mar 25

Carmen (Nevada)

Watt a fucking great writer !

La leçon est belle, comment camoufler un chef d’oeuvre en petit bouquin de poche qui ne paye pas de mine et qui débarque en plein mois de Mars entre les mastodontes, les découvertes; les connus, les tueries et la brouette a bouses. (en plus c’est cool on peut mixer tout ça des fois)

Carmen (Nevada) est un vrai trésor de la littérature américaine, exit les étiquettes, roman noir, littérature, polar, fuck, tout ça c’est bon pour genrer, et permettre de sortir toujours et toujours plus de livres.

C’est un texte fort, ambitieux a la portée universelle, celle du coeur qui bat au bout de la main qui tient le bouquin. Alors déja merci, a l’auteur et a l’éditeur. Je le range a coté de mes petits chef d’oeuvre sur le thème de l’adolescence que sont: Outsiders de Hinton et Un arrière gout de rouille de Meyer. (Bellement Chroniqué sur le site)

Le livre a en effet eut un effet choc sur moi, tant par ce qu’il raconte, j’y arrive, mais aussi par ce qu’il représente en tant que pièce posée sur une table plus embouteillée qu’un périph de matin brumeux. Vrai débat: Comment permettre a un tel texte de (sur)vivre sur les étalages des librairies, dans la frénesie du toujours plus, un bouquin comme cela aurait eut tout le loisir de m’échapper, ça c’est une chose et on peut s’en foutre j’en conviens, mais surtout ce livre mérite VRAIMENT d’etre lu. Il appartient a la page des grandes évocations, des grands personnages et des lectures qui vous secouent les tripes.

J’aurais donc un double message, merci de publier de tels textes, mais putain faites gaffe meme Rainman et sa boite de Mikado est bien incapable de suivre la production actuelle. HUN hun. Vous allez nous faire bugger, et merci pour mes futurs massages « spéciaux » que je serais obliger de me faire prodiguer pour échapper a la hernie discale; Oui, y a de la belle came, mais la preuve est la, je suis aussi a l’affut sur les bouquins qu’un mateur sur des parkings remplis de camping car allemand, et pourtant j’ai faillit passer a coté de ce livre génial.

Le résumé:

Un jeune quaterback talentueux un peu tete a claque paumé vit avec son père rigide depuis le départ de la mère. Relation violente muée par la peur et l’incompréhension réciproque. Un soir, bourré et bien con, il percute le steve Urkel du coin par accident et emporte le corps. Déscente aux enfers, la peur qui gronde, le corps dispararait: C’est son père, le flic qui le protège tout en continuant a faire des Tenardiers la famille Bisounours. Un ado en perte de repère, des relations glacées et glacantes, la part de l’amitié, l’amour, le sexe et l’Amérique dans la violence qui est la sienne.

On referme le bouquin avec un drole de gout dans la bouche, on se dit que rarement les relations père/fils auront été autant dissequés, on se dit qu’on pourrait faire un film a oscar avec de tels personnages et permettre a un acteur devenu has been (des noms?) de finir en beauté avec le role du père, oui on se dit aussi qu’après on va aller connement se mater un ours qui fait du trempoline sur you tube pour échapper a toutes les questions que ça invoquent en nous.

Grand texte, un horizon bien illusoire pour ma missive mais un horizon bien bleu pour la littérature et les raconteurs d’histoire si on a des textes comme ça tous les mois.

Et je suis sur qu’il y en a…Mais continuons de les cacher avec le masque de la peur du syndrome du titanic.

 

mar 11

J’adore Pelecanos, depuis que je suis tombé sur « King Suckerman » il ya un bout de temps dans la défunte et non moins excellente collection soul fiction de l’Olivier, j’ai toujours donné a cet auteur une place a part.

Quitte a ne pas être toujours objectif sur mon ressentit de ses bouquins.

 

Pelecanos fait partit de ce que j’appelle la sainte trinité du polar U.S avec Lehane et Richard Price, trois auteurs, trois styles, trois mecs qui ont déjà bossés sur les mêmes projets (The Wire) et trois incroyables talents de conteurs. Des mecs qui continuent à mettre en avant ce que je recherche dans un livre et qui sauvera peut être aussi le polar et Hollywood un jour : Des personnages, des vrais, et une atmosphère.

Je me suis toujours sentit a l’aise sous sa plume, même si depuis quelques livres je commençais à trouver le temps long et la redite poussive. Depuis Drama City je crois. Même ses nombreuses références ultra pointues me passaient au dessus alors qu’au début je trouvais que le jeu de la référence était une de ses forces. Mais la quand même…Ou alors je devrais écouter plus de Jazz funk dub du label display-rak paru entre juin et Septembre 76 avec Michel Honanussakis a la contrebasse…

 

Pelecanos est un formidable écrivain et bon styliste, dinosaure au pays du thriller syncopé et parfois asphyxiant. Un peu au cinéma comme un vieux Die hard face a l’armada Jason Bourne et ses descendants a l’action épileptique (j’aime beaucoup Bourne, mais rien ne vaut ce bon débardeur face a des allemands dans une tour ou un aéroport). Filmer l’action différemment ne fait pas raconter d’autres histoires et ça ne rend pas forcément service aux personnages.

 

Aussi après un quatre de couv impeccable :

 

« Vingt-neuf ans, athlétique, moral mais pragmatique, Spero Lucas, un ex-marine qui a combattu en Irak et travaille maintenant comme enquêteur pour un avocat à Washington DC, est le héros de cette nouvelle série. Caractéristique essentielle : sa commission, lorsqu’il réussit, est toujours de 40 %. Grâce au suivi on line des livraisons de colis, les trafiquants de drogue modernes peuvent faire livrer leur came à des adresses où les habitants sont absents dans la journée. Rien de plus pratique alors que de récupérer un colis que les services de police ont peu de chances d’avoir repéré. Parfois cependant, celui qui le récupère n’est pas celui auquel il était destiné. C’est alors qu’intervient Spero Lucas. Ici, la drogue a été volée à Anwan Hawkins, un dealer qui, de sa prison, embauche Spero. Son avocat lui en a vanté les dons d’observation et de déduction. Et il avait raison : Spero comprend vite que ce sont Tavon et Edwin, les « assistants » d’Anwan, qui ont « perdu » le colis. Mais l’ont-ils vraiment perdu ? Confronté à ce problème, Spero n’a d’autre solution que d’enquêter dans certains des milieux les plus violents de la capitale américaine. George Pelecanos connaît Washington par cœur et plonge ses lecteurs dans les recoins les plus méconnus de sa ville, sur fond de bande-son, de culture et de références d’époque. Pelecanos est généreux, il joue les guides sans compter, et on s’y voit. Ses personnages, décrits à l’économie, dégagent un mystère et une force incroyable. Qu’il s’agisse de relations familiales, de sentiments amoureux, de liens filiaux, tout sonne juste. Suspense, style de plus en plus affiné, Une balade dans la nuit est un roman important dans la carrière de George Pelecanos. On devient vite accro au monde de Pelecanos. Les fans le savent déjà. »

 

Je l’ai dévoré et j’ai beaucoup aimé, alors comme d’habitude avec mon manque de recul et mon enthousiasme habituel capable de trouver les meilleurs qualités a Tango et Cash ou a un énième Lee Child qui ne réinvente rien je suis allez fureter sur le net et l’avis de Marc Villard a eut un bel écho :

 

http://www.marcvillard.net/spip.php?article607

 

Bonne critique, car oui j’ai adoré son nouveau personnage assez « bad ass », ses relations avec les nombreux personnages, les relations familiales, l’économie de moyen pour rendre une émotion crédible, l’intrigue assez attendu mais maitrisée, et même ses ballades dans Washington que je ne connais absolument pas n’ont pas réussis à me paraitre rasoir. Mais je sais qu’avec un autre auteur j’aurais peut être abdiqué…Parce que c’est Pelecanos dans la chouette collection Pépin Présente. Fleuron du polar U.S avec Rivages noir et que du coup j’arrive plus à être impartial…

 

Ce qui donne après recul tout son crédit a l’analyse de Marc Villard. Merci donc.

