juin 8

 

Avant toute chose, ne vous fiez pas à la couverture: non, ce livre ne se limite pas à des batailles interstellaires à coups de lasers et autres vaisseaux spatiaux.  Non, Loïc Henry nous entraine dans les arcannes des relations stratégiques, diplomatiques, politiques entre de nombreuses planètes sur lesquelles, grâce à des nœuds spass permettant de parcourir en quelques minutes des milliers d’années lumières, l’homme s’est installé. A partir de la planète originelle, la Terre, une immense diaspora s’est mise en place et a conduit, il y a des siècles de cela, à l’émergence de nouvelles civilisations plus ou moins proches de celles de la Terre.

 

Nous découvrons ces planètes, leurs gouvernements et leurs particularités quelques jours avant l’expiration d’un ultimatum lancé par l’une d’elle – menace prise très au sérieux puisque pour montrer sa détermination, Melen a détruit une planète « mineure ». Les Neuf Royaumes, la confédération attaquée, va alors, par hasard, découvrir une parade et petit à petit tenter de contrer Melen et ses ambitions. Parallèlement, les planètes de la périphérie, longtemps ignorées, méconnues, parfois méprisées, décident de se lancer dans une campagne de conquête et attaque, pour le symbole, la planète Kreis, siège de la Sainte Religion, instance religieuse contestée mais présente et influente sur toutes les planètes de l’univers connu.

 

D’une richesse incroyable, l’univers de Loïc Henry ne peut qu’inspirer l’admiration. Chaque planète dispose de son environnement original, de ses us et coutumes, de son histoire, de ses lois, de ses particularités ethniques, scientifiques, … L’auteur s’est attaché à donner à chacune une identité propre, ce qui facilite la lecture : les planètes sont si nombreuses qu’il est indispensable au lecteur d’avoir quelques repères pour s’y retrouver, d’autant plus que chaque chapitre l’entraine alternativement sur chacune d’entre elles. Tout cela a l’air bien compliqué, mais le talent de l’auteur permet de rendre tout cela fluide malgré la densité du texte.

 

Les personnages, eux-mêmes très différents, bénéficient également de cet attachement de l’auteur à la crédibilité ; leurs personnalités sont dépeintes avec soin, et nous découvrons pour chacun d’entre eux la facette « chef d’Etat » et la facette humaine : amour, confiance, ambition, méfiance, attachement, alliances, mésalliances, … Une saga riche, passionnante, qui illustre le talent d’alliances, mésalliances, … Une saga riche, passionnante, qui illustre le talent d’un auteur que je ne connaissais pas mais dont je vais, sans nul doute, chercher à connaitre les autres textes.

 

juin 5

Quel plaisir de revenir grâce à Cate Tiernan à la Nouvelle Orléans, dans une ville atypique, empreinte et fière de sa culture française mais pourtant tellement américaine.

Nous y retrouvons Thaïs et Clio, les jumelles nouvellement rassemblées par des circonstances à la fois tragiques et magiques. Car leur gémellité est source de crainte parmi les sorciers : les antécédents de naissances doubles n’ont jamais été des présages positifs. Pour autant, les deux adolescentes ne voient quant à elles que le bonheur de reconstruire une famille, au-delà des mensonges dont elles ont été abreuvées depuis leur enfance.

Adolescentes ordinaires, elles sortent avec leurs amis, vont au lycée, suivent un parcours scolaires normal, et ont des coups de cœurs – et puisqu’elles avaient toutes les deux craqué pour ce menteur de Luc (qui les avait séduites toutes les deux), elles font en sorte de faire de nouvelles rencontres. Mais le soir, en rentrant, elles se plongent toutes les deux dans leur vie de sorcière : si Clio a été élevée par leur grand-mère (c’est en fait plus compliqué que ça !), elle-même sorcière, Thaïs en découvre toutes les pratiques, conséquences et règles petit à petit. Pourtant, rapidement, les jumelles se rendent compte que quelque chose ne colle pas : lorsqu’elles tentent toutes les deux de conjuguer leurs pouvoirs, des catastrophes se produisent, les mettant en danger. Qu’en est-il donc ? La légende de « la jumelle maléfique » est-elle réelle ?

Et la cérémonie à laquelle elles doivent participer se rapprochant, elles se rendent compte, tout comme les autres sorciers, que les intentions divergent, et que malgré leur passé commun, chacun envisage différemment le futur.

