mar 27

Génésistrine, village dans un coin indéterminé du sud de la France, abrite un Centre Psychiatrique Expérimental. Les patients et les autres résidents vivent ensemble, sans que la distinction ente eux soit toujours évidente.
La vie du Centre est soudainement perturbée par une inscription mystérieuse sur le mur d’une Maison, semant la zizanie dans tous les esprits.
Le docteur Blochpal sait que le fauteur de troubles doit être démasqué au plus vite afin d’empêcher la situation de dégénérer.
La multiplication des graffitis puis la découverte d’animaux dépecés vifs vont menacer la vie de toute la communauté.
D’autant plus que l’armée est prête à tout pour récupérer Sophia Killus, une tueuse d’élite qui s’est échappée d’une base secrète et qui rôde autour du Village.
Joseph Hiden, lui, se sent particulièrement visé. Saurait-on à quels « jeux » il se livre, avec sa complice aveugle, sur les femmes du Village ?
Les réponses à toutes les questions se trouvent peut-être dans le Monde Imaginâme…

 

Si la quatrième ne rend nullement compte des perturbations entourant ce roman inclassable, au moins donne-t-elle un cadre au chaos, tâche dont je suis bien content qu’elle m’ait été épargnée. Parce que tout y est mis en œuvre pour entretenir la confusion, entre les motifs d’enquête qui se multiplient, l’absence d’un héros narrateur sympa auquel se raccrocher, voire l’emploi singulier du passé composé…

Alors, perturbant, ce voyage en pays maboul ?

Sans doute autant qu’un tableau abstrait ou un film de David Lynch.

Et tous ceux qui se revendiquent de lectures originales ne manqueront pas de jeter un œil à cet étrange et envoûtant objet qui aborde des sujets aussi divers que la constitution de son identité, l’idée de norme qu’impose la société, la corruption des élites… 

En tout cas, on ne quitte pas Génisistrine sans concéder que pour inquiétantes, ces Voix des Maisons ne se limitent certainement pas à l’étrange bourgade.

 

mar 18

Et hop, un morceau de quatrième en guise de résumé :

2013, Rome. A la mort du pape, 111ème successeur de Célestin II, un conclave se tient au Vatican. Au même moment, on extrait des catacombes romaines un surprenant témoignage des premières heures du christianisme. Une telle découverte, si elle était rendue publique, mettrait en péril les fondements même de l’Eglise. Au cœur du secret, Elisabetta Celestino, une jeune et brillante archéologue devenue nonne, va tenter, au péril de sa vie, de déjouer une conspiration millénaire, ourdie par une confrérie occulte.

Conspiration prenant racine dans la nuit des temps, lutte du bien contre le mal… Bienvenue dans le monde de Glenn Cooper, dont j’avais pu mesurer la facilité à se jouer d’une légende urbaine avec Le livre des morts. En lieu et place de la zone 51, la prophétie de Saint Malachie, qui en 1148 désigna en quelques lignes les 112 papes à venir, sert ici de trame. Outre le fait de coller à l’actualité (à ce propos, l’explication du nom choisi par le nouveau pape est une exclusivité Unwalkers signée Fortino), La Prophétie des papes fourmille de qualités : ses descriptions de Rome y sont rigoureuses, la description du conclave et des mesures de sécurité l’entourant attestent d’un travail de recherche pointilleux, quant aux méchants, ils incarnent un millénaire de haine viscérale…

Pour info, le pape qui finit par être élu ne choisit pas François Ier.

Ni Pauperse XXV.

mar 4

En ce Vendredi 13, le commandant Eloi Ephraïm Evariste Pilon (de poulet ? Pour pourri, le jeu de mots n’est pas si anodin tant, ici, les patronymes revêtent leur importance) effectue sa dernière garde dans un commissariat de Martinique où, s’il n’a pas spécialement brillé, au moins a-t-il su ne céder à aucune compromission. Petit à petit, la permanence pépère à laquelle il s’attendait va virer au cauchemar, dont le point culminant va l’obliger à écouter l’odyssée d’un tueur embringué dans la nuit de petites frappes en goguette.

L’officier de police prendra alors grand soin de ne pas interrompre la logorrhée du criminel qui le tient en joue. Comme le précise la quatrième de couverture, tant que la confession dure, la mort est tenue à distance

 

L’histoire, témoignage de la folle virée d’un bourreau possédé, est haletante : on y gravite dans une Martinique nocturne en pleine déliquescence en compagnie d’adolescents totalement déshumanisés sans trouver d’issue à ce qui semble devoir s’achever en ballade fatale. Ce n’est pourtant pas ce que je retiendrai de cet Hypérion Victimaire, conquis par la justesse avec laquelle sont évoqués des thèmes aussi universels que l’incommunicabilité intergénérationnelle ou la perte des valeurs, le tout de la bouche d’un exterminateur pour lequel, à l’instar du commandant, je n’ai pu m’empêcher de ressentir une véritable empathie.