 

Je sais pourquoi je lis et lirais toujours Pelecanos et oui, je crois que que j’aime toujours autant car il a le gout d’une madeleine mais j’espère aussi qu’il saura aussi alimenter son œuvre un poil autrement.

déc 12

Pour mémoire Sonatine est une maison d’éditions qui a débuté  en  2008, et qui a amené un grand vent frais sur la tiédeur des productions de l’époque, tout en sortant ce que d’autres éditeurs avaient loupé, Tim Willocks, Shane  Stevens, et le grand Kem Nunn…..

pour d’autres renseignement allez là http://www.sonatine-editions.fr/catalogue-livres.asp

En sus d »être mignonne  Éléonore que j’ai rencontré au Quai du polar à  Lyon est fortement courtoise, donc  :

 

- Allez-vous continuer si le talent est au rendez-vous à sortir des français ? Voir mêmes des premiers romans de rookie ?

Nous sommes tout à fait ouverts à cette idée mais pour l’instant nous ne sommes pas tombés sur le premier roman français de nos rêves. Le catalogue Sonatine s’ouvre cependant peu à peu aux auteurs français et Fabrice Colin et Jacques Expert seront une fois de plus présents au catalogue 2013 avec de très bons textes.

- Souhaitez-vous vous diversifier et proposer des titres orientés plus sf ( o’malley et Stephenson par exemple devraient je crois sortir chez vous) ?

En 2012 notre catalogue s’est ouvert à la culture geek avec un joli roman sur les jeux vidéos (Video Games de DB Weiss) et un essai passionnant, Buzz de Frank Rose. Nous ne comptons pas en rester là et sommes en effet très fiers d’ajouter à notre catalogue Neal Stephenson, le pape du cyberpunk et Daniel O’Malley (Reamde et The Rook sont prévus pour 2014) . On vous réserve d’autres surprises dans ce sens pour les mois à venir…

- Il y a une vraie patte Sonatine, pourriez-vous avec vos mots la définir ?

C’est assez difficile comme question. Je pense que la « patte » Sonatine vient de plusieurs choses. Un catalogue choisi (seulement une vingtaine de titres par an), une charte graphique soignée et un catalogue qui, bien qu’extrêmement diversifié, cherche à faire la part belle à de auteurs originaux. Nous avons eu de grands succès commerciaux pourtant ce qui est important pour nous n’est pas de faire la course à la nouveauté mais de chercher dans les fonds de catalogues des agents anglo-saxons, des petites perles ou de grands chefs-d’oeuvre qui seraient parfois passés inaperçu.
Ainsi nous avons été très fiers de publier Au-delà du mal de Shane Stevens (1979), Un long silence de Mikal Gilmore (1995), En mémoire de la forêt de Richard T. Powers (1997) qui sont pour nous de véritables merveilles. Nous allons même parfois jusqu’à republier des auteurs comme Tim Willocks ou Robert Goddard qui n’ont pas bénéficié selon nous de l’attention qu’ils méritaient lors de leur première traduction en France. Cette année nous sommes très heureux d’ajouter l’immense Harry Crews à notre catalogue avec un de ses premiers romans inédit Nu dans le jardin d’Eden.
- Continuerez-vous à respecter cette règle à laquelle j’adhère qui est de ne sortir qu’une douzaine de titres par an ?

C’est une vingtaine en fait, mais une douzaine de « romans noirs ». Et oui, nous ne comptons pas changer notre façon de travailler. Nous sommes une petite équipe (5 personnes) et nous voulons avant tout soigner au mieux la sortie de chaque livre. Par ailleurs nous avons conscience du sort des libraires, souvent bombardés de 5000 nouveautés par mois, et nous ne voulons pas leur imposer une rotation trop rapide mais au contraire leur laisser le temps de découvrir et de défendre le plus grand nombre possible de titres de notre catalogue. C’est grâce à eux que Sonatine a pu exister si vite et si bien et nous travaillons donc en fonction d’eux.

- Avez-vous d’autres projets de beaux livres pour 2013 ?

Oui ! Un avec le réalisateur de Drive et du très noir Pusher, Nicholas Winding Refn ! Sinon en cinéma toujours nous allons publier un chef d’oeuvre, le magnifique synopsis écrit par Fellini et Dino Buzzati pour un film qui ne vit jamais le jour, Le Voyage de G. Mastorna.

 

- Quel sera le prochain « gros coup » sur lequel mise Sonatine, le prochain carton à la Ellory ou Kellerman (j’exclue Pobi qui est déja sortit et qui démarre très bien)

Je ne parle pas des auteurs récurrents (Ellory, Cleave, Robert Goddard, etc) mais dans les nouveaux auteurs nous avons de très belles choses. D’abord un très grand thriller au mois de février, IL, sorti en 1992 aux USA et totalement inédit en France.

En avril on vous a trouvé une petite bombe, Désordre de Penny Hancock, un premier roman, thriller psychologique angoissant qui voit une anglaise de quarante ans, rangée et bourgeoise, sombrer peu à peu dans la folie au contact d’un post adolescent pour lequel elle éprouve une fascination étrange.
Et puis il y a le magnifique roman d’Hilary Mantel, Dans l’ombre des loups. Premier tome d’une trilogie exceptionnelle, Le Conseiller, dont les deux premiers opus ont été récompensés par le Booker Prize, ce roman est à mettre au panthéon des plus grands romans historiques jamais écrits ! Il sortira en mai.
Avec ça vous avez déjà du travail. On reparlera de la fin de l’année plus tard…
- On écoute quoi chez Sonatine quand on lit des bouquins l’après-midi dans les bureaux ;) ?
 
Ca dépend vraiment des jours. On est plutôt éclectiques, je sais pas si vous avez remarqué…

 

déc 4

 

Un poing levé, une main qui fait un horn de joie. Non seulement je suis heureux pour l’auteur et pour son éditeur mais en plus chez nous on l’avait lu et ADORE.

Les quatres bouquins en compétition sont des merveilles, Axl le remporte au coté de Tim Willocks pour Doglands.

Un pas vers ce monde ou les lectures ados et jeunes adultes seraient aussi celles des plus agés, des « jeunes d’esprit » et des curieux, des amoureux des mots et des histoires, des dynamiteurs de genre et des raconteurs d’émotions. De ceux qui veulent encore croire que lire c’est vivre et rever, que c’est la classe et que ça permet comme le rock n’roll de choper des filles ( l’inverse est aussi vrai mais dans mon cas c’est moins mon truc ), que c’est la meilleure dope du monde, et que la lecture est un des derniers remparts, de quoi déja ?

Ah oui, la liberté, l’expression et parfois la contestation.

Vu que leur monde risque d’etre bien gris pendant un bon bout de temps, coincé enre des pommes et des barils de pétrole qui stock option, créons le notre, un refuge fait d’une littérature différente, originale, des textes ou ça explose, ou on ose, des lignes ou coulent le rire et les larmes. Un petit coin sympa ou on balancerait notre bande son.

Mais en fait je crois que ça existe, ça s’appelle un putain de bon bouquin, et cette pépite comme tant d’autres sont les bannières de nos territoires.

Reste plus qu’a faire passer…

Fuckyeah…

Swamp.

déc 4

 

 

Bonjour nous sommes réunis pour la photo de classe du genre terreur.

Rapprochez vous, mettez vous en ligne, oui, la les vampires, on ne voit que vous reculez un peu…Parfait, oui la , les loups garous, faites un pas en arrière, c’est mieux, parfait Elèves King et Simmons vous etes aussi beaux que la dernière fois.

Je répète les vampires, loups garous, anges ténebreux, créatures bizzares qui portent du gloss; reculez, la, voila,

Oups, pardon je n’avais pas vu la falaise…

Les zombies on vous garde avec nous on fera le ménage dans quelques temps…

Bon bien évidemment on en a gardé quelques uns pour représenter toutes ces belles familles ou le nombre de bouches a nourrir grandit comme le nombre de président de L’UMP. ( Facile )

Derrière ce sketch hilarant, la volontée de montrer que la terreur comme on a put la connaitre chez Fleuve noir entre autre il ya quelques années portent encore de bien beaux représentants qui peinent a etre vu au milieu d’une pléthore de couvertures qui vont du mauvais film érotique albanais ( je n’en connais pas de bons ) jusqu’a la limite de la parodie putassière.

Dans la melée, un petit bouquin de genre de l’excellente collection Doado Noir par j’imagine un amateur du genre.

Un voyage de classe part en vrille dans les Pyrennées Espagnoles.

Vous aimez la bonne terreur a la mode le dernier survivant a gagner une vie de thérapies: C’est bon, c’est cash, c’est gore. Je me suis éclaté.

Parfois pas besoin de chercher plus loin, les codes sont la, l’action parfaitement cinématographique et claquante.

