Enfin Lionel Davoust et son superbe Acte II

Il  me semble, j’en suis presque sûr, que votre façon d’écrire, s’est affiné de manière très précise, entre le premier et le deuxième, Non ? C’est mon ressenti !!!

Je crois que l’écriture est un métier qui s’apprend constamment, qu’à aucun moment, un écrivain ne peut dire : « ça y est, j’ai tout compris, tout maîtrisé, j’ai fait le tour de mon art. » Je ne fais pas exception et je me considère en progression constante ; chaque nouvelle,  chaque livre m’enseigne de nouvelles subtilités quant à l’art de raconter, me donne davantage de contrôle, mais ouvre d’autres questions et de nouvelles frontières. C’est sans fin, c’est à la fois impressionnant et passionnant.  Je m’efforce d’écrire à un moment donné le livre dont je me sens capable sur la base de ce que je suis devenu et de ce que j’ai appris, avec pour seule règle de faire de mon mieux. Le processus derrière Léviathan : La Chute m’a beaucoup apporté, et je crois que les deux plus grandes leçons qui en sont sorties et qui m’alimenteront dorénavant sont de me faire confiance, et de me faire plaisir avant tout.

C’est ambitieux comme projet j’aimerai que vous m’expliquiez la genèse de ces trois volumes

C’est une envie que j’ai depuis extrêmement longtemps (plus d’une quinzaine d’années) et qui s’est affinée à mesure que j’ai mûri. Je l’ai développée peu à peu, raffinée et j’ai attendu d’avoir assez d’expérience, mais aussi assez vécu (peut-être juste assez…) pour sauter le pas. À l’origine, j’avais envie de traiter un certain nombre de thèmes, qui sont toujours restés les mêmes : la frontière très mince entre folie et illumination, l’initiation ésotérique traitée comme un combat amoral au contraire des doctrines fondées sur l’éthique, le choix déchirant à faire entre l’errance perpétuelle du mage et le confort bienheureux du profane, et puis ce que cela façonne, c’est-à-dire des personnages de loups solitaires plus grands que nature. J’ai toujours eu envie de raconter ces destins individuels, et de voir les questions que soulèveraient les choix des protagonistes. Le trajet de Michael Petersen a été également figé dès le début : l’histoire de cet homme dont la vie est un mensonge, qui s’écroule autour de lui et qui lutte entre deux vérités, celle qu’il désire et celle qu’il refuse de voir. Certains personnages m’accompagnent enfin depuis plus de dix ans : Dwayne de Heldadt, Alukar d’Harranmen, Puck et Azéroch Kharamordt  en tête de liste. En revanche, la forme a beaucoup changé ; au début, j’avais envisagé cette histoire comme de la fantasy pure, mais cela ne fonctionnait pas vraiment. C’est quand j’ai vu que ces fameuses questions émergeraient le mieux d’un ancrage dans le réel, à notre époque, dans notre monde, en faisant le lien avec les traditions initiatiques de la Main Gauche et de la Main Droite que la série a véritablement commence à se mettre en place.

Le prochain on est d’accord c’est le dernier ? Et après ?

On est d’accord, Léviathan : Le Pouvoir conclut la trilogie et l’histoire de Michael Petersen. Toutes les questions quant au plan du Comité, l’Ombre, Léviathan, le passé de Michael et la tragédie du Queen of Alberta trouveront leur réponse. Son histoire, ainsi que celles de Masha et d’Andrew seront définitivement achevées.

Après ? Je ne sais pas encore. J’ai beaucoup d’envies et de projets. Peut-être revenir à Évanégyre, l’univers de fantasy que j’aborde à travers divers nouvelles et La Volonté du Dragon. Mais l’univers de Léviathan, de la Voie de la Main Gauche et du Jeu Supérieur du pouvoir et de la connaissance a toujours été conçu comme quelque chose de plus vaste et dont le cadre dépasse cette trilogie. Sans trop en révéler, la conclusion de Léviathan : Le Pouvoir fait basculer la narration de cet univers vers une autre direction, et j’aimerais beaucoup explorer ces conséquences.

Je situerai votre œuvre entre fantaisie urbaine, thriller, aventure, et surtout réflexions philosophique, vous embrassez les genres ou vous créer ?

Merci beaucoup pour cette description, que je trouve très juste !

Je ne me pose jamais la question des genres quand j’écris, et je regarde d’ailleurs avec méfiance les classifications qui pour moi enferment et dessèchent l’être vivant qu’est l’art plutôt qu’aider à le comprendre. À l’adolescence, j’étais un lecteur de surréalisme, d’ésotérisme et de fantastique avant  de m’intéresser réellement aux dites « littératures de l’imaginaire » ; j’ai donc toujours été intéressé par, et j’ai baigné dans, un bouillon où les frontières des genres non seulement étaient dynamitées, mais même la différence entre réalité et fiction, entre faits et potentialités, se trouvaient brouillées. C’est ce qui me passionne : les fêlures dans le monde qui nous entoure, la façon dont nos immenses capacités de représentation se heurtent à la réalité matérielle, l’inexplicable, l’inconcevable, ce qu’il y a au-delà du quotidien. Mais aussi, j’aime les histoires qui avancent, avec des rebondissements, qui font frissonner ou jubiler, qui vous tiennent en haleine et vous font tourner les pages en quête de l’explication finale. Je m’alimente donc à tout cela ; j’aime interroger le lecteur, et je ne m’interdis aucun territoire tant que je respecte la seule règle absolue de la fiction – m’efforcer de raconter une histoire intéressante et cohérente.

Alors, le dernier, crescendo toujours l’écriture et l’intrigue ?

Ce sera aux lecteurs de juger ! Mais l’objectif est avant toute chose d’offrir dans ce troisième tome une résolution satisfaisante aux questions qui restent à élucider. L’ambiance promet d’être encore plus sombre, la pression sur les personnages est au maximum, et les conflits ont atteint le point de rupture. Michael, Masha et Andrew vont devoir affronter leurs peurs les plus obscures, se confronter à leur nature profonde pour survivre à ce qui les attend, et je peux vous confier que tout le monde ne sortira pas indemne de ces épreuves.

La dernière, il n’aura point été possible de sortir un seul livre de 1200 pages ?

Pas plus qu’une pièce de théâtre en trois actes ne peut être fusionnée en un seul. Chaque volet de Léviathan correspond à une atmosphère et à un mouvement spécifique, offrant à chaque fois une résolution de l’intrigue du volume tout en ouvrant vers sa suite. Selon le symbolisme initiatique, La Chute représente la sortie de la zone de confort, la perte de l’innocence et des repères, le début de l’errance vers l’inconnu. La Nuit est cette descente aux enfers, cette déambulation effrayante dans les ténèbres, et ce qu’elle renferme de plus terrible. Enfin, Le Pouvoir correspond à la révélation que l’on trouve au cœur de ce voyage – une révélation inattendue, dont les conséquences sont impossibles à prévoir.

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