Bonjour la première question qui me frôle l’esprit, c’est pourquoi autant de temps entre ces 2 livres ?
Vingt documentaires aux quatre coins du monde pour les Nouveaux Explorateurs de Canal +, J’ai beaucoup voyagé
Ce qui me laissait peu de temps pour me plonger à bras le corps dans cette nouvelle aventure. Dès le départ, Les Larmes d’Aral, ça a été un projet ambitieux qui demandait un travail titanesque de documentation et d’écriture. J’ai du également voyager pour cette documentation, notamment en Irlande du Nord pour rencontrer les soldats de l’IRA, j’ai aussi rencontré les flics du Quai des Orfèvres, et j’ai du approcher le milieu du renseignement, ce qui n’a pas été facile comme vous pouvez l’imaginer.
Au delà de ça, il y avait le virage du second roman, après le succès du Cercle de Sang et sa traduction en dix langues, je ne voulais pas décevoir mes lecteurs, j’ai donc décidé de prendre le temps, et aujourd’hui je suis heureux de voir l’accueil très positif réservé aux « Larmes d’Aral ».
Pouvez-vous nous parler un peu de vous et du pourquoi de votre écriture ?
J’ai été photographe grand-reporter pendant une douzaine d’années, puis je suis passé à la réalisation de documentaires pour Canal + J’ai aussi réalisé des reportages pour Envoyé Special sur les commandos marines, le renseignement… Je crois qu’avant tout j’aime raconter des histoires, aujourd’hui les documentaires que je tourne autour du monde sont plutôt optimistes, mes romans en revanche sont beaucoup plus noirs. On va dire que l’écriture est ma face sombre. C’est de cette manière que j’exprime les situations périlleuses parfois limites dans lesquelles j’ai pu me retrouver à l’étranger. Je ne cherche pourtant pas à retranscrire la réalité, ce qui m’intéresse avant tout c’est d’explorer l’imaginaire, d’emmener le lecteur avec moi ou plutôt avec mes personnages dans une aventure à suspens, j’aime aussi que le lecteur puisse croire à la réalité des mes histoires, qu’il s’identifie au héros, qu’il mène l’enquête à ses côtés, c’est pourquoi j’ancre mes intrigues dans des univers et un contexte historique, politique bien réel souvent effrayant. C’est le cas pour les Larmes d’Aral.
J’avais trouvé votre premier livre singulier, il se démarquait à l époque des clones du da Vinci code, avec une écriture sèche…Le deuxième est totalement différent, plus polar que thriller en fait, en flirtant avec le paranormal comment vous est venue la trame ?
Je n’en révèlerai pas trop, car je commence à écrire mes histoires par la fin, par le secret que mes héros vont découvrir et je ne veux pas gâcher le plaisir… l’idée fondatrice n’a rien pas grand chose à voir avec l’intrigue, mais je l’ai eu à -1000 mètres de profondeur à bord d’un sous marin au large des Bahamas, je crois que j’ai eu le sentiment d’une plongée dans le cosmos…
Mais un tel roman c’est plusieurs thèmes que je souhaitais aborder, plusieurs idées, plusieurs situations qui m’ont marqué, l’Irlande du Nord, les anciens réseaux clandestins anti-communistes, et bien sûr les secrets de l’ex-URSS. J’étais aussi très attiré par l’exercice de style du Quai des Orfèvres, et la guerre des polices, déjà traité par les plus grands auteurs…
Comment écrivez vous ?, beaucoup de documentation, avez vous fait des ateliers d’écriture ?
J’ai d’abord une deux trois idées, que je confronte, j’assemble qui me donnent la trame générale, l’âme de mon intrigue. Je commence alors à enquêter, donc là oui un important travail de recherches, de rencontres, interviews, lectures, qui vont donner la structure, le synopsis : la chair de cette histoire. Ensuite j’écris, et je modifie mon synopsis au fur et à mesure. Pour le reste je suis un pur autodidacte, je n’ai pas fait d’études universitaires, j’ai beaucoup lu et j’ai un sens développé de l’autocritique, je suis rarement satisfait de mon travail ce qui me pousse à travailler et retravailler.
Vous avez réussi a éviter tous les poncifs redondants du genre avec votre livre, surtout au niveau des personnages, les avez-vous plus soignés ?
Pour le Cercle de Sang, j’avais choisi un héros amnésique, je n’avais pas mesuré la difficulté de faire exister un personnage qui n’a pas de passé.
