« Tous les oiseaux du ciel » de Charlie Jane Anders

Avant la sortie de « All the birds in the sky » en janvier 2016 chez Tor Books, on connaissait Charlie Jane Anders en tant que rédactrice en chef du site IO9 avec Annalee Newitz, site qui est devenu en quelques années une référence pour toutes les infos concernant la sf, la fantasy, la science, le futurisme, que ce soit à travers les bd, romans, essais, ou cinéma et télévision. Elle avait écrit un premier roman intitulé « Choir boy » en 2005 et plusieurs nouvelles et novelettes pour des magazines ou pour le site Tor.com, dont « Six months, three days » récompensé par le Prix Hugo de la meilleure novelette en 2012.

J’appréciais ses écrits sur IO9, des supers articles sur des romans ou des séries télé, des films, ou sur la science fiction et la fantasy en général, c’est pourquoi après son départ de IO9 pour se consacrer entièrement à l’écriture, je me devais de lire son nouveau roman dès sa parution en langue anglaise. Je vous en parle aujourd’hui car ce magnifique roman paru en anglais début 2016, récompensé par le prix Nebula du meilleur roman et le prix Locus du meilleur roman de fantasy l’année dernière (il était aussi finaliste du prix Hugo), paraît dans la collection « Nouveaux Millénaires » de J’ai lu le 16 mai.

Patricia a six ans quand elle découvre qu’elle peut parler aux oiseaux et les comprendre mais sans vraiment savoir comment. Laurence, un garçon allant à la même école qu’elle, n’est pas beaucoup plus vieux quand il invente une machine à voyager dans le temps mais capable uniquement d’aller deux secondes dans le futur. Il crée ensuite un super ordinateur pourvu d’une intelligence artificielle caché dans le placard de sa chambre…

Quelques années plus tard, par un concours de circonstances impliquant le peu de goût de Laurence pour toute activité extérieure, les deux adolescents deviennent meilleurs amis jusqu’à ce que Patricia, accusée de sorcellerie, soit renvoyée, tandis que Laurence est envoyé en école militaire sous la pression de ses parents et d’un mystérieux assassin.

Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard à San Francisco, Laurence fait partie d’une sorte de think tank de scientifiques et physiciens, Patricia fait partie quant à elle d’un groupe de sorciers et sorcières après avoir étudié et appris à maîtriser ses pouvoirs magiques dans une école de sorcellerie : Eltisley Maze. Quand plusieurs catastrophes écologiques d’envergure ont lieu, Patricia et Laurence réalisent que la fin du monde se rapproche, chacun pensant être le seul espoir de l’humanité.

Comme je l’ai dit au début, ce roman est excellent, c’est un de mes romans préférés de ces dernières années. Le livre se divise plus ou moins en deux grandes parties, la première racontant l’adolescence de Patricia et Laurence jusqu’à ce que la vie les sépare, la deuxième se déroulant dix ans plus tard, centrée sur leurs retrouvailles et les recherches de Patricia et Laurence afin d’empêcher la fin du monde.

La première partie du livre a des faux airs de contes, plusieurs passages se déroulant au milieu de la forêt quand Patricia cherche à en savoir plus sur la magie et sur ses capacités. Le passage au début du livre avec le Parlement des oiseaux et la fameuse question qui hantera Patricia tout au long du livre est typique d’un conte, mais Charlie Jane Anders montre son amour et sa connaissance de la sf et de la fantasy en jouant avec les différents tropes des genres de l’imaginaire tout au long du roman. Des faux airs de contes ou d’un roman d’initiation, d’un roman de passage à l’âge adulte montrant comment deux jeunes ado, un peu marginaux, rejetés par les autres car différents de la norme finissent par se trouver et devenir amis : Laurence est un geek surdoué ne pensant qu’à son ordinateur, rêvant de fusées et d’améliorer sa montre-machine-à-voyager-dans-le-temps, il reste enfermé dans sa chambre, refusant de s’amuser dehors. Patricia est une rêveuse, une amoureuse de la nature, quand elle découvre au tout début du livre qu’elle est capable de parler et de comprendre les animaux, elle finit par explorer les forêts alentour pensant que ses pouvoirs sont plus ou moins liés à la nature. Il y a aussi un petit côté « Little brother » ou « Pirate Cinema » de Cory Doctorow à certains moments, quand Laurence et Patricia discutent de leurs parents ou de l’autorité en général (lisez « Little brother » et sa suite qui n’a pas été traduite hélas !…et si il y a des éditeurs qui lisent cette chronique, qu’est-ce que vous attendez pour traduire « Pirate Cinema » et « Walkaway »????). Les dialogues sont excellents aussi, parfois sarcastiques, toujours pleins d’humour et de cynisme, les personnages secondaires sont réussis,, que ce soient les parents, la soeur de Patricia, Roberta, le mystérieux Theodolphus Rose, les oiseaux et le chat des voisins pour ne citer qu’eux…

