 !

Phrases chocs « les pauvres étaient déjà considérés comme un réservoir d’organes » ; la religion n’est qu’un prétexte pour piller toutes les richesses du pays et maintenir le peuple dans l’ignorance,  c’est clair net et sans bavure.

Entre cupidité, folie douce et aveuglement, on ne peut que sourire aux démêlés de nos héros qui vont souffrir le martyr. Ils vont payer de leur personne et l’intervention de quelques Ilmanis (vous verrez bien) ne sera pas de trop.

Un grand roman idéologique et futuriste sur la condition humaine et l’oppression des peuples, c’est ce que vous trouverez dans ce premier roman de Hazem Ilmi. Je comprend fort bien qu’il ait choisi un patronyme parce que cette réflexion engagée ne plaira pas à tout le monde. Pour ma part, j’ai adoré !

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