Entretien avec François Thomazeau, pour sa traduction de steve Earle de Je ne quitterai pas ce monde en vie

 

l’écailler revient, résurrection ?

 

Oui, on peut dire ça. On est passé tout près du trou noir. Mais on ne s’est pas laissé absorber. On y a cru. Le secret, c’est qu’on ne fait pas ça pour l’argent. Donc on est immortels. On peut renaître à chaque fois de nos cendres. Suffit que la passion attise le feu. Et on a trouvé un passionné comme nous, mais plus avisé question finances, qui a relancé la machine et veut y croire aussi. Et c’est reparti.

 

Steve Earle, comment avez-vous fait pour dénicher ces pépites, sachant qu’en France on doit être 1 00 à connaitre le musicien ?

 

Je ne sais pas si on est aussi peu nombreux. Moi, j’écoute Steve Earle depuis de longues années, depuis l’album avec Billy Austin, je dirais depuis le début des années 90. Un jour j’ai lu dans une revue anglaise (Uncut, pour ne pas la nommer) que le garçon sortait un recueil de nouvelles. Vu la qualité littéraire des textes de ses chansons, sa capacité à créer une atmosphère, une histoire, ça m’a attiré. J’ai écrit à l’éditeur, qui m’a aiguillé sur l’agent. C’est comme ça qu’on a fait Les Roses du pardon, traduit par Luc Baranger. Ensuite, lorsque le roman est sorti, l’agent(e) qui s’en occupait nous a recontacté pour le publier en France. On a lu, on a aimé, on a traduit et publié…

 

Avez-vous travaillé avec lui pour la traduction ?

 

Non, parce qu’il n’est pas simple à joindre, même via son agent. J’ai failli aller le voir lors de son dernier concert parisien à la Flèche d’or, mais je n’étais pas à Paris. Je l’avais vu l’année d’avant au Café de la danse pour sa tournée hommage à Townes Van Zandt, mais on avait à peine pu tchatcher.

 

Pensez-vous traduire Hardcore troubadour son autobiographie ?

 

Pas tu tout. On a envie de publier de la littérature dont la musique peut être un ingrédient, des romans AUTOUR de la musique, mais pas forcément des livres SUR la musique. Il y a plein de très bonnes maisons (Castor Astral, Rivages, Fetjaine) qui le font déjà.

 

Connaissez-vous sa musique ?

 

Oui, bien sûr. J’ai tous ses albums, tous les premiers avec les Dukes en vinyle, et pas mal de bootlegs. Je dois même avoir un des albums de son fils Justin. C’est un de mes chanteurs préférés. Billy Austin, Goodbye, The Mountain sont dans mon top 50 perso.

 

Comment on traduit, vous avez une méthode de travail ?

 

Je traduis comme j’écris. Je lis le texte une fois sans rien faire, sans prendre de notes, juste pour m’imprégner. Après je me lance dans la masse et je burine. Comme dans l’écriture, il est difficile de faire plus de cinq feuillets corrects par jour. Donc il ne faut pas trop en faire. Se laisser de longues respirations. Après, c’est de la technique de trad. Il faut toujours lire un paragraphe en entier, puis une phrase, avant de se lancer. Fuir le mot-à-mot. Mais respecter le style de l’auteur. D’autant que chez un musicien, forcément, il y a une rythmique. Après, on se demande: comment j’écrirais ça en français, en respectant l’esprit des images, le choix des verbes, le point de vue ? Qu’est-ce qui correspond le mieux. Ce n’est pas très difficile si on a une bonne palette de vocabulaire dans les deux langues. Ça demande bien sûr une pratique de l’anglais (la seule langue que je traduis) quotidienne. Après, il y a des trucs à savoir, par exemple que l’anglais utilise toujours le prétérit (passé) là où le français utiliserait bien souvent le présent. Ça demande aussi des recherches, une connaissance de la culture de l’auteur. Un chanteur texan, ex-toxico, n’emploie pas les mêmes mots, n’a pas les mêmes références qu’un étudiant en anglais à la Sorbonne. Il faut avoir le registre, le vocabulaire. Mais traduire Earle n’a pas été trop difficile. Il a un style assez latin. Plutôt verbeux pour un Américain, mais finalement assez proche du français.

 

 

Derniere question, votre futur livresque ?

 

Un thriller sûr la guerre d’Espagne en août chez l’Archipel. Un bouquin de souvenirs d’enfance au Fioupelan. Une histoire de Marseille chez Gaussen éditions. Un roman historique chez Stock. Une histoire de là chanson française chez Flammarion. Et une traduction de Joseph koenig à l’Écailler.

 

 

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