Comme je l’avais souligné dans la chronique du premier tome, Cate Tiernan fait trainer en longueur son intrigue, et cette fois encore il semble que ce soit le cas. Si le rythme est régulier, il reste très lent et les événements qui pourtant s’enchainent ne parviennent pas à dynamiser l’ensemble. Pour autant, on ne s’ennuie absolument pas et on se coule dans ce roman avec plaisir : peut-être que ce rythme est appelé à renvoyer à celui de la Nouvelle Orléans, engourdie par la chaleur mais riche de son originalité et de son atmosphère si particulière .

http://www.unwalkers.com/balefire-i-le-calice-du-vent-de-cate-tiernan-msk-un-debut-un-peu-mou/

mai 28

Bienvenue dans l’univers cauchemardesque de Karine Giebel, déjà entraperçu dans ses précédents thrillers, et qui atteint des sommets dans ce Purgatoire des innocents. Parce que le Mal a également sa hiérarchie, parce que parfois ne pas être responsable ne signifie pas ne pas être coupable.

Raphaël est un braqueur, récidiviste et particulièrement doué. Il s’est fait un nom, et ce braquage Place Vendôme, c’est son coup du siècle, celui qui le mettra à l’abri pour quelques temps – il est suffisamment lucide par rapport à lui-même pour savoir qu’il ne pourra jamais se sevrer de cette dépendance aux braquages – et de mettre également son frère à l’abri. Will, ce petit frère à la gueule d’ange qui voit en lui un héros, un modèle. Mais certains paramètres restent imprévisibles et les deux frères et leurs complices doivent se réfugier en pleine campagne, chez une vétérinaire prise en otage pour soigner Will, qui  a pris deux balles dans la peau en fuyant avec un butin inestimable de pierres précieuses et de joaillerie. Sauf que bientôt, les voilà pris à leur propre jeu.

Sandra, la vétérinaire, semble être à la fois terrorisée et curieusement maîtresse d’elle-même, calculatrice et morte de frayeur, sensible au charme de Raphaël et au sort des braqueurs tout en les menaçant du retour de son mari. Ce n’est que lorsque son mari revient au domicile conjugal que les deux frères et leurs complices se rendent compte à quel monstre ils ont affaire, et la mesure dans laquelle ils se sont eux-mêmes jetés dans la gueule du loup, un loup pervers qui aime les jeunes filles et les écrits du Marquis de Sade. Lorsque la souffrance devient religion…

Un huis clos effrayant, une intrigue qui prend à la gorge, un suspense comme Karine Giebel sait si bien les construire et les mener. Les scènes de torture s’enchainent, et tout comme Raphaël et Will et Jessica et Aurélie – les adolescentes enlevées -, le lecteur se demande à chaque page quelle sera la victime, quels seront les sévices, … Un thriller abouti, qui finit mal – et on ne s’attendait pas à moins de Karine Giebel.

mai 23

Bienvenue à Wastburg, province coincée entre deux royaumes rivaux et qui, encadrée par un fleuve charriant la merde déversée par des hommes sans avenir et sans espoir, se complaît dans sa crasse avec résignation.

Cédric Ferrand joue les guides omniscient pour faire découvrir à ses lectures les instantanées d’une cité hantée par un passé à peine plus glorieux et un avenir bien sombre : les hommes y ont planté et cultivé, quasiment en autarcie, les germes des pires vices, des pires peurs, des êtres les plus vils. Chaque touche de lumière se révèle être un leurre : ne cherchez pas d’espoir, il n’y en a pas. Et ce ne sont pas les narrations des destins croisés des multiples personnages sortis tout droit des bas-fonds de la ville qui détromperont le lecteur.

Une fresque crue, et un tableau sombre et sans complaisance de cette ville maudite sont servis pas une écriture juste et qui renvoie à une fantasy qualifiée à juste titre en quatrième de couverture de crépusculaire. On regrette peut-être que Cédric Ferrand n’ait pas bâti une intrigue plus large plutôt que ces morceaux de vies tranchés net, à vif. Mais qui sait, d’un environnement si prometteur pourrait éclore une saga… Je dis ça, je ne dis rien !

mai 23

Harriet Castor nous emmène à la découverte du très atypique destin d’Henry VIII, roi d’Angleterre de 1509 à 1547. Forte personnalité, il a surtout marqué l’Histoire d’Angleterre, et l’Histoire en elle-même, pour deux raisons : son amour des femmes – qui l’a conduit à en épouser six – dont résulte sa décision de créer l’Eglise Anglicane, dont le roi (ou la reine) est le chef, pour valider ses différents divorces et rester maitre absolu sur son territoire. Un roi au caractère difficile, voire acariâtre, que Harriet Castor nous dépeint également comme un homme asservi par ses ambitions inassouvies et sa certitude d’être le roi « élu » appelé à faire de l’Angleterre le royaume le plus influent, respecté et prospère de son époque. Un roi également torturé par des visions, des phobies, qui le conduiront peu à peu à une méfiance extrême et une fin de vie dans l’angoisse et le remord.

