Entretien avec Richard Joffro Ecrivain pour l’affaire flamenco

Vous avez un parcours très « serré » comment en êtes-vous venu à l’écriture de ce roman ?, j’ai été très surpris par le format du texte, c’est qui m’a d’ailleurs poussé à la lecture, une volonté de votre part ?

 

J’essaie de deviner ce que vous entendez par parcours “serré”. L’écriture est présente tout au long de ma vie et de mes activités. J’ai écrit de nombreuses chansons, du théâtre, du cinéma, pour la presse, etc. Mon premier livre était un essai sur les relations humaines, intimement lié à mes activités dans la communication et les médias. Pour ce roman, j’avais, depuis longtemps, envie de faire vivre ces personnages et de raconter ce genre d’histoire. Mais l’élément déclencheur a été Facebook. Je vois tous les jours les gens qui mettent leurs états d’âme sur Facebook dans leur “statut”. Quand ils se grattent la tête, il faut qu’Internet le sache !

Je me suis dit qu’il serait amusant, plutôt que de raconter ses mésaventures professionnelles ou ses bonnes fortunes sentimentales, de raconter une histoire, une sorte de feuilleton sur ces fameux statuts.

J’ai donc commencé en écrivant la toute première scène du livre, lorsque la jeune fille ouvre sa porte en pleine nuit à quelqu’un qui lui tire dessus. Et le flic l’a retrouve allongée sur le pas de sa porte avec une tache sur le tee-shirt. (“Une tache sur le tee-shirt” est restée le titre de ce roman pendant toute la vie du récit sur Internet). Seulement ce morceau de texte était trop long pour tenir dans le nombre de lettre limité autorisé dans les statuts des profils facebook. J’ai donc créé une page spéciale, avec des articles ainsi qu’un blog éphémère. Et tous les dimanches matin, de 7h à 10h (emploi du temps “serré” oblige !), j’écrivais une dizaine de pages que je mettais aussitôt en ligne. Cette façon d’écrire est passionnante et piègeante à la fois. Piègeante car si on veut rectifier quelque-chose dans le récit, c’est impossible de revenir en arrière car ce qui précède a été publié. Passionnante car j’ai eu très vite des dizaines de personnes qui réagissaient au récit, en essayant de deviner le noeud de l’intrigue , prenant fait et cause pour les personnage. Cela m’a souvent amené à réorienter le récit et, en tous cas, je m’amusais beaucoup à les mettre sur des fausses pistes et à les laisser sur leur faim chaque dimanche.

Mais au bout de 7 à 8 mois, le roman étant terminé, il a fallu tout retravailler pour que cela devienne à peu près publiable.

 

 

Le récit, parfois est un peu trop racoleur pour le Sénégal, je pense que vous êtes tombé amoureux de ce pays non ?

 

Vous avez raison. J’ai découvert le Sénégal lors d’un déplacement pour une mission de communication politique. Une campagne électorale. Puis j’y suis retourné pour y travailler dans les médias. J’ai été impressionné par trois choses.La première, c’est le sens et l’importance de la communication verbale. S’asseoir et se parler c’est important. Quand on vous demande “comment ça va”, ce n’est pas une formule de politesse. Les échanges comme par exemple le marchandage pour le prix d’une course en taxi, sont plus importants que la somme finalement négociée. “On a bien parlé” ! Et on est content !

Puis il y a ce grand talent que les Sénégalais ont pour le bonheur. Pour être heureux, il faut du talent pour le bonheur. J’ai pris de grandes leçons à cet égard.Et pour finir, il y a la façon dont les aînés sont le centre de la vie sociale. Cela apparaît très clairement dans un passage du livre. Je dis qu’on mesure la grandeur d’une civilisation à la façon dont elle traite ses anciens. Là aussi, nous européens, avons beaucoup à apprendre.

 

Je suis d’accord avec vos propos, mais je les ai trouvé trop écolier, vous m’en voulez, ou vous me comprenez ?

Je pourrais vous comprendre et (aussi) vous en vouloir. Mais ni l’un ni l’autre.

 Votre futur livresque, c’est quand, comment , vos projets ?

Je travaille sur plusieurs ouvrages en même temps (pas assez !). Un ouvrage sur l’art de la repartie et la manipulation verbale. Une biographie de mon père, héros de la résistance et rescapé de l’occupation nazie.

Un autre roman sur fond de machination d’état. Encore une étrange intrigue avec des personnages atypiques. Une bonne histoire, c’est un prétexte pour faire vivre des personnages m’a dit un jour Claude Chabrol.

Une question qu’on ne vous pose jamais ?

C’est une question que je ne me suis pas posée.

Une réponse à notre chronique alors ?

J’aime bien le ton de cette chronique qui ne se prend pas au sérieux. Je serais également hypocrite de ne pas manifester mon plaisir devant les commentaires. En effet, il est toujours agréable de trouver le mot “formidable” dans un avis sur l’écriture. L’objectif que je me suis fixé en écrivant comme je l’ai fait, sur un style plutôt cinématographique, semble donc atteint. Il est plaisant aussi de savoir qu’un lecteur de polar rompu aux mécanismes et aux “trucs” des romanciers n’a “pas vu le dénouement”. Je me suis pourtant amusé (en prenant le risque), de donner une clé importante dès la première page. Mais jusqu’à présent, personne ne me l’a souligné. Je vous laisse trouver !

Votre réaction sur le “manichéisme post colonial” est légitime et, j’allais dire, prévisible. Je le comprends et, si j’avais exposé les choses comme votre commentaire le laisse entendre, je l’approuverais. Mais je ne partage pas l’idée de manichéisme qui suppose qu’il y aurait un “bien” et un “mal” évoqué par moi sur cette question. Il y a cependant un point de vue que j’assume parfaitement et pour lequel je milite ici en France et aussi dans les différents pays d’Afrique que je traverse. Ce sera encore plus criant dans un autre roman à l’écriture duquel je travaille. Merci encore pour votre conclusion encourageante.  Merci aussi de demander à l’auteur son avis sur votre avis !

C’est nous qui vous remercions Monsieur, en vous diant, à bientôt.

Fait par courriel, avec des remerciements à Inès,  et l’auteur et pour une fios à moi même ^^ sauf pour les fautes OK OK OK

 

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