1 d’où est partie cette trame ?
de deux choses : j’avais un contrat pour un polar au Fleuve Noir (c’est mon troisième roman policier pour eux) et alors que j’avais prévu d’écrire autre chose, je me suis dit que j’allais parler de la ville dans laquelle je vis depuis deux ans et demi, et des milieux que j’ai commencé à fréquenter. Donc il y avait une contrainte (écrire un polar) et un désir (parler de Montréal). J’ai essayé d’allier les deux.
2 cette envie d’écrire, exutoire, faire passer des messages, prévenir, ou bien juste écrire, besoin viscéral ?
J’écris depuis longtemps et oui, je cherche toujours à décrire des situations réelles sous une forme fictionnelle. J’aime raconter des histoires, mais j’ai aussi envie de parler de la réalité, de la montrer. Mes romans (je crois) font toujours les deux à la fois.
3 vous présenté le Canada comme plus ouvert que le vieux monde, vous connaissez assez les deux ?
Je suis venu au Québec deux ou trois fois par an entre 1998 et 2008, c’est ce qui m’a donné envie d’y vivre. A Montréal, indubitablement (et je ne parle que de Montréal) l’atmosphère intellectuelle est beaucoup plus ouverte qu’en France (je ne vivais pas à Paris, et je n’avais pas envie d’y vivre). En particulier, les milieux universitaires professionnels et artistiques sont plus perméables à Montréal : on peut être écrivain, médecin et critique des arts populaires et être sollicité ou invité à parler de l’une ou l’autre activité, indifféremment, dans tous les milieux. Ce n’est pas le cas en France, où les différents milieux ne communiquent pas (ça se voit clairement à la télévision ou à la radio ou dans la presse, où il y a d’un côté les romans « sérieux » et de l’autre les romans « de genre »). Ici, les écrivains peuvent écrire ce qu’ils veulent, on ne les catégorise pas. Des écrivains « sérieux » comme John Updike, Richard Powers ou Philip Roth (aux USA) ou Stanley Péan, Michel Tremblay ou Catherine Mavrikakis (au Québec) peuvent écrire dans des « genres » différents, et on les suit toujours avec attention. Ici, quelqu’un qui (comme moi) n’a pas de carrière universitaire derrière lui, peut entrer à l’université et proposer des enseignements. Etc. Oui, je connais suffisamment bien les deux mondes pour pouvoir dire qu’à Montréal, je suis plus libre de penser, d’écrire, d’enseigner, de proposer – qu’en France.
4 une profonde humanité, ressort de vos personnage, vous croyez encore en l’humanité ?
Je crois en l’humanité de plus en plus, je pense que la solidarité et le partage sont parties intégrantes de la « nature » humaine, comme l’agressivité et la compétition. (Ce sont mes lectures d’anthropologie darwinienne qui m’incitent à le croire.) Et en tout cas, je pense qu’il n’y a que deux attitudes possibles : se battre pour un monde meilleur ou abandonner. Je ne veux pas abandonner. (C’est juste pas moi.)
5 dérive, puissance énorme des laboratoires pharmacologiques, en accord bien souvent avec l’OMS, que faire…. ?
Résister en informant, en dénonçant, en communiquant, en unissant les scientifiques intègres (il y en a, beaucoup, dans des circuits discrets mais de taille croissante) et les citoyens. Les industriels sont déjà en train de comprendre que le public (et beaucoup de gouvernements) ne veulent plus se laisser faire.
6 Votre avenir livresque ?
Un roman intitulé « La voie des hommes » (chez POL, en 2012) ; un livre intitulé « Profession : médecin de famille » au Presses Universitaires de Montréal ; et, si « Les Invisibles » trouve un public, une suite de romans ancrés dans les rues et l’histoire de Montréal, dont la forme serait celle de « Cold Case » (la série télévisée historique) : un crime ancien permet de parler du passé et du présent.
7 des auteurs à nous faire partager ?
Jeffrey Eugenides (« Middlesex ») ; Geoffrey Miller (« The Mating Mind ») ; Pascal Boyer (« Et l’homme inventa les dieux ») ; Michèle Plomer (« HKPQ »)
un grand merci toujours aux auteurs qui prennent le temps, merci a vous Monsieur et aux éditions fleuve noir
