Votre parcours d’écrivain ?
Il a commencé à onze ans sur la veille Olivetti de mon père. Il a failli s’arrêter net à vingt ans quand une maison d’édition m’a signalé que je me situais délibérément en marge de la littérature française… J’ai posé mes stylos pendant dix ans, j’ai bossé, fait de la voile et des enfants. Maintenant, je m’y remets.
Comment on arrive aux carnets du nord ?
Quand une belle éditrice vous le propose.
Bon cette trame, elle vous est venue comment ? Actualité, peurs, préventions, imaginaires ?
Actualité et imaginaire. Le second étant nourri du premier. En revanche, peurs ou préventions, non. Ce n’est pas un livre politique. Cet univers s’est imposé de lui-même. Je l’avais devant moi. J’avais envie d’un livre noir, étouffant.
Vous dites posséder un passeport anglais, ou Ecossais, il me semble que votre vision du futur est déjà bien installée outre-manche non ?
Né en écosse, de mère écossaise. Donc passeport britannique, oui. La fracture sociale est plus installée aux USA qu’elle ne l’est en France, vous avez raison. La notion de ville protégée y est également plus développée. En revanche, la nation américaine me paraît solide. Un des sujets du roman, c’est l’effritement du concept d’Etat-nation. Cela me semble plus plausible en Europe qu’aux Etats-Unis. Mais, je suis un piètre observateur.
Lecteur de SF et de polar ? Vos influences ?
Gros lecteur de polar, avec préférence pour le noir. Gros amateur de SF mais plutôt au cinéma. Je n’ai pas l’impression d’avoir d’influences spécifiques. J’ai toujours lu énormément, de tous les genres. J’aime les auteurs qui vous emportent dans un univers fantasmé. Dostoïevski, Brönte, K Dick, Balzac, Palahniuk, Ellroy mais aussi Brautigan, Fante…
Comment est né Ted Muller Smith ? ce personnage est fascinant et effrayant dans sa logique ?
C’est à peu de choses près les sentiments que m’inspire le raisonnement logique : fascination et détestation. Je conçois que la logique soit appliquée aux sujets scientifiques. Mais je trouve qu’on en fait trop. C’est comme la notion d’efficacité. Ce sont de concepts nécessaires mais à trop vouloir en faire, ils nous pourrissent la vie. On sous-estime largement la part d’émotion dont nous sommes constitués. Et puis la logique a toujours raison et je n’aime pas les gens qui ont toujours raison. C’est toujours eux qui nous mettent dans le mur.
La bande son du livre?
Je l’ai écrit en écoutant Anthony & the Johnsons et Léo Ferré.
Une suite ? , (J’espère bien !)
Ce n’est pas dans les tuyaux mais j’ai tout l’univers en tête.
1 bonjour Madame, pouvez nous présenter l’histoire des carnets du nord ?
Carnets Nord existe depuis 2007 ; c’est une maison fondée par les éditions Montparnasse, éditeur reconnu de DVD. Nous avons d’abord développé avec succès une ligne éditoriale centrée sur les sciences humaines avec des auteurs de très haut niveau comme René Girard (avec Achever Clausewitz) ou Frédéric Gros (Marcher, une philosophie) ; et depuis 2009 nous avons une ligne de fiction, avec Philippe Nicholson (Krach Party, en 2009, repéré par des producteurs télé ; puis Serenitas) , Richard Morgiève (avec United Colors of crime, dont la presse parle beaucoup en ce moment), Heinrich Steinfest (Requins d’eau douce et le Onzième Pion) un Autrichien qui écrit des polars fous et très drôles à mi-chemin entre Thomas Bernhard et Mikhail Boulgakov. Enfin Tomas Gonzalez, grand écrivain colombien, dont nous avons publié Au commencement était la mer, un livre d’ une intensité rare sur le naufrage d’un couple. Bref, nous faisons notre chemin sur les deux tableaux : essais et fiction, en publiant peu (une douzaine de titres par an) mais en essayant d’accompagner au mieux les livres et les auteurs.
2 vous vous dites indépendant, pourquoi ?
Une maison indépendante est une maison qui ne dépend pas d’un grand groupe, ce qui est notre cas. Mais ce n’est qu’un constat, ce n’est pas une bannière.
3 pouvez-vous nous raconter une anecdote sur votre travail ?
Rien n’est anecdotique, tout est important quand on est une petite maison, tout compte.
4 Comment peut-on être publié chez vous ?
En envoyant son manuscrit par mail ou par courrier.
5 Comme d’hab…la question récurrente, le web, l’ebook, vous en pensez quoi ?
Je n’en pense rien, c’est un nouveau support de lecture, l’important est de lire quel que soit le support. Cela dit, les ventes d’ebook sont encore dérisoires et il n’offre pas un modèle économique viable pour les auteurs et les éditeurs – ce qui est forcément très dommageable pour la création. Les libraires restent le maillon indispensable entre l’auteur et le public pour faire émerger de nouveaux talents.
6 des surprises, des noms de futures parutions ?
Deux romans exceptionnels pour la rentrée:
La Marche en forêt, premier roman de Catherine Leroux, une magnifique fresque sur la famille et L’histoire d’Horacio, de Tomas Gonzalez, l’histoire d’un homme qui est déchiré entre sa joie de vivre et sa peur obsessionnelle de la mort.
Et bien merci à l’auteur et à vous Madame, on vous suit de près, je finis actuellement le livre de M. Richard Morgievre, qui est…un très très bon livre j’en reparle bientôt


