Le salon de beauté, Melba Escobar (Denoël) par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "Melba Escobar LE SALON DE BEAUTE"C’est une jolie découverte que ce roman de Melba Escobar publiée en France pour la première fois grâce aux éditions Denoël. Rien qu’ avec le patronyme de l’auteur, on devine vers quelle destination on embarque. La Colombie donc pour toile de fond et un salon de beauté huppé et bien fréquenté sera au cœur de ce bouquin noir et social à la fois.

Ce n’est pas souvent qu’on a l’occasion de se rendre dans ce pays dont on parle plutôt sur les chaînes d’infos aux heures de grandes écoutes. Trop peu pour en prendre le pouls, sonder l’âme de ses habitants, et découvrir une réalité malsaine et glauque teintée de violence sous un climat somme toute assez suffocant.

Notre personnage principal, Karen, est une jeune femme métisse, à la beauté hypnotisante, ballottée par des choix de vie discutable. Enceinte de bonne heure, elle a du laisser son fils chez sa mère à Carthagène en attendant d’avoir les moyens de l’élever seule. Depuis janvier 2013 à Bogota, elle parvient à se faire embaucher dans Le Salon de Beauté, signe pour elle d’un nouveau cycle et d’ un horizon plus dégagé.

Claire Dalvard, française de 57 ans retourne en Colombie ou elle a vécu jeune, installer son cabinet de consultation à Bogota après son divorce parisien. Elle sera notre œil et notre narratrice, en même temps qu’une cliente assidue du fameux salon ou elle fera la connaissance de Karen.

Dans les cabines ou sont prodigués les soins, les langues se délient et certaines plus que d’autres ; complicité et connivence peuvent se nouer entre clientes et esthéticiennes et c’est ainsi que Sabrina s’épanche un peu auprès de Karen sur la rencontre à venir avec son amoureux. Le lendemain, Sabrina est retrouvée morte, à priori suicidée !

Parfaite radiographie d’un pays rongé par des maux profonds et ou la corruption est présente à chaque niveau de ce qui ressemble très fort à une République bananière, les puissants ont le bras long et n’hésitent pas à jouer d’expédients lorsqu’il faut étouffer ou dissuader. Les balles sifflent facilement en cas de besoin. Radical, violent et sans artifice.

Karen après un épisode violent qu’elle va subir une fois de plus, prête à tout pour son fils Emilio, va prendre à nouveau des décisions qui pourraient bien l’envoyer vers un point de non retour.

Dans ce salon se croisent des personnages en souffrance situés aux deux extrêmes de l’échelle sociale. Des vedettes de la télé, des bourgeoises, femmes de notables ou de ministres livrent leurs secrets intimes et cela donne une peinture acerbe de la société colombienne ou pour se protéger on roule dans de gros 4×4 noirs blindés pendant que la mort rode pratiquement à chaque carrefour.

Tout ce petit monde est finalement lié bien plus qu’il n’y paraît, et cette histoire ou pour une fois la drogue n’est pas le sujet central est aussi intelligente que brutale.

A vous de la découvrir et de pousser la porte du Salon de beauté en compagnie de Melba Escobar qui a tout pour se faire un prénom !

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