Alors pourquoi on pond au cinéma: 4 Scream, des remakes que j’ai adoré de Massacre a la tronçonneuse, X détours mortels…Et que le bon vieux voyage au bout de l’enfer soit plus rare en livre qu’une prémolaire dans la bouche d’une blonde a cannines sur les couv de Bit-Litt.

Y en a un qui a crier ça vend pas?

Facile a force cette remarque…

Pas de procès contre un genre, il en faut pour tous mais je dis juste que quand on frole l’indigestion c’est pas le moment de se taper une choucroute.

Bravo Mr Guéraud pour le voyage et l’hommage.

Swamp.

nov 7

Si la vie ne nous offrait pas de temps en temps des rencontres et de l’imprévu, il y a peu de chance pour que ce livre soit passé entre mes mains.

Et n’ai ravi mes yeux et mon cœur.

Si vous parcourez le site, vous savez tout le bien que je pense de la collection Exprim de Sarbacane. Collection dont je ne me lasse pas de lire le catalogue en regrettant parfois de ne plus être réellement ado pour me prendre de plein fouet bon nombre de ces délices littéraires alternatifs. Heureusement mon coté curieux, amateur de textes qui bougent et fruit des 80/90 ‘s me permet de les savourer, de continuer a les dévorer et de dire qu’on a bien de la chance d’avoir ce genre de collections entre 50 nuances d’autres choses.

Insa Sane est un auteur qui a déjà publié quatre ouvrages qui s’inscrivent tous dans sa « comédie urbaine ». Cycle cohérent et intelligent ou chaque roman se répond sans forcément se suivre et dans lequel il laisse place a son style urbain et poétique, ses influences et son talent d’orfèvre de la langue.

Mais je ne l’avais jamais lu.

Car on a diagnostiqué chez moi depuis pas mal de temps un américanisme aigue.

Musique, cinéma, principales lectures…

Je bouffe bon nombre d’auteurs français, bien évidemment, mes gigantesques coups de cœur pour Axl Cendres ou Patrick Graham sont la pour confirmer que mon top 10 de cette année s’équilibrera parfaitement entre franco et étrangers. Mon souci est que je ne me reconnais pas dans les décors dans lesquels Insa situe son œuvre. Si toutes ces références ont été proches des miennes dans les années 90, aujourd’hui ce n’est plus le cas. C’est le frein majeur qui m’a empêché, moi, lecteur congénital qui devient un tantinet plus difficile avec l’age de découvrir le monde du Chester Himes français.

Sans tapé dans le cliché du c’était mieux avant, je préfère m’évader ailleurs.

Heureusement on m’a dit : Essaye, vraiment…

J’ai un tel respect pour les passionnés que j’ai fait confiance.

 Et j’ai lu « Tu seras partout chez toi ».

Non seulement j’en suis fier mais en plus je pense que je viens de lire un des plus beaux textes dédié aux ados, aux jeunes, et aux grands-mères qui le liront aussi. C’est un magistral conte universel, une leçon d’écriture et de talent au service de l’émotion et du langage du cœur. Parole de graisseux tatoué fana de série Z. Insa Sané réussit a toucher tout ce qui sommeille en nous. Il fait écho aux grands mythes, au verbe et au plaisir de l’imagination. Il a le don, celui de faire disparaitre tout ce qui gravite autours du lecteur. J’ai encore les couleurs et les odeurs de la lecture.

L’histoire est composée de deux parties.

Dans la première, Seny, petit garçon qu’un pays en guerre va éloigner de ses parents, est envoyé chez son oncle, et il va tout faire pour retourner « chez lui ». La seconde partie raconte ce retour onirique et « imaginaire », terrain fertile pour libérer tout le talent de l’auteur.

Il y a des scènes fortes, de grandes vagues d’émotions, beaucoup de retenu et de respect pour ce petit personnage, également. Flux et reflux des lignes qui alimentent cet océan qui sépare l’enfant de son chez lui ou aucun de nous ne voudrait vivre. Jamais de pathos ni de pitié, de la justesse et l’envi de toucher a l’universel.

Car c’est vraiment la ou Insa met un terme au genre et au clivage. Impossible de se résigner a ne faire lire ce tête qu’a des ados, c’est un conte moderne a lire de 9 ans a… son dernier souffle…C’est la victoire de l’intention, du don et de l’imaginaire sur la grise mine du réalisme primaire. Bien sur, il aborde de grands thèmes mais jamais avec naïveté ou démagogie maladroite. Tout est juste et naturel. Il évite tous les éceuilles du genre. Il infiltre l’imaginaire par une main tendue et nous rend complice volontaire de cette odyssée.

Ensuite il se fait plaisir et nous avec :

Insa emprunte à Oz, Peter Pan, l’histoire sans fin, juste de quoi faire écarquiller les yeux de plaisir et comme il rajoute une pincée de goonies avec des persos très attachants en prenant les ingrédients passionnants de la Fantasy, on reste pantois devant l’histoire et on lit le double sens avec encore plus d’emphase.

Je suis vraiment heureux d’avoir eu ce bouquin entre les mains. C’était une nouvelle rencontre, un auteur et son texte, rythmé et construit au cordeau. Les refrains littéraires d’un futur classique.

Notre petit prince du XXI siècle s’appelle Seny, et son auteur a fait un vol de nuit,

Pas grave, c’était ma nuit quand j’ai lu son chef d’œuvre.

Fuckyeah !! Désolé, Je n’ai pas put m’empêcher…

Swamp.

oct 31

Je crois que si j’arrêtais le site à l’instant T, c’est sur cet entretien que je le ferai, c’est le plus beau, le plus simple, ça cogne, comme son livre, seul roman noir édité en France depuis pas mal de temps…..juste un truc sur son site il annonce qu’il sera à Lyon au quai du polar en 2013

Play :

Do you see yourself as a part of the big american tradition black novel ?

Vous voyez vous comme faisant partie de la grande tradition du roman noir américain ?

To be honest, I didn’t really see Pike as a noir novel when I was writing it. I didn’t even know it was a crime novel until folks told me it was. I mean, I was reading James Ellroy and folks like that, but I was reading more Cormac McCarthy and William T. Vollmann, and they were probably more important to me. I just happen to like guns and heavily compromised characters, and, like all good red-blooded Americans, I’m obsessed with violence. Pike’s the result of that ugly stew.

Pour être honnête, je ne voyais pas Pike comme un roman noir quand je l’ai écrit. Je ne savais même pas que c’était un polar jusqu’ à ce que des amis me le disent. En fait, je lisais James Ellroy et ce genre d’auteurs, mais je lisais d’avantage Cormac McCarthy et William T.Vollman, et ils étaient probablement plus importants à mes yeux. En fait, j’aime les armes et les personnages complexes, et, comme tout bon américain, je suis obsédé par la violence. Pike est le résultat de ce ragout dégoutant.

That said, I’m very proud to have Pike out there as a noir novel. I’m pretty woefully under-read in the noir tradition, but I’m trying to catch up. There’s so much great writing, and it really does seem like one of the last places where there’s still space to talk about class, race, America’s history of violence, and all the shit that interests me.

Ceci dit, je suis très fier que vous voyez Pike comme un roman noir. J’ai des lacunes dans mes lectures de roman noir mais j’essaye de rattraper le retard. Il existe tellement de grands écrits, et c’est vraiment un des derniers styles où il est possible de parler des classes, des races, de l’histoire violente de l’Amérique et de toutes des merdes qui m’intéresse.

What’d be the music on Pike ?

Quelle serait la bande son de Pike ?

Country music. Albeit only country music of a certain age. I really don’t feel the need to listen to any mainstream country music past, say, 1980. There are a few exceptions, but not many. When Pike first came out here in America, I was asked to write up a movie pitch for some director who was supposed to be interested, and while doing the casting it occurred to me that I’d based Derrick almost entirely on Waylon Jennings circa 1973 – the year that he released the greatest album ever made, Honky Tonk Heroes, which was a collection of Billy Joe Shaver tunes.

De la musique country. Et seulement de la country d’une certaine époque. Je ne ressent pas le besoin d’écouter autre chose que de la country qui se situe après 1980. Il existe quelques exceptions mais elles sont rares. Quand Pike est sortit aux États Unis, on m’a demandé d’écrire une bible pour le cinéma pour un réalisateur qui était peut être intéressé, et pendant que je réfléchissais au casting, je me suis rendu compte que j’avais basé le personnage de Derrick sur le Waylon Jennings de l’époque 1973. L’année ou il a enregistré son plus grand album, Honky Tonk Heroes, qui était une collection de reprises de Billy Joe Shaver.