Henri VIII par Hans Holbein le Jeune.

Harriet Castor nous donne ainsi à voir les événements qui ont façonné ce grand roi et fait de lui cet homme instable, puissant, avide d’amour et de reconnaissance jusqu’à outrance. Petit garçon, il est effrayé jusqu’aux tréfonds de lui-même par un père qui le méprise autant que sa mère l’adule. Cadet, il comprend à force de coups et de vexations que son rôle est mineur et qu’il constitue une menace pour son ainé, qui pourrait se sentir menacé et l’éliminer. Cependant, tout comme sa mère en est persuadée, il se sent investi d’une mission, et a l’intime conviction qu’il régnera. Et Dieu semble l’entendre puisqu’il accède au pouvoir lorsque son frère meurt, le propulsant sur le devant de la scène. Mais rapidement, il déchante : là où ses livres – il est un fervent lecteur – lui avaient décrit l’exercice du pouvoir comme un art noble, il découvre que la duperie, les mensonges, les atermoiements, les compromis sont légions et l’empêchent d’être ce chevaleresque souverain dont il avait toujours rêvé. De désillusions en déceptions, il se mure dans ses peurs et se heurte à ses phobies : depuis enfant, il est poursuivi par la vision d’un jeune garçon fantomatique, famélique et effrayant qui le prend au dépourvu et lui inspire les pires frayeurs. Une faiblesse qu’il aura de plus en plus de mal à cacher et qui finalement le mènera à la folie et à la mort.

Harriet Castor est de ces plumes qui donnent à l’Histoire ses plus belles lettres : certes, nous nous éloignons quelque peu, avec ces visions, des faits historiques en eux-mêmes, mais c’est un moindre mal pour faire découvrir au plus grand nombre un personnage extraordinaire et essentiel de l’Histoire, à l’origine de très nombreuses et colorées légendes, et père effectivement de ce souverain qui marquera l’apogée de la puissance et de l’influence anglaise : Elizabeth 1ère. La légende n’est parfois pas très loin.

mai 11

Stéphane Haumant, journaliste d’investigation, imagine dans Le Jugement dernier  une vague d’attentats très meurtriers dans un futur proche. Inaugurée à Sao Paulo, cette vague d’explosions cause des milliers de morts touche également les Etats-Unis, préoccupant le gouvernement et ses agences de renseignements, prises de court et sans piste valable. L’urgence est d’autant plus importante que ces bombes, en plus de tuer directement des centaines de victimes, répandent des radiations qui elles-mêmes tuent, sur le moyen et long terme : l’île de Manhattan est ainsi contaminée pour des siècles et évacuée définitivement.

Les principales organisations terroristes récusent les accusations les rendant responsables ; les relations entre les pays se tendent, tous cherchant à savoir quelle autre nation a la puissance de feu pour financer et armer le bras qui les touche.

Les bases de l’intrigue sont posées, et ce sont un journaliste et un membre du FBI qui se chargent, chacun à leur façon et chacun de leur côté du monde de remonter la piste de ces mystérieux agresseurs.

A priori donc, tout est bien parti, en tout cas pour tous les amateurs du genre. Cependant, l’auteur se perd trop souvent dans les clichés qui, s’il parvient à les rendre crédibles et cohérents, n’en restent pas moins des éléments croisés des centaines de fois : les cathares, les travaux nucléaires clandestins, les conflits hérités de la Guerre Froide, les rivalités entre les agences gouvernementales étatsuniennes, les enquêtes plus ou moins légales des journalistes, … Et il parvient à mêler tout cela avec une aisance que l’on ne peut que saluer. Pourtant, la petite touche d’originalité que l’on peut espérer n’apparait pas, et on ne peut que le regretter.

mai 7

Frontière barbare

Un inédit de Brussolo…. Une évidence lorsque l’on m’a demandé de vous suggérer un ouvrage à mettre dans vos bagages pour ce long weekend… en supposant bien sûr que vous en bénéficiiez !

Vous me direz que je ne prends pas de grand risque : un Brussolo est toujours une valeur sûre. Pour autant, Frontière barbare démontre à nouveau le talent de son auteur, sa capacité à créer un univers fascinant peuplé des créatures les plus improbables qui soient.

