Entretien avec Gilles Dumay pour la collection Lunes D’Encre

Après le Monumental

et la sortie en octobre de Glen Duncan pour  » Moi lucifer  » il était temps de rencontrer l’homme derrière tout cela, alors play : toutes les « fuautes » proviennent de notre secrétaire pffffffffffffftttttttttttttt.

 

Bonjour M. Dumay, la collection Lunes d’encre, pouvez-vous nous la présenter ?, car même si elle est orientée plutôt SF ou Fantasy, je me souviens avoir lu un très bon polar de Piccirilli ? quand , comment ?

 

Lunes d’encre a été créée en 1998, à la demande d’Olivier Rubinstein des éditions Denoël qui venait de m’engager pour m’occuper de Présence du Futur et de prendre la suite de Présence en grand format. Les premiers titres ont paru à l’automne 1999, La dernière Licorne de Peter S. Beagle, Elle qui chevauchait les tempêtes de Lisa Tuttle et George R.R. Martin, eXistenZtm de Christopher Priest, d’après un scénario original de David Cronenberg. La meilleure vente de la collection est Spin de Robert Charles Wilson, loin devant L’échiquier du mal de Dan Simmons et Fondation d’Isaac Asimov. La collection s’est toujours voulue très éclectique, d’où la parution du Piccirilli, mais ce n’est pas le seul texte atypique.

 

Comment se font vos choix ? Oliver Gallmeister, me disait qu’ »il fouinait sur les blogs  », M. pépin a une autre méthode, et vous ?

 

Je travaille beaucoup le fonds Denoël, ce qui laisse peu de marge de manœuvre. Christopher Priest, Tim Powers et Robert Charles Wilson étaient des auteurs que j’avais lus avant d’arriver chez Denoël. Pour le reste, je lis ce que les auteurs français m’envoient (quand même plus de 600 manuscrits/an) et ce que les agents m’envoient et qui me séduit, car je reçois bien plus de livres qu’il est possible d’en lire en ne faisant que ça 24h/24. J’essaye de publier le plus de coups de cœur possible. Même aujourd’hui, alors que la situation en librairie est tendue comme jamais.

 

Il y a certains auteurs clefs je suppose ?

 

Robert Charles Wilson, Christopher Priest et Robert Holdstock sont ceux que j’ai le plus travaillés. Holdstock était un ami personnel, malheureusement il est mort en 2009. J’ai des liens assez serrés avec Priest et Wilson. Pour les français, j’ai « découvert » Norbert Merjagnan et c’est une petite fierté bien placée. Ian McDonald va prendre très vite beaucoup de place dans la collection, j’en ai publié deux et j’ai eu à chaque fois le Grand Prix de l’Imaginaire.

 

Anathem de Neal Stephenson, j’ai pas compris, pourquoi est il chez Braguelonne ?

 

Personnellement, quand j’ai vu la taille de l’ouvrage, je ne l’ai même pas ouvert, sachant pertinemment que vues les ventes françaises de l’auteur je ne pourrais jamais le publier.

 

Si on va fréquemment sur le Blog de lunes d’encre, on sent une certaine tension, tension économique ?

 

Non, sérieux ? Penser à ma reconversion m’occupe bien une à deux heures par semaine. Rentrez chez vous, c’est la fin du monde.

 

Peut-être…, mais que dans le livre ?, et  est-ce la même chose que la crise des majors en musique ?

 

Je ne vois pas de rapport avec la musique. La crise que nous vivons est double, elle est conjoncturelle (crise mondiale) et elle est aussi structurelle, notre industrie du livre fonctionne sur des bases économiques qui la poussent à surproduire. Cette surproduction conjuguée à la crise est en train de tuer beaucoup d’éditeurs.

 

Velum de Hal Duncan c’est osé économiquement ?

 

Le diptyque Vélum/Encre était un sacré pari, de ceux qu’on est content de gagner… mais aussi content de perdre. J’ai perdu, mais je reste très satisfait de cette aventure. C’est un de mes Lunes d’encre préférés, j’aime ses visions et sa puissance politique.

 

Julian et Moi Lucifer, sont les 2 nouveautés de ce  semestre, vous en attendez beaucoup de ces livres, surtout pour Julian ?

 

On attend toujours le maximum et on ne l’a jamais. C’est deux livres que j’adore ; le simple fait d’avoir réussi à les publier avec de bonnes traductions, des couvertures qui me plaisent est déjà une grande source de satisfaction. On verra les résultats dans un an.

 

L’eebook, ou format numérique, comme le Bélial par exemple, vous vous y mettez ou vous allez à master chef vous qui parliez de reconversion ?

 

J’ai longtemps travaillé dans la restauration, Master Chef ne me fait pas vraiment peur. Pour le numérique, on a fait des essais… au jour d’aujourd’hui ça coûte de l’argent et ça ne rapporte (presque) rien. Donc on réfléchit à une autre façon de faire du livre numérique, sans se presser ; ça ne sert à rien, il n’y a pas (encore) de marché. On est tenté de regarder ce qui s’est passé aux USA et de se dire « c’est cool », ils ont des best-sellers numériques, mais la vérité c’est que leur politique déréglementée s’est soldé par la disparition presque totale des librairies, ce qui, de mon point de vue, est un désastre.

 

Toutes les couvertures sont-elles de Manchu ? vous pensez à redéfinir le packaging, après Rivages,  la Série noire , Calman Levy ?

 

Toutes les couvertures ne sont pas de Manchu loin de là. Et je me sens très libre à ce niveau-là. Il y a des illustrateurs français, on récupère des couvertures étrangères…

 

Allez fâchons nous ! , le prix des livres correspond à 2 voir à trois repas de midi,  la culture du peuple elle en est où ?

 

Je n’ai pas mon mot à dire sur le prix des Lunes d’encre. Je publie des livres que je n’achèterai jamais car ils sont trop chers. Régulièrement ça m’énerve, mais il n’y a pas grand chose à faire. Il faudrait que les auteurs que je publie aient plus de lecteurs. C’est une économie de niche, on l’accepte ou pas. On trouve des Lunes d’encre en bibliothèque, d’occaze. Ces livres ont des milliers de vie.

Un grand merci Monsieur Dumay, pour le temps (merci il fait beau), vos réponses.

entretien fait par email courant septembre, avec les fautes de notre secrétaire ……meuhhhhhhhhhh

One Response

  1. Cachou Says:

    Je ne veux absolument pas faire mon Beigbeder, mais ça fait quand même plaisir de lire ce genre de choses sur le numérique chez un éditeur. Voilà, ça, c’est dit.

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