I also realized that I’d based Pike partly on Steve Earle around the time of Transcendental Blues. Though I think I cast Mel Gibson for the role when I did the pitch. But only on the condition they could get him hopped up on cocaine and Budweiser with strict instructions to tap into his inner self-hatred. Needless to say nothing every happened with the project.

J’ai également réalisé que j’avais écrit Pike en partit sur le “around the time of Transcendental blues” de Steve Earle. J’ai pensé à Mel Gibson pour le rôle quand j’ai fait la bible. Mais a la seule condition qu’ils puissent l’avoir sous cocaïne et Budweiser avec des instructions très strictes pour pouvoir puiser dans toute sa haine intérieure ; Inutile de dire que ce projet n’a débouché sur rien.

Your wrote a book Within the devil with one of the Louvins brothers. Is there any chance for us French people to see this book in our bookshops? How did this project begin?

Vous avez écrit “Within the devil” avec l’un des frères Louvin. Existe-t-il une chance pour que ce livre atterrisse chez nous? Comment ce projet est né ?

Man, I have no idea if that one’s coming to France. As far as I know there are no plans. I’m an ignoramus, but I’m not sure how many folks in your neck of the woods would be interested in a country music memoir of that type. Even here in the States Charlie’s a pretty underground pleasure. Far more so than he deserves to be, of course – in a just world Toby Keith would have never found employment in Nashville other than shining Charlie’s boots, but that’s the way shit goes. Obviously I’d love to see it happen, but I’m biased, I’d like to see that book everywhere. The kind of story Charlie had to tell is fast disappearing, and I think we could do with a lot more of it.

Mec, je n’ai aucune idée de s’il sortira ou non en France. A ma connaissance ce n’est pas prévu. Je suis un ignorant, mais je ne sais pas combien de personnes chez vous serait intéressés par les mémoires de ce chanteur de country music. Même ici, aux États Unis, Charlie est un petit plaisir « underground ». Alors qu’il mériterait beaucoup plus, bien sur- dans un monde ou Toby Keith n’aurait jamais trouvé d’autre travail que celui de cirer les bottes de Charlie, mais c’est ainsi que vont les choses. Honnêtement, j’aimerais que cela arrive, mais c’est un discours biaisé, je voudrais en effet voir ce livre partout. Le genre d’histoire que Charlie nous raconte est voué a disparaitre rapidement, alors que je pense que nous pourrions en faire beaucoup plus.

As to how the project began, I still really had very little to do with it. Neil Strauss, who’d done a bunch of these with really big stars, had met Charlie for a piece he wrote for the New York Times, and he knew the kind of story Charlie had to tell. As such, he sent out feelers for an author who like country music to work on it for his HarperCollins imprint. My agent got the message somehow, asked me if I was interested, and I said Hell. Yes. I mean, the chance to sit on Charlie’s back porch and listen to stories about him and his brother, not to mention Johnny Cash and the like, that’s something I wouldn’t have turned down under any circumstances.

Quand a savoir comment le projet a commencé, je n’y suis pas pour grand-chose. Neil Strauss, qui avait fait un tas de choses avec de grandes stars avait rencontré Charlie pour un article pour le New York Times, et il connaissait le genre d’histoires que Charlie avait a raconté. Il demanda donc si un auteur qui aimait la country voulait travailler dessus. Mon agent pris connaissance de cela et me demanda si j’étais intéressé et j’ai répondu : Oui, bien sur. J’avais cette chance d’être assis sous le porche de Charlie et de l’écouter me raconter ces histoires sur lui et son frère, sans oublier Johnny Cash et les autres. C’est quelque chose que j’aurais été incapable de refuser.

With Pike we can see different postures of old gangsters like Galveston or Frankie Machine… Where did actually you find such an incredible character?

Avec Pike nous pouvons entrevoir l’image de la figure du vieux gangster comme dans Galveston ou l’hiver de Frankie Machine…Ou avez vous trouvé un personnage aussi incroyable ?

Remember how I said I was woefully under-read in crime fiction? Unfortunately, I haven’t read either Winslow or Pizzolatto. (Though I’ll be remedying that shortly.) Pike just kind of grew out of an image I had of a little girl walking beside this hulking monster of a man through the snow. Once I started fleshing him out I had no trouble coming up with models, of course. There were the characters in old country songs, some of the loggers and construction workers I knew as a kid, and some of the men my grandfather would drink with when I’d hang out in the bar with him. I remember there was one guy who’d shot at least two people dead in self-defense, though, as my grandmother liked to tell it, “he likes to brag he’s killed more men than the Civil War.” I also have some friends who are old hardasses from the American Indian Movement, and I’m sure they’re in there.

I’ve never been a particularly violent person by any stretch of the imagination, but I’ve known some who were and it made them permanently weird.  That was pretty much what I was trying to capture with Pike.

Vous vous souvenez quand j’ai dit avoir des lacunes en matière de romans noirs? Malheureusement, je n’ai jamais lu Winslow ou Pizzolatto (chose a laquelle je vais remédier rapidement.) Pike a simplement grandit a partir dune image que j’avais, celle d’une petite fille marchant dans la neige aux cotés d’un monstre balourd. Une fois que je l’ai étayé un peu je n’ai pas eu de mal a trouvé des modèles, bien sur. Il y a eut ces personnages dans des vieilles chansons de country, et aussi des bucherons et des ouvriers du bâtiment que je connaissais, quand j’étais enfant, et ces hommes avec lesquels mon grand père buvait et que je voyais quand j’allais au bar avec lui. Je me souviens d’un type qui avait tué au moins deux personnes en état de légitime défense, quoique, comme ma grand-mère aimait a le dire : «  il aime se vanter qu’il a tué plus de gens que la guerre civile. » J’ai aussi quelques amis durs a cuir du mouvement pour les amérindiens, et je suis sur qu’ils sont aussi dans Pike.

Je n’ai jamais été quelqu’un de particulièrement violent autrement que par l’imagination. Mais je connais des gens qui baignent dedans et c’est ce qui fait d’eux des gens étranges. C’est vraiment ce que j’ai essayé de capturer avec Pike.

 Black. Very black. Is it the way you see America today?

 Noir très noir. Est ce comme cela que vous voyez l’Amérique aujourd’hui?

Yeah, absolutely. I mean, I don’t think I made anything up. People talk about how dark Pike is, but I don’t think it’s any darker than how a lot of folks have to live. There are places in America where life’s just that tough, and they aren’t hard to find. We’re lucky right now, in that my wife and I just moved our family to a really nice, crime-free neighborhood. But we’ve lived the other places, too. One of those places was in Cincinnati, in a neighborhood right next to Over-The-Rhine where most of the bad action takes place in Pike. When I was working on the book my daughter was a newborn and I’d load her into the baby stroller, stick a handgun in the diaper bag, and we’d go out walking around, looking for inspiration. That’s what I always tell her when she asks if she’s old enough to read Pike: you don’t have to, you’ve already been everywhere in the book.

Oui, absolument. Je veux dire, je ne pense pas avoir exagérer. Les gens me parlent souvent de la noirceur de Pike, mais je ne pense pas qu’il soit plus sombre que la façon dont certaines personnes vivent. Il y a des endroits aux États Unis ou la vie est aussi rude, et ce n’est vraiment pas difficile à trouver. Nous sommes chanceux maintenant, avec ma femme nous venons d’emménager avec notre famille dans un endroit calme. Mais nous avons déjà vécus dans d’autres endroits. L’un d’eux était Cincinnati, dans un quartier ou toute l’action de Pike se déroule. Quand je travaillais sur le livre, ma fille était toute jeune et quand je la promenais en poussette, je cachais un flingue dans son sac à couche, en cherchant l’inspiration. C’est pour cela que je lui dis toujours quand elle me demande si elle est assez agée pour lire Pike : Tu n’as pas le faire, tu as déjà été partout dans ce livre.

 

As to the police brutality and the class divisions, none of that’s made up. Obviously, the details are invented, but the cops in Cincinnati were some of the most brutal in the country when we lived there. We were only a couple of years from a race riot when we moved into town, and the cops were still killing black folks like it was going out of style. Ironically, now we’re back in Denver and the cops here seem hellbent on taking the title for police brutality. The fact is that when you’ve got money the police are real nice and they’ll help you any way they can. But when you’re poor the only time you see ‘em is when they’re coming to fuck up your life.