David Sarella est exovétérinaire ; son domaine d’activité est donc celui des exomorphes, ces créatures extraterrestres très particulières ; sa mission de les « désarmer », c’est-à-dire de faire disparaitre toutes leurs tendances belliqueuses et d’assurer ainsi la sécurité des peuples qui les côtoient. Si elles sont dangereuses, ses missions ne sont pas reconnues à leur juste valeur : les exomorphes sont généralement considérés comme quantité négligeable et leur mort peu importante. Il exerce ce métier avec Ula, son épouse, dont il est éperdument amoureux – ou dépendant ? – et dont il a découvert l’ascendance extraterrestre. Il en résulte une personnalité volcanique, dangereuse par moment, et complètement ingérable. Pour protéger leurs enfants, David ne voit qu’une seule solution : accepter avec Ula de se rendre sur une planète à l’autre bout de l’univers pour une mission encore plus périlleuse que les précédentes. C’est le début d’une spirale infernale qui entrainera David dans un périple ahurissant, à la découverte d’une civilisation perdue, d’un peuple étrange, d’une machine incroyable, … mais aussi et peut-être surtout dans une introspection particulièrement convaincante. L’âme et la pensée humaines alimentent à nouveau et mieux que jamais les textes de Serge Brussolo, dont l’univers SF sert avec talent à mettre en lumière les contradictions et turpitudes des hommes.

Un livre à offrir, à lire, et à ranger à côté des classiques de la SF, parmi lesquels les ouvrages de Serge Brussolo sont déjà nombreux.

mai 2

Ayerdhal, auteur de SF reconnu, nous livre avec La troisième lame la suite de Pollinisation. Il emmène donc à nouveau ses lecteurs dans l’univers de l’Homéocratie, plus précisément sur la planète Melig . Un fonctionnaire y a en effet été assassiné ;  il doit mener l’enquête, et s’assurer par la même occasion que cet incident ne masque pas de velléité de révolte.

Anthelm Laxest envoyé sur place  : il a de nombreuses fois par le passé réussi à faire la lumière sur ce genre d’affaires et bénéficie de quelques capacités très originales qui lui permettent de percer à jour les individus en un temps record.

Pourtant, et si ce meurtre a bien eu lieu, Anthelm se rend rapidement compte que les habitants de Melig ne semblent non seulement pas avoir envie de se rebeller, mais n’y pensent même pas : leurs pensées les plus intimes indiquent en effet une acceptation de cette colonisation, voire une certaine apathie. Cette dernière interpelle particulièrement l’enquêteur et le mènera à aller au-delà des apparences ; pour une fois, il sera pris à son propre piège et obligé d’avouer son impuissance… Cette mission sur Melig serait-elle son premier échec ?

Avec brio, Ayerdhal nous entraine à travers l’espace et nous fait découvrir Melig et sa civilisation : culture, traditions, histoire, … rien n’est oublié. Particulièrement convaincantes, les descriptions permettent au lecteur d’évoluer dans cet univers très atypique et d’insérer les personnages dans leur environnement, qui recèlent d’éléments pour mieux les comprendre. Aucun doute, l’auteur parvient encore et toujours à nous inclure dans un univers de science fiction crédible, convaincant même : après tout, pourquoi pas !

L’air de rien, Ayerdhal se penche également beaucoup dans ce texte sur les effets de la colonisation – ses buts, officiels et inavoués, ses conséquences sur les populations, sur les colonisateurs, … – et la transposition sans prise en compte du réel de conceptions idéalisées de la politique, de la société : est-il possible et raisonnable d’imposer un système tel quel à d’autres nations, peuples (et planètes) ?

avr 30

 

 

Un musée. La cohue. Un vieil homme qui s’effondre et intime à sa petite-fille de fuir en raison d’une menace diffuse, clandestine. Dès la première page, Anne Beddingfeld parvient à happer ses lecteurs dans l’univers de Jo, adolescente élevée par son grand-père et qui, passionnée de civilisation antique, va être confrontée à l’existence d’une communauté qui, depuis des siècles, façonne et forme des Assassins. Si Jo est fermement opposée à cette éducation – une école secrète, des jeunes gens recrutés à leur 16ème anniversaire, des cours de mise à mort et de défense, … -, elle découvre, en intégrant bien malgré elle cet établissement, qu’elle pourra y trouver de nombreuses réponses concernant son histoire personnelle.

 

Car si c’est son grand-père qui l’élève depuis des années, c’est parce que ses parents sont portés disparus et considérés comme morts. Les circonstances de leur disparition sont floues, et elle découvre qu’ils étaient membres de cette confrérie d’Assassins : et si tout n’était pas si simple qu’il n’y parait.