Cerise sur le gâteau, le psychopathe soliloque dans une (et même trois, le plus souvent), langue d’une richesse et d’une puissance rarement rencontrées dans mes lectures cette année.

fév 25

images

Contraint de reformer ses Lames, qu’il avait pourtant renvoyées à la suite de la débâcle de La Rochelle, le cardinal de Richelieu assigne au capitaine LaFargue une mission dont la réussite pourrait contribuer à un rapprochement avec la redoutable Espagne. A charge pour ce dernier de retrouver ses hommes, tous de formidables bretteurs et compagnons qui, depuis la dissolution de leur compagnie, ont connu des fortunes diverses. Pendant ce temps, les dragons, secte infiltrée à tous les niveaux du royaume d’Espagne dont les rites en appellent à la puissance millénaire des dragons, placent leurs pions de façon à s’implanter durablement en France.

Pour Alexandre Dumas, la garde de Richelieu constituait autant de faire-valoir à la virtuosité de Mousquetaires certes indisciplinés et frondeurs, mais tellement plus charismatiques et courageux.

Dans cet univers uchronique où Milady, ici vicomtesse de Malicorne, a du sang de dragon et où le Cardinal, plus machiavélique que jamais, tire toutes les ficelles, ce sont bien les Lames qui tirent la couverture à eux, empruntant à leurs devanciers les Mousquetaires tout ce qui faisait leur charme. Et c’est avec un égal panache que le talentueux Pierre Pevel retrouve tous les codes du genre, nous régalant de barouds d’honneur à répétition, de méchants cruels et laids qui se font copieusement tanner le cuir ; sans oublier ces trahisons sans lesquelles il n’est de bonne histoire de cape et d’épée.

Bref, vivement le tome 2 !

fév 20

Samuel a fui l’Ethiopie avec pour seule perspective de cueillir des oranges indéfiniment dans le sud de l’Italie. Avec le Père Ciabatta, missionnaire démissionnaire en pleine crise de Foi et Gianni, le bâtard laid et rejeté d’une famille de la camorra, ils constituent respectivement l’âme, la tête et le coeur d’un trio arpentant une Naples désertée à la suite du passage d’un nuage toxique.

Bientôt, leurs pérégrinations dans les splendeurs palatines vont les conduire jusqu’à Ask et Embla, deux enfants islandais qui, séquestrés dans les sous-sols, ont pu échapper au champignon mortifère.

En attendant de retrouver les parents de leurs hôtes, les rescapés découvrent une flore renaissante que Catholicisme, folklore scandinave, croyances africaines et renaissance italienne façonnent en des composantes qu’on retrouvera aussi bien dans les éternels Tarots de Marseille que dans cette Lumière Noire, couleur de la peinture rupestre par laquelle s’exprime l’art du renouveau.

 

 Lumière Noire, parabole onirique totalement éloignée de mes lectures habituelles, est pourtant très loin de m’avoir laissé insensible. Immédiatement aspiré par la grâce et l’érudition de l’artiste, j’ai goûté jusqu’à la dernière ligne ce conte philosophique d’une grande beauté stylistique.

fév 18

 

 

Après avoir visionné un reportage sur les cigares de Saint-Domingue, Manuel Gemoni, historien à qui la gentillesse et le caractère égal ont valu le surnom de Gandhi, parcourt plusieurs milliers de kilomètres pour massacrer un vieillard. Or, non seulement le tueur ne se repent pas, mais encore se justifie-t-il d’une façon qui porte à croire qu’il a sans doute perdu l’esprit. Par chance pour lui, Manuel Gemoni est aussi le frère de Julie, capitaine aux 36 quai des orfèvres et composante essentielle de la garde prétorienne de Mallock, Commissaire aux méthodes peu conventionnelles.

S’appropriant le drame qui touche sa collaboratrice, ce dernier va mettre en œuvre tout un attirail comprenant dévouement d’amis dévoués, ouverture d’esprit, savoir-faire et intuition ; cette fameuse « méthode Mallock », dont il devra jouer de toutes les cordes pour venir à bout d’une énigme aux confins du fantastique.

Et pendant ce temps, la vie, dans une capitale en proie aux frimas, continue.