Pour les brutalités policières et les luttes des classes, rien n’est exagéré ; Bien sur, les détails sont inventés, mais les flics de Cincinnati étaient parmi les plus violents du pays à l’époque ou nous vivions la bas. Nous avions emménagés deux ans seulement après des émeutes raciales. Ironiquement, maintenant nous sommes à Denver, et les policiers semblent avoir pris le titre pour les brutalités policières. Le fait est que quand vous avez de l’argent, les policiers sont très gentils et vous aident autant qu’ils peuvent. Mais quand vous êtes pauvres le seul moment ou vous les voyez c’est quand ils viennent pour vous pourrir la vie.

Une grande interwiew on en redemanderait, je reste scotché par ce mec…

Merci à Ekaterina de Gallmeiter, le grand swanp qui sait poser des questions intelligentes, les plus cons sont de moi, encore swanp pour la traduction et bien sur l’auteur, gentil disponible, simple, j’en connais qui n’ont pas une once de son talent qui devrait…bref

oct 23

Une très belle rencontre, mon premier entretien éditeur, fier et heureux que ce soit avec lui. Ça s’est fait le plus naturellement du monde : je chronique La drôle de vie de Bibow Bradleyt d’Axl Cendres (LISEZ-LE), Tibo fait écho, on prend contact, on se retrouve sur Paris, on a chacun une pinte dans la main, on trinque, moteur :

1) La collection EXPRIM’ est une pépite du paysage littéraire français, qu’on soit ado, adulte ou herbivore, d’abord bravo, et merci pour ces textes. Comment on arrive chez Sarbacane et quel est ton parcours ?

Avant EXPRIM’ j’étais journaliste, pour un magazine littéraire qui s’appelait TOPO et qui a duré deux ans en kiosque. J’étais tout jeune et j’ai été embarqué par la rédac chef. Ce qui était intéressant, c’est que c’était un magazine qui traitait de tous les genres de livres, manga, essai, romans, et tout ça sur le même plan. On pouvait faire une page entière sur un bouquin de chez Verticales et une page entière sur un livre de cuisine à côté. Le tout avec le même appétit, parce que l’idée c’était : Dévorer des livres. Ne pas hiérarchiser en fonction des genres et des auteurs. J’avais 23 ans et Je voyais donc arriver toute la production littéraire et je me suis rendu compte que j’étais attiré par deux types de romans : soit des classiques, parce que c’est ma formation au départ, je suis un khâgneux, soit le roman américain contemporain – je ne lisais presque pas de français. Non pas parce que je trouvais ça nul, mais parce que j’avais le sentiment, comme on le dit souvent, que la littérature française était déconnectée de son époque, et j’avais du mal à trouver quelque chose qui m’agrippe, quelque chose de rock n’roll. J’avais été happé par Boumkeur de Rachid Djaidani parce que ça dépotait, le mec était issu des quartiers, traitait d’une réalité qui était peu exploitée en France et réinventait la langue.

Le magazine s’arrête en 2005. Chômage. Et là je prends contact avec Sarbacane, avec qui j’avais bossé et dont j’aimais les albums, persuadé qu’il y avait un truc à faire « vers les jeunes »… de façon large. Pas exclusivement pour les jeunes, mais voir si en France, on ne pouvait pas faire émerger des auteurs rock qui seraient susceptibles d’accrocher les jeunes, sans non plus s’éloigner d’un public plus âgé. Je rencontre Sarbacane. On discute, on échange sur les livres traditionnellement proposés aux jeunes et à l’époque, soit c’était la littérature française, soit les romans ados, un peu formatés, destinés uniquement aux ados, et divisés en deux « branches », les romans de genre pur (SF, fantasy) ou le roman miroir. Je l’ignorais, mais Sarbacane voulait en fait lancer une collection, et je me suis retrouvé d’accord avec eux sur une foule d’idées. J’avais comme envie d’essayer de trouver des auteurs aussi inspirés par d’autres médias, séries tv, ciné, musique, mais avec comme centre névralgique : la langue – le genre romanesque, en revanche, pouvant fluctuer, polar, roman d’émotion, fantastique… tout ! 

Et puis un jour, alors que je réfléchissais au projet, après avoir écouté un morceau de Sniper que j’aimais bien – El Dorado –, j’ai tenté le coup du haut de mes 26 ans et j’ai appelé leur label alors que la collection n’existait pas encore, en leur disant que je cherchais a monter une collection urbaine, métissée ; et je leur ai demandé si les mecs de Sniper avaient écrit un manuscrit. Réponse négative mais, coup de bol hallucinant, un des artistes de leur écurie, Insa Sané, cherchait justement à publier un manuscrit. Ça a donné Sarcelles-Dakar : où l’énergie de la ville ricoche avec les contes africains. La rencontre entre mon projet « idéal » et le résultat artistique d’Insa, on pourrait appeler cela de la coévolution : moi je réfléchissais à mon idée de romans urbains d’une manière abstraite, universitaire, et lui avait écrit ce livre pour accrocher ses amis et ses frères qui ne lisaient pas ou très peu. On s’est trouvés. Ce premier titre est devenu la bible d’EXPRIM’.

2) Comment choisis-tu tes textes ? Il y a une vraie identité EXPRIM’, une patte comme on peut en trouver aussi chez Doado du Rouergue ou Scripto de Gallimard ; est-ce que c’est une volonté commune de proposer autre chose que du vampire mièvre et de l’elfe anorexique ?

Ces deux collections sont deux bons curseurs pour moi. Ce sont des confères avec lesquels la collection a des points communs et je trouve qu’avec nos auteurs, on commence tous les trois à avoir une offre dense et variée, on propose quelque chose qui a du sens. Ça se construit.

Le premier critère de sélection des textes est bien sûr la qualité, mais je mise beaucoup, et même surtout, sur l’originalité, j’adore quand ça déborde, mon truc c’est la truculence – j’aime Céline, Boulgakov, Belle du Seigneur de Cohen… Il m’est arrivé de refuser de très bons textes que j’ai aiguillés vers d’autres maisons car je les trouvais trop classiques. Mon critère, c’est le jaillissement. Aujourd’hui l’éventail de la collection est assez ouvert : pendant deux ans j’ai cherché surtout des textes qui « tapaient sur la gueule », très urbains, avec des auteurs marqués hip hop, et puis on évolue… et ces auteurs aussi. À l’instar d’un Karim Madani, très talentueux, qui avec Le journal infirme de Clara Muller a réellement proposé quelque chose de très mûr et différent de ce qu’il avait l’habitude de faire. Mes auteurs ont une volonté commune, raconter des histoires d’une façon moderne et innovante. J’interviens ensuite. Quand je rends un manuscrit à l’auteur pendant les phases de travail, il est généralement rempli de rouge, je l’ai annoté comme un khâgneux, en multipliant les propositions – je ne fais jamais de contrat à la première version, mais je vais lire, lire et relire le texte, jusqu’à le connaitre mieux que l’auteur. Mon implication est un signe d’engagement et ensemble, on en reparle, on élabore des pistes, je « pique » l’auteur sur des détails, la structure, pour généralement n’éditer que la sept ou huitième version. Ceci est surtout vrai pour les premiers romans, après, on se connait, et puis les auteurs sont mieux rôdés.

J’espère que dans chaque titre on ressent ce jaillissement. Une énergie. L’évolution de la collection s’est faite avec moi, bien sûr, mais aussi avec les nombreux retours des libraires, des classes de lycéens, des lecteurs que j’ai été amené à rencontrer… Et bien sûr avec les auteurs qui ont, dans la collection, une vraie marge de liberté, et manifestent toujours leur désir de s’essayer à des genres différents, de prendre des risques.

3) Tu publies du roman d’émotion (Bras de fer, La ballade de Sean Hopper) engagé et poétique (Insa Sané), du polar (Microphobie, Traverser la nuit) de la SF (L’Enfant nucléaire, L’équipée volage), de la pépite décalée (La mort, j’adore, La drôle de vie de Bibow Bradley, Le dévastateur). Je trouve que tu le fais autrement, toi aussi ?

Ce qui est sûr, c’est que dès l’origine de la collection il y avait l’idée de flirter avec les genres. Le pur roman de genre, je n’aime pas beaucoup ça. J’aime bien les mecs qui débordent un petit peu. Par exemple, Dan Simmons, Stephen King sont des auteurs qui finalement ne restent pas dans un seul genre. Et c’est aussi la volonté des auteurs EXPRIM’, qui ont envie de proposer quelque chose « à coté », alternatif (souvenir d’ado d’un genre, en musique notamment, qui voulait dire beaucoup même s’il en rejoignait d’autres ensuite).

