mai 15

Et voilà, désolé de vous avoir fait attendre, mais voilà enfin l’interview de Tim Willocks à propos de son livre magistral, monumental, phénoménal, roulements de tambours…… :  « The Twelve Children of Paris » !

Une nouvelle fois je remercie Tim Willocks d’avoir pris le temps de me répondre par mail, et j’espère que tout ce qu’il dit dans ce qui suit donnera à tout le monde l’envie de lire ou relire ses livres et de plonger dans « The Twelve Children of Paris » quand il sera traduit chez Sonatine.

« Where there are no men, be a man »

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Pour écrire « La Religion » vous disiez que vous vouliez écrire un roman européen, comment qualifieriez-vous « The Twelve Children of Paris » ? Vous dites que c’est un livre extrême, qu’est-ce que ça veut dire pour vous ?

 

Il y a quelques années, mon éditeur italien m’a dit que Green River était « fondamentalement un roman européen » bien que se déroulant au Texas. Je suis européen, alors je suppose que ce n’est pas surprenant. Je pense que les complexités et les tragédies de l’Histoire européenne nous poussent à moins considérer l’humanité en terme de noir et blanc, d’un point de vue moral ou politique. Peut-être ressentons-nous que vivre ensemble sera toujours une expérience vaste et potentiellement dangereuse , mais nous n’allons pas amoindrir le danger en cédant à des notions stupides telles que le bien et le mal, le bon et le mauvais.

12 children parle surtout de confusion et d’ambiguité. Comment l’individu, homme ou femme définit-il sa moralité vis-à-vis des forces à l’intérieur d’un groupe ? Que faites-vous lorsque des circonstances extrêmes vous poussent à commettre de terribles actions? Ne devriez-vous pas les commettre ? Le roman se déroule pendant un accès de haine extrême, de violence et de folie collective, tous les personnages se fraient un chemin au milieu de cette folie, chacun à leur propre et unique façon. Le livre ne donne pas de réponses claires, parce que je pense que de telles réponses sont une lillusion et font partie du problème, mais j’espère qu’il crée une expérience viscérale en essayant de les trouver. C’est une expérience faite d’évènements et d’émotions extrêmes, à propos de notre pouvoir, de notre droit de décider qui nous voulons être à de tels moments.

 

Peut-on revenir sur la naissance du personnage de Mattias ? Comment l’avez-vous trouvé ? Comment l’avez-vous créé ?

 

Mattias est de beaucoup de façons « l’homme de nulle part ». Ses origines sont pan-européennes, et sa vie a renforcé cela, il n’est pas défini par une nationalité ou une croyance. Il se redécouvre et se redéfinit lui-même constamment au fur et à mesure que l’histoire avance. Quand j’ai écrit « La Religion », je pensais qu’il mourrait à la fin, mais ce ne fut pas le cas. 12 chidren est un défi encore plus profond pour son personnage. Il est à la fois héros et méchant, démon et ange, vie et mort. Est-ce qu’il agit de lui-même ou est-ce qu’il est poussé à agir ? Dans quelle mesure contrôle-t-il sa destinée ? Controle-t-il vraiment son destin, ou est-ce qu’il flotte sur le fleuve de la Fortune, le prisonnier de lois karmiques bien plus grandes, un grain de scories dans le creuset cosmique ? Dans le dernier accès de violence mystérieuse et injustifiée (même si il en a consicence) est-ce qu’il se perd lui-même ou est-ce qu’il se trouve lui-même ? Est ce que c’est juste d’employer une telle sauvagerie au nom de l’amour, est-ce que ça peut l’être ? Si oui, à quel prix ? Si oui, pourquoi, et comment peut-on retenir cette violence dans les limites de la moralité, quelles que soient ces limites qu’on impose? Ce sont des questions qui valent la peine d’être posées dans notre monde actuel.

Donc je ne sais jamais où il va. C’est une sorte d’existentialiste franc-tireur . C’est pourquoi je ne sais toujours pas ce qui va se passer dans le troisième roman. J’ai l’intention d’écrire un différent roman avant cela. Les romans de Tannhauser nécessitent tout ce j’ai, chacun est un voyage monumental et intimidant à entreprendre, ils consument tout, et je n’ai pas un grand contrôle sur le processus d’écriture (j’aimerais). 12 children a été le voyage d’une vie. Alors je vais prendre un peu de « repos » avec quelque chose de moins monumental, très probablement une sorte de western noir se déroulant dans l’Australie du 19ème siècle.

 

Vous êtes-vous documenté de la même façon pour « The 12 children of Paris » que pour « La Religion » ? Musées, bibliothèques, séjours à Paris… La recréation du Paris de l’époque est impressionnante, avez vous passé autant de temps à faire des recherches avant d’écrire ?

 

J’ai fait d’énormes recherches pour 12 children, et comme toujours, ce qui me brise le cœur c’est que presque rien de tout ça semble avoir fini dans le roman. Après le premier jet, j’ai coupé des dizaines de milliers mots représentant des détails parce que c’était tout ce qu’ils étaient, de fascinants détails pour moi mais non pour les personnages. Encore maintenant, si on a une journée stressante à Paris, on ne s’attarde pas sur les monuments, sur l’Histoire, sur les incroyables histoires se cachant derrière, on est concentré sur soi-même, sur ses buts, ses problèmes. On passe près de la Conciergerie sans même la voir. Je voulais créer une sensation de vivante réalité. Mais j’espère que mes recherches procurent une authenticité aux personnages.

Parce que, à un certain niveau, l’histoire du roman est fondamentalement liée à la géographie de Paris – Paris en tant que labyrinthe – la géographie est devenue pour moi la recherche la plus importante. Je ne parle pas des cartes, je parle du terrain, des distances. La grande majorité de ce qui existait en 1572 a disparu depuis longtemps, par exemple, seules quelques pierres souterraines sont ce qui reste du Louvre de 1572, tout est quasiment « nouveau ». L’aspect de la Seine, qui joue aussi un rôle central, physique et mythologique, a radicalement changé. Mais je voulais un fort sentiment de mouvement, c’est pourquoi en l’écrivant j’ai plusieurs fois marché dans Paris, en suivant le roman. J’ai écrit une grande partie du roman à Paris. C’est toujours, sans conteste, la plus grande ville pour écrire.

 

Comment avez-vous écrit ce livre ? Vous m’avez dit que pour certains chapitres vous laissiez simplement aller le flot de votre écriture, c’est une chose qui vous arrive souvent ou non ? Comment travaillez vous pour trouver ce rythme, cette narration racontant une histoire sur 36 heures en jonglant avec tous les personnages, tous les lieux ?

 

J’ai appris que tous mes plans sont rapidement sapés par les impulsions des personnages, donc je n’accorde pas beaucoup d’importance à un plan. Je laisse le flot de l’action m’emmener là où il veut. Le plan, au début, était essentiellement le titre. J’avais le titre avant quoi que ce soit d’autre, avant la moindre histoire. La trame est très simple, un homme recherche sa femme au milieu de l’anarchie et du chaos.

Le titre m’a forcé à trouver les douze enfants, ce qui est un nombre énorme, spécialement quand je voulais que chacun ait une présence unique. Je ne voulais pas une sorte de situation à la « Dirty Dozen » (« 12 salopards ») dans laquelle seulement six d’entre eux laissent une réelle impression. Donc j’ai plus ou moins commencé par jeter des enfants sur les chemins de Tannhauser et Carla, sans aucune idée de qui ils allaient être ou de ce qu’ils allaient accomplir. Dans chaque cas ils sont devenus encore plus extraordinaires que je ne l’aurais imaginé. Je ne savais pas non plus lesquels survivraient. A chaque nouvelle situation, je suivais leurs réalités, leurs réactions à ce qui arrivait, et ça créait une nouvelle situation, dans une énorme toile les reliant tous, tous suivant constamment leurs propres routes. Et il y a une douzaine de personnages plus importants, au delà des enfants. C’est un miracle que tout cela ait fini par rester cohérent.

L’anarchie des rues, des évènements, est reflétée dans la construction du roman elle-même. A chaque fois que je tentais d’imposer une structure, je devenais paralysé, j’arrêtais décrire pendant une éternité, je devais alors me contenter de plonger au milieu du chaos pour réaliser ce qui allait se passer, tout comme les personnages eux-mêmes. Je voulais que ce soit un roman qui provoque une expérience, vous ne pouvez pas rester en dehors, vous devez plonger dedans. Vous êtes contraint de partager cette expérience avec les personnages. Vous n’observez pas, vous y êtes. Il n’y a aucune distance. C’est à quoi ressemblent le chaos et l’anarchie. Je voulais transmettre cette confusion, ce que c’est qu’être coincé dans l’anarchie.

 

Je ne veux pas trop spoiler l’histoire ou les personnages, mais je suis obligé de parler de Grymonde, de Pascale et de Estelle…. Trois des personnages les plus marquants du livre, qu’est-ce que vous pouvez dire sur eux, sur ce qu’ils représentent, d’où viennent-ils ?

 

A certains moments pendant l’écriture, je craignais que Grymonde ne finisse par dominer le roman tout entier. Il échappait à toutes les frontières que j’imaginais pour lui, essentiellement le « méchant », il devenait de plus en plus complexe et merveilleux. Je pense qu’il a fini par représenter Paris dans toutes ses contradictions, magnifique mais pourtant grotesque, cruel mais pourtant tourmenté par l’amour, et plein d’idées sauvages et de passions politiques.

La raison pour laquelle le livre est devenu environ deux fois plus gros que ce que j’avais imaginé est que beaucoup des personnages « secondaires » ont insisté pour avoir leurs mots à dire, ont insisté pour avoir leurs places. A certains moments j’avais envie d’écrire tout un roman sur Estelle ou Pascale. Tout ce que j’avais au début pour Estelle c’est l’image dont tu parles, une fille en communion avec des rats (image qui vient d’une vraie fille qu’un de mes amis a vu à Naples). Son histoire n’a fait que grandir et grandir. A la fin, à plusieurs occasions, toute l’histoire tourne autour de ses actions. C’est pour ça que le roman est devenue une telle expérience, tous ces personnages agissant indépendamment, suivant leurs propres chemins, mais changeant la vie des uns et des autres, dans une étrange combinaison d’intention et de pur hasard.

Pareil pour Pascale, tellement sombre, tellement blessée, tellement brillante. Je n’avais jamais imaginé qu’elle voudrait tuer, pas jusqu’à ce qu’elle ouvre la bouche et le dise, et c’est peut être devenu la scène la plus dérangeante du roman. La moitié du roman est écrit selon le point de vue des différents personnages féminins. L’histoire est devenue une sorte de confrontation entre les principes Mâle et Femelle, ces femmes essayant de survivre en étant honnêtes et loyales, entre elles et selon une supérieure notion de bonté humaine, alors qu’elles sont piégées dans un réel enfer sur Terre qu’elles n’ont pas créé. A cet égard, la plus grande surprise pour moi a été Alice, un personnage nécessaire seulement pour la narration jusqu’à ce que je la rencontre. Je pensais qu’elle serait à l’arrière plan mais elle a émergé de l’ether et m’a époustouflé. Je ne sais toujours pas d’où viennent ses idées. Elle est devenue un des centres spirituels de tout le roman. L’autre centre symbolique, à la fin pour chacun d’entre eux, est le bébé, un minuscule noyau d’absolue innocence et de pureté voyageant de l’extrême noirceur humaine vers la vie.

 

Je suis en train de relire La Religion, et il y a une chose qui me frappe, dont je n’ai pas encore parlé. Ce sont les magnifiques noms de vos personnages. Amparo, Mattias Tannhauser, Bors de Carlisle, Sabato Svi, Ludovico Ludovici, Cicero Grimes, Furgul…Et dans »The Twelve Children of Paris » : Grymonde, Pope Paul, Marcel Le Tellier, Juste, Hugon…. Comment vous les trouvez ?

 

Les noms sont très importants, et je prends beaucoup de temps pour trouver la bonne sensation, mais au final ça se résume à purement de l’instinct. Parfois je commence avec un nom pour un personnage, et je sens que ce n’est simplement pas le bon et je dois le changer, parfois plus d’une fois. Je pense que Pascale était le troisième nom avant que je sente que c’était le nom la représentant. Clémentine était un gros cheval irlandais que je montais, et qui m’a une fois jeté au sol. Grymonde a toujours été Grymonde. Je n’arrive pas à me souvenir d’où le nom vient, je pense que je l’ai inventé d’après la sonorité. Pope Paul a été instantané. Juste est le nom d’un jeune que j’ai rencontré 10 minutes à Paris, quand j’écrivais le livre, mais il avait une telle noblesse, un tel esprit, une innocence si flagrante, d’une certaine façon le nom semblait parfait pour le personnage du livre qui partage ces qualités. Ils viennent de plusieurs sources, parfois les noms viennent en premier, parfois ce sont les personnages.

 

Quand vous écrivez, vous dîtes que vous vous efforcez d’incarner les personnages, de voir le monde comme ils le verraient. Après un livre sur un épisode aussi violent, comment faites-vous pour vous libérer, vous nettoyer de toute la violence, la sauvagerie ?

 

En vérité j’étais désolé de quitter l’univers du livre et les personnages. Bien que le livre soit rempli de morts, les personnages sont pleins de vie, ils aiment la vie de plusieurs différentes façons, je n’ai jamais trouvé le roman déprimant. Au contraire, je le trouve exaltant. Au milieu de la folie, ils sont parfaitement sains d’esprit, parce qu’ils vivent pour ce qui a une vraie valeur : amitié, loyauté, amour, nourriture, magie.

A un moment, alors qu’ils embarquent pour leur dernier et désespéré pari de leur voyage à travers l’horreur absolue, Tannhauser dit à Grégoire : « Let us see what metal we have made » (« Voyons quel métal nous avons forgé»). Ce qu’il veut dire par là c’est qu’ensemble ils ont créé une sorte d’or à la fois spirituel et humain, qui est l’amour qu’ils partagent, qui transcende la mort autour d’eux. C’est là que l’amour découvre, ou non, sa plus grande bravoure, sa plus grande beauté. C’est à cause de l’intensité de l’horreur les entourant que la survie de l’amour a une telle valeur, une telle beauté, dans un désert d’absolue noirceur, de haine et de sang, ces foyers d’amours brulent avec encore plus de puissance.