Pour Les Larmes d’Aral j’ai décidé de créer des caractères profonds et romanesques. Sinead avec son enfance à Belfast et les secrets de son passé qui sont dévoilés tout au long de l’intrigue, pour Raphaël je voulais éviter le flic torturé que l’on voit souvent dans les polars, ce qui m’intéressait c’était un homme comme vous et moi avec ses angoisses ses joies, mais qui pour combattre le mal a choisi un chemin différent du nôtre. On va apprendre qu’avant d’être flic il était membre des commandos marine, un passé bien sombre. Pour ces deux personnages je me suis inspiré de personnages réels.
Vous êtes connus aussi pour travailler à la télé, que préférez-vous ?
J’aime les deux, j’ai la chance de travailler pour Canal+ qui m’offre une totale liberté d’expression c’est assez rare dans ce milieu pour le souligner.
Ecrire procure une immense satisfaction mais mon métier de reporter, les expériences que j’ai le privilège de vivre sont une source d’inspiration essentielle à l’écriture.
L’histoire de la mer d’Aral, j’en avais entendu parler, une véritable tragédie, en tant que voyageur, explorateur quel regard portez vous sur notre monde.
Je suis très partagé, comme je vous l’ai expliqué mes films portent un regard positif les hommes, le monde, mes romans sont beaucoup plus sombres. Je suis d’un naturel optimiste mais c’est vrai que certaines expériences laissent un gout amer. La Mer d’Aral – Asséchée par les soviétiques depuis les années 1950, une catastrophe écologique comparée par les spécialistes à un Tchernobyl silencieux – où je me suis rendu m’a beaucoup marqué. Ces images de cargos échoués au milieu de la steppe sont connues, quand on y est, l’effet est tout autre. J’ai vraiment eu l’impression d’une scène post apocalyptique, d’une fin du monde, je suis revenu assez sonné en France. Pourtant le film que j’ai réalisé était plein d’espoir puisqu’il traitait du retour de la mer au Nord de celle ci côté Kazakh. Une résurrection fruit de a seule volonté des hommes. Je crois que même si la réalité est parfois dure il ne faut pas baisser les bras ne serait ce que pour nos enfants.
La question qui tue, si on tape votre sur internet on arrive sur une série télé, le miel et les abeilles, what’ s up doc ?
Je me suis fait seul, à 21 ans on m’a proposé ce job bien payé qui m’a bien rendu service car c’est grâce cet argent que j’ai pu m’acheter mon premier matériel de photo sous marine et me lancer dans ce métier. Ça a duré quelques mois c’était un job d’étudiant comme un autre.
Je reste imprécis sur la trame du livre, car je n’ai point envie de dévoiler quoi que ce soit, mais vous avez écrit un putain de bon livre en êtes vous conscient ? Et alors on vous relit quand dans 12 ans ^^ ?
Merci pour le compliment qui me va droit au cœur, c’est le fruit d’un long travail et il est déjà récompensé par les critiques très positifs des lecteurs, je suis donc très heureux de n’avoir pas déçu. Pour la suite cette fois je vais faire plus vite, promis, j’ai déjà commencé ce sera un thriller d’espionnage avec un héros assez original qui devrait être publié d’ici deux ans. je l’ai promis à mon éditeur!!! Je vous le promets donc aussi.


juin 30th, 2012 at 06:36
Ravi d’en apprendre un peu plus sur la genèse de ce roman qui m’a scotché. Jérôme Delafosse ne s’est pas moqué de ses lecteurs, le roman dans sa structure, son style ses personnages ciselés et ses rebondissements est vraiment génial. on a l’impression de voir un film, je le recommande vivement !
juillet 2nd, 2012 at 10:59
merci de nous remercier, ca fait du bien, et surtout à l’auteur
sincerement merci
janvier 26th, 2013 at 10:50
J’attéris un peu mais je viens juste de découvrir ce nouvel interview qui est encore une fois passionnant. Décidément vous faîtes de l’excellent taf, sur ce blog !
Je me souviens de J. Delafosse, ou plutôt de son 1er bouquin, Le cercle de sang, qui était un thriller correct, même s’il ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable. Et justement, comme l’auteur vient de le dire, c’est bien possible que ce soit surtout à cause du personnage principal amnésique que je n’avais pas « senti » suffisamment pour vraiment être pris dans l’intrigue.
Par contre, ces Larmes d’Aral m’intéressent vraiment, surtout qu’il a l’air d’avoir vraiment un + , autant côté intrigues, documentation etc sur des sujets vraiment intéressants (que l’auteur a abordés), que côté personnages. Bien possible que je me laisse tenter, si l’occasion se présente !
Un grand merci à l’auteur en tout cas, mais aussi à Holden et tous les unwalkers !
février 11th, 2013 at 16:01
Intéressant, merci.