Juste après la vague par Bruno D.

Juste après la Vague est un titre parfaitement choisi pour cette histoire qui va insidieusement vous faire passer par toutes sortes de sentiments.

Avant cette vague,il y avait une famille. Madie, Pata et leurs neuf enfants, pas riches, goûtant aux plaisirs simples de la vie et menant une existence normale malgré quelques drames (3 enfants souffrent de handicaps, qui une jambe folle, qui un défaut de croissance, qui un œil en moins), mais c’est une vraie famille unie et heureuse pour le meilleur et pour le pire. Avant que l’eau n’envahisse tout, gangrenant la terre et forçant la famille à quitter ce qui est devenu une île qui se rétrécit comme peau de chagrin au fur et à mesure de la montée des eaux. Le problème, la barque pour se sauver ne peut accueillir que 8 personnes !

Sandrine Collette, très attachée à la terre et à la nature nous offre ici un livre suffocant ou l’eau viendra plus d’une fois noyer vos esprits et titiller vos bonnes consciences. Changement de climat et forces de la nature indomptable, lutte pour la survie, liens de la famille solides et cruciaux, c’est de tout cela dont il est question. Elle éclaire de sa plume ce que nous sommes réellement depuis la nuit des temps, ce que nous avons toujours cherché à faire : lutter pour survivre. Bien loin, les progrès et la technique (totalement absent d’ailleurs) ; toute proche au contraire, la terre précieuse et de plus en plus rare, au centre du bouquin.

Choix impossibles à faire, regrets, culpabilité, rédemption, effroyables sentiments que distille l’auteur. Se couper un doigt pour éviter de perdre la main, pires instincts de l’âme humaine comme tuer l’autre pour survivre devient une règle, chaque lopin de terre affleurant peut s’avérer un piège et chaque individu croisé peut se révéler une menace… ou pas.

Sandrine Collette nous plonge, sans mauvais jeux de mots, au cœur d’un scénario palpitant oscillant entre Waterworld (rareté de la terre), Dent de la mer (frayeur au large) et the Impossible (espoirs de  survie).

Une partie un peu Club des cinq, enfin club des trois, avec « Le Boiteux, La Borgne et Le Nain », style seuls au monde et Robinson Crusoé, que j’ai moins aimé, mais qui donne néanmoins une respiration et quelques raisons d’espérer au fur et à mesure que nos petiots découvrent la réalité de la vie et perdent leur innocence.

Et puis le reste du récit, précis, construit, fait de peurs viscérales, d’abandon, de découragement, mais aussi de ténacité, d’espoirs et d’amour. L’amour d’une mère pour ses enfants jusqu’au bout de la folie, chevillé au corps comme un mirage qui se dérobe à chaque fois ou comme un miracle que l’on espère. Le courage d’un père confronté à des choix impensables en tant que chef de famille et son abnégation à lutter contre les éléments à la force de ses bras, et de sa foi en la vie.

Bouleversante d’humanité Sandrine Collette signe ici une aventure qui vous retournera les tripes comme elle sait si bien le faire, en mettant des gens ordinaires au cœur de situations extraordinaires. Il va bien falloir vous y faire, c’est sa signature et c’est une fois de plus pour notre plus grand bonheur.