Cette dialectique est au centre du livre. C’est plein de paradoxes, de contradictions et d’ambiguité, mais c’est ce qu’est la vie. C’est incroyable. C’est extraordinaire. C’est l’amour en action, l’amour incarné, pas seulement le sentiment. Ces personnes s’aiment vraiment parce qu’ils jouent leurs vies sur leur amour. Ils préféreraient aimer plutôt que vivre, si tel était le choix. Instinctivement ils prouvent que l’amour est plus fort que la haine. Tous les personnages principaux forment et font évoluer plusieurs différentes relations amoureuses les uns avec les autres, et celles-ci englobent différentes nuances de la notion d’« amour ». Au centre se trouve l’amour entre Tannhauser et Carla, qui est, bien sûr, une énigme, un mystère, un paradoxe, autant pour l’un que pour l’autre. Il est clair que Paris représente le labyrinthe, « the golden thread so fine » (« le mince fil doré ») qui les guide est au bout du compte l’amour.

 

Le mysticisme et la spiritualité sont très présents dans les deux livres (Amparo, Petrus Grubenius, Alice…), est-ce que c’est une partie la re-création de ce siècle, ou est-ce que vous vouliez que les personnages y soient confrontés? Est-ce que vous vouliez que le mysticisme et la Foi prennent part dans leurs évolutions ?

 

La possibilité d’un mysticisme, la réalité d’une expérience mystique, est une partie de ce qu’est être humain. C’est une perpétuelle possibilité qui est en nous. C’est comme un sens, comme la vue ou l’ouïe. La possibilité est là, que nous choisissions ou non de la reconnaître, c’est un choix qui est conditionné culturellement. La tentative rationaliste de rejeter n’importe quelle forme de spiritualité par des arguments « rationnels » me semble irrationnelle, c’est idiot. Nous pouvons avoir une perception mystique. De telles perceptions appartiennent à un domaine autre que rationnel, comme c’est le cas pour l’Art. Même les sens, comme la vue ou l’ouïe, sont énormément malléables en terme de ce qui est perçu et ce qui ne l’est pas. Une personne ayant grandi dans une région sauvage entendra une centaine de sons significatifs, verra une centaine de choses significatives, sons et choses auxquelles un citadin sera sourd et aveugle. N’importe quel fermier le sait. Le mouvement athéiste moderne, Dawkins et les autres, est une tentative délibérée de limiter la perception, de nier ce sens, mais nous sommes par nature capables d’expérience transcendante, c’est un fait. C’était inévitable que le mysticisme ou les questions spirituelles fassent partie des personnages.

Le système mystique le plus important du livre est l’Alchimie, pas seulement parce que Paris a toujours été, et l’est encore aujourd’hui, le plus grand centre de l’Alchimie. Et le but de l’Alchimie est la transformation spirituelle.

Le livre est un tissu de symboles de l’Hermétisme, je ne m’attends pas que quiconque le remarque, mais qui j’espère enrichit le tout. L’histoire (à travers les personnages) passe par les 12 étapes de Basilius Valentinus (aussi appelée « Les 12 portes » de George Ripley)*. Ces portes alchimiques (sublimation, fermentation, multiplication, projection, etc) s’incarnent toutes dans le déroulement de l’histoire, par exemple l’Exaltation a lieu à Notre Dame, « le vaisseau alchimique », quand Tannhauser accomplit le baptême dans le sang. La Multiplication, l’augmentation de l’elixir, se déroule quand ils grimpent dans le chariot et se mettent en route pour « voir quel métal ils ont forgé » ; la Projection est la transmutation finale du métal de base en or, de l’inférieur vers le supérieur, qui est l’enterrement et le pique-nique dans la forêt

 

(*: 12 étapes successives du Grand Oeuvre)

 

En fin de compte, le groupe lui-même est une représentation de la Pierre Philospohale. Tannhauser, bien qu’il n’en soit pas pleinement conscient, devient le véritable alchimiste qu’il a toujours voulu être. (Un voyage qui commence dans la forge au début de « La Religion »)

tarot

L’autre aspect mystique réside dans le fait que toute l’histoire est aussi un voyage à travers le Tarot, qui est encore une fois un voyage d’un état inférieur vers un état de conscience supérieur. Chaque Atout est représenté par un personnage différent, certains sont évidents, ou désignés clairement par les personnages. Par exemple, Grymond réalise qu’il est le Pendu. Alice est la Grande Prêtresse. Certains sont plus subtiles, avec peu d’indices associant les personnages avec leurs Atouts. Grégoire est l’Hermite (avec sa lanterne), Typhaine est la Lune (l’écrevisse), Le Tellier est l’Empereur, les Souris (des jumelles) sont le Soleil, Amparo est le Fou. Et ainsi de suite. Tannhauser est la Mort, Paris est le Diable. En fait c’est le Tarot qui a imposé dans quelle direction l’intrigue se dirigeait. C’est la carte du Jugement par exemple qui m’a fait réaliser que Carla devait aller à Notre Dame, c’est à dire que sa révélation a été ma révélation. Jusqu’à ce moment je ne savais pas, je pensais qu’elle resterait dans la maison. Les cartes ont été une force vivante et active dans l’écriture. C’était très étrange.

 Tarot-Nusantara

 

Ce n’est pas juste un grand livre, c’est aussi une belle déclaration d’amour à Paris. Votre amour, votre connaissance de la ville sont flagrants, vous pensez comme un des personnages, que c’est « la plus grande ville du monde », aujourd’hui comme en 1572 ?

 

Je dirais qu’il n’y en a certainement pas de plus grande et qui me tienne le plus à cœur. Comme toutes les grandes choses, personnes, tableaux, albums, films, endroits, au-delà d’un certain niveau ça ne peut plus être soumis à des notions de « meilleur ». Par contre, je dois dire qu’il n’y a absolument nulle part comme Paris, et ce à beaucoup de points de vue. Paris avait submergé mon imagination avant que je n’y vienne (en 1978), quand mon esprit était plein de Sartre des films de Melville, et je dois dire que je n’ai jamais été déçu. Plus que toute autre ville, elle demeure un bastion des valeurs culturelles et intellectuelles les plus importantes pour moi. Parfois je crains que ce ne soit le dernier bastion, tant l’effondrement culturel (effondrement parmi d’autres) dans le monde anglophone semble catastrophique. Mais le futur est toujours plein de surprises. Et nulle part cela n’a été prouvé mieux qu’à Paris, et je suis sûr que ça arrivera encore.

 

Peut-on parler du refus de votre éditeur américain, ou vous êtes passé à autre chose ?

 

Ce n’est probablement pas un sujet très intéressant, mais j’apprécie beaucoup – et eux aussi – ton admiration pour Cape et Sonatine. Le livre est également traduit en allemand, hollandais, russe et polonais jusqu’à présent.

Doglands

 

J’ai entendu dire que « Doglands » serait une trilogie, c’est vrai ? Je suis curieux, je sais, avez-vous commencé l’écriture du second ?… Ce que vous aviez dit à propos de Sloann l’an dernier, que vous le voyiez comme une sorte de Grendel / Tony Montana / Mao me rend plutôt impatient de le rencontrer…

 

L’avenir de « Doglines », la suite de « Doglands » est incertain pour l’instant, comme je travaille sur d’autres projets. Je suis moi aussi impatient de rencontrer Sloann. Je ne suis pas sûr de à quel point je vais oser être apocalyptique avec « Doglines ». J’aimerais provoquer la fin du monde, ou plutôt la fin de la race humaine, mais je ne sais pas si quelqu’un voudrait publier ça.

Pour finir, que diriez-vous aux lecteurs français pour les faire lire « La Religion » (pour ceux qui ne l’ont pas encore fait) et « The Twelve Children of Paris » quand il sera traduit en français ?

 

J’ai bien peur d’être un très mauvais vendeur. J’espère que mes livres apportent aux lecteurs une expérience extrêmement intense, une profonde immersion dans d’autres mondes, d’autres personnes, dont ils peuvent partager les émotions, les reconnaître et les recréer par le pouvoir de leurs propres imaginations. Si vous marchez à travers le feu et les ténèbres avec les Twelve Children of Paris, je pense qu’il est difficile de les oublier. Je sais que je ne les oublierai jamais.

 

 

L’interview de l’année dernière

La chronique de « The Twelve Children of Paris »

mai 15

Here is finally the interview of Tim Willocks for his new book, the magistral new adventure of Mattias Tannhauser : « The Twelve Children of Paris ».

Once again, I say a huge thank you to Tim Willocks for taking the time to answer my questions, and I hope the book will get the success it deserves.

Gramercy Tim Willocks !

 

« Where there are no men, be a man »

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When you wrote « The Religion », you said you wanted to write a european novel, how would you consider « The twelve children of Paris » ? You said it’s an extreme book, what does it mean for you?

 

Some years ago my Italian editor made the comment that Green River was ‘a fundamentally European novel’ despite being set in Texas. I am a european so I suppose that is not surprising. I think the complexities and tragedies of European history have made us less prone to see human life in black and white terms, morally and politically. Perhaps we sense that living together is always going to be a vast and potentially dangerous experiement, but we aren’t going to lessen the danger by indulging simple-minded notions of good and evil, right and wrong. 12 children is very much about that confusion and ambiguity. How does the individual define his or her morality within the forces of the group ? What do you do when extreme circumstances impel you to commit terrible deeds? Or should you not commit them? The novel takes place during a spasm of extreme hatred, violence and collective madness, and the characters all navigate that madness in their own unique ways. The book doesn’t give clear answers, beacause I think such answers are an illusion and a part of the problem, but I hope it creates a visceral experience of trying to find them. or judgements. It’s an experience of extreme events and extreme emotions – about our power, to right, to decide who we might be at such moments.

 

Can we come back to the birth of Mattias ? How did you find him, where does he comme from ?A year ago, when we met in Lyon, you said did’nt know what will happen to him in the third book, is it still the case ? Please tell me it’s still gonna be a trilogy, Mattias is too fucking great to retire…

 

Mattias is in many ways ‘the man from nowhere’. His origins are pan-european and his life has reinforced that; he isn’t defined by nationality or creed. He is constantly rediscovering and redefining himself as the stories progress. When I started to write The Religion I thought he would die at the end, but he wouldn’t. « 12 Children » challenges his character more deeply. He is both hero and villain, devil and angel, life and death. Does he act or is he acted on? In what sense does he control his destiny? Does he control his destiny at all, or is he just floating chaff on Fortuna’s river, the prisoner of much larger karmic laws, a speck of slag in the cosmic crucible? In the final spasm of mysterious and – knowingly – unjustified violence does he lose himself or find himself? Is it – can it ever – be right to employ such savagery in the name of love? And if so, at what price? And if so, why would one – how could one – expect to restrain that savagery within whatever limits of taste or morality one might try – to impose? These questions seem worth asking in our present world.

So, I never know where he is going. He’s a kind of rogue existentialist. For that reason I still don’t know what will happen in the third novel, but I do intend to write it. I’m planning to write a different kind of novel before then. The Tannhauser books take everything I’ve got – each one is a monumental, daunting journey to take, they’re all-consuming, and I don’t have a great deal of control over the writing process (I wish I did). « 12 Children » was the journey of a lifetime. So I am going to take a ‘rest’ with something less monumental, very likely a kind of dark ‘Western’ set in 19th Century Australia.

 

Did you make the research for « The twelve children of Paris » like you did for « The Religion » ? Museums, libraries, trips to Paris… How you re-create the Paris from 1572 is really impressive, did you spend as much time researching before writing ?

 

I did a huge amount of research for « 12 children » and as usual the heartbreaking thing is that almost none of it seemed to end up in the novel. After the first draft I cut out tens of thousands of words of detail, because that’s all they were – fascinating details to me but not to the characters. Even now, if we have a stressful day in Paris, we don’t dwell on the monuments, the history, the amazing stories behind it all – we’re focused on ourselves, our goals, our problems. We walk past the Conciergerie wihout even seeing it. I wanted to create that sense of living reality. But I hope that the research gave an authenticity to the characters.

Because, on one level, the story is fundamentally about the geography of Paris – Paris as the labyrinth – the geography became the most important research to me. I don’t mean the map, I mean the ground, the distances. The very great majority of what stood in 1572 is long gone ; for instance, a few subterranean stones are all that remain of the Louvre in 1572; it’s nearly all ‘new’. The appearance of the Seine, which also plays a central role, physical and mythological, has changed radically. But I wanted a strong sense of movement, so I walked the whole novel many times while I was writing it. I wrote a good deal of the novel in Paris. It’s still arguably the greatest city to write in.

 

How did you write this book ? You told me that some chapters came from nowhere, you just let them flow from your brain, does it happen often when you write ? How did you work to find the rythme, the pace this storytelling that covers 36 hours, juggling with all the characters, all the places around Paris ? Did you have some kind of plan ?

 

I’ve learned that all my plans are rapidly undermined by the impulses of the characters, so I don’t place too much importance on a plan. I let the river of action take me wherever it will. The plan, such as it was, was basically the title. I had the title before anything else, before any story at all. The spine is very simple – a man looking for his wife in the middle of anarchy and chaos.

The title forced me to find the twelve children, which is an enormous number, especially as I wanted them all to have a unique presence. I didn’t want the kind of ‘Dirty Dozen’ situation where only about six of them leave any real impression. So I started more or less throwing children in the paths of Tannhauser and Carla without any idea of who they would turn out to be or what they would do. In every case they became more extraordinary than I could have imagined. Nor did I know who would survive. As each situation arrived, I followed their reality – their reaction to what had happened – and that created the next situation, in a huge interconnected web, all of them constantly in their own motion. And there are a dozen more important characters beyond the children themselves. It was a miracle that it turned out to have any coherence.

The anarchy of the streets, of the event, was mirrored in the construction of the novel itself. Each time I tried to impose a structure, I became paralysed, I stopped writing, for ages, so I just had to plunge forward into chaos to find out what would happen, just like the characters themeselves. I wanted this be an experiential novel – you can’t stay outside it, you have to be in it. You are compelled to share this experience with the characters. You aren’t observing, you are there. There is no distance. This is what chaos and anarchy feels like. I wanted to convey that confusion – of being stranded in anarchy.

