Entretien avec l’auteur de Burma club, Daniel Hervouët, toujours sans langue de bois

 

 

1 alors notre chronique on  a loupé quelque chose de votre livre ?

2 vous affichez votre CV, si l’on peut dire, cela explique-t-il le réalisme de l’action et des personnages ?

3 ce personnage d’Adrien Laurent, je le situe révolté presque anarchiste, mais soumis, la contradiction est voulue ?

4 j’ai parlé de clairvoyance, vous évoquez pour les présidentielles un vague, et une défaite, alors Monsieur, boule de Cristal ?

5 quand est ce qu’on vous relit ? Car dirigé une collection cela ne doit pas être simple je suppute ?

6 vous vous sentez seul dans votre genre d’écrit ? Avez-vous des auteurs  à nous conseiller ?

 

1)     Ce n’est pas à moi de vous le dire. Vous avez réagi à la lecture avec votre sensibilité. Ce n’était pas un examen. Ce que vous avez dit m’a fait plaisir. Chaque lecteur souligne des aspects auxquels il est sensible. Vous l’avez fait. Merci.

2)     Il est clair que mon parcours professionnel me permet de mettre du réalisme dans mes récits. Ce que j’écris n’est pas seulement puisé dans le journal. J’y mets les détails et les sensations qu’on éprouve aussi bien dans les bureaux dorés des ministères que dans la boue d’un thalweg avec cinquante kilos sur le dos. Franchement, je ne me vois pas faire un thriller médical ou juridique. Chacun son métier. Pour le reste, les scénarii me trottent dans la tête en suivant l’actualité. Réflexe professionnel. L’avantage de la fiction, c’est qu’on peut formuler les scenarii les plus fous. C’est à dire ceux qu’on n’aime pas évoquer quand on est aux affaires mais qui finissent, de temps en temps par se réaliser. Les modes opératoires imaginés dans « Jeux de Chine » ont été, en partie, utilisés dans les attentats de novembre 2008 à Bombay. Les suggestions d’Adrien à un vieux militant d’ETA dans le « Piège d’Urruska » ont été, depuis, entendues… Où est le réel, où est la fiction ? La fiction, c’est le réel qui n’est pas encore arrivé ou celui près duquel on est passé.

3)     Adrien est par définition un insoumis. Il a quitté le Service et un boulot qu’il aimait parce qu’il avait le sentiment de n’être qu’un pion dans le grand jeu. Il avait surtout du mal à supporter certains de ses chefs qui jouaient avec sa vie en la considérant comme consommable. Il aurait suffit de peu pour qu’il reste. Un rien de reconnaissance et de respect pour lui et ses gars. Mais cela n’aurait sans doute pas suffit à le retenir. Il est trop rétif aux systèmes, aux organisations couchées sur papier glacé. C’est avant tout un chef de meute dingue de justice. C’est son côté fleur bleue, sa faille, le pli dans sa cuirasse. Pour lui rien ne vaut un regard de confiance saisit furtivement dans le regard de ses équipiers au retour d’une mission. Il n’y a pas mieux que cette certitude d’avoir quelqu’un avec qui partager une bière un soir de déprime, pas mieux non plus que de se tenir front contre front, en silence, avec Anita. Il a passé une bonne partie de sa vie en milieu hostile, il est entrainé pour ça, mais son besoin de solidarité, de force collective, d’amitié, d’amour n’en est que plus développé. Pour lui, la justice, c’est d’abord remplir une mission dont il n’ait pas honte ensuite. Pour ça, l’avis de ses compagnons lui sert de tribunal. Il place la barre haut. Ça le rend souvent insupportable pour ses supérieurs. La poursuite obsessionnelle d’intérêts particuliers par la plupart des décideurs ne lui inspire que du mépris. Il a la bêtise de croire à une forme d’intérêt général qu’il reformule avec ses propres termes. Décomplexé, direct, il ne donne pas dans le pathos ni dans le politiquement correct. Dans son vocabulaire, un ballon n’est pas un référentiel bondissant et un milicien déjanté une victime de la mondialisation. Quand il a quelqu’un dans le collimateur, il trouve toujours le qualificatif adapté. Mais quand on appuie sur le bon bouton, il démarre en trombe. Je vous renvoie à l’épisode du « Banana », dans Burma Club où il ne se fait pas prier pour secouer de vieux salauds qui s’envoient des gamines dans un bouge sordide.

Cela étant posé, il a besoin de vivre. Son ex femme a obtenu du juge le paiement de sommes élevées. Il doit donc mettre de temps en temps son mouchoir sur son envie de tout envoyer péter. Son patron, Monteparc, a un côté péteux largement compensé par son attachement réel à Adrien. Leur association est encore la plus acceptable pour cet anar incommandable.

4)   Pas besoin de clairvoyance. Un simple thermomètre. Quand tout le monde se met à penser la même chose et à le dire, il n’y a qu’à écouter au moment où ce n’est encore qu’un murmure pour donner l’impression d’être devin.

5)   La suite de Burma club est en cours de rédaction. Mais je veux prendre mon temps, mûrir mon texte, laisser Adrien évoluer. Le prochain épisode va l’atteindre au pli de la cuirasse… Vous en saurez plus dans deux ans…

6)   Je ne me sens pas membre d’une école d’écriture ou d’un club, malheureusement. J’ai fait partie, de manière éphémère, d’un cercle littéraire. Mais il est difficile de trouver des complices dans ce domaine. Les auteurs français sont massivement concentrés sur le polar. Je me sens un peu seul. Il y a DOA que j’ai un peu lu. Il tire sur des fibres intéressantes. Mais côté réalisme…

 L’écriture est un exercice solitaire éclairé par quelques regards avisés. J’ai connu jusqu’à présent trois éditrices : Delphine Lanneshoa, Sabine Sportouche et Marion Salort. Trois femmes formidables. Ce sont elles, au bout du compte, qui ont été mes véritables équipiers. Des partenaires avec qui on se parlait vrai, avec qui on partageait le plaisir d’un texte bien ficelé.

Pour les conseils de lecture…j’aurais tendance à vous renvoyer vers Zweig. Rien à voir, me direz vous ? Peut-être, mais c’est ce que j’aime. De la profondeur, des rythmes lents, une expression ciselée. Une phase de repos après l’agitation de mes thrillers. Comme le dit un de mes personnages secondaires dans Burma Club : « ordre et désordre sont les deux faces du monde ».

Allez…j’aime bien Grisham, mais pour vos lecteurs, ce ne sera pas une découverte. C’est un peu en le lisant que je me suis mis à écrire.

One Response

  1. Michel Bré Says:

    Bonjour Hervé,
    Je commande votre livre et pars avec en Bretagne cet été!
    Amitiés.

    Michel

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