JE SUIS UN GUEPARD, PHILIPPE HAURET (JIGAL POLAR) par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "JE SUIS UN GUEPARD, PHILIPPE HAURET"Court, dense, noir et pratiquement sans illusion, ce troisième écrit de Philippe Hauret tout en restant dans la même thématique que les deux précédents, le noir sociétal, est cette fois ci différent. Pas de meurtre, pas d’enquête, juste la rencontre d’individus ou plutôt le croisement de deux couples que tout semble opposer.

L’auteur est doué pour mettre en pleine lumière notre monde moderne et déliquescent où se débattent femmes et hommes pour survivre et parer au plus pressé. Lobotomisation des esprits rincés à longueur de journée par les chaînes d’infos en continu, asservissement au travail qui sert juste à se payer au mieux un toit, de la viande hachée pour se nourrir, et du pif pour oublier la médiocrité de l’existence, c’est une mécanique sournoise et bien en place qui régit le semblant de vie de Lino, employé anonyme d’une grosse boîte sise au 37éme étage d’une tour parisienne. Sa rencontre avec Jessica, jeune femme SDF à la beauté sauvage et rebelle, va venir bouleverser son petit univers réglé de tranquillité et d’incertitudes larvées.

Profond et pernicieux dans son récit, Philippe Hauret excelle dans sa description brute et sans pommade  d’un monde aux valeurs très relatives dans lequel trône toujours en haut de la pyramide le Dieu «Argent». En son nom, l’homme est capable de tout : écraser les autres pour en obtenir plus, le tout pour ma gueule est plus que jamais d’actualité et qu’importe les moyens. Que ce soit la puissance des fonds de pension américains, la menace par une arme ou la séduction dolosive, dormez braves gens et surtout ne pensez à rien, on s’occupe de tout !

Destruction du lien social par la perte du travail ou la violence, des rêves se brisent de la première  à la dernière page. Même riches, vous n’êtes pas à l ‘abri, peur d’être volés, de ne pas en avoir assez, de ne pas pouvoir obtenir ce que vous voulez par de vils jeux de faux pouvoirs, l’auteur dresse un constat amer sur la difficulté des nantis dans un monde de pauvres, et des pauvres dans un monde de riches à la tentation permanente. Melvin, jeune businessman, son pognon et sa Charlène d’un coté, Lino et Jessica de l’autre, vont traverser ce roman dans une réflexion sur la vie, la mort, la fatalité, et la course au bonheur dérisoire d’une vie meilleure.

« La vie est courte, imprévisible, dangereuse ». D’enfances brisés qui peuvent conditionner une vie en passant par une satyre des bourgeoises botoxées, liftées dont le seul « métier » est de faire fondre la carte bleue, Philippe Hauret ne nous épargne aucune réduction à sa vision sombre et étouffante de la société inhumaine.

On n’hésite pas à tous les niveaux à laisser les gens sur le carreau et on ne se rend même pas compte que ces actes auront une incidence désastreuse sur la vie des autres ! Quelques jolies tournures comme « vieux bambou desséché » ou « caviste = librairie à jaja » viennent égayer un contexte général des plus moroses.

En voulant ouvrir les yeux et modifier leur destinée, Jessica, Lino, Melvin, Charlène, subiront bien des bouleversements. Encore une superbe réussite, noire à souhait, publiée chez Jigal qui devient décidément un spécialiste des romans courts et coup de poing dans cet univers bien particulier qu’est le noir sociétal (Hauret, Bablon, Otsiémi, Martin etc….). Bravo et mention particulière à la superbe couverture !

Ah , dernière chose Monsieur Philippe Hauret, et là, c’est le caviste qui parle, un Bourgogne rouge à 4€ la bouteille, tu peux toujours courir… Même avec un guépard aux trousses… (sourires).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *