1 Alors on écrit depuis longtemps ? Métier ou pas ?
Depuis l’âge de 14 ans. Non, ce n’est pas mon métier, hélas. Rien de nouveau sous le soleil pour la plupart des écrivains.
2 Tu es connu en SF comme écrivant des livres cultes, mais noirs noirs comme la mort, Pourquoi à ton avis?
Tout d’abord, je ne pense pas que mes livres soient considérés comme cultes. Ils intriguent certains lecteurs, les fascinent un peu peut-être, c’est vrai, parce qu’ils ont été écrits sans calcul, avec une sincérité brute de fonderie. Mais ça s’arrête là et tout le monde finit par passer à autre chose, tôt ou tard. Noirs noirs comme la mort? Lis-les et on en reparlera, Dominique. Evidemment, ce n’est pas de la littérature Arlequin ni le Club des Cinq ni Martine va à la plage, mais j’ai toujours mis en scène des humains, dans mes histoires. Récits violents, âpres, sans concession, sûrement, mais jamais gratuits. Remarque, ça ne fait jamais que la vingtième fois que je suis obligé de redire la même chose, d’aller à l’encontre de ces lieux communs. J’ai l’habitude, maintenant.
3 Revenons à nos moutons, le dernier, c’est la genèse version Di Rollo ?
Dans Bankgreen, j’ai tenu à créer un monde de toutes pièces avec ce que mon imagination était capable de me donner. J’ai voulu commettre ma propre somme. Je ne sais pas si j’ai réussi, mais je souhaitais que le lecteur en ait pour son argent, qu’il voyage aussi loin qu’il est possible avec des mots; et pas trop stupidement en même temps. C’était ma seule ambition. Et s’il fallait le refaire, j’écrirais exactement le même livre. Je n’en changerais pas la moindre virgule.
4 Tu sais quand même que ce livre reste pour un public averti ?
Non, là, je suis désolé, mais je ne peux pas te laisser dire ça. Ce livre est accessible, complètement accessible, et par tous. Il suffit de glaner les retours de la part de lecteurs de tous bords sur elbakin.net, par exemple, pour le constater – hommes et femmes. Tout le monde peut lire Bankgreen. Tu n’as pas le droit d’avancer un tel propos. Ca ne repose sur rien de tangible ni de sensé.
5 Tu as des écrivains qui t’ont inspiré ou que tu nous porterais à lire (moins de cent kilos)
Wells, en premier et dernier lieu, avec « The Time Machine« . Sans lui, je n’aurais jamais écrit. Du haut de mes quinze ans, ce récit m’a époustouflé; je me suis dit: « Mais comment un être humain peut inventer un truc pareil?« . C’est Wells qui m’a montré que tout était possible en littérature si on croyait à ce qu’on écrivait. Dick, après, bien sûr, pour le sens de l’ambiance; j’ai tout lu de lui. Pelot, aussi, pour la liberté de la langue. Comme cursus initiatique, il y a franchement pire. Il y a aussi plus culturel, plus intellectuel, mais je m’en contrefous. C’est mon parcours et j’en suis fier.
