La fille qui brûle, Claire Messud (Gallimard) par Yann

Résultat de recherche d'images pour "La fille qui brûle, Claire Messud"La fille qui brûle est le 5ème roman de Claire Messud publié chez Gallimard et l’occasion pour nous de présenter la voix singulière de cette romancière américaine, née d’un père français et d’une mère canadienne, déjà remarquée pour Les enfants de l’empereur ou La femme d’en haut. C’est d’ailleurs à ce dernier roman que l’on peut rattacher La fille qui brûle puisque ces deux textes ont en commun de se pencher sur la condition féminine aux Etats-Unis.

Julia et Cassie ont grandi dans la petite ville de Royston, Massachusets, et sont amies depuis toujours. L’âge aidant, leurs envies les emmènent à la recherche de nouvelles sensations, qu’elles pourront trouver dans un ancien asile situé en pleine forêt, à proximité de Royston. Là, les jeunes filles peuvent donner libre cours à leur imagination et s’inventer des vies plus intéressantes et dangereuses que la leur. Mais l’adolescence approche, les amitiés se ternissent, les fils se distendent et les deux jeunes filles vont peu à peu se perdre de vue, suivant des chemins radicalement opposés. C’est par le récit de Julia que l’on suivra le parcours de Cassie qui, de conflits familiaux en mauvais choix, finira par devenir l’ombre d’elle-même, avant de disparaître.

Loin de se résumer à un énième roman sur l’adolescence et la perte des illusions, La fille qui brûle vaut surtout par le tableau que dresse Claire Messud de la société américaine et le sombre constat qu’elle fait de la difficulté pour les femmes de mener leur vie comme elles le souhaitent. La différence essentielle entre Julia et Cassie réside dans le cadre familial. Alors que Julia grandit entourée de ses parents qui l’aiment et savent l’écouter comme la conseiller, Cassie vit seule avec sa mère pendant des années, à subir mille fois le récit de la mort de son père. Lorsque sa mère rencontre le docteur Shute, Cassie ne se doute pas que celui qui va devenir son beau-père emmène avec lui le début de ses ennuis.

A travers les portraits de Bev (la mère de Cassie) et de son nouveau compagnon, Claire Messud égratigne violemment la religion et ceux pour qui elle n’est qu’un moyen de diriger la vie des autres. La famille en prend alors pour son grade mais la société aussi, à l’échelle de Royston en tout cas.

Pendant quelque temps, la ville a spéculé, analysé, calculé, imaginé. Tout le monde voulait une histoire, une histoire avec une intrigue, avec un mobile, un suspense et sa résolution. (…) Un cadavre aurait donné la meilleure histoire, celle qui aurait eu la vedette, et nous aurions tous pu être effondrés, choqués, emplis de remords et – trop tard – d’amour.

Rares sont ici les adultes dignes de considération, la plupart se contentant de détourner le regard ou de colporter des rumeurs quand un soupçon d’empathie aurait pu permettre à Cassie de choisir une autre voie. Mais, à travers le regard de Julia, on comprendra aussi que, même entre adolescents, l’incompréhension dresse parfois des murs infranchissables et que la transition vers l’âge adulte se vit la plupart du temps seul(e).

Roman sombre mais pas désespéré, La fille qui brûle nous offre un beau portrait de jeune fille en lutte avec le monde comme avec sa famille, une adolescente qui veut avoir la main sur son destin et ne pas se laisser étouffer sous le poids des contraintes familiales et sociales. Le propos est acerbe, l’écriture est juste et excellemment traduite par France Camus-Pichon.

Yann

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