 

I don’t want to spoil to much about the story or the characters, but I must talk about Grymonde, Pascale and Estelle…. Three of my favourite characters, they are really amazing, what can you tell about them, what do they represent, and where do they come from? By the way, the first scene when we discover Estelle through Carla’s eyes is great, I felt like watching « Rear window »…

 

At certain moments in the writing I feared that Grymonde was going to take over the book. He escaped all the boundaries I had imagined for him – essentially « the bad guy » – and became more and more complex and marvelous. I think he came to represent Paris in all its contradictions, magnificent yet grotesque, cruel yet tormented by love, and full of wild ideas and political passions.

The reason the book became about twice as big as I had planned was that many of the « supporting » characters insisted on having their say and taking their space. At moments I wanted to write a whole novel about Estelle or Pascale. All I had of Estelle to begin with was the image that you refer too, of a girl communing with rats – which came from a real-life girl that a friend of mine saw in Naples. Her history just kept growing. In the end the whole story turns around her actions on several occasions. It’s why the book became such a real experience – all these characters acting independently, following their own track, but changing each other’s lives in a strange combination of intention and pure chance.

The same with Pascale – so dark, so wounded, so brilliant. I had no idea or intention that she would want to kill until she opened her mouth and said so, and that became possibly the most disturbing scene in the novel. Half the book is written from the point of view of the various female characters. The story becomes a kind of confrontation between the Male and Female principles of existence – these females who try to survive by being true to each other, and to some higher notion of human goodness, while trapped in a Hell on Earth that they did not make. In that respect the biggest surprise for me was Alice, a figure who was just a plot necessity up to the point I met her. I thought she’d sit in the background but she just emerged from the ether and blew my mind. I still have no idea where her thoughts came from. She became one of the spiritual centres of the whole book. The other symbolic centre, in the end for all of them, is the baby – a tiny nucleus of absolute innocence and purity who travels through extreme human darkness towards life.

 

I’m reading again « The Religion » right now, and there’s one thing that strikes me, it’s the mangificent names of your characters. Amparo, Mattias Tannhauser, Bors of Carlisle, Sabato Svi, Ludovico Ludovici, Burak…. And in « The twelve children » : Grymonde, Pope Paul, Clémentine (« call it the most beautiful »…), Juste, Hugon…. How do find them, do you find the character first, and then the name ?

 

Names are very important and I take a lot of trouble to find the right feeling, but in the end it comes down to pure instinct. Sometimes I begin with one name for a character, and it just doesn’t feel right, so I have to change it, sometimes more than once. I think ‘Pascale’ was the third name she had before I felt that it represented her. Clémentine was a big Irish horse I used to ride myself and who once threw me off. Grymonde was always Grymonde. I can’t remember where that name came from – I think I invented it from the sound, the feeling of a dark world. Pope Paul was instantaneous. Juste was the name of a youth I met in Paris, for just ten minutes, while writing the book, but he had such nobility and spirit, a strong innocence, and somehow the name seemed perfect for the character in the book, who shares those qualities. So they come from many sources, and sometimes the name comes first, sometimes the character.

 

When you write you say you try to enter the very own flesh of the characters, to see and to feel the world the way they see it, the way they feel it. After a book about such a violent moment of the History of France, how do you « clean » yourself from all the blood, from all the madness, how do you « free » yourself from the savagery ?

 

In truth I was very sorry to leave the world of the book and its characters behind. Though there is a huge amount of death in the book, the characters are so full of life – they love life in so many different ways – that I never found it depressing. To the contrary I found it inspiring. Amid the madness, they are perfectly sane, because they live only for what is of true value – friendship, loyalty, food, love, magic.

At one point, as they embark on the last, desperate, gamble of their journey through absolute horror, Tannhauser says to Grégoire : « Let us see what metal we have made.’ What he means is that together they have made a kind of human and spiritual gold, which is the love they share, and which transcends all the death around them. This is where love discovers – or not – its greatest courage and beauty. It is because of the intensity of the horror around them that the survival of love has such value and such beauty, that in a moral wasteland of absolute darkness, hatred and blood, those fires of love burn all the brighter.

That dialectic is at the centre of the book. It is full of paradox, contradiction and ambiguity – but that is life. It’s beautiful. It’s amazing. It’s extraordinary. It’s about love in action, in being, in actuality, not merely in feeling. These people truly love each other because they stake their lives on their love. They would rather love than live, if that be the choice. By instinct, they prove that love is stronger than hatred. All the main characters form and evolve many different love relationships with each other, and these encompass many different shades of the notion of ‘love’. And at the centre is the love between Tannhauser and Carla – which is indeed a puzzle, a mystery, a paradox, not least to both of them. That Paris is the Labyrinth is pretty clear; ‘the golden thread so fine’ that guides them through it is ultimately love.

 

Mysticism and spirituality are strongly present in the two books (Amparo, Petrus Grubenius, Alice…), is it a part of your re-creation of that century, or did you want your characters to be confronted to it ? Did you want the mysticism and faith be a part of their evolution ?

 

The possiblity of mysticism – the reality of mystical experience – is part of what it is to be human. It’s perceptual possibility built into our being. It’s a kind of sense, like hearing or seeing. It’s there whether or not we choose to exercise it, a choice which is culturally conditioned. The rationalist attempt to dismiss spirituality in whatever form via ‘rational’ argument seems to me irrational ; it is certainly unintelligent. We are capable of mystic perception. Such perceptions inhabit a different realm to the rational, but then so does Art. Even the hard core senses – sight, hearing – are enormously malleable in terms of what is perceived and what is not. A person who has grown up in a wilderness will hear a hundred meaningful sounds, see a hundred meaningful things, to which a city dweller is deaf and blind. Any farmer knows that. The modern atheist movment – Dawkins et al – is a deliberate attempt to limit perception, to deny that sense, but we are organically capable of transcendent experience; it’s just a fact. So it was inevitable that mystic or spiritual concerns form a part of the characters.

The key mystical image system that runs all the way through is Alchemical, and not least because Paris has always been – and still is to this day – the greatest centre of Alchemy. And the purpose of Alchemy is spiritual transformation.

The book is woven through with Hermetic symbolism, which I don’t expect anyone to notice but which I hope enriches the texture. The story (through the characters) moves through all the twelve steps of Basilius Valentinus (also called ‘The Twelve Gates’ of George Ripley). These alchemical gates – sublimation, fermentation, exaltation, multiplication, projection etc – are all embodied symbolically in the dramatic action. e.g. Exaltation takes place in Notre Dame – the « alchemical ship » – when Tannhauser performs the baptism of blood; Multiplication – the augmentation of the elixir – is when they climb on the wagon and set off ‘to find out what metal we have made’; Projection is the final transmutation of base metal into gold, of the lesser into the higher, which is the ‘funeral’ and the picnic in the forest.

So, ultimately, the group itself is a representation of the Philosopher’s Stone. Tannhauser, though he isn’t fully aware of it, becomes the true alchemist that he has always wanted to be. (A journey that begins in the forge at the start of The Religion)

tarot

The other mystical aspect is that the whole story is also a journey through the Tarot, which again is from a lower to higher state of consciousness. Every trump is represented by a different character. Some are obvious – or stated outright by the characters. Grymond realizes that he is the Hanged Man, for instance. Alice is the High Priestess. Some are more subtle, with little clues that associate each character with their trump. Grégoire is the Hermit (with his lamp), Typhaine is the Moon (the crayfish), Le Tellier the Emperor, the Mice are the Sun, Amparo is the Fool. And so on. Tannhauser is Death and Paris is the Devil. The tarot actually dictated to some real degree the direction in which the plot turned. It was the Judgement card, for instance, that made me realize that Carla had to go to Notre Dame – i.e. her revelation was my revelation. Up to that point I didn’t know – I thought she would remain at that house. The cards were an active and living force in the writing. It was quite strange.

Tarot-Nusantara

 

It’s not only a great novel plain and simple, it’s also a beautiful declaration of love to Paris. Your love and your knowledge of the city is blatant, do you think, as one of the characters, « it’ the greatest city in the world », now and in 1572 ?

 

I will certainly say that there is none greater and none is closer to my heart. Like all great things – people, paintings, albums, films, places – beyond a certain level they are beyond being subjected to notions of ‘better’. It must be said, though, that there is absolutely nowhere like Paris, in so many different senses. It overwhelmed my imagination before I ever went there (in 1978), when my head was full of Sartre and Melville movies, and it has never disappointed me. More than any city it remains a bastion of the cultural and intellectual values that are most important to me. Sometimes I fear it is the last bastion, as cultural collapse (among other collapses) in the English-speaking world seems catastrophic. But the future is always surprising. Nowhere has proved that more than Paris, and I am sure it will prove it again.

 

Can we talk about the refusal of your american publisher, or did you move on ?

 

It’s probably not a fruitful subject to talk about, though I greatly appreciated – as did they – your admiration for Cape and Sonatine. It’s also being translated into German, Dutch, Russian and Polish, so far.

Doglands

I heard « Doglands » is gonna be a trilogy, is it true ? I’m curious, I know, did you start writing the second book ?… What you said about Sloann last year, that you saw him as some sort of Grendel / Tony Montana / Mao makes me a bit impatient to meet him…

 

The future of ‘Doglines’ the sequel to Doglands is uncertain at the moment, while I work through some other projects. I’m impatient to meet Sloann myself. I’m not yet sure how apocalytpic I dare to be with Doglines. I’d like to bring about the end of the world, or rather most of the human race, but I don’t know if anyone would print it.

 

Finally, what would you tell the french readers to make them read « The Religion » (for those who have’nt yet read it) and « The twelve children of Paris » when it’s published in french?

 

I’m afraid I’m a very bad salesman. What I hope my books give to readers is an extremely intense experience, a deep immersion in other worlds, other people, whose emotions they can share and recognize and recreate through the power of their own imaginations. If you walk through the fire and the darkness with The Twelve Children of Paris, I think it’s hard to forget them. I know I never will.

 

mar 21

Accusé de faire des très bons polars mais de ne pas en vendre des tonnes !!!

ça t’étonne ?, moi oui. L’heure est à la consommation de masse, dans masse il y a masse justement, un bloc indistinct, indissociable, unitaire, bref

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Tu te présentes mon poteau ?

Salut Dominique, donc je me présente, 45 ans, deux filles, vingt et huit ans (de la même maman) et domicilié à Nice, quoique né en banlieue Parisienne. Donc, côté vie professionnelle j’ai pas mal bourlingué avant de rentrer dans le rang il y a une dizaine d’année, sinon côté écriture j’ai attaqué tôt, dès que j’ai su écrire et dessiner en fait, à six ou sept ans, je m’amusais à faire des petites bande-dessinées où je mettais en scène mes frères et sœurs dans des tas d’aventures, c’est ma grande sœur qui avait le virus, j’avais un grand père poète aussi, qui reliait ses livres, vers seize ans j’ai laissé tomber les dessins pour écrire des petites nouvelles et de fil en aiguille, des scénarios. Enfin, la route est longue pour l’apprenti écrivain, je m’y suis remis sérieusement dans les années
2000, de là, une rencontre avec José Giovanni, deux romans refusés de partout et un troisième accepté par Jigal en 2009. Le début des aventures. C’est dur pour l’apprenti écrivain qui rêvé d’être édité, on a la rage, on lit les livres des autres en essayant de comprendre pourquoi eux (mais pourquoi eux ???) enfin, comme j’ai dit, on a la rage.

 

Editeur Gigal, raconte nous comment tu es arrivé là-bas?

Alors Jigal, comment on y arrive ? On envoie son manuscrit aux éditeurs et un jour, miracle, il y en a un qui répond. C’est à Marseille, le patron, Jimmy Gallier t’invite à déjeuner sur une terrasse près du port qui sent bon la Méditerranée, c’est latin et humain, voilà, après c’est un pro, donc un éditeur comme les autres. L’avantage c’est qu’il sort pas mal de nouveautés par an, et il ne fait pas de traduction, donc, avis aux auteurs français, d’ailleurs il a déniché pas mal de nouveaux auteurs ces trois dernières années, et il y en d’autres qui arrivent; Sinon, si on y est bien, disons que mon premier n’a pas explosé (alors que…) tandis que le deuxième à beaucoup mieux marché. J’allais pas les quitter à ce moment-là, donc je leur envoyé mon suivant, et puis une carrière d’écrivain ne se fait pas sur trois ou quatre livres, enfin j’espère.
Donc justement, un quatrième, oui, normalement; Un polar noir, très noir, ou j’ai travaillé le style, enfin je crois; En tous cas je m’y suis beaucoup investi, on verra le résultat auprès des lecteurs. <une histoire de braqueurs, des jeunes de vingt ans, dans la banlieue parisienne, on la respire cette banlieue, mais ce n’est pas des gars des cités, plutôt banlieue pavillonnaire et humide, une sorte de banlieue des années soixante-dix, j’ai pensé au livre « la Trilogie noire » de Mallet et au film Série Noire avec Daewere.

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En te lisant j’ai pensé a ces auteurs, dard et Adg ? (dont il ne faut pas parler)

ADG et Dard, ça tombe bien, je les adore. Pour ADG j’en ai lu quelques-uns de très bon, ces voyous d’Orléans, mais il y surtout le génial « la nuit des grands chiens malade », il y avait une langue, un rythme, un humour de dingue, après on n’est pas de la même génération, donc je me fous de ce qu’il faisait dans la vie, j’ai connu que ses bouquins. Quant à Dard, ma mère adorait les San Antonio, elle avait toute une collection, c’est marrant, parce que mon père qu’était plutôt costard cravate il lisait des SAS, et mon grand-père (paix à son âme) alignait les « Brigades Mondaines » toute une époque. Mais un auteur comme Dard, il a inventé un style, j’ai racheté dernièrement son œuvre chez Bouquins, ses tout premier, il invente une sorte de personnage genre  » Moi, vous me connaissez… » ou,  » Vu que je me trouvais les attributs à l’air je ne pouvais sortir dans la rue au risque de provoquer une émeute chez les jeunes filles.. » gonflé le gars, au-delà de la brouette japonaise, il avait un vrai style, une musique et un rythme que sa popularité à desservi, nombre d’intello l’ont traité de populiste et commercial justement, ça veut dire qu’Apocalypse Now, qui a fait des millions d’entrées est fait par un mec populiste et commerciale. Non??

Pourquoi avoir choisi d’écrire du polar et pas de la SF ?

