L’ IRLANDAIS, MAURICE GOUIRAN (Jigal polar) par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "L' IRLANDAIS, MAURICE GOUIRAN"Un peintre répondant au nom de Zach Nicholl est retrouvé mort dans son atelier marseillais.

Après avoir exploré avec brio les sombres heures du nazisme dans Le Diable n’est pas mort à Dachau, l’auteur choisit cette fois comme thématique centrale, mais pas que, cette longue période trouble ayant opposé la verte Erin à la perfide Albion, car Nicholl est un irlandais pure souche au passé mystérieux.

Une enquête ou les fausses pistes seront nombreuses, les atmosphères diverses, et les personnages charismatiques à souhait avec leurs ombres, leurs lumières, et leur amour pour la vie. Emma, la fliquette androgyne marseillaise, et Clovis, ex journaliste d’investigation connaissant l’artiste assassiné seront les principaux héros de ce roman.

Autour de Zach Nicholl, L’Irlandais, bien des questions vont se poser. Arrivé en France dans les années 2000, il donne l’impression d’avoir fuit sa patrie ou d’avoir voulu oublier quelques démons.

Sa femme Aileen, semble t-il ne connaît rien de son passé et demande à Clovis, comme une faveur de l’accompagner au pays pour ramener sa dépouille et l’enterrer.

Maurice Gouiran écrit toujours aussi bien, et son écriture fine et ciselée, presque poétique par moment sert une histoire ou son œil avisé ne manque pas de souligner une foule de détails, de remarques et de concisions qui donnent un sourire et une respiration toute marseillaise à ce récit.

Ses descriptions sudistes sont un bonheur, les panoramas irlandais qu’il offre à notre vision sont un délice, et les oppositions entre Sud, soleil et mauresque, n’ont d’égal que la brume et la bruine des verts paysages irlandais arrosés en permanence… par la Stout !

Documenté et avec la volonté manifeste de nous ramener de plein pied au pays du trèfle à quatre feuilles  pendant cette période très chaotique, l’auteur réussit à montrer, qu’à travers l’histoire avec un grand « H », l’anglais bien qu’ennemi héréditaire tout désigné, n’est finalement que l’arbre qui cache la forêt d’un  matriarcat des plus primaire et étouffant. Ces femmes, Aileen, Gethusa, Breena et les autres, dominées par ces us et coutumes bien arrangeantes pour les hommes ne sont-elles pas les vraies héroïnes de cette Irlande traumatisée ? Derrière la guerre de religion entre catholiques et protestants se cache l’émancipation de la femme irlandaise, autre combat, autre temps, autre mœurs.

Clovis va avoir beaucoup de mal, même en renouant avec ses anciens contacts, à comprendre ce pays qui évolue lentement mais qui règle ses affaires en famille. On ne parle pas, on ment, on égare, on cultive le culte du secret et ce peuple de rouquins est toujours profondément marqué par l’histoire, son histoire, ses martyrs, ses trahisons et… Miss Maggie.

La vérité se trouve peut être ailleurs, à Marseille ou a eu lieu le crime, ou les bateaux de croisières polluent en amenant leur touristes qui pullulent, là ou le commissaire Arnal peste contre une enquête qui n’avance pas, et là ou se trouve la vie de Clovis, berger à temps partiel, journaliste futé et amoureux de single malt.

Sur un condensé de ballade nord irlandaise, d’un plaidoyer pour son sud et de considérations écolos, Maurice Gouiran fait mouche une fois de plus en baladant son lecteur dans des univers variés, une exploration jamais anodine, actuelle et historique, que seul lui et quelques rares autres sont capables de faire. Si ça c’est pas du noir sociétal !

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