1 alors c’est votre deuxième méfait littéraire, présentez-vous, si l’en vie vous gagne ?
Adoncques, pour les présentations, tout est déjà sur le site de Kyklos ( un peu romancé par l’éditeur, je l’avoue) car si je me contente de la vérité, rien n’est très scintillant, alors je brode un peu. Dans la vie en vrai, celle qu’on est bien obligé de vivre, j’ai 52 ans, pas d’enfant et je n’ai peur que d’une seule chose, c’est de me prendre au sérieux. Ca arrivera forcément si des chroniqueurs aussi sympathiques que vous et des éditeurs aussi passionnés que Virginie et Fabrice continuent de me submerger de louanges, alors je fais gaffe, je relis un peu de Chateaubriand ou Tolstoï ou Kundera de temps en temps, ça me calme et c’est idéal pour résorber le melon qui enfle.
Comme vous avez pu le constater, mon écriture, par ses sujets et la manière dont je les (mal)traite m’interdit de briguer le Goncourt ou le Renaudot.
J’adore les dictionnaires, j’adore les mots, surtout s’ils sont bizarres, rares, exotiques ou même inventés de toutes pièces, du moment qu’ils font tintinnabuler les étiquettes, mais il est très compliqué aujourd’hui de s’exprimer avec ces mots- là sans passer pour un pédant, un précieux, bref, un fat, un faquin ou un cuistre. C’est un peu la crainte que je nourrissais avec la ‘Zygène’. On verra bien.
J’ai été élevé, ensemencé oserai-je dire en lisant le journal Pilote des années 70 : Gotlib, Greg, Tabary sont restés longtemps mes uniques auteurs favoris. Et puis Brassens.
2 Comment en êtes-vous arrivé là ?
Comment en suis-je arrivé là ? Vaste question. Presque par inadvertance, j’ai toujours écrit, un peu comme tout le monde, des poèmes entre 14 et 17 ans à l’attention de dulcinées imperméables à mes (tristes) états d’âmes, puis des historiettes, des nouvelles, des petits trucs de rien (Quelques-unes ont même été publiées dans fluide glacial dans les années 80). Mais toujours plutôt loufoques, mêmes mes rédac’ en quatrième étaient loufoques. Puis un jour, il y 15 ans, une grande amie à qui j’écrivais des cartes postales( loufoques aussi, je les choisissais le plus laides possible) m’a dit « tu devrais écrire », et l’année d’après je lui offrais un ‘roman’ pour son anniversaire.
J’ai un peu laissé tomber l’écriture ensuite ( j’ai plein d’autres vices) je lisais beaucoup mais me lassait vite, à part quelques anglo-saxons, Tom Sharpe, Paasilina, Brautigan, rien ne me faisait vraiment rire, la littérature avec un grand L et sans ratures s’accommode mal avec l’humour en temps que genre propre, écrire pour faire rire reste un passe-temps de bourricot, de manant. Pouah !
Alors j’ai décidé d’écrire un truc perso à moi qui me fasse rigoler moi, qui me plaise à moi, où je fourrerais tout ce que j’aime et que je déteste sans prétention et tant pis si cela ne fait vraiment s’esclaffer que le rustre farfelu que je suis.
Heureusement, d’autres rustres ont aimé, un comité de lecture amateur, cdl.com, tout d’abord m’a encouragé, puis la maison Kyklos a trouvé que ma prose méritait d’être publiée. Vraiment et je ne donne pas dans l’affèterie ou la fausse modestie, mais je suis encore aujourd’hui effaré (mais ravi) que mon texte les ait autant séduit. Il reste quelques fous sensés sur cette terre, c’est rassurant.
3 chaque fois que je vais au zoo, je suis déchiré par la tristesse, je vote pour des animaux en 3 d et vous ? ….
Je suis fasciné par les animaux, tous les animaux, mais les singes ont dans le regard toute l’expression de leur désespoir de n’être plus dans leur forêt, cette interprétation est certes, anthropomorphique, sans doute erronée ou romantique mais c’est ce regard que j’aurais aussi aimé pouvoir décrire, transmettre dans mon roman mais je n’ai pas vraiment ce talent, je laisse donc cela à d’autres. Quand un orang-outan vous dévisage, si ça ne vous colle pas des frissons de partout, c’est que vous êtes déjà mort. Ceci dit, j’ai longtemps abhorré les zoos, mais aujourd’hui ils ont perdu leur vocation distractive pour européens nantis en mal d’exotisme, ils sont devenus une triste nécessité, le dernier lieu où quelques espèces sursitaires écoulent leurs vieux jours en paix. Et, sans être un futuro-sociologue averti, de menus indices me laissent entrevoir que les hommes ne, les hommes ont besoin de place pour faire leurs besoins, et c’est qui qui va trinquer à votre avis ?? A mon avis, si la 3D remplace un jour les animaux, ce sera de façon définitive
4 cet humour vous le vivez au quotidien, une forme de lucidité pour ne pas devenir fou ?
L’humour ? je dirais plutôt, une forme de folie pour ne pas devenir lucide.
Les experts, les spécialistes, les grands professionnels ceux qui disent l’index en l’air « on ne blague pas avec ce sujet là » m’ennuient et me font peur.
Ils se prennent au sérieux. Normal, ils ont bossé dur pour se donner une forme de légitimité sur cette terre, leur femme les regarde avec respect et admiration. Faudrait voir à pas les prendre pour des zozos.
5 Cette trame, d’où vous vient-elle ?
La trame est venue d’elle même, je n’avais pas de plan, pas ‘d’énigme’ proprement dite, d’ailleurs la première version donnait d’emblée l’identité du coupable, histoire de me débarrasser de l’enquête et de me concentrer sur le style et le délire verbal. Disons, pour faire simple que je crée surtout des personnages et que je les plonge dans une situation donnée, ensuite ce sont eux qui font le boulot, qui tiennent la plume, je ne suis que l’obscur ouvrier de leurs lubies.
6 Votre avenir livresque ?
Mon avenir dépendra surtout de ‘la digestion’ de la ‘zygène’. J’ai 2 ou 3 manuscrits sous le coude mais vous savez bien que l’on n’est pas maître de son destin dans le petit monde de l’édition.
7 Une question à me poser ?
Question bateau : Combien vous en lisez par semaine ? Et lequel vous emporteriez ? (à part le mien bien entendu)
- 3 ou 4, je ne regarde pas la télé, alors je dirai, tim Willocks, Juluis horwitz, stephen hunter, luc fivet, T marignac et surtout Mari Ledun, et vous et chrostopher moore et…:)
8 connaissez-vous l’écrivain Christopher Moore ?
Je ne connais pas Christopher Moore, mais je l’ajoute illico sur ma liste aoutienne afin de m’en délecter sur la plage, nonchalamment alangui sur une natte tressée par quelque ondine en pâmoison devant mes pectoraux saillants.