Comme promis, quelques questions à Olivier Gérard, le chouchou de CaCo

Pour commencer, je vous redis l’immense plaisir que j’ai eu à lire Te retourne pas, Handala (Kyklos).

 1.    Pourquoi ce thème du « conflit israélo-palestinien » (l’expression vaut ce qu’elle vaut et n’est pas de moi), à la fois si galvaudé et si sensible ?

Je n’avais aucun préjugé de lieu ni de situation politique au départ, parce que ce qui m’intéressait, c’est le drame d’un homme : je cherchais où cet homme, un individu ordinaire, pourrait, dans le monde présent (car je voulais que l’histoire soit actuelle) être précipité au cœur d’un conflit violent, et devenir le jouet de factions adverses. Bien sûr, l’absurdité de l’affrontement des fanatismes religieux, leur âpreté, leur violences est une question que je ressasse depuis longtemps.

Quel théâtre plus adéquat, pour  développer mon propos – se servir d’un innocent étranger pour exacerber leur lutte – que la querelle aveugle et sans fin d’Israël et de la Palestine ? En plus, cette terre m’attire parce qu’elle est baignée de soleil, sa beauté en ferait un lieu béni de Dieu si ceux qui l’habitent voulaient s’admettre  au lieu de se battre.

En concentrant mon attention sur ce point du globe et sur ce qui s’y déroule, je me suis tout de suite senti impliqué dans sa tourmente et bientôt, j’ai été fasciné …

 Êtes-vous allé vous-même sur place ?

La fin de ma première réponse répond à cette question : journaux, livres, témoignages, documents et photos innombrables tellement précis sur Internet qu’ils vous donnent l’impression « d’y être », m’ont plongé directement dans le drame. Je me suis posé la question d’aller sur les lieux : mais la conduite du récit était déjà si précise que je me suis dit que si j’allais là-bas (…et je n’aurais pas pu accéder à tous les lieux où je situe l’action !), j’écrirais une autre histoire. Je me suis donc abstenu, en ayant soin d’être le plus scrupuleusement authentique possible dans tout ce que j’avançais, dans le domaine géographique, politique, ou religieux.

 

2.    Comment vous est venue l’idée du personnage, Asso ?

Difficile question et la réponse est encore plus difficile : Asso est un personnage qui m’interroge sur moi-même, qui est probablement bâti sur les positions que je prends dans la vie, et de toutes les conséquences qui en découlent …

 

3.    Cette tourmente dans laquelle est pris Asso, cette impossibilité de faire quoique ce soit pour reprendre le contrôle de son existence : l’avez-vous observée ?

Évidemment, sinon je n’aurais pas écrit cette histoire : vous connaissez aussi bien que moi ces forces sur lesquelles  l’individu n’a pas le contrôle, et je ne vais pas vous écrire des évidences à ce sujet.

 

4.    Pensez-vous que les écrivains doivent partager leurs opinions, quelles qu’elles soient ?  sujet ô combien d’actualité avec les élections (entre autres) !

Si l’écrivain exprime son opinion dans son livre, il est perdu (à moins que le livre ne soit écrit POUR exprimer son opinion, ce qui est autre chose). Si l’écrivain veut convaincre le lecteur, il est indispensable qu’il lui présente les faits sans les colorer de sa propre conviction, laissant ce lecteur seul juge. Alors seulement, la réaction du lecteur sera authentique.

Jean-Claude Carrière dit dans la préface d’Handala : « Le propos du romancier n’est pas de nous dire : c’est celui-ci qui a raison, c’est ainsi qu’il faudrait agir, je vais vous dire la solution. Il est un homme aux aguets, un homme étonné, souvent déchiré, qui ne cherche ni à prêcher, ni à convaincre. »

 

 5.    Vous déplacez-vous beaucoup à la rencontre de vos lecteurs (salons, signatures, …) ? Quel rapport avez-vous avec eux ?

Oui, j’aime le contact avec les lecteurs, leurs opinions sur les livres sont précieuses. Je suis allé au Livre sur la Place à Nancy, au FIG à Saint-Dié (qui est d’ailleurs ma terre natale), où j’ai tenu un débat.

J’ai présenté Handala aux élèves de deux lycées à Nancy. J’aime particulièrement la rencontre avec des jeunes, pour essayer de les persuader de lire… et les arracher si c’est possible à leur téléphone mobile…


 6.    Qu’attendez-vous de votre éditeur ? et comment est Virginie comme éditrice ?! 

La première qualité d’un éditeur est d’être convaincu par le livre, ce qui me semble le cas à propos d’Handala pour Virginie Carbuccia et Fabrice Berthet , les éditeurs de Kyklos. Si l’éditeur est convaincu, il va faire des pieds et des mains pour que le livre trouve une audience et conquiert des lecteurs – ce qui est aussi le cas de Virginie et de Fabrice : en dehors de leurs qualités d’éditeurs, ce sont des êtres comme en on rencontre tous les dix ans. (… et même plus !)

 

 7.    Et tant qu’on y est : que pensez-vous de l’essor des sites/blogs littéraires ?

Je trouve ça très bien (vous êtes une preuve vivante de la réussite) : on a envie que la diffusion de ces blogs s’amplifie, qu’ils incitent les lecteurs à acheter les livres, que ce soit sur papier ou en numérique. Prions pour la Mort fait déjà l’objet de trois blogs très positifs, et de mes commentaires sur Livresque du Noir. Cela doit aider à la diffusion.

 

8.    Je vous remercie également pour l’envoi de Prions pour la mort (Lokomodo), que je n’ai pas encore lu (mea culpa) mais ça ne saurait tarder. Pouvez-vous m’en parler un peu ?

Le personnage central de Prions pour la mort a une certaine parenté avec Asso en ce qu’il est, lui aussi, la cible de puissances qui le dépassent. Chercheur de génie, inventeur d’une molécule contre le cancer du poumon, Martonne est condamné, quand il refuse de céder celle-ci, à l’humiliation et à la destruction par le patron d’un puissant laboratoire pharmaceutique. La genèse et l’éclosion de son médicament puis le brutal revirement qui mène Martonne à la fuite servent de support à ce thriller.

 

 

 9.    Un autre texte en cours ? Une autre actualité ?

Je n’ai pas d’autre actualité. Oui, j’écris un autre roman… je ne crois qu’il ne fera pas plaisir…

  10.                   Qu’est-ce que j’ai oublié ?

Vous, rien : moi, de vous dire que votre enthousiasme me fait du bien pour continuer.

 11.                   Et enfin, pour être originale : le mot de la fin ?

Il n’y a pas de fin : les créateurs sont dans le mouvement perpétuel qui les fait s’élancer toujours vers l’avant et avoir les yeux fixés sur l’horizon infini de l’Océan.

 

 Quoiqu’il en soit, merci BEAUCOUP de votre gentillesse, de l’envoi de Prions pour la mort, du superbe texte qu’est Te retourne pas, Handala ! et j’espère à très vite !

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