L’autre moitié du roman perd ce côté conte mais est tout aussi réussie, les deux personnages principaux ont grandi, Charlie Jane Anders nous les a rendu attachants tout au long de la première partie, et maintenant on voit comment ils ont évolué.

Laurence a gagné en assurance, il est devenu une espèce de « superstar » de la science en étant la plus jeune personne à intégrer le groupe de scientifiques travaillant sur un projet secret nommé « Projet 10% ». Patricia a elle aussi gagné en assurance, et utilise ses pouvoirs magiques de façon discrète pour aider le plus de personnes possible autour d’elle. Comme je l’ai dit plus tôt, ce qui est rafraîchissant dans ce roman, c’est à quel point Charlie Jane Anders joue avec les clichés et tropes de la sf et de la fantasy. Quand le lecteur apprend que Patricia est invitée à intégrer une école de magie, on pense tout de suite qu’on va avoir droit à des chapitres inspirés par « Harry Potter », « Les magiciens », ou à la Patrick Rothfuss dans « Le nom du vent » et « La peur du sage ». Ne me faîtes pas dire ce que je n’ai pas dit, ces livres sont bons, mais c’est agréable de tomber sur un roman qui subvertit nos attentes et même si il reprend des thèmes assez fréquents, finit par raconter une histoire d’une façon totalement différente. Car ici, même si les deux personnages principaux imaginent à un moment être une sorte d’élu destiné à sauver le monde, il n’y a pas de réel antagoniste, pas de super vilain ou de nécromancien maléfique, pas de professeur de potions ou de vieux directeur à la Merlin. Il y aura seulement quelques chapitres racontant certains épisodes des années de Patricia dans cette école, et ces chapitres sont tout aussi réussis, Charlie Jane Anders a construit une école de magie qui n’est pas une énième resucée de Poudlard ou de Brakebills.

Et on arrive ainsi à un des thèmes importants du livre : cette opposition magie / science qui n’en est pas vraiment une, et comment une certaine balance est nécessaire pour éviter la fin de l’espèce humaine, pour que la magie puisse survivre. Comme je l’ai dit plus tôt, ce n’est pas un nouveau thème, mais la façon dont Charlie Jane Anders s’amuse avec pour raconter cette belle histoire d’amour et d’amitié font de « All the birds in the sky » un excellent roman parsemé de clins-d’oeil et de références à la pop culture, à la science fiction et à la fantasy.

Pour finir, deux citations extraites des chroniques d’Elizabeth Hand dans le L. A. Times et de Cory Doctorow sur Boing Boing :

Elizabeth Hand :

« Charlie Jane Anders’ brilliant, cross-genre novel « All the Birds in the Sky » has the hallmarks of an instant classic. It’s a beautifully written, funny, tremendously moving tale that explodes the boundaries between science fiction and fantasy, YA and « mainstream » fiction. »

Cory Doctorow :

« Anders winds the action up and up and up, never forgetting her first duty to produce a story that’s a rollicking novel before it’s a commentary or a critique (though it’s both of those, too). Anders’s years at the helm of the excellent IO9 and her prodigious literary experience give her a unique, deep perspective on the field that is shot through all her work. »

Interview avec Charlie Jane Anders à suivre…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *