Un écrivain de talent, sans langue de bois, bref je l’aimeeeeeeeuhhhhhhhhhh
Bonjour monsieur,
Écrire vous êtes un peu jeune pour le faire aussi bien !!!, c’est un reproche qu’on vous fait souvent ?, et connaissez-vous Michael koryta ?
Un reproche, non, une remarque oui. Je suis lucide : deux romans publiés à vingt-six piges, ça intrigue et questionne. L’explication est relativement simple : j’aime raconter des histoires et j’ai la littérature dans les tripes. Beaucoup de gens veulent devenir écrivain, mais combien sont prêts à poser leur peau sur la table ? Faut être un peu masochiste pour écrire, aimer la solitude et l’abnégation. Le point clé pour moi, c’est lorsque j’ai pigé que je voulais en faire mon métier. Du coup j’ai appris et j’apprends toujours.
Si on écrit juste pour avoir son nom sur une couverture, ça ne sert à rien. En plus de ne pas respecter les lecteurs, c’est ne pas mesurer le sacrifice nécessaire pour aboutir à un texte cohérent. Le « statut » d’écrivain fait rêver sur le papier, la réalité est tout autre…
Mon âge a finalement provoqué plus de problèmes que d’intérêt. Indépendamment de la qualité de mes bouquins, on me regarde avec suspicion. C’est louche les jeunes qui font « des trucs » d’adultes… Je me suis bien fait cartonner pour mon premier roman. Faut dire que je l’ai cherché : Albin Michel, sinistre inconnu de 24 ans, thriller, sujet chaud bouillant, bref la totale. On m’a prêté des intentions à la con : surtout celle de vouloir faire du pognon en tapant dans le racoleur. Moi qui avais juste essayé d’écrire un bouquin sans me prendre pour Victor Hugo !
Michael Koryta, je l’ai découvert après la publication de La Onzième plaie. C’est un blog « les polars de Mika » qui avait attiré mon attention. Mais si on parle de djeuns, Bret Easton Ellis avait 22 ans quand il a écrit Moins que zéro, Rimbaud 17 ans quand il a pondu Une saison en enfer, ça calme…
Afrique, terre d’exception et de jeux des blancs et autres, c’est un hommage de décentraliser l’action, la bas, et y êtes-vous allé ?
J’avais besoin de dépaysement, de transe, de souffle et de souffre.
J’avais envie de jouer les chamanes et de ressusciter l’Afrique du Voyage au bout de la nuit et celle d’Au cœur des ténèbres. Je voulais des paysages grandioses, des atmosphères et de la beauté. Un polar solaire parce que j’en ai ma claque des polars venus du froid !
Plus que tout, je voulais écrire un roman au rythme syncopale, une épopée sauvage, du bruit et de la fureur ! Je ne sais pas si j’y suis parvenu. Mais l’intention était là.
Ma sœur vit en Afrique du sud depuis six ans. Une autre partie de ma famille vit au Sénégal. J’ai un petit peu voyagé sur ces territoires pour le plaisir et les besoins de ce roman. J’en suis toujours ébloui.
J’ai l’impression qu’à travers les questions que vous posez derrière trame, vous cherchez vous même des réponses ? Sur l’âme rebelle, l’humanitaire, et autres, dans un conflit.
C’est exact. Je n’ai jamais eu de réponses à quoi que ce soit. Je sais, c’est sans doute triste. Mais les gens qui ont des réponses m’éreintent. Il y a tant de paramètres à prendre en compte, tant de visions différentes, tant de choses à comprendre avant d’apporter une réponse que je préfère me méfier. Et puis faut oublier toute notion d’humilité pour affirmer quelque chose. Les ayatollahs de la pensée sont légions mais face à eux, il ne faut jamais cesser de brandir l’oriflamme du doute.
L’humanitaire, l’âme révolutionnaire, les convictions politiques au sens noble, me fascinent. Je crois que j’envie un peu ces gens. Je les admire profondément. Ce sont des gens ordinaires qui ont en eux quelque chose d’héroïque. Même s’ils sont rongés par le doute, par les angoisses, ils donnent un sens à leur existence.
Plus le temps passe, plus j’ai du mal avec le cynisme et l’individualisme forcené. Ce n’est pas vraiment formulé dans mon esprit, mais je sens dans mes tripes que j’ai besoin de m’engager dans le combat. Je crois que c’est l’un des rôles possibles de l’écrivain. Mais si ça se trouve je me trompe totalement : je n’ai pas de certitudes, ni encore moins de leçons à donner. Alors, oui, je pose des questions dans ce roman, peut-être naïves. J’essaie de recouper le maximum de paramètres au travers du parcours de mes personnages pour que se dessine une vision un peu plus globale bien que forcément subjective.
Revenons aux fantômes du delta, pourquoi ce titre d’abord ?
C’est un titre de dernière minute si je puis dire. Le roman devait s’intituler L’Horizon des sables, mais mon éditeur trouvait que ça ne sonnait pas assez « thriller ». On m’a proposé des titres et des titres, mais je tenais bon, fermement convaincu qu’on se foutait pas mal de l’étiquette. Puis un jour, mon éditrice Véronique Ovaldé me téléphone excédée par mes refus successifs et me lit une liste de titres parmi lesquels Les Fantômes du delta.
Il m’a interpellé de suite. L’évocation du fantôme, sa teneur métaphorique, m’ont plu. J’ai réalisé que j’écrivais depuis mes premières nouvelles sur des personnages qui hantent leur vie, qui confrontés au monde cherchent un sens à leur existence et croient trouver ce sens en se battant pour une cause. Celles des victimes d’abus sexuel dans La Onzième plaie, des êtres en détresse dans celui-ci.
Vous n’avez pas eu peur de passer d’un thriller à un autre style de roman et de laisser derrière vous des lecteurs fraichement conquis ?
J’ai eu peur oui. Je me suis posé la question. Des auteurs tout comme mon éditeur ont tenté à mots couverts de m’en dissuader. Mais j’aime la littérature, je l’aime éperdument. La littérature est une aventure, une prise de risques, le reste s’appelle le marché du livre. La logique de lectorat c’est un truc de business.
Les lecteurs sont intelligents et ils ont raison d’attendre d’un auteur qu’il ne se foute pas de leurs gueules. Je suis lecteur avant tout et je trouve insupportable quand un auteur n’en a qu’après mon pognon et qu’il me refourgue le même bouquin que l’année précédente. J’ose croire, même si le succès d’une Higgins Clark par exemple me prouve le contraire, que je ne suis pas le seul dans mon cas.
Ceci étant, il y a une cohérence entre le premier et celui-ci. Je n’ai pas écrit de la Fantasy ou de la SF, c’est un roman contemporain, sombre, et j’espère surtout plus abouti. Ce que je voulais, c’était progresser, me donner des ailes quitte à les brûler, avoir une vraie ambition littéraire. Je voulais m’avancer sur un territoire inconnu et courir le risque de m’y perdre.
Au bout du compte que se passera-t-il ? J’aurai perdu des lecteurs, j’en aurai gagné ? C’est horrible de raisonner en gains et pertes quand on parle de littérature et de personnes.
Il y a des nouveaux auteurs qui vous ont renversé dernièrement ?
Renversé, non. Intrigué, oui, Jérémie Guez en particulier (en parlant de djeuns !). Je viens de finir La Belle vie de Stokoe qu’un de mes meilleurs amis m’a passé. Certaines descriptions de L.A. sont brillantes, tout en lumières, mais les délires sexuels à répétition m’ont lassé.
Une piste pour la suite ?
Dans ma tête pour l’instant. J’ai deux projets, je vais attendre d’en avoir un dans les tripes plus que l’autre pour m’y consacrer…..
La bande son du livre, c’est qui, quoi ?
Fela Kuti évidemment. Metallica toujours. Trent Reznor pour le côté ambiance.
Écrivain, c’est votre métier au fait ?
Oui et non. J’alterne l’écriture d’un roman avec l’écriture de scenarii. Si tout se passe bien, j’aurais bientôt une troisième casquette, mais d’ici là : motus et bouche cousue !
Apres la sortie de ce livre, c’est quoi maintenant le boulot ?, allez aux salons, faire des autographes, star-system ?
Le boulot consiste à se couper en deux : assurer la promo du roman et continuer à écrire des scénars pour faire bouillir la marmite. J’ai des salons jusqu’à fin octobre, l’année promet d’être longue et riche en rencontres !
Revenons à l’Afrique, après les révoltions du printemps Arabes, ça sent un peu la bérézina, actuellement c’est le mail qui s’enfonce ? Que voyez-vous à travers votre prisme pour ce vieux continent ?
J’ai bien un avis sur la question, mais il est forcément faussé. Je suis blanc, je vis à Paris, je suis issu d’une culture judéo-chrétienne, de fait, mon regard est subjectif et biaisé.
C’est délicat d’évoquer l’Afrique sans tomber dans un néo-colonialisme de la pensée. Si je ne m’en tiens qu’aux informations et aux évènements et que je tente de prendre du recul, je me dis qu’il y a une croissance certaine pour de nombreux pays. A côté de ça, d’autres plongent économiquement et politiquement. Qu’en conclure ? Que le continent entre peu à peu dans une logique de mondialisation effrénée et que les fractures vont s’accentuer ? Sans doute.
Mais vous dîtes « vieux continent », je ne suis pas d’accord. Les guerres d’indépendance sont récentes. Et au regard de l’histoire des pays, le temps plaide en faveur d’une amélioration des conditions de vie et d’une croissance de l’économie. Cependant est-ce dans l’intérêt financier de certains groupes : ça c’est une autre question…
Vous me rappelez un jeune écrivain qui est devenu un grand, vous pensez à qui ?
Là, je sèche !
Bon on se revoie pour un faire un point dans 6 mois pour ce livre, autre chose avant que l’on se sépare ?
« La Révolution est un drame passionnel ».