4) La littérature dite « young adult » a explosé grâce à de très gros succès mainstream, à qui destines-tu tes parutions ?

En 2006, quand Sarbacane m’a proposé de lancer la collection, le courant n’existait pas dans des proportions telles qu’aujourd’hui. Il n’y avait pas eu Twilight, Hunger Games – et Harry Potter, finalement, c’était un public plus jeune, et quand les adultes le lisaient, on parlait de « plaisir régressif ». Je fais une grosse distinction entre l’enfance et la jeunesse. Quand j’ai rencontré Sarbacane, je ne pensais pas faire des livres pour les ados, en revanche j’avais cette idée de fougue, un coté punk, jeune donc. Et quand j’ai lu mon premier projet, Sarcelles-Dakar, je me suis dit : on peut le lire à n’importe quel âge, mais sur un lecteur de 15, 16 ans ce texte aura sûrement une plus grosse résonnance encore. Évidemment, je lirai encore Bukowski à 50 ans, mais je ne prendrai pas la même claque que quand je l’ai lu ado. L’attrape-cœurs de Salinger est le livre référence de plein d’éditeurs de livre ado, car si tu le lis à l’adolescence tu ressentiras sûrement plus de choses que si tu le découvres à l’âge adulte. Ma démarche a consisté, d’après ce constat, à proposer des livres qui claquent, donc qui risquent d’avantage de toucher les jeunes.

5) Par exemple, moi, lecteur boulimique de 34 piges issue des 90’s, est-ce que je suis « la cible » ?

Ben… oui, car j’avais aussi l’envie de toucher un public d’adultes – et de mecs notamment, car je trouve qu’on a tendance à les laisser de coté dans le domaine littéraire en général. Il y a des garçons à qui je parle sur les salons qui sont des gros fans de The Wire, série très littéraire, ou qui ont lu absolument tout Stephen King… et puis c’est tout, ils n’ont pas réussi à se retrouver dans autre chose. À eux, je peux proposer un Bibow Bradley sans problème. Je n’ai jamais eu l’intention de faire des livres uniquement lisibles par des ados, juste d’insister sur la « jeunesse » de mes bouquins. Or ce créneau d’une littérature jeune, en librairie, il n’existait pas en 2006. C’est sûrement pour cela qu’on s’est pris des polémiques, au début. Je venais de publier Je reviens de mourir d’Antoine Dole, un texte dans la lignée de Despentes, hardcore, très cru et moderne. On a joué une couv très punk en se disant naïvement « Waouh, les jeunes vont adorer ! », et moi je ne connaissais pas le monde de la librairie jeunesse : bing, j’ai vu arriver des critiques très dures, où l’auteur s’est fait traiter de pervers sous prétexte que l’héroïne du livre se prostitue ! On était obligés de se justifier en rappelant : C’est de la fiction… Un jeune qui lit Camus ne va pas tuer un Arabe dans la rue dès le lendemain… Aujourd’hui le problème « éthique » ne se pose plus trop, mais à l’époque on était sur les tables à coté des Orphelins Baudelaire, donc forcément ça créait des incompréhensions ! On rêvait d’un rayon alternatif, pas dévalué par rapport à la littérature française, mais plutôt « décalé », différent, audacieux. Jeune. Je crois qu’il est en train d’émerger.

6) Alors du coup, penses-tu, comme c’est le cas dans de nombreux pays, que les romans jeunes adultes devraient être extraits des rayons jeunesse et rapprochés des adultes ?

C’est ce que je souhaite. Je pense qu’on aurait pu positionner pratiquement toute la collection en littérature générale, si on l’avait souhaité. Mais j’avais envie, d’une part de jeter un pavé dans la mare, de dire, « Eh : Et les jeunes alors ??!… » ; et d’autre part, en jeunesse nous avons un champ d’action très vif et passionnant, avec les salons jeunesse, les bibliothécaires jeunesse, les libraires jeunesse. Une vitalité du secteur qui ressemble à la nôtre. En plus, la durée du livre n’a rien à voir avec celle du secteur adulte, certains de nos titres sortis il y a six ans continuent à très bien se vendre, on défend notre fond, il tourne. En 2009, année un peu dure pour nous, on a tenté de lancer une collection en polar adulte qui s’appelait EXPRIM’ NOIR et qui a duré… cinq titres. Le catalogue était coupé en deux, ça ne me plaisait pas, et d’ailleurs les titres n’ont pas « pris » sur des tables déjà bien prises d’assaut. En jeunesse, on est soutenus et, la plupart du temps, compris. Forcément, si l’ensemble de l’offre jeunes adultes était distinguée du rayon enfance, oui, ce serait très bénéfique pour tous les lectorats.

7) Penses-tu donc comme moi, que la collection pourrait, devrait ou est lu par des adultes autant que des ados ?

Oui, elle pourrait et devrait… et elle l’est, d’ailleurs. Mais cette idée d’une littérature qu’on veut trans-générationnelle même si on la commercialise en jeunesse, est très dure à expliquer. Il m’est arrivé de faire des conférences où je plaidais pour la création de ce rayon alternatif, et pour un déplacement du rayon vers le polar, la BD, la SF, vers les mondes de l’imaginaire, avec mettons une table qui pourrait accueillir Neil Gaiman, Bret Easton Ellis, Guillaume Guéraud et Insa Sané… et parfois, à la fin de la conférence, quelqu’un venait me dire : « C’est très intéressant, donc vous faites des livres pour les ados ? ». Argh ! Dur, après avoir parlé pendant deux heures !!! Ça n’empêche pas le fait que les jeunes restent une priorité pour moi, même si mes livres peuvent toucher tous les lectorats. Si on ne s’occupe pas des jeunes, on a peu de chances d’avoir de futurs lecteurs. Un autre élément important à l’origine de la collection, c’est qu’aujourd’hui il y a beaucoup de points communs entre un mec de trente-cinq ans et un mec de quinze ans ; ils ont des références communes et à quinze ans aujourd’hui, avec Internet, les jeunes connaissent les années 90, je fais souvent le test avec Tarantino quand je vais en classe. Ils ont très souvent vu Pulp Fiction. Pour désigner les titres de ma collec, je parle donc de « romans Nouvelle Génération », ou de « romans ado-adulte », ce qui indique la petite attention particulière – mais non restrictive – portée aux jeunes. Des romans à l’énergie, mixtes, métissés, avec un ton décomplexé et des références musicales ou cinématographiques. Sans oublier les séries TV ; mes auteurs ont généralement entre 30 et 40 ans, et sont presque tous fans de OZ, The Wire, Les Sopranos. Quand je découvre un romancier de ce genre en littérature générale, je suis heureux mais je le vois comme un satellite. Avec EXPRIM’, nous voulons leur offrir un territoire.

8) Ma dernière baffe chez toi, c’est La drôle de vie de Bibow Bradley, un texte qui va loin, parfois cru, avec beaucoup de références que l’ado Twitter va, je pense, peut-être ne pas toujours connaître, ou va découvrir, te fixes-tu des limites ? Comment vois-tu le regard des parents, principaux acheteurs des livres pour leurs ados ?