Pourquoi les polars, la noire, parce que j’adore ça et que j’ai toujours été très mélancolique, je me rappelle ma première nouvelle, je devais avoir seize ans, où je racontais une histoire d’amour, la fille finissait dans un accident de train avec une jambe coupée et le gars la laissait se vider de son sang, parce qu’il ne pouvait pas lui promettre qu’il l’aimerait toujours… Yo ! Pareil, à la même époque j’en ai fait une sur la guerre en Europe centrale ( tuerie, viol et rédemption), et une autre où un gamin tue son propre père, en le prenant pour un clodo ( en fait il se planquait, il était en cavale pour avoir tabassé à mort un jeune cambrioleur, c’était un facho et il avait éduqué son fils à nettoyer la racaille), donc, faut croire que j’aime bien les histoires glauques. Sinon, les cités, j’ai toujours voulu en parler, j’y ai vécu gamin, donc c’est le point de vue d’un petit blanc dans les années quatre-vingt et je suis resté sur la notion d’isolement et la morosité ambiante, mais pour le jeune qui s’en est sorti, putain, c’est ceux-là qu’il faudrait nommer PDG de boites parce qu’il faut avoir une sacré gnaque pour y arriver, et surtout, après, ça te donne une bonne compréhension de la vie. Donc, obligé, je rends hommage à tous les suicidés, les overdosés, les « tués par balles », les filles abusées et les jeunes qui brulent les voitures de leur voisins pour passer leur haine, non je plaisante, je pense aux voisins justement qui comprennent plus rien et qui aimeraient bien que ça change.

Quant à la SF où l’héroic fantasy, étant fan de Sir Nigel et de la compagnie Blanche de Connan Doyle, ainsi que de Tirant le Blanc, je me suis attaqué au « Trône de fer » (j’en suis au 14) et en même temps j’ai littéralement liquidé l’assassin Royal de Hoob, j’ai pris une claque, j’avoue, tu suis le même personnage sur treize tome, t’es dans sa tête de ses huit à trente-cinq ans, un chef d’œuvre ! Sinon j’adore le cinéma de genre, je monte à Paris uniquement pour aller voir Blade Runner sur grand écran le jeudi à onze heure du mat, ou bien « 2001″, note, je les ai vus que vingt fois chacun. Côté écriture je me suis amusé à écrire une nouvelle gore qui se passe à Nice, dans le futur, c’est un peu naif (à noter, toutes ces nouvelles sont lisibles – mal- sur des sites de nouvelles, justement, sur le net), « Les monstres attaquent à Nice » ça s’appelait, entre « Je suis une légende » génial Matheson et massacre à la tronçonneuse. J’ai aussi lu K.Dick, les classiques quoi.

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Références cinématographiques dans tes livres, c’est voulu ça te sort de la peau ?

Le cinéma, justement, on y vient, bien sûr c’est ma première culture, le film du dimanche soir, le western du dimanche après-midi (où on voyait des tas de gars se faire assassiner, mourir en agonisant, à l’écran, indiens, bandit, shérif, sans que cela ne choque personne), et puis, je devais avoir neuf ans, mon père m’a emmené, au cinéma justement voir  » Il était une fois dans l’Ouest », là j’ai eu un choque cérébral, j’avoue ( traumatisé à vie).

J’ai eu une période où je passais mon temps à écrire des scénarios, réalisant deux court métrages (improbables) pour des concours. Donc, j’avoue, mes premièrs romans étaient des scénarios « novellisés », ceci expliquant cela.

Quant à Gabin, Delon, tu pouvais pas tomber mieux, je suis un fan de  » le clan des Siciliens » je ne l’ai vu que trente fois, je connais les répliques par coeur ( pareil pour les blues Brothers, et il était une fois dans l’Ouest, tu me crois pas;  » y’avait trois cache poussières, dans ces caches poussières, y’avait trois hommes, et dans ses hommes, y’avait trois balles… » et direct après  » hé, l’harmonica, tu joues quand tu devrais parler et tu parles quand tu devrais jouer; Par la suite, ayant été « sponsorisé par Giovanni, j’ai voué un véritable culte à  » Classe tous risques  » ( franchement, c’est pas un chef d’œuvre ??) « Le deuxième souffle » et « Le trou » autant les livres que les films qui sont hyper réussi, plus récemment, il y a eu l’énorme claque « Romanzo criminale », le même genre, des histoires d’amitié virile, de trahison, d’honneur, de mecs droits, au bout du rouleau, et qui continue, qui vont jusqu’au bout. Quand à Blier tout ça, et bien oui  » il ne connait pas MOriceu !!! » un truc de fou là aussi. En même temps, c’est générationnel, pour les mecs nés dans les années soixante/soixante-dix, quoique on a été élevé à coups de « Guignolo »  » flic ou voyou » pas des chefs d’œuvres, par contre, j’ai un faible pour l’homme de Rio, ça oui.

 

mar 15

Quand on aime on compte pas, donc un petit entretien tout frais, traduit par Undead avec un grand écrivain

February 2013

http://www.larryfondation.com/

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1.  The Streets of LA:

 

I don’t live in the toughest part of Los Angeles.  But I do work there – Compton, Watts, East LA.  I have three kids and I would have been anxious about raising them in some of the areas that I work in.

 

My work as an organizer in inner city neighborhoods does indeed influence my work.  On my job, I deal in hope.  There is much talent, joy and spirit in the urban core.

 

But there are bleak moments as well.  As a writer, I feel I must bear witness to that – to try to depict what most people want to ignore.

 

1 Les rues de LA

Je ne vis pas dans la partie la plus mal famée de Los Angeles. Mais j’y travaille (Compton, Watts, East LA). J’ai trois enfants et je ne serais pas rassuré à l’idée de les amener dans les endroits où je travaille.

Mon travail dans la banlieue influence mon travail. Mon quotidien me remplit d’espoir. Il y a tant de talents, joie et esprit dans le noyau urbain.

Bon, maintenant, il ya aussi les moments merdiques. En tant qu’auteur, je sens que je dois porter témoignage de ça, essayer de dépeindre ce que la plupart des gens veulent ignorer.

 

 

2.  My Style and Way of telling a Story:

Urban life seems to me to be marked by a multitude of occurrences, of discontinuous incidents and syncopated rhythms. Traditional narrative arc works well for certain kinds of portrayals. But not necessarily for the jumble of urban living, especially living on or close to the streets. Indeed there a lot of unintended consequences in contemporary life on both large and small scales. I try to approximate the discontinuity with short, stark vignettes that I hope, when taken together, add up to more than the sum of their parts.

Now, in the internet era, the momentary is even more prevalent. One can Google search for shark fin soup one minute and a biography of Talleyrand the next… that’s life as it’s lived now.

My ideas about structure also relate to that same notion of the discontinuity of life. While I reject and struggle with traditional structure on the one hand, I do respect structure — alternative structures, as it were — and, I think we need to re-think structure in general.  Structure needs to absorb and reflect fluidity, not rigidity – and to exude variety.

The visual arts tend to do this re-thinking pretty well — Duchamp did both « Nude Descending a Staircase No. 2″ and his infamous, R. Mutt-signed « Fountain, » his found object urinal. Recently, the Museum of Contemporary Art (MOCA) here in Los Angeles did an exhibition called « Painting in Tongues, » a show of several younger artists who deploy different structures and styles across their works. They reflect the sense of inconsistency that marks all our lives indeed.

Literature, unfortunately, seems so much more conservative. It hasn’t always been this way. For example, I’m now re-reading Samuel Beckett’s short novels. . Amazing stuff.

Formally, my fictional project is largely one of compression.

 

2 Mon style, ma façon de raconter une histoire

Pour moi, la vie citadine est marquée par une multitude d’occurrences, une suite ininterrompue d’incidents et de rythmes syncopés. Une structure narrative traditionnelle convient souvent mais pas dans le cas du fouillis de la vie urbaine. J’essaie de rendre cette discontinuité par des moments courts, des éclats qui, mis bout à bout, en disent plus que la somme de leur partie.

Maintenant, aux temps d’Internet, l’instantanéité est encore plus prégnante. Tu peux aller sur Google pour une recette de soupe de requin et, une minute plus tard, attaquer une biographie de Talleyrand. C’est comme ça maintenant.

Mes idées sur la structure incluent cette notion de discontinuité. Je rejette et combats la structure traditionnelle (bien que je  respecte la structure. Au moins d’une façon alternative) et pense qu’il faudrait la repenser. La structure a besoin d’absorber et de refléter la fluidité, pas la rigidité ; elle doit également faire rejaillir la variété.

Les arts visuels ont déjà accompli cette révolution (Duchamp a exposé son Nu descendant un escalier et son fameux Fontaine, un urinoir renversé sur lequel il apposa la signature « R. Mutt ». Récemment, le Musée d’art contemporain de Los Angeles a exposé « Peindre en langues », durant lequel plusieurs jeunes artistes ont déployé différentes structures et styles à travers leurs travaux, reflétant ainsi l’inconstance qui, de fait, marque nos vies.

Hélas, la littérature semble tellement plus conservatrice. Mais ça n’a pas toujours été le cas. Par exemple, je relis actuellement des nouvelles de Samuel Beckett. Incroyable. En comparaison, mon projet fictionnel va largement moins loin.    

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3.  American Dream:

I have a great deal of ambivalence about the idea of the American Dream.  To paraphrase Hemingway, it is pretty to think so, pretty to think that the dream exists.

For most of our history here in the United States, many people were formally denied, by unjust laws, any access at all to such a Dream – women, African Americans, etc.

The civil rights movement and the feminist movements made great strides in erasing some of those barriers.  With gay marriage winning acceptance, we are once again gaining some new ground in the fight for inclusivity.

But the specter of economic inequality has long haunted America.  Material greed is deeply ingrained in the American character, and it hurts us.  We’ve had slave-owners, Robber Barons in the Gilded Age, and now Wall Street titans.  Frighteningly, we almost elected Mitt Romney as our President.

Our addiction to money, rather than to the goal of a Good Society, is scary.  It kills the dreams of 90% of our people.

 

3 Rêve américain

Je m’accommode assez bien de l’ambivalence du Rêve américain. Pour paraphraser Hemingway, c’est sympa de penser ainsi, de penser que le rêve existe.

La majeure partie de l’histoire des USA montre cependant à quel point de nombreuses personnes ont été maltraitées par des lois injustes qui leur ont interdit l’accès à ce rêve (les femmes, les Afro-américains…).

Le mouvement des droits civils et les mouvements féministes ont fait tomber bon nombre de ces barrières. Avec l’acceptation du mariage homo, une nouvelle étape en faveur de l’intégration est franchie.

Mais le spectre de l’inégalité économique a longtemps hanté les USA. L’appât du gain est solidement implanté dans les gênes de l’Américain et il nous fait du mal. On a eu des propriétaires d’esclaves et des barons du crime en d’autres temps et ils ont été remplacés par les titans de Wall Street. On a même presque élu Mitt Romney à la présidence.

Notre addiction à l’argent au détriment de l’objectif d’une bonne société est flippant. Il tue 90% du rêve des gens.

Les idéaux des USA sont très beaux. Mais nous, Américains, devons travailler pour y adhérer davantage.    

4.  Writers to Discover:

Barry Graham, Eric Miles Williamson and Harold Jaffe – all of whom have some publications in Europe, but deserve even wider readership.  The LA noir author Gary Phillips. The poetry of Kim Addonizio.  The Chinese writer, Cao Naiqian; the Mexican writer Eduardo Antonio Parra.  A young Los Angeles author named Jessica Lee Garrison.

4 Auteurs à découvrir

Barry Graham, Eric Miles Williamson et Harold Jaffe (tous sont publiés en Europe mais mériteraient un public encore plus large). L’auteur de noir de Los Angeles Gary Philllips. La poésie de Kim Addonizio. L’auteur chinois Cao Naiqian, le Mexicain Eduardo Antonio Parra. Jessica Lee Garrisson, une jeune auteure de los Angeles.   

 

  1. Classical Novel?:

That’s a good question.  I’m not sure.  Many of my favorite writers have never written a “classical novel,” and – in one sense — I’m no longer sure I know what the term means. Both the real world and the art world have changed so much.

William S. Burroughs, Jorge Luis Borges, Samuel Beckett, Raymond Carver, Pierre Guyotat  — all of these writers rank in the top tier, and are among my idols, and not one of them ever wrote a traditional novel.  So, while I am not ruling it out, again I am not sure.

Also, having said that, Fayard will publish my novel Fish, Soap and Bonds next year.  You will find it is closer to the category of a “novel” than either Sur Les Nerfs or Criminels Ordinaires.

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5 Un roman de forme classique ?

C’est une bonne question. Je n’en suis pas sûr. Bon nombre de mes auteurs préférés n’ont jamais écrit de « roman classique » et, d’une certaine façon, je ne suis plus sûr de ce que ce terme inclut, le monde et le monde de l’art ayant tellement changé.

William S. Burroughs, Jorge Luis Borges, Samuel Beckett, Raymond Carver, Pierre Guyotat, tous ces grands auteurs sont quasiment mes idoles et aucun n’a écrit de roman traditionnel.

Maintenant, fayard va publier mon roman Fish, Soap and Bonds l’an prochain. Vous le trouverez plus proche de l’idée de roman que Sur Les Nerfs ou Criminels Ordinaires.    

 

6.  Europe:

I love Europe!! I have traveled inside Europe in general, but mostly in France.  But I have spent time in Italy, Switzerland, Germany, and Austria – Vienna and Piber – as well.

Three things stand out for me about being an American and spending time in Europe:

a. Arts and Culture – The love of literature and the arts, and the support that is given to the arts in Europe, is extraordinary.  In the United States, the National Endowment for the Arts receives miniscule funding, a pittance, and there is censorship that goes along with it to boot.  Remember Robert Mapplethorpe. Conversely, when I was in Lyon last year for Quais du Polar, I had taxi drivers asking me to autograph their books.  Here in America, the arts are seen as an “elite” thing.  I am not an elitist!  Quite the contrary!  The intellectual café conversations that occur in Europe have no parallel here in the States.  Too many people here watch stock car racing on television and think Las Vegas is cultured and sophisticated.

 

6 Europe

J’adore l’Europe ! J’ai pas mal voyagé en Europe, mais surtout en France. J’ai cependant passé du temps en Italie, en Suisse, en Allemagne et en Autriche (autant à Vienne qu’à Piber).