 

Je me suis régalé ; rien que de très logique tant ce bouquin généreux ne lésine pas sur les modes de séduction.

Vous aimez une écriture sans esbroufe mais où transpire l’amour des mots ? Ce livre est pour vous.

C’est l’exotisme et le dépaysement que vous recherchez ? Le premier tiers de ce roman, qui nous rappelle la proximité de Saint-Domingue et de l’Haïti vaudoue, vous ravira.

Si c’est l’intrigue qui prime, les circonvolutions de l’enquête, toutes légitimées par l’histoire, ne manqueront pas de susciter votre enthousiasme.

Ajoutez-y une grande culture, des personnages secondaires approfondis et un sens de l’intrigue courant jusqu’à la dernière page et vous parviendrez au résumé de ce qui, pour ma part, constitue une incontestable réussite qui, d’ailleurs, va me pousser à découvrir les autres épisodes de la série.

Léger bémol à l’enchantement, le personnage principal n’a pas spécialement suscité mon enthousiasme ; nettement moins en tout cas que celui de ses collaborateurs, dont l’admiration béate peut parfois agacer.

Alors bien sûr, en restant là-dessus vous pourriez passer votre tour mais franchement, ça me ferait mal au c…

fév 11

2009. New York.

Sur une période de quelques semaines, neuf personnes que rien ne semble lier reçoivent une carte postale sur laquelle figurent un cercueil et une date qui se révèle celle de leur décès. Pour arrêter celui que les journaux surnomment « le tueur de l’apocalypse », le FBI confie l’enquête à Will Piper, agent frondeur et coureur mais surtout redoutable dans la traque des tueurs en série.

Huitième siècle. Ile de With.

Les moines de l’ordre de Saint Benoît reçoivent le fils d’un artisan insensible au monde qui l’entoure. A charge pour eux de l’éduquer selon les préceptes chrétiens.

1947. Londres.

Winston Churchill, écarté du pouvoir par les élections législatives d’après-guerre, sort de sa retraite à la suite d’un coup de téléphone du ministre de la Marine.

Alors que Peter Benedict, informaticien falot recherche le frisson sous contrôle dans un casino de Las Vegas, trois pans d’histoire que le temps et la géographie séparent vont pourtant s’articuler, dévoilant dans une construction particulièrement astucieuse le Livre des morts.

Avec un roman aux personnages stéréotypés (le tombeur vaguement alcoolo en duo avec la pimbêche de service…) et un style que j’ai trouvé quelconque, Glenn Cooper aurait pu signer un énième thriller sur fond de chasse au méchant persévérant. C’était compter sans son extraordinaire sens de la mise en scène, à la grâce duquel, méthodiquement, nous basculons bien au-delà de l’archétype de départ.

On referme alors son Livre des morts avec l’envie que d’autres se laissent embarquer dans cette sacrée histoire.

jan 29

 

 

Dans les années 70, Tom Ferry, treize ans, et son petit frère Flynn se perdent dans le bush. Alors que les recherches s’organisent dans ce coin éloigné de tout, le corps de Grace Steele, une adolescente en fugue originaire du même endroit que les enfants, est trouvé à Sydney. Gibson, policier en charge de l’affaire, veut croire en la possibilité d’un lien. Aussi décide-t-il de se rendre dans la bourgade d’Angel rock, persuadé qu’il pourra remplir les blancs en s’imprégnant des lieux. Pendant ce temps, Tom, qui est réapparu, doit faire face au désespoir de ses parents et à ses propres défections, incapable de se remémorer les derniers moments passés en compagnie de son frère…

 Outre une histoire riche des passés des différents protagonistes, la force de Conséquences tient dans la poésie et l’optimisme résolu avec lesquels l’auteur aborde des sujets aussi cruciaux que Dieu, l’innocence et ce qu’il en coûte de la bafouer, l’éveil amoureux… Ses portraits d’adolescents, en particulier, emprunts d’une grande sensibilité, sonnent vraiment justes.

Dans la famille Williams, on avait Venus et Serena pour la version sport, Aurin pour le cassoulet et Tennessee côté écrivain américain. Il faudra désormais compter avec Darren, un cousin Australien au lyrisme exacerbé.

jan 26

Le bâtard de guerre

 

Les férus de manichéisme, tout à la classique opposition entre cols blancs et cols bleus, avaient définitivement enterré les cols verts.

Heureusement, à présent qu’on a rappelé les appelés et que la participation au grand alignement du 14 juillet est devenu un métier, le bâtard de guerre apparaît identifiable.

