D’accord, on est d’accord avec M. undead et dieu sait que cela n’arrive pas souvent concernant les romans français…
doux comme la mort on se l’est chroniqué 2 fois, et du même avis, c’est très fort, alors entretien fait par M. undead SVP….
1) J’ai beaucoup aimé Doux comme la mort, avec, au-delà de l’histoire qui nous tient en haleine de bout en bout, une prédilection pour le charisme des personnages. Des Vittoz, le politicien incroyablement cynique, des Beranger, pornocrate très antipathique, on les rencontre en vrai lorsqu’on exerce les fonctions d’officier de police ou s’agit-il intégralement d’un travail d’auteur ?
Il y a probablement un peu des deux. En ce qui concerne le personnage de Vittoz, je me suis inspiré d’un homme politique local qui exerçait ses fonctions dans ma région, il y a de cela quelques années. Mais lui est un homme de bien, je me suis amusé à mélanger son ADN avec celui d’autres hommes politiques que j’ai croisé au cours de ma carrière et dont le sens du bien public est plus…discutable. Ça donne Vittoz, un personnage odieux, mais plus complexe qu’il n’y parait. Béranger est plus manichéen et donc moins intéressant. C’est une brute et comme les brutes il est ainsi parce qu’il est limité. J’ai une tendresse particulière pour le personnage de Thierry Guerrier, le policier qui, fasciné par le pouvoir, s’est fourvoyé et s’enfonce doucement dans les eaux putrides de la corruption et du crime.
2) Désert malien, Bamako, Paris, deux côtés de la frontière savoyarde… L’histoire prend-elle place dans ces lieux parce que vous les connaissez bien ou souhaitiez-vous introduire l’idée que la corruption sévit partout (même en Suisse, putain) ?
Une fois encore, je répondrai par l’affirmative aux deux propositions. La corruption est inhérente à toute activité humaine qui génère de l’argent ou du pouvoir. Elle sévit en Afrique, en Europe, partout. Ce qui fait une différence c’est qu’elle est plus ou moins cachée, plus ou moins institutionnalisée. En occident, elle est rampante et insidieuse alors qu’en Afrique elle s’affiche presque au grand jour. Pour en revenir à votre question, je décris dans « Doux comme la mort » des lieux que je connais bien pour les avoir investis, car pour moi, c’est essentiel de faire ressentir au lecteur un sentiment de voyage, d’évasion, des sensations qu’on ne peut bien exprimer que si on les a vécus. Quand je décris la ville de Gao dans le nord Mali, c’est parce que j’y suis allé en mission à plusieurs reprises dans le cadre de mes fonctions. C’est pour moi la seule manière de rendre de manière pertinente l’atmosphère du lieu.
3) Je n’ai pas lu vos précédents ouvrages, lacune que je me fais fort de réparer dans les mois à venir, mais je pressens votre attachement à la personne du Messager. S’agira-t-il d’un personnage récurrent dans vos prochains romans ?
C’est possible, mais je ne sais pas encore s’il aura une vie après « Doux comme la mort ». J’ai plein d’autres projets littéraires en tête et je ne suis pas sûr que, pour l’instant, il ait sa place dans mes prochains romans. Mais c’est un personnage pour lequel j’ai une grande affection. Il a un potentiel romanesque remarquable qui méritet d’être exploité.
4) Hormis les vôtres (Mako, Le roi des Crânes et, donc, Doux comme la mort), quel bouquin nous conseilleriez-vous, avec Noël qui approche ?
J’aurais tendance à conseiller les romans de mes amis écrivains, je citerais l’excellent roman d’aventures maritimes de Nicolas Grondin, « l’énigme de la Diane » doublement primé (prix géo 2011 et prix Concarneau, la même année), avant d’être un ami cher il est surtout un auteur magnifique. Patrick de Friberg, aventurier et auteur talentueux de roman d’espionnage qui, à mon sens, surpasse désormais le maitre « John le Carré ». Son livre « Momentum » a été couronné du grand prix du cercle Caron 2011. Pour ceux qui aiment le roman humain servi par une plume et une verve magnifique, je recommande la lecture d’Henri Girard « L’Australienne de Tidbinbilla » chez In Octavo. Il est un peu le René Fallet contemporain.
En ce qui concerne le polar, il faut absolument lire David Peace, sa trilogie du Yorkshire est sublime (« 1974 », « 1977 » et « 1980 »), Christian Mork (son roman « Darling Jim » est un bijou) et Denis Lehane (préférez « Un pays à l’aube » au tout dernier « Moonlight Mile », un rien convenu).
un grand merci à l’auteur et à l’éditeur