Trois aspects parlent particulilèrement à l’Américain ayant passé du temps en Europe :

1 Les arts et la culture. L’amour de la littérature et des arts, et les aides dont ils bénéficient, est extraordinaire. Aux USA, la fondation nationale pour les arts reçoit des fonds ridicules, sans compter la censure. Souvenez-vous de Robert Mapplethorpe (Note de l’apprenti traducteur : Robert Mapplethorpe est un photographe américain célèbre pour ses portraits en noir et blanc très stylisés, ses photos de fleurs et ses nus masculins.
Le caractère cru et érotique des œuvres du milieu de sa carrière a déclenché des polémiques sur le financement public de l’art aux Etats-Unis). En comparaison, quand j’étais à Lyon pour Quais du Polar, des chauffeurs de taxi me demandaient de dédicacer leurs exemplaires de mes bouquins. Au USA, les arts sont l’affaire d’une élite. Je ne suis pas élitiste, bien au contraire ! Les conversations intellectuelles qu’on peut rencontrer dans les cafés européens n’ont pas cours aux USA. Trop de gens regardent les courses de voiture à la télé en pensant que Las Vegas est un modèle de culture et de sophistication. 

  

b. The value of equality – European politics historically has valued equality along with liberty.  From pensions, to parental leave, to unemployment insurance, to access to health care – the European model has been a beacon for progressive Americans.  Progressives here wish for more social programs, not fewer!! I just hope that the austerity brought on by the global fiscal crisis does NOT dismantle the European Dream!

2 Le poids de l’égalité

Historiquement, les Politiques européens ont toujours associé les notions d’égalité et de liberté. Depuis les allocations familiales jusqu’aux assurances chômage, l’accès à la santé, le modèle européen a constitué une véritable balise pour les américains progressistes. Les Progressistes aimeraient plus de programmes sociaux, pas moins ! J’espère juste que l’austérité provoquée par la crise financière ne démantèlera pas le rêve européen ! 

 

c. The Sensual – I don’t mean to sound clichéd when I speak of my appreciation for joie de vive….but….I can’t help myself….Despite its tendency towards excess (Vegas, “Girls Gone Wild,” etc.), the U.S. remains essentially a Puritan country.  And, furthermore, it’s an inverted Puritanism at that: greed is OK, but not lust; Xanax is fine, but not wine.  The contradictions render us perversely uptight. So it’s refreshing to spend time in a place and with people who have a healthy enjoyment of wine, of the body, of leisure.  Take me to the nearest bistro, beer hall or café!!!

 

3 La volupté

Je ne voudrais pas donner dans le cliché quand j’évoque la “joie de vivire” mais… je ne  peux pas m’en empêcher… Malgré une tendance à l’excès (Vegas, Girls gone wild…), les USA demeurent un pays puritain. Plus encore, cette espèce de puritanisme  s’arrange de la cupidité, mais pas de la luxure. D’accord pour le Xanax mais le vin, hors de question. Ces contradictions font de nous des coincés. Il est donc rafraîchissant de passer du temps avec des gens qui apprécient le bon vin, la beauté d’un corps ou l’oisiveté. Emmenez-moi au prochain bistro, pub ou café !!!   

 

 Merci à cet auteur d’une gentillesse rare et à son éditrice Lilas Seewald la grande

 

mar 13

 

J’adore cet auteur, ce plus, cette mise en avant, assumé avec beaucoup d’humour, so play :

 

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1) Je vous laisse chez Fleuve Noir avec un personnage récurrent diablement sympathique et je vous retrouve en autoédition, hummmm ?

Avant d’essayer de vous répondre, deux petites précisions.

Je crois qu’il faut voir l’écrivain ou l’auteur comme un funambule. C’est quelqu’un qui avance sur un câble et ce, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il fasse beau. En contrebas, c’est le précipice. S’i l’écrivain tombe, il se fera mal. Mais peu importe, un auteur le sait, c’est dans la nature de son travail et de ses objectifs : il doit avancer et donc, écrire en évitant si possible la chute libre et de se fracasser les os. Ce qu’il a à dire avec des mots, cela dure le temps de cette traversée sur le câble en question et aussi pendant la sortie de son ouvrage.

L’écrivain n’est pas sujet au vertige, il a d’autres problèmes dans l’existence. Ecrire, toujours. Raconter des histoires, proposer un univers. Travailler la langue dans laquelle il s’exprime. Prendre des risques en avançant. Point barre ! La chose qu’il veut c’est de savoir si ce foutu câble est tendu.

Si on garde à l’esprit que l’écrivain est un funambule alors l’éditeur, lui, c’est la personne ou la structure qui tend le câble.

En devenant éditeur de mon travail, je peux garantir à l’auteur (moi, Stephan Ghreener) que ce câble ne sera jamais détendu, relâché ou coupé.

Deuxième précision : le terme autoédition me paraît incomplet et un peu réducteur. Il sous-entend que l’auteur opte pour cette solution « faute de mieux ». Ce n’est pas le cas ici.  Le monde de l’édition est en pleine mutation et les auteurs qui travaillent avec passion et sérieux devront à l’avenir, je pense, passer d’un mode d’édition à un autre. D’une structure à une autre, etc… Et puis, quand un acteur de cinéma décide de passer derrière la caméra est-il moins légitime pour autant ? Je ne crois pas. On ne va pas lui dire « alors comme ça tu as décidé de t’autoréaliser ? »

En un peu plus de dix ans de publications, je n’ai toujours pas rencontré d’éditeur qui pouvait me garantir que le câble sur lequel j’avance est bel et bien tendu. Peut-être que cette rencontre arrivera un jour, qui sait ? Mais en attendant, je préfère m’occuper de ma propre collection : je sais que l’auteur peut compter sur l’éditeur, je sais que le câble ne sera pas distendu au moindre coup de vent.

Je reviens donc à la question. Fleuve Noir est une grosse machine qui fait partie d’un groupe encore plus gros. Groupe qui lui-même est détenu par une plus grosse machine encore. Une grosse machine, c’est une mécanique très lente et très complexe : qui décide de quoi ? Qui tend le câble et pourquoi soudain il se détend sans raison ?

Je vous remercie de reparler de mon personnage récurrent, Joshua Gallagher, le héros de mes deux romans le Hold-Up des Silencieux et Paradis à Vendre publiés chez Fleuve Noir : il a été plongé dans un coma artificiel dès sa sortie plutôt confidentielle… Et pourtant, ces deux romans méritent mieux.

 

Maintenant en tant qu’éditeur ou auto-éditeur, peu importe le terme, je vous rassure, je ne travaille pas tout seul dans ma cave, même si c’est l’image d’Epinal en vogue concernant « l’auteur qui s’édite ». Pour mon nouveau roman, « L’été des deux pôles », j’ai fait appel à un imprimeur, à une correctrice, à des professionnels qui connaissent très bien chaque partie du processus.

Dans mon choix actuel de publier mon travail, il y a aussi l’aspect du prix du livre : je ne suis pas un auteur très connu et donc, en tant qu’éditeur, je me mets à la place de l’acheteur de livres. Pour découvrir un auteur, vingt euros ou plus, c’est beaucoup d’argent par les temps qui courent ! C’est presque un produit de luxe.  Et donc, en proposant une collection semi-poche, à plus ou moins dix euros, je donne une chance supplémentaire à mon travail d’auteur. Sans rogner sur la qualité de l’objet livre. D’ailleurs, ma démarche relance les ventes de mes deux livres publiés chez Fleuve Noir. Hier un libraire m’a dit que des lecteurs de « L’été des deux pôles » lui avaient commandé mes deux précédents romans.

 

2) Alors, quel est le premier bilan de l’éditeur après ces quelques mois ? Que peut dire Stephan Ghreener à l’auteur Stephan Ghreener ?

Après ces trois premiers mois, le bilan est très positif. « L’été des deux pôles » est sorti fin Novembre, la mise en place initiale en librairie a commencé début Décembre. Depuis quelques semaines, j’ai des demandes régulières de réassort, c’est très bon signe. Il y a aussi des commandes de libraires qui ont entendu parler du livre. Enfin depuis la mi-Février, je travaille avec un distributeur, la Générale Libr’est.  On va pouvoir étendre le nombre de points de vente en librairie.

Et pour les gens qui désirent le commander de chez eux, « L’été des deux pôles » est disponible sur le site lalibrairie.com ; ce site permet de se faire livrer le roman commandé chez 800 libraires partenaires sur tout le territoire.

L’éditeur Stephan Ghreener se concentre actuellement sur la sortie de la suite de « L’été des deux pôles ». Sortie prévue fin Mai.  De son côté, l’auteur Stephan Ghreener peut donc se concentrer sur ce qu’il doit faire : écrire !

Je voulais juste dire un dernier mot sur cette aventure éditoriale : j’ai aujourd’hui une vision plus globale de la place du livre, de l’objet livre donc, de sa fabrication, de sa distribution aussi. Tout ça n’est pas simple, c’est vrai. Mais s’y intéresser, c’est pour moi nécessaire. Si nous, les auteurs, on s’intéressait un peu plus à la chaîne du livre, on pourrait rappeler avec plus de force que sans auteurs, il n’y a pas d’éditeurs.

Je rencontre des libraires formidables, tous les jours. Sans eux, on ne peut pas aller à la rencontre des lecteurs. Sans oublier non plus tous les passionnés du livre comme vous qui parlent d’auteurs et de romans sur les blogs. Cette énergie est primordiale. Un grand merci aussi aux lectrices et lecteurs. Qui ont toujours ce goût et cette envie de lectures et de découvertes. Sans toute cette alchimie, tout s’arrêterait.

 

3) Vous aimez les personnages récurrents, non ? C’est un aveu forcé…

Un critique et blogueur a dit que Greg Vadim, le personnage de « L’été des deux pôles » était un nouvel avatar de l’auteur… Il y a un peu de ça. De toute façon, il y a de moi derrière chaque personnage, même le plus secondaire. J’aime bien le principe de la série, d’avoir un personnage, un double de papier qui évolue avec l’histoire et donc aussi avec l’auteur. C’est aussi une façon de prendre rendez-vous, l’écrivain retrouve un univers qu’il aime. Et cela permet de tisser une complicité avec les lecteurs qui est passionnante. Donc oui, il y a une suite du « French Bricolo » qui sortira avant l’été. L’histoire de Greg Vadim  et de sa fille, Camille, se poursuit.

Mais je finis aussi en ce moment un roman qui n’aura pas de suite (l’histoire ne s’ prête pas) et qui, j’espère sortira l’hiver prochain.

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4) Pourquoi le polar en écriture ?

Franchement, je n’en sais rien ! Quand on me dit « vous écrivez du polar », je réponds toujours : mais je ne sais pas si j’écris du polar. Cela doit être le cas puisque l’on me pose souvent la question. Je précise : je n’ai pas de problème avec le « genre polar » ou un autre genre, bien au contraire. En tant que lecteur, j’aime tous les genres littéraires.

Les formes d’expression du polar sont tellement vastes aujourd’hui ! En tout cas, je trouve qu’il y a dans le polar, le roman noir, un ressort dramatique fantastique.

Mais quand je m’installe à mon bureau, je ne me dis jamais je vais écrire une histoire qui sera à classer ou ranger dans telle ou telle catégorie. J’écris, je m’intéresse à des personnages, je pense avoir des choses à raconter…Après, cette histoire, cet univers prend une couleur, une forme, une teinte plus ou moins marquée.  Ce qui est sûr, c’est que le polar, le roman noir ou même le thriller, permet d’aborder plus frontalement des sujets comme la brutalité de la vie, d’une société ou d’une époque… Le polar autorise l’auteur à aborder des travers et des sentiments humains sans prendre de gants : l’envie, la colère, la peur, le passage à l’acte et j’en passe. Et dans le même temps, on peut aussi s’attaquer à des sujets plus psychologiques, plus universels sans justement les imposer aux lecteurs…

Dans « L’été des deux pôles » par exemple, le personnage de Greg Vadim au-delà de son activité de tueur, est un homme confronté à la paternité, aux sentiments du passé, à la maladie… Il a des envies, des angoisses et des rêves que l’on peut tous avoir un jour ou l’autre. Greg Vadim arrive plus ou moins à la moitié de sa vie et il commence à prendre conscience de ce côté provisoire des choses. C’est ça qui m’intéresse : tisser un lien avec un monde en apparence à l’opposé du nôtre et m’apercevoir qu’il n’est pas si éloigné du mien. Si demain, je déjeunais avec un tueur à gages, je suis sûr que l’on aurait plein de chose à se dire. Et pas forcément pour discuter de son métier de tueur…

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5) Vous écrivez comment et quand ? Et pourquoi ? C’est quoi pour vous écrire : un partage, une catharsis, en faire votre métier ?

Je vais régler la partie la plus simple de votre question. Ecrire est un métier. N’en déplaise à certains éditeurs qui sortent à leurs auteurs une phrase oh combien classique du genre: j’aime-beaucoup-ce-que-vous-faites-mais-vous-vivez-comment-mon-brave? De ce côté-là, hélas, on en est encore souvent à l’époque de Proust ! Un repas et quelques compliments semblent être la rémunération idéale. C’est à nous, auteurs, de refuser cette forme de condescendance. Car, je suis désolé, écrire c’est un métier. Exigeant, dur, agréable aussi (je ne suis pas maso) mais il y a beaucoup de sacrifices dans le processus d’écriture.

Maintenant dans les faits, ce qui commence à me faire vivre, c’est surtout mon travail de scénariste. Scénariste permet de laisser la solitude de l’écrivain de côté. C’est un travail d’équipe, avec un producteur, un réalisateur…

Mais on est là pour parler roman et donc, j’écris tous les jours. C’est une des premières choses que je fais en me levant. Et de toute façon, les jours où je n’écris pas sur le roman en cours, je suis d’une humeur exécrable. Je n’aime pas trop m’éloigner de cet univers, je pense donc au roman que j’ai laissé en suspens ou au prochain à venir et j’ai hâte de m’y remettre. Parfois, je traîne les pieds parce que je sais qu’une fois dedans, ce sera intense. J’ai un rapport très physique à l’écriture.  Je parle de lieux, de villes, de pays que je connais, cela me permet de raccrocher à des émotions du réel.