 

Adolescente ordinaire – amatrice de sucreries, meilleure amie « à la vie – à la mort », complexes, fan revendiquée et assumée de Britney Spears, … -, Jo (Joséphine) va se rendre compte qu’elle a en elle les ressources pour prendre ses propres décisions, ses propres responsabilités, et partir à la recherche des réponses aux multiples questions qui se posent petit à petit à elle : comment se fait-il que, sans entrainement, elle maitrise certains arts martiaux et parvienne à semer ses poursuivants ? Qui a attaqué son grand-père et pourquoi ? Quels sont les véritables objectifs de cette école qui forme des Assassins qui depuis des siècles influencent l’Histoire ?

 

Avec ses nouveaux amis, Jo choisit de voler de ses propres ailes, et enchaine les aventures.

 

L’écriture d’Anne Beddingfeld et sa capacité à susciter la réflexion du lecteur font de ce thriller un très bon cru. Elle parsème avec intelligence son récit de références historiques et d’appel à une lecture active, qui implique le lecteur. Aucun moment de flottement, les différentes scènes s’enchainent et on parcourt le monde avec la jeune fille et ses amis au fil de leurs découvertes et des avancées de l’intrigue. La fluidité des enchainements est remarquable, donnant au texte un rythme soutenu et alimenté par des personnages aux caractères bien trempés, fort sympathiques et qui laissent présager d’haletantes futures aventures !

 

Une série bien prometteuse donc, que nous suivrons avec attention.

avr 27

Michael Ennis dresse dans 1502 une superbe fresque de l’Italie, mais également de l’Europe, du début de 16ème siècle. Mettant en scène Niccolò Machiavel, célèbre auteur du Prince, et Leonard de Vinci, Michael Ennis prend son lecteur par la main et lui fait découvrir la belle et sombre époque qui a vu régner sur l’Europe et la chrétienté Rodrigo Borgia. Les guerres entre les cités italiennes se succèdent, les alliances se font et se défont, et les contemporains en sont les premières victimes. Les exactions des grands de l’époque n’ont d’égale que les avancées de la science et des arts, découvertes personnalisées par le génial Leonardo da Vinci.

Niccolò Machiavel, envoyé par la République de Florence pour garder un œil sur le Pape Alexandre VI – nom adopté par Rodrigo Borgia lorsqu’il accéda au trône de St Pierre – et son fils, le très énigmatique et charismatique Cesare, est amené à enquêter sur la découverte de monstrueux assassinats : des morceaux de femmes sont retrouvés à Imola et dans sa région. Si leurs têtes restent introuvables, Leornardo se rend rapidement compte que les lieux de ces macabres découvertes ne sont pas choisis au hasard. Aidés par la Madonna Damiata, ancienne courtisane et mère de l’un des petits-fils illégitimes du Pape, Niccolò et Leonardo plongent dans les plus sombres secrets des pouvoirs séculier et ecclésiastique de leur temps. Mais la dame Damiata, qui doit pour retrouver son petit garçon résoudre le meurtre de son père, le fils chéri de Borgia assassiné quelques années plus tôt, n’est pas celle qu’elle prétend. Leonardo da Vinci, qui pensait trouver en Cesare Borgia, brillant stratège et visionnaire, celui qui lui permettrait de donner à l’Italie toute sa splendeur, déchante rapidement. Niccolò, qui deviendra le célèbre philosophe que l’on sait, commence seulement à entrevoir la noirceur inhérente à la nature humaine. Le cheminement qui les mènera tous trois à résoudre les enquêtes concernant la mort de Juan Borgia et de ces malheureuses femmes découpées leur fera également reprendre le contrôle de leur vie et prendre un virage décisif : n’est-ce pas le fait de côtoyer Cesare Borgia, qu’il aura rencontré par l’intermédiaire de Damiata, qui inspirera son œuvre majeure à Machiavel ? Leornardo da Vinci ne prendra-t-il pas ses distances par rapport au tyran Borgia grâce à Machiavel, avant que le fils Borgia ne soit abandonné par la Fortuna ?

Michael Ennis nous offre un thriller historique trépidant, servi par une connaissance de l’époque palpable qui lui permet de dessiner avec précision et talent l’Italie de la fin du 16ème siècle, impression d’authenticité renforcée par l’utilisation de termes en italien. L’auteur nous emmène dans un univers qu’il connait, qui le passionne, et qu’il s’attache à faire connaitre à ses lecteurs. Il fait se côtoyer des personnages majeurs, emblématiques de l’Histoire, alimentant ainsi une intrigue maîtrisée de bout en bout. La légende côtoie l’Histoire, et Michael Ennis se sert admirablement de ces deux univers pour faire de 1502 un très bon thriller historique, recommandé par Glenn Cooper – si ce n’est pas un signe ça !

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