Entretien avec Elsa Marpeau

Comme j’ai beaucoup aimé « Black Blocs » j’ai eu envie de poser quelques questions à Elsa Marpeau, pour en savoir un peu plus, et j’espère, donner envie à d’autres personnes de lire ce livre. Merci au Boss pour avoir transmis ma demande à Anne-Gaëlle Fontaine de Gallimard, merci à Anne-Gaëlle Fontaine de l’avoir proposé à Elsa Marpeau, et un immense merci à Elsa Marpeau pour ses réponses rapides et sa disponibilité. Info supplémentaire avant d’entrer dans le vif du sujet : Elsa Marpeau sera présente au festival Quais du Polar qui se tient à Lyon les 30, 31 mars et 1er avril 2012.

 

Est-ce que vous pouvez vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas ?

Mon premier polar, Les Yeux des Morts, est sorti à la Série Noire en 2010.

Avant, j’ai publié Recherche au sang, un roman dans une petite maison d’édition, du doux nom de Danger Public. C’était un roman noir également, l’histoire d’un chasseur qui tombe amoureux de son nouveau voisin.

Pour les informations de l’Etat civil : sexe féminin, année de naissance 1975, ville actuelle Singapour.

En faisant quelques recherches sur vos précédents romans, je vois qu’il y a un petit point commun entre « Black Blocs » et « En pièces », là c’est un homme qui enquête sur sa femme après la mort de celle-ci dans un accident de voiture à travers ce qu’il connait le mieux, à savoir le théâtre. Vous pouvez nous parler un peu de ce roman ?

Dans En Pièces, un homme perd sa femme dans un accident de voiture. Il est metteur en scène, sa femme actrice. Confronté à la perte incompréhensible, il décide d’incarner sa femme. Il jouera son rôle sur les planches. Et, progressivement, il finit par devenir sa femme.

Dans BB, il y a évidemment un effet de miroir. Swan décide d’embrasser la lutte de son mari, Samuel. Mais à mesure que progresse l’enquête pour savoir qui il était, son identité devient de plus en plus floue. Alors, Swan décide de devenir l’homme qu’elle aurait voulu que soit Samuel.

Pour revenir à « Black Blocs », comment vous est venue l’idée de ce livre ?

Je me suis passionnée pour l’affaire de Tarnac. Pour deux choses : la quête effrénée de l’Etat pour retrouver l’auteur d’un livre (L’Insurrection qui vient), en allant jusqu’à interroger son éditeur – quel bel hommage à la littérature !

La deuxième chose, c’est cette phrase de MAM : « L’anticipation est essentielle dans la lutte contre le crime en général et le terrorisme en particulier. Elle est la meilleure des protections. »

D’un côté, l’Etat affolé par l’existence d’un livre ; de l’autre, l’Etat en train d’écrire une fiction, une œuvre d’anticipation, le grand soir des anars autonomes.

J’en ai parlé un peu dans ma chronique, mais je le redis ici, j’ai vraiment été accroché et impressionné par votre écriture, votre prose qui retranscrit parfaitement les sentiments, les émotions de Swann. La dernière fois que j’avais ressenti ça c’était dans les romans de David Peace, notamment dans « Tokyo année zéro », où là-aussi la prose de l’auteur est en parfait accord avec l’errance de l’inspecteur Minami dans le Tokyo occupé de 1945, complètement hanté par les meurtres sur lesquels il enquête. Est-ce que vous connaissez l’auteur ? Si non, est-ce qu’il y a des auteurs qui ont influencé votre façon d’écrire ?

J’adore David Peace, et je vous remercie de la comparaison qui me fait rougir (un lapsus typographique m’a fait écrire « rugir ». Je corrige.). Mes influences sont vastes, elles vont de Cormac McCarthy à Ellroy, en passant par Faulkner, John Fante ou Henry Miller.

J’ai aussi beaucoup aimé les multiples recettes du chef qui font surface tout au long du livre, est-ce que ce sont des recettes réelles ? Vous les avez trouvées comment ?