Pourquoi j’écris ? Certains jours, je me le demande. C’est quand même fou de s’enfermer, d’être esclave de la littérature, comme l’a dit Philip Roth, et ce, pendant des semaines, des mois et des années. Pourquoi j’écris ? Pas simple votre question… C’est comme de demander à un alpiniste pourquoi il s’attaque au K2, pourquoi il s’inflige de tels efforts et prend de tels risques.

Pourquoi j’écris ? J’écris des histoires que j’aimerais lire. Et je les écris parce que j’ai envie de les partager. Plus j’avance dans l’écriture, plus je m’aperçois que c’est aussi pour moi une façon de me confronter au monde, à des émotions que je connais ou que je crois connaître mais qui exigent de les affronter dans une histoire. Et souvent, je découvre de nouveaux territoires. Ce sont les personnages de papier qui me montrent le chemin à emprunter. Alors je les suis, je les accompagne.

Est-ce une catharsis ? Je ne sais pas. En tout cas, l’écriture fait partie de moi, de ma vie, c’est aussi important que l’oxygène. Quand je finis un roman, je suis fou de joie pendant 24 heures Je me dis: ça y est, c’est fini, enfin libre, plus jamais ça, etc …Et 72 heures plus tard, j’y retourne, je repars à l’assaut, je suis à mon bureau.

Comment j’écris ? A mon bureau, justement. Il est dans un coin du salon, face à un mur. J’aimerais avoir une pièce rien que pour moi, mais il n’y a pas la place alors je me suis aménagé cet angle. S’il y a du bruit autour de moi, il me suffit de mettre de la musique sur mes oreilles. Par contre, je n’arrive pas à travailler dans un café par exemple. Je vais faire un aveu : si je pars en vacances, je croise les doigts pour qu’il y ait un coin où je pourrais m’isoler pour travailler !

Quand est-ce que j’écris ? L’idéal ce serait tout le temps. Cela dépend des contraintes (on en a tous) voire même de l’histoire. Mon premier roman, « Saisie », c’était la nuit parce que je travaillais dans la journée pour payer les factures. Je m’en souviens comme si c’était hier.

« Le Hold-up des Silencieux », je l’ai écrit enfermé dans mon studio sans discontinuer pendant des mois. Je me levais le matin, j’allais prendre un café dehors, je revenais, je relisais ce que j’avais écrit la veille. Ensuite je corrigeais puis je m’y mettais jusqu’au soir. Ce fut très intense. Idem pour « Paradis à Vendre » même si cela fut plus étalé dans le temps.

Quand je suis sur un roman, j’aime bien travailler la nuit… Il y a dans l’écriture beaucoup de points communs avec un navigateur. Ecrire la nuit, c’est comme prendre son quart en pleine mer. Mais je dois reconnaître que ce n’est pas simple d’écrire la nuit, ça se paye « cash » les jours suivants. Je le fais donc uniquement si je sens que je ne dois pas lâcher le bébé, si je suis sur une belle vague, une belle énergie. C’est ce qui s’est passé pour « L’été des deux pôles »: j’écrivais dans la journée et le soir si je sentais que je devais rester à bord, j’y passais la nuit.

Pour commander : 

http://www.lalibrairie.com/tous-les-livres/l-ete-des-deux-poles-french-bricolo-vol-1-stephan-ghreener-9791092086003.html

 et on en sort bien moins con du moins moi, on reste aux cotés de l’éditeur et de l’auteur donc.

A bientôt

mar 6

Après avoir fermés certains livres, on aimerait bien que l’histoire continue, alors parfois je fais un entretien :

 

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- Pourquoi songe ? le mot « cule » était déjà pris ? ; après ma bêtise crasse parlez-nous de l’histoire de ce livre !!!

 

Ah, Jean ouvre de très nombreuses possibilités, mais j’ai préféré rester sobre et cohérent. En effet, après voir publié 3 romans noirs, relativement classiques on va dire, j’ai fait un constat en me disant que je pourrais continuer comme ça, pondre un bouquin par an, et puis à quoi bon? Donc, j’ai voulu rompre avec ça et me projeter dans une autre direction, que j’ai nommée « psychotronique ». Quand je fais le malin en parlant de fiction  » psychotronique « , je parle à la fois des manipulations mentales des programmes parapsychologiques menés en secret par les soviétiques et les américains pendant la guerre froide et de ce que Michael Herr, écrivain et scénariste de  » Full Metal Jacket « , appelle  » la boue de la culture « , tout ce qui est rejeté par la culture officielle ( le cinéma bis – séries B et Z -, les inclassables du roman noir, de la science-fiction et du rock’n'roll ).  » La Voix des Maisons  » est le mixage de ces deux éléments, la forme aboutie et définitive de  » Tout ( ce que je sais ) vient du noir « , mon précédent roman, qui en était le prototype ( comme  » La foire aux atrocités  » de J.G. Ballard était le laboratoire de  » Crash  » ).

Pour être cohérent avec mon projet, un changement de nom s’imposait. Ça a été simple: Jean, parce que Yann c’est Jean, et Songe, parce que rêve et cauchemarde beaucoup et que ça se retrouve dans mes romans…

 

- Il existe une certaine  jouissance à lire votre livre, on sent que vous avez dû bien vous éclater en l’écrivant, non ?

 

Au risque de vous décevoir, non. C’est du taf, un sacré taf, qu’il faut faire oublier au lecteur. Pour une phrase qui me plaît, combien j’en rature… Je suis lent, jamais satisfait, que je réprime certaines tendances à la facilité, à la déconnade gratuite. Je m’éclate à bâtir une intrigue ( voire plusieurs ), des péripéties et des personnages. Ensuite, tout ça doit s’emboîter à la perfection, comme un Rubik’s cube… Mais se pose toujours la question du style, comment la raconter cette histoire? C’est là que le boulot commence, du moins en ce qui me concerne. Il y a eu plus de 7 versions de ce roman, avec beaucoup de préparation. Je savais qu’il ferait 64 chapitres ( pour une raison qui figure dans le roman ), et j’avais la trame de l’ensemble, mais il faut fluidifier, que ça coule tout seul, que le lecteur ne bute sur rien ( même s’il ne comprend pas tout au fil de la lecture, il faut lui donner envie de poursuivre ). Si je m’écoutais, je reprendrais tous mes bouquins… Il y a toujours des détails qui grincent, mais je suis souvent le seul à les entendre. Tant mieux. Mais si vous me dites que vous avez pris du plaisir ( joui même, mazette… ), alors c’est que j’ai quand même atteint ce que je cherchais. Ça me fait très plaisir ( et je jouis aussi, un peu, pas trop, pour pas en foutre partout, je suis habillé, là, un peu de tenue… ).

 

- Fin connaisseur de musique et de films, vous vous êtes fait plaisir avec cette histoire, sans parler du ciné ; la bande son idéale ?

 

Il y a plusieurs pistes. Le personnage principal, Joseph Hiden écoute l’intégrale du bluesman Muddy Waters, parue chez Chess Records, soit 72 titres, et Beethoven ainsi que l’opéra « Nabucco » de Verdi, surtout le passage  » La prophétie « , et il cite aussi Nino Rota, le compositeur fétiche de Fellini, mais il pourrait aussi écouter Angelo Badalamenti, associé souvent à David Lynch, avec ses cordes et ce son de guitares influencée par les 50′s et 60′s, plein d’écho et de réverb’. Un autre personnage, Katana, écouterait le premier album de Tricky, « Maxinquaye » et son univers de geek surdouée colle aux productions d’Andrew Weatherall signées Sabres of Paradise et Two Lone Swordsmen, à base d’électro et de samples de films de kung-fu. Carole Alix, autre personnage féminin, écouterait Britney Spears, Justin Timberlake, Madonna ( les 2 albums « Music » et  » American Life  » ) et Kylie Minogue, dont le titre du 6è album  » Impossible Princess » est emprunté à un recueil de poèmes de Billy Childish, artiste prolifique ( plus connu actuellement comme peintre que comme musicien, alors qu’il a plus de 100 albums sous la ceinture ), et qui est une des mes grandes sources d’inspiration avec Dex Romweber, rockeur totalement méconnu et, comme Childish, une des influences majeures de Jack White ( pardon de cette digression )… Pour en revenir au roman, je cite aussi Neil Young, en le liant à l’assassinat de Sharon Tate ( la femme de Polanski ) et d’autres personnes par la  » famille  » de Charles Manson, musicien frustré et admiré par ce même Neil Young ( pour en savoir plus, il faut lire le bouquin ). Une chanson de Manson,  » Lease to Exist » a d’ailleurs été reprise par Dennis Wilson, le batteur des Beach Boys, et je crois que les Gun’s & Roses en ont repris une autre (?)…

Mon conseil, pour se mettre dans l’ambiance du roman, c’est d’écouter  » American Folk Music », l’anthologie d’Harry Smith, un allumé qui a compilé 84 titres de la préhistoire de la musique populaire américaine. Tout y est. C’est à la fois un manifeste musical, esthétique et mystique. Compléter par l’écoute de « The Texas Jerusalem Crossroads », une bombe électrique, seul album du trio Lift To Experience, mené par l’admirable Josh T. Pearson. Alors que je déteste les « guitar-héros », je fais exception pour Jimi Hendrix et « Electric Ladyland », puisque les racines bluesy sont omniprésentes et qu’il les tire vers l’espace… Enfin, un disque passé inaperçu dans les 90′s, « Silence & Wisdom » des Deux Filles, soit-disant des sœurs ayant disparues dans des conditions mystérieuses, composant des sortes de comptines enfantines tordues, mais ce serait une supercherie ( j’avais fait des recherches à l’époque et c’était un cul-de-sac )…

 

- La somme de toutes les tares de la culture occidentale est dans votre livre on dirait, télé, consommer, un fait exprès ?

 

Ce monde me dégoûte. Je partage l’avis du Dr. House: « Tout le monde ment. », mais ce ne sont pas seulement les personnes qui mentent, mais l’ensemble du système. Et l’écrivain n’y échappe pas. Il ne fait que ça, raconter des mensonges dans ce drôle d’objet qu’est le roman, cet émetteur de mensonges. Mais ces mensonges ont un but, car ces mensonges sont plus vrais que les faits présentés comme vérités dans la vie réelle. Comme dans la physique quantique, le roman remet en cause le concept d’objectivité. Il s’agit de déstabiliser le lecteur/observateur, de saper ses certitudes, d’inoculer le doute dans son esprit, qu’il s’inquiète de sa santé mentale, de viser la perte des repères sensibles.

Tantôt vous êtes mort, tantôt vous êtes vivant. Tantôt vous êtes normal, tantôt vous êtes fou.

A la mort, on ne peut pas échapper, mais on peut reculer l’échéance, quant à la folie… Le monde actuel vise notre destruction, par excès de tout. Pour ne pas devenir fou, il faut trouver des stratégies de survie. Comme il est écrit dans « Alice au pays des merveilles » ( je cite de mémoire ): « Si la vie est absurde, qu’est-ce qui nous empêche de lui donner un sens. » C’est ce que j’essaie faire, à travers tout ce que je fais…

Une maxime à garder en tête:  » Même les paranoïaques ont des ennemis. »

 

- y aura-t-il une suite ?

 

Non, je ne pense pas. Je continue d’être obsédé par les mêmes thèmes, mais je compte les développer de façon différente. Plusieurs romans sont sur le feu – j’aime cette image de la forge – et celui qui m’occupe en ce moment est destiné aux ados ( ceux qu’on veut nommer à présent les  » jeunes adultes  » ). C’est l’histoire d’un jeune SDF qui pense avoir des super-pouvoirs et qui déjoue ( du moins, c’est ce qu’il croit ) une tentative d’assassinat du président de la république lors du défilé du 14 juillet. Mais le jour dit, il se retrouve à poil sur les Champs-Elysées et se fait arrêter puis interner… J’ai aussi une histoire de zombie pas comme les autres, intitulée  » L’odeur de la sécurité de l’emploi « , et un roman très, très noir,  » L’étreinte des membres fantômes « , autour d’enlèvements d’enfants dans un futur proche, avec plusieurs entrées de lecture possible… et j’ai encore d’autres bricoles en réserve. Après le roman pour ados, je ne sais pas encore lequel je vais choisir de finir ( le zombie pourrait être assez vite bouclé, j’estime qu’il me reste environ 50/60 feuillets à écrire, alors que le très noir demande beaucoup de boulot, bien que l’histoire soit entièrement nouée et que j’ai dans les 150 feuillets écrits et quasi définitifs ). Peut-être même que je partirai sur autre chose, qui sait?…

 

un grand merci à Virginie et à l’auteur, keep on

fév 11

Bonjour Julien, et merci de répondre à nos questions !

Comme vous l’avez peut-être lu, je suis tombée sous le charme de votre héros, le jeune Oru. Pouvez-vous nous parler un peu de lui ?

Je désirais plonger un personnage dans des aventures et face à des responsabilités pour lesquelles il n’est pas fait ; que ce « héros » ait plus de faiblesse que de force ; qu’il soit hésitant, plein de doutes et émotif. Je voulais qu’il ne soit ni sympathique, ni antipathique, mais humain et réaliste. Au final, c’est à chaque lecteur d’estimer s’il le trouve attachant ou non ; mais ce jugement ne sera pas forcément le même à la fin de chaque tome, car Oru évoluera durant ses aventures et certains traits de son caractère, qui n’existaient pas dans le Refuge du passé, ou n’y apparaissaient pas encore avec netteté, pourront faire changer l’avis des lecteurs je pense. Oru ressemble quelque peu à Shinji Ikari, le personnage principal d’une série japonaise des années 1990, Evangelion. Les personnages uniformes, bons ou méchants, ne sont guère intéressants.

Faire d’Oru un adolescent était une évidence : c’est l’âge où chaque être humain doit trouver sa place dans la société et cherche qui il veut être vraiment.

Je dirais qu’il y a trois parties dans Oru : une part de moi, tel que je suis ; une part de moi, tel que j’aimerais être ; et certains traits de son caractère sont très différents et de l’un et de l’autre. Quelques défauts qu’il ait, quelques torts qu’il aura ou qu’il fera, c’est un personnage dont je me sens très proche et pour qui j’aurai toujours beaucoup d’affection ; mais, en tant que romancier, je ne lui dresserai jamais des éloges infondées, je ne passerai pas sous silence ses travers ou ses erreurs.

 

 

Pouvez-vous également nous en dire plus sur cet univers coloré, foisonnant dans lequel vous avez ancré son histoire ?

