Qaanaaq, Mo Malø (Editions de La Martinière) par Yann

Résultat de recherche d'images pour "Qaanaaq roman"Depuis quelques années, le polar français semble chercher à se dépayser à tout prix,  délocalisant ainsi régulièrement ses personnages vers des destinations improbables pour le touriste moyen qui hésite entre la Corse et le Portugal pour ses prochaines vacances. Le lecteur en manque d’exotisme aura ainsi pu découvrir la Laponie grâce à Olivier Truc ou faire une escapade en Mongolie aux côtés de Yeruldegger, le commissaire de Ian Manook, qui réitère d’ailleurs dans les Appalaches sous le pseudo de Roy Braverman… Laissant à d’autres le soin de juger ces ouvrages, nous nous intéresserons aujourd’hui au premier roman de Mo Malo. Sous ce pseudonyme se cache un auteur français ayant déjà publié de nombreux ouvrages ici et là, auxquels ne manqueront qu’un manuel d’astronomie et un précis de mécanique auto pour avoir fait le tour des possibilités.

Qaanaaq (sous-titré le polar qui vient du Groenland, afin de ne laisser aucune place au doute quant à la destination) se propose donc d’explorer ce pays dont peu d’auteurs se sont préoccupés jusque-là, à l’exception notable de Jorn Riel dont la série des Racontars arctiques continue régulièrement de nous émerveiller. Pas question d’émerveillement ici puisque, rappelons-le, nous sommes dans le monde du polar et que  tout commence donc par une histoire de meurtres, aussi mystérieux qu’épouvantables.

Quatre hommes, ouvriers sur une plate-forme pétrolière, meurent en quelques jours, sauvagement assassinés. Leurs corps sont déchiquetés et tout porterait à croire qu’ils ont été victimes d’une attaque d’ours polaire si certaines serrures n’avaient pas été fracturées… Le capitaine Qaanaaq Adriensen est envoyé du Danemark afin d’aider la police locale dans son enquête. Adopté à l’âge de trois ans, Qaanaaq est natif du Groenland mais n’y est jamais retourné. Cette mission sera peut-être également pour lui l’occasion d’éclaircir le mystère qui entoure ses premières années …

Certes, les promesses de dépaysement sont tenues, le lecteur a droit à une description assez détaillée du Groenland et des populations qui s’y côtoient et le tableau n’oublie pas l’enjeu essentiel de ce territoire inhospitalier, à savoir l’exploitation du pétrole et les conflits qu’elle peut occasionner.

Alors d’où vient cet ennui ressenti à la lecture de Qaanaaq ? Pourquoi ce sentiment persistant d’un roman superficiel, pourquoi ce sentiment de déjà-lu ? Mo Malo dégaine la grosse artillerie pour tenir le lecteur en haleine et c’est là que le  bât blesse. Au-delà de l’intrigue alambiquée qui ne lui apporte rien, l’histoire de Qaanaaq déborde littéralement de coïncidences, d’heureux hasards, de prémonitions, bref de toutes ces ficelles que l’on utilise quand on prend conscience des faiblesses du récit, permettant ainsi de faire passer plus facilement la pilule au lecteur indulgent. Si Qaanaaq n’est pas foncièrement un mauvais roman, on pourra lui reprocher de surfer sur cette mode évoquée plus haut sans se donner les moyens de sortir du lot. Un bandeau « Rafraîchissez-vous sur la plage » peut éventuellement constituer un argument de vente supplémentaire à l’approche des vacances d’été. Quant à nous, nous chercherons d’autres destinations.

Yann

2 Comments on “Qaanaaq, Mo Malø (Editions de La Martinière) par Yann

  1. Mais qui se cache derrière le pseudonyme Mo Malo?
    Quelqu’un a une idée ?

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