A quoi le reconnaît-on ?

 

Coiffé de la brosse réglementaire, sans doute pratique pour les corvées de chiottes (rebaptisées Travaux d’Intérêt Général histoire d’entretenir le mythe carriériste selon lequel les Généraux ont un travail intéressant), le bâtard à la guerre ne s’habille qu’en vert, notamment les jours de célébration où seuls les moins dégradés auront trouvé la parade pour se défiler.

Le choix des coloris souligne de surcroît que les salariés de la défense Nationale ne sont pas mûrs, ce petit retard de croissance leur permettant d’accepter l’éventualité d’ôter la vie, puisque après tout, qu’est-ce qu’un soldat sinon un homme en solde ?

Où le rencontre-t-on ?

 

En dehors des jours commémoratifs, on parque le bâtard de guerre au sein d’une caserne, où il s’épanouit en quasi-autarcie.

Quelles particularités le différencient du bâtard lambda ?

 

Si la notion de civil se révèle antithétique de celle de militaire, par extension, une nation idéalement civilisée serait démilitarisée. Il en ressort que le bâtard de guerre ne sert à rien. Aussi, nonobstant l’uniforme, le reconnaît-on au fait qu’essentiellement, il se repose (beaucoup, et uniquement sur ses collègues sous-officiers, puisque, révérence appliquée aux usages de ce milieu, le salut ne vient jamais d’un supérieur).

Le bâtard en cours

 

Aux aguets de la moindre sollicitation professorale, se signalant d’un doigt tendu vers le firmament, le bâtard en cours ne vit que pour l’estime de ses Maîtres.

Du coup, sous la multiplication des cordes primordiales à ses hautes visées, son arc se fait lyre ; et la musique dispensée pousse à la discorde : dénonciation, flagorneries et autres mesquineries constituent l’essentiel de son répertoire.

A quoi le reconnaît-on ?

 

Le bâtard d’école met un point d’honneur à se distinguer de l’engeance.

Ainsi, si cette dernière décrète la mort aux trousses, non seulement il aura pourvu à l’excellence de son matériel, préliminaire indispensable à de bonnes conditions de travail, mais en plus, son stylo, éternel décapuchonné, marquera les efforts portés sur la prise de notes…

A cet égard, nombreux estiment qu’il pousse le bouchon un peu loin.

Où le rencontre-t-on ?

 

Le bâtard d’école fuit les radiateurs (car, après tout, il n’est pas en froid avec l’Education Nationale). De même, vous ne le trouverez pas près de la sortie ; lui, il prépare les Concours d’Entrée.

Quelles particularités le différencient du bâtard lambda ?

 

Le cliché du fayot à lunettes, la raie sur le côté et à la mise impeccable, ne survit pas à la photo de classe. Hors contexte, le bâtard en cours s’étiole et se fond dans cette masse honnie.

Sitôt dans son milieu, en revanche, la métamorphose opère. La voix devient geignarde, le zèle, outrancier ; l’attention, soutenue…

Son emplacement aussi permet de le repérer parmi ses presque semblables. En son arène, le bâtard d’école fait sienne l’attitude du cheval de Paul Fort popularisé par Brassens : « tous derrière et lui, devant ».

 

jan 21

Gerry Fegan, qui dans Les fantômes de Belfast, dézinguait les commanditaires de ses crimes pour faire taire les fantômes qui le hantaient, va une nouvelle fois devoir payer les conséquences de ses actes. Ici, Bull O Kane, que le tueur a fortement handicapé lors du précédent opus, paie un vrai méchant en la personne du Voyageur pour effacer tous les protagonistes du massacre au cours duquel il a laissé une grande part de son intégrité physique. Parmi ses cibles, figurent Marie McKenna et sa fille Ellen, que Fegan a juré de protéger.

Cette fois, les demoiselles en détresse auront même droit à un second chevalier servant, l’inspecteur Lennon, géniteur de la petite, étant bien décidé à protéger les siens. Entre les psychopathes résolus et les collègues corrompus, il aura fort à faire…

L’implacable Gerry Fegan est donc de retour. Le premier roman le mettant en scène, Les fantômes de Belfast, était sans doute un bon polar, avec des personnages charismatiques et une once de surnaturel au service d’une histoire bien noire. Celui-là est meilleur, compte tenu du fait que Fegan a fort à faire avec le vilain. Pour autant, malgré le dithyrambe de la quatrième qui place Stuart Neville aux côtés d’un Ellroy, l’auteur, une nouvelle fois, livre davantage un polar solide qu’un monument du genre.    

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