Eh bien, je ne m’en fixe pas. Aucune forme de censure appliquée, je vais même te dire : dans Du plomb dans le crâne d’Insa Sané, il y a une scène qui est un pastiche de Réservoir Dogs, la scène de l’oreille. La scène au départ, est très sanguinolente et tu comprends assez vite que c’est comique, c’est de l’horreur comique. Du coup, avec Insa, on a poussé pour la rendre encore plus gore. Quand j’interviens, c’est dans ce sens : si une scène est crue, il faut qu’elle soit crue, pas à moitié. Sinon ça n’a pas de sens. Il y a quelque chose qui me gêne beaucoup chez pas mal d’éditeurs jeunesse, c’est quand le discours est le suivant : Je ne censure pas… sauf quand c’est de la violence gratuite. Qu’est-ce que c’est, la violence gratuite ? Un alibi, la plupart du temps ! Il y a aussi un décalage amusant entre ce que les lecteurs « censeurs » pensent être bon pour les autres et ce qui les a nourris, eux. Au début de la collection je me suis souvent fighté avec mes potes, je leur avais parlé d’un bouquin EXPRIM’ qui contenait une scène de viol super dure, qui secoue, et un de mes potes m’a dit : « Ouah, c’est rude, imagine si un ado de 13 ans tombe dessus… Moi quand j’étais ado j’ai été traumatisé par le livre Orange Mécanique ». Euh… OK, mais aujourd’hui il est libraire. Un autre, « traumatisé » par 1984 : aujourd’hui il est prof. En fin de compte, ces traumatismes ne les ont pas franchement éloignés des livres !!! On est marqués par des livres, c’est toute l’idée. Dans ma bibliothèque idéale, je te citerai dix bouquins que j’ai lus entre quinze et vingt ans. Ce sont les livres qui m’ont le plus marqué. C’est pour cela que c’est un créneau qui m’intéresse. Donc je ne m’inquiète pas du regard des parents. Je pense qu’à partir de 13, 14 ans on peut presque tout lire – seule l’aridité, la complexité de certains textes peut être un critère à prendre en compte. Même s’il n’est pas tout à fait prouvé qu’un adulte vienne forcément mieux à bout de Ulysse de Joyce qu’un ado motivé… Par rapport au degré de violence ou de crudité en revanche, c’est très clair pour moi : pas de censure. Chaque lecteur sait ce qu’il cherche dans un livre. Il m’arrive par exemple en salon de voir des jeunes filles – 13, 14 ans – lire la 4 de couv de Je reviens de mourir, qui s’ouvr sur un extrait « frappant » : « Alors ça fait pas du bien de te faire baiser ? ». Eh bien, certaines le reposent, parce qu’elle n’ont pas envie pour le moment de lire ce genre de bouquin ; en revanche d’autres le souhaitent – et donc elles en sont « capables ». Dans ce cas, je le leur conseille sans aucun état d’âme car, dans ce genre, je sais que ce roman est excellent, et c’est tout ce qui compte. Ça ne les traumatisera pas. Dans le meilleur des cas, ça les marquera.

9) Ta collection désacralise le « lire c’est pour les binoclards et c’est trop la téhon » qui a toujours un peu existé ; personnellement je trouve que tu fais souffler un vent de liberté et d’esprit rock n’roll sur les tables des librairies, alors est-ce qu’on raconte juste des histoires ou est-ce qu’on fait quand même passé un message ?

À la vérité – et j’en ai un peu honte –, je ne suis pas du tout intéressé par l’actu politique. Je suis un rêveur qui gravite autour des livres. Mais j’ai quand même un petit truc un peu citoyen en tête, j’aime bien l’idée que mes bouquins peuvent plaire à des mômes de quartiers populaires, par exemple. Des mômes qui n’ont jamais ouvert un bouquin, je dis ça parce que je l’ai vu, des jeunes venir piquer Hip-Hop Connexion de Karim Madani en salon et qui sont revenus l’année d’après parce que ça leur avait plu. L’ambition civique, elle est là. J’aime bien l’idée d’avoir des lecteurs qui viennent de partout et d’avoir aussi dans mes auteurs des gens de tous les couleurs, de tous les horizons. L’ambition civique est aussi dans la communication que j’ai avec les lecteurs qui sont censés de ne pas en être, d’après divers clichés. Dans la tète des gens, la littérature qu’on propose aux jeunes doit obligatoirement être plus facile à lire. Pas pour moi, je veux juste que mes livres soient plus punk, plus détonants que la moyenne des livres publiés en littérature générale. Bibow d’Axl Cendres est par exemple assez facile d’accès, mais ce n’est pas pour cela que je l’ai fait : je l’ai publié car c’est un bouquin punk, électrique, agité. Moi, si je m’écoute, American Psycho je le publie chez EXPRIM’, Le Dahlia noir aussi : je n’ai pas de limites, car encore une fois ce sont des livres que j’ai lus à quinze ans, et qui m’ont façonné à ce moment-là ! Et je me vois publier ce genre de textes dans un rayon jeunesse tel que je le conçois, un rayon ou un jeune de quinze ans et un mec de trente ans pourraient aller chercher les mêmes bouquins. Il y a un truc à réinventer en librairie qui permettrait de sortir de cette dichotomie adulte / jeunesse et qui au passage redonnerait un coup de jeune au monde du livre. Cela ne m’empêche pas de lire parfois un roman un peu plus cérébral, plus « littérature générale » justement – en fait, c’est surtout le rythme de la lecture qui diffère. Je ne crois pas à la valeur pédagogique de la lecture, je ne suis pas là pour enseigner quoi que ce soit aux ados, surtout pas la morale. En revanche si j’ai une approche pédagogique, elle concerne la sensibilisation à la langue. Je me déplace dans les classes, à partir de la troisième, on fait généralement une rencontre en deux temps ; une heure avec l’auteur et ensuite, on fait une analyse littéraire « en live » sur un bouquin  EXPRIM’. Au début ils font la gueule et puis je les provoque juste assez pour qu’ils décryptent eux-mêmes le bouquin. Ça marche à chaque fois. Certains mômes en lycée pro ou technique m’ont proposé des amorces d’analyses qui n’auraient pas été ridicules en hypokhâgne ! J’ai déjà fait l’expérience avec Axl Cendres notamment et la classe a été capable de remarquer des détails très pointus dans l’analyse, et rien n’était faux. Ce sont les moments que je préfère.

10) Parle-moi de fin 2012, de début 2013 et fais-moi saliver comme Messi devant la défense du P.S.G ?

Franchement ? Ça paraît bête à dire, mais je crois bien que c’est ma plus belle rentrée dans l’histoire de ma collection ! J’ai Microphobie qui dans le genre « entertainment » est très fort, vivant et énergique, Bibow qui est LE grand roman d’aventure d’Axl, une vraie étape de dinguerie et d’humour, puis Bras de fer, si puissant, structuré, bouleversant…

Je vais aussi publier Tu seras partout chez toi, le cinquième roman d’Insa Sané, l’un de mes auteurs « phare ». Il sort en novembre, et nous voulons en faire un véritable événement. Depuis Sarcelles-Dakar, il a fait trois autres bouquins, qui forment une Comédie Urbaine ou ils se répondent tous. Un même univers. Pour celui-ci, il avait envie de proposer un grand conte onirique qui ferait pleurer un enfant de douze ans aussi bien qu’une vieille dame de 75. Il m’a dit : « Je veux faire mon Petit Prince, et en même temps ça parlera de notre monde ». Ça raconte l’histoire d’un enfant vivant dans un pays en guerre, envoyé dans un pays d’Occident par ses parents qui sont obligés de l’abandonner – lui ne voit pas la guerre et veut rentrer chez lui. En petit garçon très rusé, Il va tout faire pour retourner chez lui, comme faire des bêtises pour se faire virer de l’école, etc. Il va finalement entreprendre un voyage, un retour, mais pas du tout celui qu’il croyait, ce sera un retour onirique entre les Goonies et Peter Pan, plein de rêve, d’émerveillement, d’émotion. Je trouve que c’est un très grand texte car Insa a réussi le dosage extrêmement difficile entre l’ambition littéraire la plus pointue et la portée universelle d’un livre qui peut parler à tout le monde – absolument tout le monde.

Deuxième titre pour la fin d’année, La peau d’un autre de Philippe Arnaud, un premier roman. L’auteur est prof – mais bon, un prof qui fait étudier Stephen King à ses élèves, quand même, hein. Il part de la situation de H.B le preneur d’otage de Neuilly, mais le reste est totalement différent ; c’est un albinos né au Cameroun – il y a été considéré comme maudit, ce qui l’a amené à venir vivre en France… et, 20 ans plus tard, il est devenu ce preneur d’otages. Que cache-t-il derrière le masque ? C’est ce que cherche à comprendre ce livre. Un très audacieux mélange de thriller haletant, poétique aussi, et de roman sur la différence avec de belles choses a creuser.

Je réédite aussi en novembre Le monde de Charlie de Chbosky qui était sorti en 2008 sous le titre Pas raccord. C’est un livre culte aux États-Unis, souvent comparé à L’Attrape-cœurs, qui bénéficie d’une adaptation au cinéma en décembre (avec Emma Watson, tout de même, et par les producteurs de Juno !).

Et enfin en janvier 2013, il y aura L’Équipée Volage de Roland Auda. Un texte de fantasy uchronique très accessible et en même temps, libre, audacieux, fantaisiste… déjanté ! J’adore ! Des piratesses qui cherchent une île au milieu des monstres des mers, des corsaires, des mamies-zombies – sans oublier quelques guest-stars : Sherlock Holmes, Rouletabille, Nadar, Corto Maltese…

Merci à toi et avant de se séparer, tu vas écouter quoi comme musique et tu vas écouter quoi comme musique entre deux réunions ?