C’est un monde immense, imaginaire et très divers ; il reflète l’amour que j’éprouve pour certaines civilisations, réelles celle-là. Ainsi le royaume du Sah, où se déroule le Refuge du passé a des points communs avec le Japon ; mais il y a d’autres influences (ainsi la religion tétrathéiste s’inspire en partie de la religion de l’Egypte pharaonique). Mais d’autres pays n’auront rien à voir, dans leurs paysages, leur culture ou leur mode de gouvernement, avec des pays asiatiques. Le Gokara est un monde coloré, mais il cache nombre d’aspects sombres, qui seront de plus en plus développés avec le temps ; comme la Vie d’Oru est un récit pour instruire un enfant, le bibliothécaire qui rédige cet ouvrage ne peut de prime abord montrer à un jeune personnage toute la bassesse des hommes, leurs injustices…

Comme je suis de nature contemplative et que je recherche le beau dans les œuvres d’art (les mouvements d’appareil ou la beauté des décors dans un film, l’art du peintre et la beauté de ses personnages ou de ses paysages dans un tableau, le style dans une œuvre littéraire), j’essaie de retranscrire cela dans mes livres, que le lecteur s’imagine des villes, des demeures, des campagnes ou des forêts qui soient belles, ou du moins je veux les décrire le plus poétiquement possible; car je pense qu’on peut décrire avec poésie un lieu sordide ou placer une scène affreuse dans un lieu enchanteur. Mizoguchi, dans ses films, parle de l’oppression des femmes et de la cruauté du système féodal japonais avec de magnifiques plans-séquences et des images d’une grâce sublime ; La Bruyère, pour parler de la dureté des hommes, use de magnifiques phrases, dans un français classique qui représente, à mes yeux, le degré de perfection de notre langue. Je cherche donc à créer un beau monde (c’est une des raisons pour laquelle il y a de nombreuses descriptions dans le Refuge du passé ; d’ailleurs, à titre personnel, lorsque je regarde un film, un tableau ou que je lis un livre, je suis souvent plus attentif à l’arrière-plan, aux paysages, à l’ambiance, qu’à l’action proprement dite), à employer le plus possible une langue classique et poétique, tout en étant réalité, sans faire un monde de conte de fée.

 

Comment vous est venue l’idée de cet ouvrage, et des suivants ?

Il y a d’abord eu un rêve ; à dire vrai, il ne m’en est resté qu’une image fugitive, quelques enfants qui s’enfuyaient d’un village en flammes. Et, lorsque j’ai eu l’idée d’écrire un livre, j’ai repris cette image comme point de départ. Souvent, en regardant un film ou en lisant un livre, je me disais que j’aurais changé tel personnage, que je n’aurais pas mis tel autre, que j’aurais fait telle fin, que l’univers était excellent, mais que le personnage principal ne me plaisait pas ; aussi je me suis dit un jour que le meilleur moyen d’avoir une œuvre qui ressemblerait vraiment à ce que j’aimais, c’était de la faire moi-même. Voilà pourquoi j’ai commencé à écrire.

Et j’éprouvais aussi le besoin d’exprimer mes pensées et mes sentiments ; mais je ne me sentais pas capable d’écrire des Maximes, des Caractères ou des Essais ; je me suis donc décidé pour le roman d’aventures, ou plutôt le récit d’initiation, qui permet de parler de thèmes importants, comme l’amitié, les rapports entre les hommes, les injustices sociales, le rôle de l’art… sans être didactique. L’exemple, quoique très différent, des Voyages de Gulliver, m’a encouragé très différent : ce livre est souvent considéré comme un livre de jeunesse – il est vrai d’ailleurs qu’il est d’une lecture très agréable -  alors que c’est en fait un pamphlet politique, un livre de réflexions. Je cherche à atteindre le même but avec la Vie d’Oru.

 

Pourquoi Kyklos (choix que je ne peux que saluer !) ?

J’avais envoyé mon livre une première fois à une dizaine d’éditeurs ; sans succès. Après l’avoir entièrement recorrigé, je l’ai renvoyé, en décidant de choisir à la fois des éditeurs connus et d’autres qui l’étaient moins. Ainsi je ne connaissais nullement Kyklos, dont j’ai découvert le nom en regardant la liste des éditeurs présents au salon des éditeurs indépendants à Henri IV. En allant sur leur site, j’ai été séduit par l’idée qu’ils ne faisaient pas de distinction de genre pour choisir leurs livres. Et depuis, j’ai découvert que je ne pouvais rêver meilleur éditeur, car il y a chez Kyklos un immense respect du texte et de l’auteur, un grand amour des livres et des idées, une sincérité et une honnêteté remarquables ; et j’ai beaucoup de points communs culturels et intellectuels avec Virginie et Fabrice. Je ne pourrai jamais assez les remercier d’avoir été sensibles au contenu du Refuge du passé, et de lui  donner sa chance en l’éditant.

 

Comment qualifieriez-vous la blogosphère et son influence ? Etes-vous vous-mêmes sensibles aux avis lus en ligne ?

Oui, il est intéressant de voir comment les lecteurs ressentent ce qu’on écrit ; je ne suis pas toujours d’accord avec ce qui est dit,  mais il est enrichissant de le découvrir, car nous ne sommes pas toujours les mieux placés pour nous connaître nous-mêmes et savoir quelle impression produit ce qu’on fait ou ce qu’on écrit.

Quant au monde des blogs, je le connais trop peu pour m’exprimer à ce sujet.

 

Quels sont vos livres de chevet actuellement ?

Je lis un recueil de pièces de no (le principal auteur est Zeami) et de kyogen ; un recueil de poèmes de Saigyo ; j’ai aussi commencé la Troisième continuation du Conte du Graal ; et les Maximes de La Rochefoucauld et les Caractères de la Bruyère ne sont jamais loin de mon lit.

 

Parlez-nous de « la suite », pour Oru mais également pour vous.

Les deux sont liés, car Oru, ses compagnons et le Gokara occupent la plupart de mes pensées et de mes journées.  Je pense qu’il devrait y avoir encore une dizaine d’autres tomes, soit une trentaine d’années de travail.  Je suis actuellement en train de recorriger le second tome.

Il y a beaucoup de choses prêtes dans mon esprit pour la suite, sur ce qui se passe au tome 3, et dans les suivants, jusqu’à la fin. Mais il s’agit de contenir son impatience et de soigner chaque tome comme si c’était le seul livre que j’écrivais ; car je considère que la manière d’écrire compte autant que les idées qu’on veut partager, les rêves qu’on veut faire voir… Je précise que faire rêver le lecteur, ce n’est pas seulement le distraire, le temps de sa lecture.  Certes il s’agit de lui faire passer un moment agréable, mais aussi de nourrir son imaginaire, de lui faire faire de nouveaux rêves et de lui donner des émotions qui demeurent en lui.

déc 12

Pour mémoire Sonatine est une maison d’éditions qui a débuté  en  2008, et qui a amené un grand vent frais sur la tiédeur des productions de l’époque, tout en sortant ce que d’autres éditeurs avaient loupé, Tim Willocks, Shane  Stevens, et le grand Kem Nunn…..

pour d’autres renseignement allez là http://www.sonatine-editions.fr/catalogue-livres.asp

En sus d »être mignonne  Éléonore que j’ai rencontré au Quai du polar à  Lyon est fortement courtoise, donc  :

 

- Allez-vous continuer si le talent est au rendez-vous à sortir des français ? Voir mêmes des premiers romans de rookie ?

Nous sommes tout à fait ouverts à cette idée mais pour l’instant nous ne sommes pas tombés sur le premier roman français de nos rêves. Le catalogue Sonatine s’ouvre cependant peu à peu aux auteurs français et Fabrice Colin et Jacques Expert seront une fois de plus présents au catalogue 2013 avec de très bons textes.

- Souhaitez-vous vous diversifier et proposer des titres orientés plus sf ( o’malley et Stephenson par exemple devraient je crois sortir chez vous) ?

En 2012 notre catalogue s’est ouvert à la culture geek avec un joli roman sur les jeux vidéos (Video Games de DB Weiss) et un essai passionnant, Buzz de Frank Rose. Nous ne comptons pas en rester là et sommes en effet très fiers d’ajouter à notre catalogue Neal Stephenson, le pape du cyberpunk et Daniel O’Malley (Reamde et The Rook sont prévus pour 2014) . On vous réserve d’autres surprises dans ce sens pour les mois à venir…

- Il y a une vraie patte Sonatine, pourriez-vous avec vos mots la définir ?

C’est assez difficile comme question. Je pense que la « patte » Sonatine vient de plusieurs choses. Un catalogue choisi (seulement une vingtaine de titres par an), une charte graphique soignée et un catalogue qui, bien qu’extrêmement diversifié, cherche à faire la part belle à de auteurs originaux. Nous avons eu de grands succès commerciaux pourtant ce qui est important pour nous n’est pas de faire la course à la nouveauté mais de chercher dans les fonds de catalogues des agents anglo-saxons, des petites perles ou de grands chefs-d’oeuvre qui seraient parfois passés inaperçu.
Ainsi nous avons été très fiers de publier Au-delà du mal de Shane Stevens (1979), Un long silence de Mikal Gilmore (1995), En mémoire de la forêt de Richard T. Powers (1997) qui sont pour nous de véritables merveilles. Nous allons même parfois jusqu’à republier des auteurs comme Tim Willocks ou Robert Goddard qui n’ont pas bénéficié selon nous de l’attention qu’ils méritaient lors de leur première traduction en France. Cette année nous sommes très heureux d’ajouter l’immense Harry Crews à notre catalogue avec un de ses premiers romans inédit Nu dans le jardin d’Eden.
- Continuerez-vous à respecter cette règle à laquelle j’adhère qui est de ne sortir qu’une douzaine de titres par an ?

C’est une vingtaine en fait, mais une douzaine de « romans noirs ». Et oui, nous ne comptons pas changer notre façon de travailler. Nous sommes une petite équipe (5 personnes) et nous voulons avant tout soigner au mieux la sortie de chaque livre. Par ailleurs nous avons conscience du sort des libraires, souvent bombardés de 5000 nouveautés par mois, et nous ne voulons pas leur imposer une rotation trop rapide mais au contraire leur laisser le temps de découvrir et de défendre le plus grand nombre possible de titres de notre catalogue. C’est grâce à eux que Sonatine a pu exister si vite et si bien et nous travaillons donc en fonction d’eux.

- Avez-vous d’autres projets de beaux livres pour 2013 ?

Oui ! Un avec le réalisateur de Drive et du très noir Pusher, Nicholas Winding Refn ! Sinon en cinéma toujours nous allons publier un chef d’oeuvre, le magnifique synopsis écrit par Fellini et Dino Buzzati pour un film qui ne vit jamais le jour, Le Voyage de G. Mastorna.

 

- Quel sera le prochain « gros coup » sur lequel mise Sonatine, le prochain carton à la Ellory ou Kellerman (j’exclue Pobi qui est déja sortit et qui démarre très bien)

Je ne parle pas des auteurs récurrents (Ellory, Cleave, Robert Goddard, etc) mais dans les nouveaux auteurs nous avons de très belles choses. D’abord un très grand thriller au mois de février, IL, sorti en 1992 aux USA et totalement inédit en France.

En avril on vous a trouvé une petite bombe, Désordre de Penny Hancock, un premier roman, thriller psychologique angoissant qui voit une anglaise de quarante ans, rangée et bourgeoise, sombrer peu à peu dans la folie au contact d’un post adolescent pour lequel elle éprouve une fascination étrange.
Et puis il y a le magnifique roman d’Hilary Mantel, Dans l’ombre des loups. Premier tome d’une trilogie exceptionnelle, Le Conseiller, dont les deux premiers opus ont été récompensés par le Booker Prize, ce roman est à mettre au panthéon des plus grands romans historiques jamais écrits ! Il sortira en mai.
Avec ça vous avez déjà du travail. On reparlera de la fin de l’année plus tard…
- On écoute quoi chez Sonatine quand on lit des bouquins l’après-midi dans les bureaux ;) ?
 
Ca dépend vraiment des jours. On est plutôt éclectiques, je sais pas si vous avez remarqué…

 

déc 11

 

Par quel livre êtes vous arrivé à la lecture ?


Hot vidéo. La composition du cassoulet sur les étiquettes leader price.

 

Classique ile déserte, vous emmenez quoi comme livre 5 un maximum ?


Max et Lili vont avec guy george a Dunkerque.

Mon patron a Sangatte aux éditions mon pied dans le cul

50 nuances de fist.

 

Pour l’année 2012 donnez-moi 3 livres à offrir pour noël ?


La pharmacienne de Esparbec ou Ulysse de Joyce, j’hésite.

 

Comment vous travaillez vos chroniques ?


J’ai cinq assistantes nubiles.

 

Avez-vous un genre ? Une maison d’éditions fétiches ?

Le roman noir périgourdin écrit par des enfants de paysans.


Un regret pour 2012, un aveu ?

 

Obama a Dallas ? blaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaague….


Un truc sur le site ?


We rock, rulzzzz, fuck…

 

Musique …. Théâtre des trucs à nous faire découvrir partagé ?


MEEEEEETAAAAAAAAAAAALLLLLLLLL

 

Une question que j’ai oublié de vous poser ?


les doses de mes cachets…


Par quel livre êtes vous arrivé à la lecture ?

Me souviens plus tellement ça a toujours fait partit de moi et de ma passion, je tapais pas dans le ballon , je lisais, déja le freak, ça devait etre par les ptits souris noirs de chez Syros, Blyton, Colette,Dahl, premier vrai choc c’est les trois mousquetaires, ensuite Twain, et la baffe c’est Pennac. Et depuis j’enchaine les kiffs.

Classique ile déserte, vous emmenez quoi comme livre 5 un maximum ?

Cinq c’est un suplice mais allons y:

Marécages de Lansdale

La griffe du chien de Winslow

Fée carabine de Pennac

Tom Sawyer

Shinning de King

Pour l’année 2012 donnez-moi 3 livres à offrir pour noël ?

Les fantomes du delta de Molas

La drole de vie de Bibbow Bradley de Cendres

Pike de Whitmer

Comment vous travaillez vos chroniques ?

Le bouquin sous les yeux. De la zic, et ensuite freestyle de sensation et envie de partager et de proposer…Un seul jet, une seule prise , façon garage rock. Du brut, du vrai, de l’énergie et de l’instantané.

