Tu dormiras quand tu seras mort, François Muratet (éditions Joëlle Losfeld) par Yann.

Résultat de recherche d'images pour "Tu dormiras quand tu seras mort"Né en 1958 à Casablanca, François Muratet propose avec Tu dormiras quand tu seras mort (éditions Joëlle Losfeld) son quatrième roman, quinze ans après le précédent, La révolte des rats, paru au Serpent à plumes. Autant l’avouer tout de suite, cet auteur était passé hors de portée de nos radars et c’est donc une excellente surprise de le découvrir avec ce roman rageur et tendu, où il choisit de se pencher sur un épisode sensible de l’histoire de France, la guerre d’Algérie.

1960, alors que le conflit bat son plein, André Leguidel , jeune officier en poste à Fribourg, rêve de rejoindre les troupes françaises en Algérie, et de pouvoir faire preuve d’héroïsme, au même titre que son père, mort sur le front russe pendant la seconde guerre mondiale.

« Combattre comme eux, risquer ma vie, la perdre au combat comme mon père avait perdu la sienne, ça me donnait la chair de poule rien que d’y penser. Je me disais que ce n’était pas possible que des bougnoules puissent résister à notre armée ».

En attendant une improbable affectation pour le baptême du feu, il trompe sa déception en découvrant les joies du sexe avec la fille d’un général. Hasard ou conséquence de cet acte irréfléchi,  il ne tardera pas à voir son voeu exaucé puisque l’administration l’envoie sur le terrain, en tant que simple soldat. Arrivé en Algérie, il rejoindra le commando de chasse dirigé par le sergent-chef Mohamed Guellab, que l’état major suspecte d’avoir tué un officier français. Chargé par son capitaine de surveiller Guellab, Leguidel se retrouve ainsi dans la peau d’un espion sous le costume d’opérateur radio.

Tu dormiras quand tu seras mort est un roman sur la perte des illusions, comme peuvent l’être la plupart des récits de guerre. A titre individuel d’abord, puisque Leguidel apprendra assez vite à reconsidérer l’histoire familiale et la figure du père héroïque, avant de s’interroger, comme d’autres autour de lui, sur le bien-fondé de la présence française en Algérie et sur les volontés réelles du gouvernement de l’époque. Entouré de pieds-noirs, de harkis et de soldats arrivés de métropole comme lui, le jeune homme oubliera rapidement ses rêves d’héroïsme pour se retrouver plongé au cœur d’un conflit plus complexe qu’il n’y paraissait vu de loin. Et n’en finira plus de se demander ce qu’il fout là …

Roman court (250 pages), Tu dormiras quand tu seras mort se lit d’une traite et emporte le lecteur dans une traque obstinée à travers le djébel sous les ordres d’un guerrier hors norme, admiré par ses hommes mais suspecté par sa hiérarchie. La complexité de la situation et la confusion dans laquelle se retrouvent régulièrement plongés Guellab et ses hommes empêchent toute tentation de manichéisme et ne font que rendre compte de la brutalité d’un conflit dont les échos sont encore loin de se taire.

L’écriture de François Muratet est sobre, tranchante et évite le pathos même quand la situation pourrait s’y prêter. Il en résulte un excellent roman noir, une tranche de ce pan d’histoire qui n’en finit pas de cicatriser ainsi qu’un texte évocateur sur la guerre et ce qu’y vivent les hommes, gouvernés par des élites dont les visées restent obscures. 

Yann

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