Les recettes sont évidemment réelles. J’ai dû, pour des raisons juridiques, les amputer. Mais on les trouve facilement sur Internet, notamment dans certains manuels de guérilla urbaine.

Est-ce que vous avez été en contact avec des manifestants ou des activistes ? ou des policiers de la DCRI et SDAT ? il y a un côté documenté et très réaliste dans le roman; le passage de la manif à Marseille pour le sommet de l’Otan, vu à travers les yeux de Swann (et non les yeux d’Elsa…) est magnifique et a l’air plus qu’authentique.

Je n’ai pas rencontré de policiers de la SDAT. Par contre, certains de mes amis mettent des cagoules et sortent des barres de fer de leurs sacs pendant les manifs, avant de se redéguiser en « gens normaux » à la fin. Certains choisissent d’autres masques : le travelotage ou le nez rouge.

Pourquoi cette référence aux cercles de l’Enfer de Dante ? (Les connaisseurs auront un petit indice si ils se rappellent qui sont les personnes punies dans le neuvième cercle…)

D’abord, parce que c’est la structure de L’Insurrection qui vient. Le livre est construit par cercles… C’est donc le Comité Invisible (cet auteur si dangereux qu’il connaît l’enfer de Dante) qui fait initialement la référence à Dante. Mais, dans l’Insurrection, il s’agit de l’enfer ici et maintenant. Et il n’y a que sept cercles. J’ai rajouté les deux autres cercles car l’ultime cercle, le 9e, traite du châtiment des traîtres. Et que Black Blocs se termine sur le châtiment.

Vous citez dans le livre Hakim Bey, Agamben, Rancière, Debord, Foucault, ou l’essai « L’insurrection qui vient », ce sont le genre d’auteurs ou de livres que vous lisez principalement ? Je vois que vous avez écrit aussi des essais sur « Antigone » de Sophocle ou « Les diaboliques » de Barbey d’Aurevilly ou Apollinaire, vous êtes aussi une lectrice de poésie et théâtre ?

Oui, je lis Antigone, Les Onze Mille Verges et Les Diaboliques.

Et j’ai apprécié le style et le lyrisme de L’Insurrection qui vient. Foucault est une source d’inspiration et les TAZ d’Hakim Bey sont une création littéraire magnifique.

Vous l’aurez deviné, BB n’est pas à proprement parler un livre politique. C’est un livre qui célèbre la beauté des livres, leur dangerosité le cas échéant. Mais les frontières entre littérature et politique se jouent toujours de nous. On l’a bien vu quand La Princesse de Clèves s’est métamorphosé en brûlot politique.

Est-ce que vous êtes une lectrice de polars, de science-fiction ? ou plutôt littérature blanche ? Vos auteurs préférés, ou les derniers livres qui vous ont vraiment impressionnée ?

Je ne distingue pas les livres selon leur couleur. J’aime les Noirs autant que les Blancs. Les derniers livres qui m’ont impressionnés sont, par inadvertance, noirs : Le Bloc de Leroy, Les Harmoniques de Marcus Malte ou Les Visages écrasés de Marin Ledun, pour ne parler que de mes dernières lectures.

Des réalisateurs, ou films fétiches ?

Fight Club.

History of violence.

Est-ce que vous avez déjà une idée pour un prochain livre (polar ou non) ?

Le prochain roman est déjà écrit. Il s’intitulera L’Expatriée et parlera de Singapour.

 

4 Responses

  1. holdenunwalkers Says:

    conquis, le boss, va donc lire ce livre, il me le faut….viteeeeeeeeeeeee, et bravo à vous deux,auteur, lecteur, un entretien geniale qui donne envie, yeahhhhhhhhhhhhhhhhhh

  2. Andrew Levillain Says:

    j’ adore votre livre.<3

  3. Andrew Levillain Says:

    fdp: fils de pute

  4. holdenunwalkers Says:

    ah qui est un fdp au fait,juste puor savoir

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