Avez-vous un genre ? Une maison d’éditions fétiches ?

La Noire, easy.

Rivages, encore plus easy.

Exprim de Sarbacane, THE fucking découverte. Enfin des bouquins différents pour les jeunes au sens large.

Gallmeister. Pike merde, Pike…

Pepin, des trouvailles ( Smith ), du bon polar ricain.

Folio Policier et SF.

Atalante

Ya du talent en France, mais faisons gaffe au syndrome du toujours plus…

Un regret pour 2012, un aveu ?

Jamais. Never look back.

Un truc sur le site ?

Envie de faire plein de trucs, un forum , parler avec les gens qui se baladent chez nous, parler de comics, de zik, de cul, c’est fait en fait, c’est le Boss qui gère.

Musique …. Théâtre des trucs à nous faire découvrir partagé ?

Au début vint le riff,

Puis vint le trip.

Le tout donna le Rock, puis le Métal,

Amen.

Lire nous éloigne des cons.

déc 9

Le nom ne vous dit rien  ? bah alors, lisez ceci !!!

sautant sur l’occasion, d’une rencontre par mail, ce qui en découle…

j’aime à remercier l’auteur de sa générosité, à lire

Comment on en arrive là ?

Soit on passe par des études de langue et une école de traduction, soit on propose ses services à un éditeur en joignant cv et lettre de motivation (et on accepte de faire un essai), soit ça passe par le copinage. 

Avez-vous eu des rapports privilégiés avec certains auteurs, bien  souvent certains de votre métier me disent souvent qu’ils travaillent seuls ?

Des rapports privilégiés avec presque tous les auteurs. Je fais mon travail du mieux possible et quand j’ai fini j’adresse à l’auteur, si besoin est, une liste de questions qui concernent généralement des problèmes d’interprétation portant sur des phrases voire des paragraphes. Quand il y a deux possibilités de sens, autant demander à la personne qui a écrit le texte. Et si les questions sont sensées, l’auteur, dans mon expérience, est content que l’on témoigne de l’attention et du respect à son texte. Si je devais n’en citer que deux, je dirais que j’avais des rapports très amicaux avec Tony Hillerman et qu’il en va de même aujourd’hui avec Christopher Cook.

Christopher Cook, ah quand même j’ai l’impression qu’on est 15 à le connaitre en France, merveilleux auteur, je pense souvent à Voleur, et puis rien, rien de neuf pour lui, vous avez des nouvelles ?

Christopher est un grand écrivain, je pense que beaucoup le découvriront bientôt. Son premier recueil de nouvelles (Screendoor Jesus and other stories, 2001) a été traduit chez Rivages en 2004 sous le titre Bethlehem Texas qui est également une référence au très beau recueil de Sherwood Anderson, Winesburg, Ohio, avec l’énorme différence que chez Christopher Cook il n’y a ni dénonciation ni moquerie, les habitants de la petite ville ont leurs travers que l’auteur ne tourne pas en ridicule.

Son prochain recueil de nouvelles contient des textes qui ne sont pas parus aux États-Unis et sont centrés eux aussi sur le même coin reculé du Texas. Il ne me semble pas du tout irrespectueux de comparer Christopher Cook aux plus grands auteurs du Sud. En ce moment, il écrit un roman dont j’ai seulement lu le prologue : tout simplement fabuleux. Seul Voleurs et Le Pickpocket, une nouvelle parue dans Moisson Noire 2004 (recueil présenté par Michael Connelly), s’apparentent au « genre » policier. Avec un travail d’écriture assez époustouflant.

Ah oui, tiens parlons donc des titres de livres traduits…., là parfois il y a quand même du grand foutage de gueule, jusqu’où avez-vous des marges de manœuvres dans la traduction, car les titres américains traduits en français sont à pouffer de rire ?

Pour les titres des livres, il y a de tout. Que The Long Goodbye soit devenu Sur un air de navaja, par exemple, c’est du foutage de gueule. En revanche, je comprends pourquoi L’Échappée avait pris pour titre Le Lien conjugal dans la Série Noire. Là, le foutage de gueule, c’était sur le titre du film, Guet-apens !

Le traducteur propose un, deux, trois titres… Le directeur de collection intervient et peut substituer un autre titre qu’il préfère. Parfois il est meilleur que le choix du traducteur, parfois non. C’est aussi une question de goût, et essentiellement une question de ventes. Il ne faut pas sous-estimer l’analyse commerciale que fait automatiquement la maison d’édition. Pour L’Échappée, comme souvent, ça a été le résultat d’un long échange. Pour Soyons réaliste, beaucoup plus facile. Un jour, n’ayant aucune idée, pour un Elmore Leonard, j’ai dit : « Appelez-le comme vous voulez. Pourquoi pas Le Zoulou de l’Ouest. » C’était une plaisanterie, mais le titre est resté. La voie de l’ennemi, de Tony Hillerman, s’appelait The Blessing Way en anglais, mais cette cérémonie n’apparaissait nulle part dans le livre. J’ai posé la question à l’auteur qui m’a dit que son choix était The Enemy Way et que The Blessing Way était le choix de l’éditeur. The Slasher, de Michael Collins (le créateur de Dan Fortune), aurait dû s’appeler Mother Death… je pourrais continuer pendant des pages !

Hammett, est-ce le graal de la traduction ou c’est un autre ?

Hammett est un auteur comme un autre, qui a eu une importance historique indéniable, mais George V. Higgins, dont personne ne parle, également, quarante ans plus tard. Je suis persuadé que sans Higgins, il n’y aurait eu ni Tarantino, ni Elmore Leonard. J’ai eu autant de plaisir et j’ai appris bien plus en traduisant Hillerman qui n’était pas un styliste. Mon rêve serait de traduire tout Burnett et de retraduire les Fredric Brown qui ont été massacrés lors de leur première parution, c’est à dire quasiment tous jusqu’à l’arrivée des éditions Pac et Clancier-Guénaud (c’est à dire l’arrivée de François Guérif). J’ai fait acte de candidature à deux reprises mais trop tard (dans les années 80 et tout récemment) pour traduire Ross Macdonald. J’ai également fait acte de candidature pour poursuivre la traduction des Jack Taylor de Ken Bruen lors du transfert de cette série chez Fayard où on a préféré faire confiance, m’a-t-on répondu, aux traducteurs maison.

D’autre part, mais c’est une autre histoire, les cinq romans de Hammett représentent la pire de mes expériences de traducteur. Et ce n’est ni l’auteur ni ses textes qui étaient en cause. 

Votre actualité c’est quoi, Le prochain Dortmunder de Westlake?

J’ai rendu les deux prochains Dortmunder, qui sont donc hélas les deux derniers. Le premier paraîtra en janvier 2013, il s’appellera Et vous trouvez ça drôle ? (What’s so Funny ?). Le second, parution un an plus tard environ, sera Soyons réaliste (Get ready). Après, vraisemblablement en collaboration, viendra The Comedy is Finished sur lequel vous avez rédigé un papier qui a dû vous demander pas mal de recherche. Le roman m’a plu, il dénote dans la production habituelle de Westlake, je dirais un peu comme Monstre Sacré. Par ailleurs, je travaille actuellement sur Raylan, le dernier Elmore Leonard paru aux États-Unis, et sur le superbe recueil de nouvelles de Christopher Cook dont j’ai déjà parlé. 

Vous traduisez depuis longtemps il me semble, vous ne trouvez pas qu’il y a une césure entre les anciens et les nouveaux auteurs américains, dans la manière d’écrire bien sûr, mais de penser ?

Il est certain que si on considère d’une part Dashiell Hammett, Jim Thompson et William Riley Burnett, par exemple, et de l’autre la littérature policière américaine d’aujourd’hui sous son aspect blockbuster, presque tout est différent et vous comprenez où vont mes préférences. Mais chaque époque a quand même ses grands auteurs à côté de ses tâcherons, pisseurs d’encre et autres scribouillards qui fabriquent des produits de consommation courante. Là non plus, il n’y a pas de sot métier. Juste des lecteurs qui n’ont pas pu (ou voulu) acquérir un esprit critique suffisant. Et parfois des éditeurs qui ont besoin de vendre du papier.

Il y a parfois des titres sur lesquels vous avez travaillé qui reste au fond du tiroir ?

Le premier Hillerman que j’ai traduit (Là où dansent les morts) est resté dans mes tiroirs pendant au moins dix-huit mois car l’éditeur avait fait faillite, mais j’ai eu la chance que Rivages reprenne mon travail et que le roman sorte du purgatoire. À l’époque, un seul de ses romans avait été traduit, en Série Noire : un massacre honteux perpétré par des incapables ! Actuellement, il y a un roman de Burnett, dont j’ai repris ma propre traduction en vue d’une réédition, qui se trouve lui aussi dans les limbes. En dépit de mes efforts, je n’arrive même plus à joindre l’éditeur… qui n’est pourtant pas en cessation d’activité. 

En ce moment on ressort Jim Thompson, retraduit, avec des passages inédits, je parle de cet auteur, mais ce n’est pas le seul, comment peut-on arriver à partir d’un livre à le réduire en traduisant, cela s’appelle un résumé non ?

Historiquement, c’était surtout une question de coût de traduction et de coût de publication. Un roman « de gare » devait coûter un minimum. Beaucoup de gens, même de très bons lecteurs, sont toujours persuadés que comme les auteurs de romans policiers, notamment américains, étaient payés au mot, c’était une bonne idée de resserrer l’action en supprimant ce qui ne faisait pas progresser l’intrigue (parce qu’aujourd’hui ils vous pondent des bouquins de plus de 400 pages sans faire de délayage ?). Mais qui était juge ? Le directeur de collection, les traducteurs, l’éditeur ? Étaient-ils compétents ? Si les livres n’étaient pas assez bons pour être publiés, il fallait publier autre chose. Et la moindre des choses, s’ils tranchaient dans le vif, aurait été de couper les phrases qu’ils ne comprenaient pas, cela aurait évité les contre-sens. Par ailleurs, les traductions modifiaient le style et le niveau de langue. Le lecteur avait droit à une mélasse associant argot d’origine douteuse, souvent plaqué sur le texte, et imparfait du subjonctif. Par exemple, dans L’Échappée (The Getaway de Jim Thompson), on trouvait, dans la traduction série noire :  »Encore eût-il fallu que Mémé fût régule. » 

J’ai retrouvé ce que vous m’évoquiez comme écrivain, James D Doss, James Carlos Blake, Louis Owens, Bill Pronzini. Putain on se souvient que d’Hillerman qui à mon humble avis aurait dû s’arrêter d’écrire en vieillissant, seul James Lee Burke y semble prendre de la force… il semblerait que vous portiez une étiquette de romans indiens non ? Quel dommage que James D Doss n’ait pas plu, un grand ratage non ?

Quelques mots sur chacun : je vous trouve très sévère pour Tony Hillerman car si Le Cochon sinistre est aussi, à mon goût, une accumulation de mauvaises idées, Le Vent qui gémit et Le Chagrin entre les fils sont deux très beaux romans de la fin.

J’avais beaucoup aimé le premier James D. Doss, La Rivière des âmes perdues, et surtout le personnage d’homme à tout faire mexicain. Après le deuxième, Albin Michel a décidé d’arrêter car de toute évidence, l’auteur était davantage un scientifique qu’un écrivain. 10/18 a repris la série et ne m’a pas contacté alors qu’il s’agissait de romans faisant intervenir des personnages récurrents… bravo pour la continuité.

J’ai traduit deux Bill Pronzini, Tout ça n’est qu’un jeu (une sorte de Chasses du comte Zaroff) et Mercredi des Cendres (ambiance de carnaval à La Nouvelle Orléans), avec beaucoup d’intérêt. Là aussi, j’ai énormément appris. Mais les livres de Pronzini, bien sûr, n’ont pas de rapport avec les Indiens.

L’Homme au pistolet, de James Carlos Blake est un gros livre dans lequel l’écrivain fait intervenir quantité de témoins qui parlent de manières différentes de John Wesley Harding dont Bob Dylan nous a proposé une vision très personnelle. Une gageure pour le traducteur. Et deux scènes de coucherie à rugir de plaisir. Voilà un auteur qui a eu un traducteur différent pour chacun de ses livres, je crois. En tout cas, ce roman-là était un tour de force qui valait bien mieux que les chiffres de vente.

À tout seigneur, tout honneur, terminons par Louis Owens : j’ai eu la lourde responsabilité de traduire quatre des cinq romans qu’il a publiés, le cinquième étant resté inédit en France. Même la vue la plus perçante est un chef d’œuvre, mais attention, il faut être très bon lecteur, ce qui n’a pas empêché le livre d’obtenir en son temps le prix Calibre 38. Louis était extrêmement difficile à traduire. J’avais également avec lui des rapports privilégiés. Il est venu plusieurs fois en France. Malheureusement il a choisi de nous quitter prématurément.

Pour compléter la réponse, j’ai aussi travaillé sur quatre livres d’images sur les Indiens d’Amérique, chez Nathan et Casterman, dont le premier livre à être cent pour cent indien (capitaux, textes, photos…), Cœurs fiers.

Dernière question, il y a votre génération,  Freddy Michalski, Carrer, que pensez-vous des nouveaux, ? Il y a des traducteurs traductrices qui vous impressionnent ? Personnellement j’ai eu le plaisir de faire un entretien avec madame Beunat, Laetitia Devaux, Thierry Marignac, Robert Pépin, Diniz Gallos.

Je ne connais pas bien le travail des mes confrères et consœurs car je ne lis que très rarement des livres de langue anglaise en français. Et il est arrivé que des livres traduits me tombent des mains, qu’ils soient anciens ou récents. Freddy Michalski est un ami très cher, nous avons travaillé dans le même établissement pendant trente ans. J’ai rencontré Patrice Carrer plusieurs fois mais je n’ai rien lu. Même chose pour Laetitia Deveaux, Robert Pépin et Thierry Marignac. 

NB : Je me suis permis de supprimer un passage concernant madame Beunat, PAR SENS DE LA SUISSE

Pour finir sur une note positive et réjouissante, j’ai beaucoup d’admiration pour le travail que fait Michelle Herpe-Voslinsky, que je n’ai jamais rencontrée, sur les livres du grand Ernest J. Gaines. 

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