En ce moment je lis Snuff de Palahniuk, mon auteur fetiche, il s’empare de notre réalité et la tord dans ses romans, c’est à la fois crasseux et sacré… somptueux. Il invente tout le temps des choses dans le style et le langage. Je lis aussi Birdy de William Wharton chez Gallmeister. En zic : Refused, après les voir vus il y a trois jours en concert. Et Mike Patton, toujours, pour sa folie et son génie.

Merci, vraiment, pour l’accueil et la gentillesse, on l’a notre « Mike Patton » de l’édition, un curieux qui tente, expérimente, est rempli d’audace, partage et propose de vrais beaux textes pour la jeunesse – mais, vous l’aurez compris, pas seulement. Que c’est bon de faire sauter les clichés et les clivages à coup de mots…

Swamp

oct 15

Des fauves et des hommes

J’avais décelé dans les trois premiers livres de l’auteur tout les éléments qui allait faire qu’un jour je parlerais de lui comme l’un des meilleurs écrivains de polar de chez nous.  Son nouvel opus marque l’apothéose de son style et de son talent de raconteur d’histoires.

Je dois l’avouer, si j’avais aimé l’ambiance de « l’évangile selon Satan » et son style déjà maitrisé, l’histoire m’avait moins emballé: J’adore le pur Entertainment et je défends l’école du thriller même si ce n’est pas ce qui me fait le plus chavirer, je l’ai lut a une époque ou on pondait du thriller a tire-larigot et ou la surenchère fictionnelle prenait la pas sur le style et le récit. Ca a changé au fait ?

Je n’ai pas lu son second et est redécouvert l’auteur avec Retour a Rédemption, qui lui, m’avait énormément plu, surtout les passages dédiés aux flashbacks, véritable morceaux a la croisée de King et de Lehane. Je m’étais dit, Graham sait vraiment comment camper des vrais personnages au sein d’une très bonne intrigue et a ce talent pour créer l’alchimie qui cause la nuit blanche. De plus, il animait des clichés et des images que j’adore en littérature ou au Cinéma : Le DEEEEEEEP South.

J’ai d’abord attendu son dernier roman en Mai pour finalement le voir arriver sur les tables ce Septembre. L’attente a été récompensée et voila le pitch qui m’a fait languir :

« Alabama, 1931. La Grande Dépression et les tempêtes de poussière se sont abattues sur le sud des Etats-Unis, poussant les investisseurs à la ruine et jetant des milliers defamilles sur les routes. Tandis que l’économie s’effondre et que des campements de réfugiés fleurissent au bord des routes, un directeur de banque est abattu par Sidney Clifford, un métayer noir. Celui-ci a tout perdu et il emporte avec lui les documents compromettants que sa victime devait remettre à la mafia. 
Embarqués malgré eux dans un road-movie sanglant à travers les Etats-Unis ravagés par la criseCarson, adolescente rescapée du massacre de sa famille, et Sidney Clifford vont lutter pour leur vie et livrer sans le savoir une lutte sans merci contre les banques et les hommes corrompus de Washington. A mesure que la rumeur de leurs exploits se répand et que leur légende grandit dans les journaux, ils vont croiser des destins merveilleux et misérables, des vies qui se font et se défont, des fauves et des hommes. »

Sur un décor qui est l’un de mes plus chers, Patrick, écrit le meilleur roman français sur l’Amérique profonde que j’ai lu, celle de l’entre deux guerre, il appréhende les mythes, la période, et noue son grand roman du sud avec un polar sombre ou la vengeance est au cœur du récit.

Des fauves et des hommes parle de la grande Dépression, une crise en chasse une autre, on écrit et on écrira sur la notre. Le recul donnera des chefs d’œuvre qui glaceront le sang de ceux qui resteront debout.  Le sujet, sombre, est un crossroad de plusieurs destins, Graham va mettre en scène hobos, agent pourri du futur FBI, mafieux, petite reine du Sud jeté dans la fosse aux fauves.

Mais attention, Graham se joue du manichéisme et les fauves et les hommes ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Le fauve, au sens littéral ne tue jamais par intérêt ou vengeance, il tue par nécessité, l’homme, lui, prémédite et déchaine revanche et vendetta. Le fauve, aussi, sauvage et insoumis va essayer de résister aux hommes. La part d’ombre est partout et ressort en ces temps troublés.

On lit le livre les yeux plissés, car comme souvent avec lui, on voit littéralement les mots, on ressent les phrases. Grande qualité de conteur, savamment orchestré dans des chapitres courts et racés qui ne nuisent jamais à la qualité de la lecture.

Des fauves et des hommes est un vibrant hommage sensitif au vieux Sud, à l’Amérique, aux années 30, aux hommes bien sur et aux fauves qu’ils peuvent devenir ; Hommage a Steinbeck, Faulkner. Graham se paye le luxe de prendre les ingrédients classiques du thriller et de ne jamais sonner faux.

Car « des fauves et des hommes » se lit au delà du roman policier. Il relancera le bon vieux débat boiteux des genres et des cases dans lesquels on doit rentrer. Je trouve à Graham des qualités similaires que possède Aurélien Molas qui, dans « les fantômes du Delta », avait fait éclater les étiquettes à coup de Magnum 44 ; Tantôt thriller, aventure, suspense, litté blanche. Les deux écrivains sont animés par une seule et même envie de raconter de bonnes histoires, de tenir en haleine les heureux lecteurs et rendent honneur au verbe et a l’image. La lecture est souple, agréable, on se sent très proche des personnages, on partage les émotions et dans le cas de Graham, on se surprend à regarder les semelles de ses chaussures pour voir si elles ne sont pas trouées a force de marcher le long des rails.

Graham signe ici son plus vibrant roman, j’ai hâte de voir de quoi retournera le prochain.

A lire en écoutant un bon blues, un vieux Robert Johnson ou un skip James avec le grain des 78 tours qui craquent.

On en lit des livres, mais il y a un truc dont je me lasserais jamais a la fin, c’est de dire merci et bravo.

Swamp.

oct 1

En fait, je crois que j’étais endormis, et joel Houssin a réveiller le punk qui est en moi.

Plus sérieusement, la deuxième parution des editions Ring est une rafale de 240 pages qui déchire tout sur son passage.

L’auteur culte de Doberman et de loco…réecrit son premier livre et donne une raisonnace nouvelle a une pépite du cyber punk.

Un monde divisé en deux, les sains, les autres, au milieu :D es maladies, des mutants membres de gangs, des revolutionnaires qui s’affrontent. le tout sous la plume d’un chef d’orchestre qui allume la mèche d’une vieille clope qui brule les doigts.

J’adore joel Houssin pour diverses raisons, il a faconné mon imaginaire avec Fleuve noir dans les 90′s et m’a donner de très bons moments de violence littéraire qui collaient parfaitement avec la bande son de mon adolescence. ( Et qui reste la meme aujourd’hui ) et aussi parceque c’est un raconteur d’histoire a l’imagination sans limite.

Ce qui est vraiment bon en plus du style limpide et orgiaque, c’est l’immersion dans ce monde , le presque voyeursime a découvrir une surenchère de violence dans ce paysage vraiment pourri. c’est un défouloir utile, une lecture speedé dans un cocktail detonnant de substance narrative et de visuels imparables. une lecture qui fait bouger la tete et resserer les mains sur le livre.

 En portrait chinois ce bouquin serait un sacrès client:

Si j’étais une musique: un trash abrasif qui déferle a fond sur un mur de Marshall

Si j’étais une fleur: Rien, des pétales rouges sang balayés par un tsunami.

 

Si j’étais une couleur: le chrome, reflet d’un monde post-apo aux plus grandes heures des series b et Z.

si j’étais une maladie: la notre.

Si j’étais un peché:  Sept d’un coup.

Par contre il n’est pas forcément obligé de trop s’attacher aux personnages, la survie est une notion relative dans Loco.

Un retour qui me plait, j’ai hate de le relire, hate de voir ce que Ring va offir dans sa collection « Nouveaux Mondes ».

Pour ceux qui veulent poursuivre l’experience et ressentir les sensations similaires dans d’autres lectures je conseillerais « évadés de l’enferé de Hal Duncan , « Metrophage » de Kadrey et « route 666″ de Zelazny. y a aussi « Martine bute des zombis a coup de chatons mutants dans la tronche » mais il est en rupture.

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